Re-quiem-pour-un-con

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Re-quiem-pour-un-con

9 septembre 2016 – J’avoue, il m’a bien eu, ce Gainsbourg... J’ai lu plusieurs textes qui feraient bien l’affaire, je dirais même qu’il y a une foison à faire tourner la tête ; par exemple, lu hier de Peter Beinart ce texte de The Atlantic (numéro d’octobre), où l’auteur ne comprend pas une minute, pas une seconde voyez-ous, encore moins s’il le faut, pourquoi l’élan populaire ne se fait pas vers Hillary, cet océan de vertus, cette cascades diluviennes de capacités politiques, ce caractère de bronze au service d'une seule cause,  cette extension solaire du domaine de la loi qu’il s’agit de respecter, ce sens presque divin de la grandeur de notre destinée, bref elle qui a tout ce qu’ ‘il faut pour faire un “grand”, “un très-grand hopmme politique“, – sauf, mazette, – et tout s'éclaire, –qu’elle n’est pas un homme ! Eh oui, tout est là, toute l'équilibre de notre civilisation si sublime repose sur cette indignité populiste globalisée venue des veaux qui prétendent voter... Il est vrai, je l’avoue que, lisant ce texte-là comme je lisais tel autre ou tel autre sur le sujet ou tout ce qui est approchant, tant d’autres sur le temps présent de la bagarre USA-2016 qui enchaînent tant de sottises mensongères et hallucinées conformes à la narrative, lisant ce texte réduit à son premier paragraphe, la messe était dite... (« Except for her gender, Hillary Clinton is a highly conventional presidential candidate. She’s been in public life for decades. Her rhetoric is carefully calibrated. She tailors her views to reflect the mainstream within her party. ») ... Aussi n’ai-je eu finalement, qui m’est venu à l’esprit, ce mot décisif et sardonique, – et pourtant sans méchanceté de ma part (certains y distinguerait presque, très loin cachée, comme une tendre ironie devant les bêtises enfantines, car l’on comprend finalement le confort infini de la sottise courante, engoncée dans ses cousins voluptueux nommés “mensonge”, “conformisme”, “goût du privilège”, etc.), – ce mot décisif : « Pauvre con » qui rythme magnifiquement cette chanson, Requiem-pour-un-con.

 Lisez les paroles de la chanson (*) et entendez le mot, claquer comme un étendard, comme le couperet d’une guillotine, comme le tonnerre de la Fin des Temps, et qui semble alors, tel que je l’entend aujourd’hui, pas loin d’un demi-siècle plus tard, s’adresser à sapiens-le-moderne, la bestiole, le zombie-Système qui croyait pouvoir refaire le monde, et son Dieu, à son image parfaitement satisfaite d’elle-même... Voici donc ce qu’il nous dit, et voici par conséquent ce que je perçois comme un requiem pour le “dernier homme” de notre temps :

 

Écoute les orgues

Elles jouent pour toi

Il est terrible cet air là

J'espère que tu aimes

C'est assez beau non

C'est le requiem pour un con

 

Je l’ai composé spécialement pour toi

A ta mémoire de scélérat

C'est un joli thème

Tu ne trouves pas

Semblable à toi même

Pauvre con  [...]

 

Je l’ai composé spécialement pour toi

A ta mémoire de scélérat

Sur ta figure blême

Aux murs des prisons

J'inscrirai moi-même : “Pauvre con”

 

Alors, je remets les choses dans leur contexte avant d’en venir au propos prétendument décisif, et d’ailleurs le contexte lui-même faisant que le propos “prétendument décisif” l’est effectivement. J’ai revu récemment, la TV aidant, ce film de Georges Lautner, d’une production assez classique des années 1960, Le Pacha de 1968. Je l’ai vu plus d’une fois, ce film, sans savoir vraiment pourquoi sinon l’occasion et peut-être plus, cette attirance étrange dont je vais m’expliquer. Bien qu’assez indifférent au genre et sans trouver à ce film les qualités de l’exception, avec notamment ce qu’il faut de retape dans cette sorte-là, celui-là je l’avoue me fascine toujours et encore aujourd’hui, alors que j’y trouve de quoi nourrir une pensée symbolique, lorsque l’intuition l’éclaire. Plusieurs remarques expliquent cette fascination, de mon fait, outre les habituels dialogues d’Audiard qui nous donnent ce qu’il faut de dérision pour nous rappeler à quel niveau l’on se trouve et de qui l’on parle...

