Russie-Chine, rendez-vous historique

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Russie-Chine, rendez-vous historique

26 juin 2015 – Il y a un texte d’Eugène Zagrebnov, sur Sputnik-français, qui condense d’une façon éclairante le débat qui s’est installé entre les experts russes et chinois sur la forme nouvelle des relations entre la Russie et la Chine. D’une façon générale, ces experts ne font que “suivre” les évènements, plus qu’ils ne les analysent et ne les prévoient, et l’on doit parler beaucoup plus de constats que de prospectives. Nous voulons signifier par là que les événements qui affectent directement et de faon pressante la Russie depuis février 2014 (putsch du bloc BAO en Ukraine) sont d’un point de vue fondamental (ce que le langage d’expert traduirait par “stratégique”, voire “civilisationnel”) hors de tout contrôle, même si les uns et les autres prétendent tactiquement les influencer et les diriger, le plus souvent pendant une courte période de temps ; ces évènements affectant la Russie se sont donc imposés à la Russie et, par voie de conséquence, par le choix auquel ont été contraints les Russes de se tourner vers la Chine, ils ont affecté la Chine qui se trouve à son tour devant le même type de phénomène d’évènements incontrôlables. Par ailleurs, la Chine se trouve confrontée, particulièrement depuis plusieurs mois comme conséquence du “tournant vers l’Asie” de l’administration Obama, à une hostilité extraordinaire des USA qui semble être le domaine d’élection du nouveau secrétaire US à la défense Ashton Carter. Par conséquent, la Chine est d’autant plus encline, là aussi sans l’avoir précisément planifiée, à se montrer très attentive et très favorable aux ouvertures russes.

Le texte d’Eugène Zagrebnov a l’avantage d’être relativement court et de donner une bonne synthèse de la situation russo-chinoise, notamment avec les positions des uns et des autres, et les nuances parfois importantes d’appréciation, jusqu’à nous faire comprendre et intuitivement deviner ce qu’est l’“esprit” de cette nouvelle situation. On divisera son texte en deux en le citant, avec le côté russe et le côté chinois, en prêtant attention au thème qui est exposée dans le titre, «Union ou alliance: Moscou et Pékin hésitent entre deux formes de partenariat». (Sur Sputnik-français, le 25 juin 2015.)

• Le côté russe, bien qu’il ne fasse intervenir que des experts connus plutôt pour leur modération, semble beaucoup plus enclin à voir dans les rapports nouveaux entre la Russie et la Chine une “rencontre historique” qui va bouleverser les relations internationales aussi bien que les situations et l’état d’esprit des deux puissances elles-mêmes. Il est extrêmement significatif d’y entendre dans le sens dont il en parle un expert comme Fédor Loukianov, qu’on connaît bien pour sa modération et sa retenue dans ses jugements mais qui a pris en compte depuis 2013 les conséquences de l’évolution de la situation et du comportement du bloc BAO (voir les 7 septembre 2013 et 16 octobre 2014).

«La période actuelle des relations entre la Russie et la Chine restera gravée dans l’histoire grâce au rapprochement sans précédent entre les deux pays. C'est ce qu'ont affirmé les experts russes lors d'un panel de discussion qui a eu lieu récemment à Moscou à l'initiative du Conseil de la politique extérieure et la politique de la défense de la Russie. “Si nous analysons la situation de ces derniers mois, nous pouvons constater que la Chine n'est pas seulement notre voisin. Elle est vraiment ‘notre destin’ pour plusieurs décennies à venir”, a déclaré en lançant le panel de discussion le rédacteur en chef du magazine ‘Rossia v globalnoï politike’ (‘La Russie dans la politique globale’) Fédor Loukianov. “Les engagements qui ont été pris dans les documents qui ont été signés entre la Chine et la Russie sont la confirmation d'un partenariat stratégique sérieux, qui, s'il est mis en œuvre, ne se limitera pas à des fluctuations conjoncturelles”.

