S-300 en Syrie ? Panique en Israël

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S-300 en Syrie ? Panique en Israël

Les conséquences de l’attaque contre la Syrie de la nuit du vendredi-13 continuent à apparaître régulièrement dans le même sens d’un tournant dans les rapports de force entre le bloc-BAO d’une part, la Russie et ses alliés de l’autre, en faveur des seconds. L’une de ces conséquences était la décision de la Russie de réévaluer sa position concernant la livraison éventuelle de missiles sol-air S-300 à la Syrie. (Cette décision n’est pas prise, répète-t-on à Moscou, mais l’option est effectivement étudiée.) La conséquence de cette conséquence est un vent de panique furieuse en Israël, après une visite secrète du commandant de CentCom, le général de l’US Army Votel, pour examiner avec les Israéliens les mesures possibles en cas de livraison des S-300, – ce qui constitue un prolongement cocasse puisque les USA eux-mêmes sont dans l’incapacité de neutraliser la défense constituée par la série S-300/S-400/S-500.

La situation est effectivement, à cause de sa complète posture d’inversion, particulièrement cocasse... L’attaque de la nuit de vendredi-13 était bien une attaque délibérée et non provoquée (on passe sur les “attaques chimiques” bidon-falseflag qui font partie du paysage courant de la crise) contre un pays souverain. La décision d’envisager à nouveau la livraison de S-300 concerne des systèmes défensifs d’un pays souverain qui vient d’être attaqué, et dont il semble justifié de ce fait qu’il renforce ses moyens de défense. L’effet en Israël est donc (logique de l’inversion) celui d’une “panique furieuse”, de la sorte qu’on aurait lorsqu’un de vos voisins s’apprêterait à disposer, ou pourrait disposer d’une arme offensive menaçant votre intégrité. Le renforcement possible des capacités de défense de son propre espace et de sa souveraineté par la Syrie est donc (suite de la logique de l’inversion) perçu comme un acte agressif par Israël, dont on pourrait aller jusqu’à dire puisqu’on y est qu’il menace “son propre espace et sa souveraineté”.

Ainsi SouthFront.org présente-t-il cet épisode... « Il semble que la frappe de missiles du 14 avril contre la Syrie a provoqué des effets contre-productifs et Washington et ses alliés mesurent les conséquences malheureuses de leur initiative. Israël est particulièrement affecté. Son ministre de la défense, Avigdor Lieberman, se déchaîne à propos des livraisons possibles de S-300 à la Syrie par la Russie.

» “Ce qui est important pour nous, c'est que les armes défensives que les Russes donnent à la Syrie ne soient pas utilisées contre nous. Si elles sont utilisées contre nous, nous agirons contre elles”, a déclaré Avigdor Lieberman au journal Ynet, se référant à la situation en cours. “Si quelqu'un nous attaque, nous riposterons, sans tenir compte du S-300, du S-700 [sic] ou de toute autre présence là-bas.” Lieberman a affirmé qu'Israël “n'intervient pas dans les affaires intérieures de la Syrie” ajoutant toutefois qu'Israël ne permettra pas à l'Iran “d'inonder” la Syrie “avec des systèmes d'armes avancés qui seraient dirigés contre Israël”.

» (Les remarques du ministre de la Défense interviennent un jour après un exemple évident de non-ingérence israélienne dans les affaires syriennes puisque son armée a frappé une position de l'armée arabe syrienne à l’Est des hauteurs du Golan occupé, détruisant une pièce d'artillerie des forces gouvernementales.)

» Un autre ministre israélien, celui du Renseignement, Yisrael Katz a déclaré que toute livraison de S-300 vers la Syrie constituerait le franchissement d’une “ligne rouge” dans les relations israélo-russes. “Je doute qu'ils fourniront ce système de défense antimissile, – parce qu’en faisant cela ils franchiront une ligne [rouge] dans nos relations”, a déclaré M. Katz dans une interview accordée à la radio de l'armée.