(Savourez celle-là du très-très-mauvais garçon et membre de la bande-à-Audiard d’alors André Pousse, Quinquin dans le film, tueur absolument compulsif, jouant la détermination haineuse, la mine absolument, diaboliquement méprisante et minutée pour la tuerie documentée qu’il accomplit tout le long du film ; Pousse annonçant à Dany Carel, celle-là avec l’esprit de répartie aussi bien fait je vous assure que son corps somptueux, qu’ensuite [le gros coup réussi] il s’en ira très loin dans les îles enchanteresses où les femmes sont belles [et il laisse entendre cela comme on dégueule !] ; et elle, mi-ironique, mi-persifleuse et sans doute un instant surprise de croire distinguer chez l’autre quelque chose d’un sentiment humain, et par conséquent cédant au quiproquo : « Quoi, tu me demande de partir avec toi ? » ; et lui : « Dis pas de connerie, on n’emmène pas une saucisse quand on va à Francfort ! »)

La fascination pour ce film me vient fondamentalement de l’“ambiance” où l’action évolue : quelques-uns de ces jours de janvier, piquants, froids et éternellement brumeux, solitaires avec partout des traces de neige et quelques flocons incertains, la Place Vendôme vide ainsi que la Concorde désertée comme je me les rappelle certains jours de solitude glacée des hivers des années 1960 ; les routes incertaines et solitaires hors des autoroutes encore si rares, bosselées par endroits d’un verglas traîtreux et invisible, avec l’action se déroulant initialement (au début) et finalement (à la fin) dans les mêmes plaines sans fin et sans attraits du Nord, vers Amiens et alentour ; là où l’uniformité de l’univers brumeux et froid est tranchée par instant par la silhouette d’une automobile circulant sur une route plate et droite qu’on ne distingue pas, ou par un de ces spectres surgis du passé stérile de l’ère industrielle qui se dresse dans sa vaniteuse prétention réduite à la néantisation ; l’une ou l’autre de ces usines abandonnées où l’on faisait de l’aguichante betterave du sucre industriel qui assurait les fortunes des bourgeois dans leurs hôtels particuliers parisiens, du temps d’après-Talleyrand, fantômes eux aussi d’une époque révolue et méprisable plongés dans une ère mini-glaciaire et à-moitié-sombre... Dieu, combien notre époque est-elle uniformément laide, même et surtout dans ses ruines et usines-monuments abandonnées ! Même dans sa nostalgie qui peut être un sentiment si haut et si beau ! Cette époque rabaisse tout ce qu’elle touche, elle transforme les toilettes des duchesses brillantes et froufroutantes en latrines-pisseuses de banlieue... La modernité pue au-delà de tout.

L’humeur générale du film est de cette sorte : une tragédie, certes, mais toute entière plongée dans la bassesse humaine, médiocre à mesure, d’une propreté douteuse et habillée de ce style sans-style si spécifique des années-1960, sans espoir autre pour notre propos que l’accomplissement de la vengeance inutile et désenchantée, pour une fidélité incertaine au souvenir du temps passé, du Commissaire Joss/Gabin qui veut, dans un dernier effort de sa carrière finissante, faire payer à la foule truandeuse l’assassinat de l’inspecteur Gouvion (l’incroyable tronche de Robert Dalban), celui “qui voulait avoir l’air et qu’a pas l’air du tout”, qui n’a cessé de l’accompagner de ses sottises et de ses impuissances tout au long de sa vie, – « l’empereur des cons... Mon pote ! »