»En analysant l'état actuel des relations russo-chinoises, le chercheur du Centre d'analyse des stratégies et des technologies Vassili Kachine a évoqué l'irréversibilité des relations entre la Russie et la Chine. “Il me semble que si les tendances géopolitiques actuelles se maintiennent pendant quelques années et que la Russie reste isolée par ses partenaires occidentaux, elle nouera inévitablement des relations économiques, infrastructurelles et industrielles avec la Chine qu'il ne sera plus possible de couper. Déjà à l'heure actuelle, des centaines d'usines russes cherchent des partenaires dans l'Empire du Milieu. Et bientôt, une infrastructure solide reliera nos deux pays”. En effet, sur 140 milliards de dollars d'investissements directs de la Chine dans le monde, près de 5 milliards sont investis en Russie. La RPC est le quatrième pays mondial en termes de volume d'investissements dans l'économie russe. Et le projet de construction d'un chemin de fer à haute vitesse Moscou-Pékin, avec la participation des sociétés chinoises, commence clairement à prendre forme. Il faut rappeler qu'il n'y a pas si longtemps, les relations entre la Russie et la Chine se limitaient aux domaines militaire et politique. “Si en 2001 le volume commercial entre nos deux pays dépassait à peine 10 milliards de dollars, actuellement, il atteint 95 milliards, plus qu’avec l’Allemagne”, a ajouté Vassili Kachine.»

• Le “côté” chinois, sur cette question fondamentale du devenir, si pas du constat déjà effectif des relations entre la Chine et la Russie, est l’objet de quelques rapides notations et citations dans le texte de Zagrebnov. Cela suffit, nous semble-t-il, pour synthétiser l’état d’esprit général de la direction chinoise et des experts qui la répercutent. «Répondant au début de juin aux questions des journalistes russes sur l'union entre Moscou et Pékin, Yang Cheng, le vice-directeur du Centre d'études russes à l'Université pédagogique de la Chine orientale a indiqué que la Russie et la Chine sont des pays voisins qui sont arrivés à un “format amical” de relations. “Il ne s'agit pas d'une union, car l'union impliquerait l'existence d'un ‘grand frère et d'un petit frère’, d'un rapport, dans lequel l'un des deux pays est leader’, a nuancé l'expert. [Par conséquent, “pour ce qui concerne les] relations russo-chinoises, il s'agit bien de relations de partenariat stratégique”.

»Cette position des autorités chinoises a été confirmée à Sputnik par les journalistes de plusieurs médias chinois. Les directives internes distribuées au sein des rédactions préconisent d'éviter de parler d’‘union’, évoquant à la place un ‘partenariat stratégique’ entre la Chine et la Russie.»

• Zagrebnov fait également appel à un expert français de la Chine, le professeur à l’Université Paris-8 Pierre Picquart. Son constat est que l’évolution des relations Russie-Chine depuis le début 2014, d’une part “compense en partie” les relations entre la Russie et l’UE, qui sont gravement endommagées, mais d’autre part “ont une dynamique qui leur est propre [et] se nourrissent d’elles-mêmes dans de nombreux domaines économiques”. Le constat de Picquart à ce point est celui-ci : «Il me semble qu'il s'agit de relations d'un type nouveau. Nous constatons que la Russie et la Chine ont des visions communes du monde [...] Les deux pays ne sont pas anti-américains, ni anti-européens mais ils considèrent toutefois que l’hégémonie d’un seul bloc n'est pas à l'avantage du monde entier. Et ce type de coopération est en train de se renforcer. Les pays émergents [donc notamment, ou essentiellement la Chine et la Russie] sont en train de contrebalancer le rapport des forces existant, dominé par les Etats-Unis et l'Europe.».

D’une façon plus générale, Picquart donne cette interprétation de la position de la Chine : «La RPC a une vision multipolaire du monde et elle ne tient pas à s’arrimer à une union politico-militaire qui risque de provoquer des tensions avec l’Europe et les États-Unis. La Chine préfère plutôt nouer des partenariats multiples. C'est aussi le cas de la Russie qui est un pays important pour la RPC. Il faut également remarquer que cette décision est prise dans l'intérêt de la Russie, pour qu'elle ne s'isole pas dans une alliance qui entrerait en rivalité avec les unions occidentales».

Une affaire de “destin”

Ce que nous pouvons remarquer pour notre compte, à la lumière de ces différentes appréciations, c’est d’une part que nos experts actent la rapidité extraordinaire du changement dans les relations entre la Russie et la Chine puisque ce qu’ils nous décrivent en fait de changement s’est déroulé en un peu plus d’un an. Ils ne l’expriment pas d’une façon trop affirmée parce que les experts ont horreur de se sentir pris de vitesse par les évènements, mais c’est pourtant bien le cas.