» Le 23 avril, des informations semblaient indiquer que le général Joseph Votel, commandant du US CENTCOM, avait effectué“une visite secrète et sans précédent en Israël” et avait rencontré de hauts responsables de la sécurité israéliens. Certains experts lient le voyage avec les discussions présumées entre Israël et les Etats-Unis pour étudier ce qui peut être fait si le gouvernement syrien reçoit vraiment des systèmes avancés de défense antimissile S-300 et tente de les déployer près de la ligne de contact avec Israël. »

...On note que le ministre de la défense israélien, dans sa fiévreuse indignation qui explique les lapsus du type-prospectif, a inventé un nouveau modèle de missile sol-air russe, le S-700 (nous n’en sommes qu’au numéro-500). On note également une curieuse tendance à l’illogisme implicite : d’une part, la crainte, presque la panique qu’on perçoit à propos des S-300 confirme que les Israéliens perçoivent les missiles de la série S-300 comme des armes de défense imparables pour eux, contre leurs missiles et leurs avions ; d’autre part, il menace de les détruire, avec leurs missiles et leurs avions, s’ils sont “déployés contre Israël”. Comment Lieberman compte-t-il détruire les S-300 avec les mêmes moyens dont il implique qu’ils sont complètement vulnérables à l’action de ces mêmes S-300 ?

Mais il ne s’agit que d’une question anecdotique pour l’instant, qui a pour seul intérêt de mesurer effectivement la panique touchant les militaires israéliens et leurs chefs civils, devant une scandaleuse initiative qui leur interdirait la plupart des actions d’agression illégale qu’ils ont l’habitude d’effectuer en Syrie. Décidément, les militaires israéliens raisonnent vraiment comme leurs mentors US, dont ils sont devenus les clones, dans ce cas aussi impuissants que ces mêmes mentors, en l’occurrence le général Votel. (Voir le 5 mars 2018 : « Quant à nous, nous relèverons une déclaration de Votel, précise et qui nous semble, elle, témoigner d’une vérité-de-situation dans la perception et l’analyse de CENTCOM : “L’augmentation des systèmes de missiles sol-air russes dans la région menace notre accès et notre capacité à dominer l'espace aérien.” Votel reconnaît ainsi que les USA sont menacés de perdre la domination de l’espace aérien dans la région. »)

• D’une façon plus profonde et plus instructive, cette attitude israélienne qui n’est pas faite que de panique puisqu’il y a eu entretemps la visite secrète et exprès de Votel, confirme indirectement mais entièrement à notre estime que “l’attaque de la nuit du vendredi-13” est bien le désastre qu’ont exactement comptabilisé les Russes. On ne peut en effet interpréter la chose qu’en ces termes : il a été montré de façon réaliste lors de cette attaque que la défense anti-aérienne en Syrie, c’est-à-dire la défense AA russe en général, même passant en partie par une simple mise à niveau d’anciens systèmes soviétiques dont dispose la Syrie et se limitant à une intervention directe de détection et de guerre électronique, constitue quasiment un rideau impénétrable, une porte fermée à double tour. Cela implique l’évolution vers l’effondrement de la perception que le bloc-BAO (USA et Israël dans ce cas) entretient avantageusement pour lui-même depuis des années, sinon des décennies. Leur complète supériorité aérienne, leur domination du ciel ou “air dominance comme disaient les stratèges et les communicants américanistes après la première guerre du Golfe, tout cela n’existe plus.

• En même temps qu’apparaît cette terrible vérité-de-situation, la psychologie de l’impuissance va être soumise à rude épreuve, comme le montrent les réactions émotionnelles des Israéliens. C’est qu’il y a derrière cet incident une extraordinaire impression de paralysie, de sur-place technologique et militaire. Ces cris que poussent les Israéliens à la pensée du possible déploiement de S-300, ils les poussaient déjà, avec les bureaucrates du Pentagone, il y a près de dix ans ! (Voyez cette nouvelle du 5 février 2010.) Qu’ont donc fait les génies du technologisme américaniste et occidentaliste en une décennie pour maîtriser la menace d’un système qui était déjà en service en Russie à la fin des années 2000, à part nager dans le “trou noir” de la comptabilité du Pentagone qui se mesure désormais en $trillions ? Ah oui, ils ont développé le JSF/F-35 qui est censé ne pas être vu, furtivité oblige, c’est-à-dire qu’ils ont développé à coup de $billions toutes les impasses et les paralysies du technologisme poussé vers l’extrême de lui-même, là où le sollicite l’effondrement. On peut se demander combien de temps, dans de telles conditions, résisteront les psychologies pleines de finesse des généraux-volants et des dirigeants qui les suivent les yeux fermés, – que ce soit en Israël ou à “D.C.-la-folle”.

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