Il y a dans le film un moment où Gabin/Joss vient cueillir un truand qui occupe la moitié de sa vie à jouer de la guitare, comme excellent accompagnateur. Le truand est en studio, où Gainsbourg enregistre justement la chanson dont le titre est celui de ce texte ; donc, rencontre à la fois de la fiction et de la réalité, puisque c’est effectivement en mars 1968 que sort Requiem pour un con, en même temps que le film, Le Pacha, donc sans nul doute avec une parenté et une coordination directes entre les deux, chanson écrite pour le film, inspirée par lui, le film influencé par la chanson en préparation, les deux liés par des occurrences mystérieuses, etc., choisissez l’hypothèse...  J’ai vu et revu ce passage, précisément pour ce texte que j’écris (8-10 secondes en tout, facile avec enregistrement/arrêt sur image/retour, etc.) ; cet instant où ils se croisent ; avec sa gueule éternellement stupéfaite et fataliste tout au long du film devant ce qu’il voit de son époque qui n’est plus la sienne (les hippies, le rock, les filles au sein nus et évidemment sublimes, la marie-jeanne et les pincées de LSD, et tout le reste), Gabin devant l’écran de contrôle attendant la fin de l’enregistrement ; puis pénétrant dans la pièce insonorisée pour rejoindre le guitariste exactement au moment où Gainsbourg en sort ; les deux se croisant exactement au tournant du couloir qui forme l’entrée dans la salle d’enregistrement ; d’abord face à face, sans doute yeux dans les yeux ; puis Gainsbourg frêle mais sans excès qui s’arrête une à deux secondes et s’efface un poil pour laisser passer Gabin massif mais sans excès : plutôt le respect du à l’âge et à l’expérience qu’à la carrure et au déplacement d’air … Dans cet instant Gabin ne regarde plus Gainsbourg et baisse la tête devant lui tandis que Gainsbourg, effectivement arrêté, tourne la tête pour suivre Gabin du regard... Ignorant s’ils se connaissaient seulement, s’ils avaient été présentés pour le film, s’ils en sont restés simplement à ce croisement, même avec l’hypothèse que c’était la vraie séance d’enregistrement du Requiem pour un con ; pas l’ombre d’un sourire ni chez l’un ni chez l’autre, indifférence sévère-blasée chez Gabin, indifférence provocante-intriguée chez Gainsbourg, cela pour les personnages qu’ils étaient et jouaient nécessairement... Pour le vrai, je ne sais, peut-être y eut-il quelque chose entre une seconde et l’autre, comme entre deux représentants décalés et pareillement forcés d’une même modernité à deux différents moments, et qu’ils ne supportaient pas chacun à leur façon, car nul ne supporte la modernité au fond... Ainsi, j’imagine leur dialogue depuis le premier regard face-à-face :

— Alors c’est vous le vieux dont on nous rebat les oreilles depuis des années (question oreilles, je m’y connais) ? Déjà mon père, dans les années trente...

— Alors c’est toi le jeunot qui fait tourner tous ces brèles de connards de Parisiens ?

— Dites, comment c’était de votre temps, c’était mieux ?

— Te fatigue pas.. Note, on pourrait voir les choses comme ça mais la vérité, je crois bien, on y était déjà, on sentait venir... Salut mec.

— Salut le vieux...

C’est vrai, je verrais assez bien ce film, la chanson, l’humeur, la vanité et la fatalité de tout cela, s’adressant à sapiens, aujourd’hui pris dans l’enfer gluant et figé, ou bien aspiré dans le marécage puant et glacé, emporté dans la fatalité du destin de ce monde en décomposition qu’il a créé à la gloire de son hybris et qui se révèle comme la mesure de son effrayante prétention à s’instituer à la fois Être Suprême de l’histoire du monde et Grand Architecte de l’univers sorti du Khaos grâce à sa subtile “feuille de route” nommée modernité. Va jouer avec cette poussière, l’Apocalypse est là...

Dans quel esprit Gainsbourg a-t-il écrit cette chanson qui garde un ton si actuel, ou plutôt qui semble l’acquérir de façon encore plus appuyée, à la lumière des événements présents, si l’on a l’audace de prendre le texte qui semble accoucher de sa musique par obligation de rythme et de sens selon l’interprétation symbolique et métaphorique qui importe ? Pourquoi suis-je si frappé par cette musique étrange, cette syncope qui ressemble plus à la marche du destin qu’aux boîtes de nuit parisiennes jouant à l’exotisme, ces paroles à la fois méprisantes et tragiques, le tranchant des mots, même les plus communs et surtout le plus commun d’entre tous... ? Je me suis aventuré alors dans une perception selon laquelle Gainsbourg s’adresse à sapiens, comme je l’ai dit, au “dernier homme” enfanté par la modernité, à quelque président-poire qu’il devine, et même, finalement, comme une adresse à lui-même, de Gainsbourg à “Gainsbar” comme il disait sur le tard, lorsqu’il s’était définitivement dédoublé, se regardant longuement agoniser dans tous les vices soigneusement exercés.