Il y a pourtant une différence. Il est évident que la partie russe est beaucoup plus encline que la partie chinoise à prendre en compte le caractère radical du changement, parce que les évènements l’y poussent : confrontation directe avec le bloc BAO depuis plus d’un an, après une période (crise syrienne) où ils avaient déjà pu constater le caractère erratique et dangereux de la politique du bloc BAO, et la propension du bloc à l’antagonisme à l’encontre de la Russie. D’autre part et d’une façon plus fondamentale sans doute, la psychologie et la culture russes, malgré une action d’une extrême prudence de la direction politique, sont plus ouvertes à des interprétations radicales quand les évènements les y invitent, – ce qui est évidemment le cas.

Cela implique-t-il une différence d’approche qui peut être dommageable aux relations Russie-Chine dans leur nouvel élan, ou bien qui alimenterait des quiproquos ? Nous ne le pensons pas parce que, encore une fois, les évènements sans impulsion ni contrôle humains dominent la scène politique d’une manière exclusive et péremptoire, et règlent par conséquent, à eux seuls, l’évolution de ces relations. Nous ne sommes pas loin de penser que ces évènements sont d’une telle puissance que tout ce qui concerne les fondements psychologiques de la tradition, qui règlent en général les politiques pérennes, surtout la politique chinoise pour notre cas, n’a plus qu’une importance tactique. Dieu sait que nous sommes les premiers à reconnaître l’importance de la tradition et à la respecter, mais pour ce cas des évènements en cours dans le cadre que nous définissons, plus rien de cette sorte ne joue un rôle d’une véritable importance, – parce que nous sommes dépendants du Système et au cœur d’une bataille cosmique qui met en cause le Système, et tout ce qui avait quelque importance jusqu’alors dans les interférences humaines, notamment tout ce qui dépend de la tradition, est momentanément réduit à des rôles très accessoires (“tactiques”, comme nous le disons) . D’ores et déjà, nous devons reconnaître que l’évolution chinoise en une année, par rapport à la Russie, montre que la Chine, malgré toutes ses traditions de prudence, est touchée par cette dynamique. En fait, le cas chinois ne diffère guère du cas russe : la direction russe, elle aussi, ne voulait en aucun cas une aggravation des relations, une politique de confrontation, etc. ; au contraire, ce qu’elle voulait au départ de l’ère Poutine c’est une intégration équilibrée et respectueuse de la Russie dans le bloc BAO

... Au reste, l’autonomie d’action de la Chine, ses choix de positionnements par rapport à la Russie, sont dramatiquement limités par l’activisme américaniste. Depuis l’arrivée de Carter au Pentagone, la tournure agressive de la posture de l’US Navy par rapport à la Chine, dans la crise rampante de la Mer de Chine du Sud, n’a pas cessé de s’affirmer. Carter, personnalité particulièrement faible, est d’autant plus sensible aux poussées du Système, que la bureaucratie répercute vers lui.(Aujourd’hui, dans notre époque de l’inversion triomphante, ce sont les psychologies faibles qui opérationnalisent les extrémismes de la politique-Système, parce qu’elles sont incapable de résister aux pressions du Système. Carter est l’archétype de cette sorte de personnage.) Le résultat de cette poussée, c’est que les Chinois sont nécessairement conduits à durcir leur position.

Ainsi observera-t-on que Mr. Jacquart, s’il a certainement raison de nous dire que «La RPC a une vision multipolaire du monde et elle ne tient pas à s’arrimer à une union politico-militaire qui risque de provoquer des tensions avec l’Europe et les États-Unis...», ne décrit pas la vérité de l’évolution actuelle parce qu’en l’occurrence ce que veut la RPC n’a guère d’importance... L’évolution remarquable de la Chine durant ces deux dernières années, du point de vue stratégique, dément justement ce que “veut la RPC” puisqu’elle la conduit vers disons “un arrangement” avec la Russie qui conduira nécessairement, qui conduit d’ores et déjà à “des tensions avec l’UE et les États-Unis”. Cette “évolution remarquable” de la Chine, – et remarquablement, extraordinairement rapide pour les habitudes de la Chine justement, – est effectivement toute entière conditionnée par des évènements extérieurs à elle, auxquels elle est obligée de réagir, contre lesquels elle ne peut rien, et dont nous doutons absolument que quiconque y puisse rationnellement quelque chose, – y compris et d’abord ceux qui semblent les conduire parce qu’on s’est habitué à croire qu’ils sont encore capables de conduire quelque chose alors qu’ils ne produisent que ce qu’eux-mêmes nomment “chaos”...