... Ainsi me suis-je ménagé une transition pour la fin, pour en venir à Gainsbourg complètement et, vraisemblablement, Gainsbourg vis-à-vis de lui-même, lui qui savait si bien être double. Donc, pour clore, voici une correspondance par courriel que j’eus en 2011 avec un ami d’alors (DC, nous en resterons aux initiales) et qui concerne Gainsbourg et un autre film qui lui est consacré, et qu’il faut lire alors avec à l’esprit cette démarche qu’il fit de faire de ce Requiem pour un con, dans l’esprit où je l’ai décrit plus haut, ce qui pourrait être considéré comme une métaphore de la sorte...

PhG : « As-tu vu “Gainsbourg (vie héroïque)” ? Il y a un point étrange dans ce film...

» Je suis un peu un contemporain de Gainsbourg. J'ai souvent eu une perception ambivalent et ambiguë de ce personnage; peu séduit par le côté provoc, le bouffon des milieux parisiens les plus branchés et les plus creux, du show-biz, etc., personnage absolument décadent; et puis, percevant, au travers de telles ou telles déclarations, interviews, accrochages, qu'il y avait chez lui une réelle nostalgie de choses plus hautes qu'il aurait pu faire et qu'ils n'avaient pas faites, donc la sensation implicite d'avoir raté sa vie, ou plutôt son destin. (De même, cette vision double pour son œuvre. Il y a tout un répertoire de Gainsbourg qui m'exaspère, inutile de s'y attarder; il y a certaines chansons de lui que je ne peux entendre sans avoir les larmes aux yeux tant, malgré le sujet de l'amour qui s’y prête peu, elles ont une dimension absolument tragique.) Je n'avais pas envie de voir le film, craignant une apologie du bouffon qui aurait pu permettre une apologie implicite des élites et du show-biz parisiens, une des flèches avancées de la décadence et de la Chute. Je l’ai donc regardé d’un œil plutôt ronchonnant. Et pourtant...

» C’est écrit et tourné par un dessinateur de BD (Johan Star?), qui n’en a pas fait une biographie mais plutôt un conte allégorique tout en respectant la véracité approximative des épisodes abordés, les personnages, etc. Point étrange: dès le départ, Gainsbourg a un double, une créature mi montage-mi BD, qui est soi sa conscience, soit bien autre chose, son Diable, peut-être. La créature sort curieusement, au début du film, alors qu'on voit le petit Gainsbourg avec son étoile jaune passer devant une affiche antijuive sur un mur de Paris occupé, avec des caricatures grossières de juifs, type financier, cigare, nez crochu et tout le toutim... Et la caricature se détachant de l'affiche, pour se transformer et devenir ce personnage, à la fois double et Diable de Gainsbourg. Et Gainsbourg le retrouve de temps à autre, la créature intervient (qu’il est seul à voir, certes), interfère dans ses actes, lui donne des conseils, l’agace en général considérablement, comme quelque chose de lourd à porter, qui veut l’entraîner sur une voie qui lui déplaît... Jusqu’à un moment où, Gainsbourg étant en train de s’interroger sur la façon de percer à Paris et de connaître le succès, la créature double-Diable lui dit (en substance, malheureusement, je n'étais pas assez attentif, ou trop tard, mais la substance est là j'en suis sûr): “Pourquoi tu ne te transformerais pas en personnage bouffon, scandaleux et provocateur, avec les mœurs à mesure, affichés, qui va pervertir, pourrir et abaisser le milieu où tu vas évoluer, et tu en deviendras le roi, tu sera le facteur de la décadence et de la décomposition de ce milieu qui n'attend que ça, tu seras le roi de Paris...” Et Gainsbourg qui répond : “Après tout, pourquoi pas...”

» ...Ensuite, on a l'impression que Gainsbourg traîne cet engagement, ce choix, ce péché originel de sa vie d'adulte, dont il serait prisonnier, et l'on en vient à considérer que ses cigarettes, son alcoolisme, ses aventures diverses, sa provocation finalement épuisante elle-même, sont une forme de suicide pour se libérer, parce qu'il prisonnier pour toute sa vie d'un pacte faustien. »

DC : « Ce que tu écris me fait en outre penser à l'article étonnant de Guénon “Folie apparente et sagesse cachée”, qui, toutes proportions gardées, semble se rapporter à des cas analogues existant dans certains contextes traditionnels. Il cite ainsi Vladimir Lossky qui rapporte que “l’hagiographie orientale connaît des voies de sanctification étranges ou insolites, comme celle des ‘fous en Christ’, commettant des actes extravagants pour cacher leur dons spirituels aux yeux de l'entourage sous l'apparence hideuse de la folie, ou plutôt pour se libérer des liens de ce monde dans leur expression la plus intime et la plus gênante pour l’esprit, celle de notre ‘moi social’”. Guénon, évoquant les dangers psychiques inhérents à de telles méthodes, ajoute le cas des ‘majâdhîb’ qui, en Islam, seraient les équivalent des ‘fous en Christ’, à ceci près “qu'il ne s'agit plus ici de simulation... La majdûb appartient normalement à une tarîkah, et, par conséquent, il a suivi une voie initiatique, au moins dans ses premiers stades... Mais, à un certain moment, il s’est exercé sur lui, du côté spirituel, une ‘attraction’ (jadhab) qui, faute d'une préparation adéquate et d'une attitude suffisamment ‘active’, a provoqué un déséquilibre et comme une ‘scission’, pourrait-on dire, entre les différents éléments de son être. La partie supérieure, au lieu d'entraîner avec elle la partie inférieure et de la faire participer dans la mesure du possible à son propre développement s’en détache au contraire et la laisse pour ainsi dire en arrière; et il ne peut résulter de là qu'une réalisation fragmentaire et plus ou moins désordonnée”.

» Ces remarques (qui doivent évidemment faire écho chez toi) se rapportent évidemment bien plus à un Raspoutine ou un Sabbataï Tsevi (tous deux ayant suivi un véritable cheminement spirituel dont ils ont dévié) qu’à un Gainsbourg, mais je pense que le génie relatif de ce dernier (tout de même supérieur à celle de la moyenne des bouffons du show biz) et la déchéance profonde et authentique portent la marque des certaines “aspirations” qui, pour une raison ou une autre, n’ont pu être satisfaites. Un tel personnage est évidemment riche d’enseignements psychologiques et peut-être même spirituels. L’un des plus profonds adages médiévaux ne dit-il pas que (seule) la corruption du meilleur engendre le pire (corruptio optima pessima est)? »

Finalement, Requiem pour un con pourrait bien être une œuvre héroïque qui s’adresserait à notre époque, au “dernier homme”, au zombie qui peuple notre terrible univers, à l’homme trahi par lui-même... Question posée, sans précipitation, parce que notre époque nous y invite sans s’en cacher en rien : cettechanson et le film qui l'enchasse, qui sortent en mars 1968, ne sont-ils plus significatifs que l'énorme Révolution-bouffe qui se prépare ? Pour la signification haute, je préfère Requiem pour un con et Le Pacha à Mai-68.

 

Note

Effectivement de notre Wikipédia globalisé, qui n’a sans doute pas dû s’autocensurer-Système pour celle-là, cette explication complémentaire qui nous renvoie avec cette chanson, autre symbole, à la symphonie de Dvorak, dite du Nouveau Monde dont on sait le rôle fondamental joué vis-à-vis du Système et dans notre Crise Générale : « La mélodie de cette chanson reprend (de manière très personnelle et un peu ornée) un thème écrit par Antonin Dvorak comme premier motif du quatrième et dernier mouvement de sa Symphonie n° 9 en mi mineur , dite “du Nouveau Monde”, B. 178 (op. 95, 1893). Elle est notamment interprétée dans le film Le Pacha (1968), de Georges Lautner, dans lequel Serge Gainsbourg fait une apparition dans son propre rôle, en studio d'enregistrement. »

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