Cette évolution sous la force des évènements incontrôlables conduit par effet nécessaire à mettre en évidence/à affirmer la “vision commune du monde” de la Chine et de la Russie, qui est multipolaire et qui rejette l’hégémonie des USA/du bloc BAO. C’est-à-dire que cet effet de la dynamique incontrôlable en cours devient, dans l’esprit des dirigeants-Système du bloc BAO qui sont encore moins conscient que quiconque de cette “dynamique incontrôlable” à l’activation de laquelle ils participent sans aucune retenue et sans le savoir ni le comprendre, cet effet devient une cause selon le mouvement habituel d’inversion et alimente l’hostilité du même bloc BAO. Donc, tout le monde est de bonne foi, et tout le monde conduit des politiques que chacun juge justifiées, et qui conduisent à des antagonismes dont chacun rejette la faute sur l’autre. (Bien entendu, en décrivant ce mécanisme du simple point de vue de l’enchaînement, on laisse de côté le jugement politique fondamental, – mais est-il besoin de répéter qu’en l’occurrence, tout le bloc BAO porte la responsabilité, là aussi “sans le savoir ni le comprendre”, de ce qu’il peut y avoir de profondément déstructurant et dissolvant dans cette situation, – simplement parce qu’il est l’outil principal du Système ?) Le résultat est que même si Mr. Jacquart a également raison de nous dire que la Russie et la Chine «ne sont pas anti-américains, ni anti-européens mais [qu’] ils considèrent toutefois que l'hégémonie d'un seul bloc n’est pas à l'avantage du monde entier», il “ne décrit pas la vérité” des perceptions, essentiellement du bloc BAO, qui sont de considérer que tout se passe comme si la Russie et la Chine étaient effectivement “anti-américains et anti-européens”. Pour aller au point essentiel, on observera que le fait même de juger que «l’hégémonie d’un seul bloc n’est pas à l’avantage du monde entier», qui concerne bien entendu le bloc BAO, est, selon la perception dudit bloc, faire acte d’anti-américanisme et anti-européanisme et constitue de facto une posture agressive qui doit être dénoncée, et au-delà qui doit être combattue. Ainsi pensons-nous que l’“arrangement” russo-chinois, quelle que soit la forme les deux partenaires veuillent lui donner, constitue une “alliance”, une “union” qui sera perçue comme un acte d’agression par le bloc BAO lorsqu'il sera identifié.

L’intérêt de la situation qui est toute entière gouvernée par des perceptions bien différentes et l’utilisation intensive, du côté du bloc BAO, d’une narrative rocambolesque, est un état de paradoxe comme on en rencontre peu. Cette extraordinaire situation d’auto-intoxication de l’intellect, de désinformation volontaire quoiqu’inconsciente, à la fois par mésinformation organisée et par narrative, et soumis au phénomène du déterminisme-narrativiste, entrave considérablement les capacités d’analyse des situations du bloc BAO jusqu’à offrir des appréciations complètement à l’inverse de la réalité. Il est évident que nombre de directions-Système, notamment au sein des institutions européennes (UE) et de la bureaucratie américaniste de sécurité nationale, n’ont pas encore compris ni apprécié, ni même réalisé après tout, à la fois l’évolution de la Russie et de la Chine vers une alliance, à la fois les implications pourtant évidentes de cette alliance. La situation, notamment dans les institutions européennes, connues de source directe pour notre compte, est complètement rocambolesque ; d’une façon générale, les diverses directions opérationnelles jugent comme “pas très sérieux” sinon “négligeables” des évènements tels que les BRICS, l’Organisation de Coopération de Shanghai, et bien sûr l’alliance Russie-Chine, et par conséquent elles ne les prennent pas en compte dans leurs analyses du point de vue stratégique. (De même, par exemple, il y a une sorte de consensus, d’unanimité presque religieuse, dans ces mêmes milieux, dans l’appréciation que l’Iran, une fois l’accord sur le nucléaire réalisé, n’aura qu’une seule idée qui sera d’intégrer aussi vite que possible le bloc BAO, baptisé évidemment “communauté internationale”, et cela aux conditions du bloc, et tournant le dos au noyau central antiSystème que forment de plus en plus la Russie et la Chine. L’on comprend que le bloc BAO, qui va d’erreur en erreur dans ses analyses, qui va de catastrophe en catastrophe dans ses actes de politique extérieure, n’a pas une seconde l’idée d’en tirer quelque leçon que ce soit, ni même d’acter ces différents échecs.)

Le bloc BAO fonctionne comme si le monde était un “éternel présent” (si l’on veut, exactement le Big Now apprécié sur ce site le 29 janvier 2014), sans passé et avec un avenir réduit au seul futur que sa narrative autorise. Le bloc BAO fonctionne selon les conceptions du Système, exclusivement, avec les mêmes avatars, les mêmes aveuglements, les mêmes certitudes, les mêmes pulsions de déstructuration et de dissolution. Lorsqu’il est confronté à la réalité dont il a ignoré l’évidence de sa formation, ses réactions sont violentes, erratiques, et à leur tour incontrôlable, donc hautement déstabilisatrices comme le veut la dynamique-Système à laquelle il est soumis, et sujettes effectivement à de féroces affirmations d’affrontement suivies d’actes à volonté déstructurante dans ce sens. De toutes les façons, sa surpuissance déstructurante agit sans avoir besoin de comprendre et, sans rien voir de la proximité entre Russie et Chine, elle se déploie contre la Russie et contre la Chine, exacerbant la situation générale.

Les Chinois et les Russes ont-ils compris cela ? Nous soupçonnons, comme nous l’avons déjà suggéré plus haut, que les Russes sont plus avancés que les Chinois à cet égard . Ils ont montré à plus d’une reprise, parfois dans des instants d’une exceptionnelle fulgurance (voir le ministre Shoigou, le 11 mai 2015), qu’ils avaient conscience de la dimension spirituelle et eschatologique de la crise dont ils étaient l’un des acteurs principaux. Lorsqu’un Loukianov, qui n’est pas porté par le goût du lyrisme dans ses analyses, dit de la Chine qu’“elle est notre destin”, il y a effectivement une telle dimension. (On laissera de côté “pour les prochaines décennies” qui complète le citation du “destin” par Loukianov, car il n’est pas question ici d’une dimension temporelle, de même que nous doutons grandement qu’on puisse aujourd’hui parler en termes de “décennies”.) Selon cette logique d’appréciation, on est conduit à penser que les Russes doivent donc être influencés par l’intuition, nullement substantivée par une réflexion rationnelle mais pesant de tout son poids sur la psychologie, qu’ils ne sont pas là, à côté des Chinois et éventuellement de quelques autres, pour mettre en place “une autre vision du monde” dans un “monde multipolaire”, mais bien pour porter les coups les plus rudes possibles au Système grâce aux munitions que sont de telles affirmations, absolument relaps pour le Système, comme une “autre vision du monde”, un “monde multipolaire”, le “désavantage” ou l’“inutilité” de l’hégémonie du bloc BAO .

Dans cette instance, nous dirions que les Russes ont été “favorisés” (!) par le “destin”, car ils savent mieux que les Chinois le véritable visage du Système, et le “destin” qu’implique l’existence de cette monstrueuse situation. Mais la Chine est désormais prise dans l’engrenage. Accédant à la toute-puissance, mais s’armant parallèlement, confrontée à l’accélération extraordinaire de l’aventurisme belliciste US, elle ne peut que poursuivre son rapprochement avec la Russie, – peu importe le nom que l’on donnera à cet événement. Même si elle estime être un empire et même si elle prétend être le Milieu du monde comme si l’on pouvait se débarrasser des marges, la Chine est conduite pour affirmer cet empire qui fait partie de son legs fondamental à avoir des contacts majeurs avec le Système, à nécessairement y être partie prenante, donc à un moment ou l’autre, comme la Russie, à s’y trouver confrontée. C’est le “destin” dont parle Loukianov

Dieu sait si nous, nous ignorons où tout cela va nous mener. La seule chose sur laquelle nous nous avancerions, c’est l’observation que nous y allons droitement, très vite et sans espoir de retour, – parce que le bloc BAO n’est pas quelque chose qui abandonne sa cavalcade-Système sous prétexte qu’elle conduit à l’autodestruction. Tout au contraire, gouverné par la fascination....


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