Qui veut du Pentagone ? Silence de mort ...

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Qui veut du Pentagone ? Silence de mort ...

La prestigieuse et très-puissante fonction de secrétaire à la défense est ainsi décrit par Colin Clark, de BreakingDefense.com : «...what is rapidly beginning to look like the rottenest job in town — leading the world’s greatest military» (“... ce qui est en train de devenir le job le plus pourri en ville, – commander la plus grande puissance militaire du monde”). Le temps passant et les remplaçants désignés déclinant l’offre les uns après les autres donnent de plus en plus la mesure de ce que fut la destitution de Chuck Hagel ; une mesure injuste et arbitraire, liée à la politique totalement incohérente de la Maison-Blanche que l’ancien secrétaire à la défense est implicitement accusé de n’avoir pas suivie, ou de l’avoir critiquée, ou les deux en même temps... Trois “candidats désignés”, comme on parle de “volontaires désignés”, ont décliné l’offre, – Michelle Flournoy, le sénateur démocrate Jack Reed et, plus récemment, le secrétaire à la sécurité intérieure (Department of Homeland Security) et ancien premier juriste du Pentagone, Jeh Johnson.

Colin Clark, d’habitude sérieux et respectueux des pouvoirs et des consignes, se fait extrêmement sarcastique et irrespectueux dans son commentaire du 1er décembre 2014. Il se demande pourquoi on a viré Hagel alors que ceux qui devraient l’avoir été, ce sont les conseillers de sécurité nationale de la Maison-Blanche, qui se sont appropriés à peu près tous les pouvoirs de Hagel (du secrétaire à la défense) pour pouvoir mieux conduire les militaires dans le bordel indescriptible qu’est devenue la politique de sécurité national de Sa Majesté Obama-Saint, plongée dans les contradictions, les changements d’orientation et d’humeur, les renversements d’options, etc., qui mettent même ces braves Français si policés et obéissants dans des états de grande fureur ...

«The idea that Hagel needed replacing — and not the White House aides who have made such a hash of military and national security policy over the last 18 months — is one that seems hard to grasp. Bomb Syria and work with the French to destroy the Assad regime? Check. After a walk between White House chief of staff and President Obama, uncheck! I remember speaking with a senior French official soon after that decision. Details on how the public announcement about air strikes etc and had all been worked out between the two countries and then, poof! Policy changed. The French, to put it gently, were bemused...»

Dans ce grand foutoir qu’est Washington D.C. du temps d’Obama, dans cet imbroglio qu’est le départ de Chuck Hagel, on en est à envisager de nommer un sous-fifre, ou peut-être le portier à ce poste prestigieux, ou peut-être, – pourquoi pas, maintenir Hagel “démissionnaire” jusqu’à la fin de l’administration Obama, histoire d’expédier les affaires courantes.

«The only good news I can see in all this for the Obama administration is that they don’t need to worry about replacing a second senior Cabinet position now that Johnson’s pulled out. We appear left with Deputy Defense Secretary Bob Work, former deputy secretary Ash Carter and, perhaps, Air Force Secretary Deborah Lee James as the only people who haven’t yet turned the administration down as it hunts for a new Cabinet-level appointee to lead the U.S. military. Or are White House officials already effectively doing that job?

»Perhaps Hagel and Obama will discuss this when they meet tomorrow morning at the White House.»

Le jour précédent, le 30 novembre 2014, sur le site de son institut, Ron Paul posait une question correspondant assez bien à l’état d’esprit qu’on voit chez Colin Clark : «Who Wants To Be Defense Secretary?» Paul relève que les prédécesseurs de Hagel (Gates et Panetta), sans doute comme Hagel lui-même, se sont eux aussi amèrement plaint de ce qu’on nomme le “micromanagment” de la défense par la clique de la Maison-Blanche ...

«The president’s first two Defense Secretaries, Robert Gates and Leon Panetta, both complained bitterly this month about their time in the administration. The president’s National Security Council staff micro-managed the Pentagon, they said at a forum last week. Former Secretary Gates revealed that while he was running the Defense Department, the White House established a line of communication to the Joint Special Operations Command to discuss matters of strategy and tactics, cutting the Defense Secretary out of the loop. His successor at the Pentagon, Leon Panetta, made similar complaints.»

A contrario, Ron Paul tend à démentir indirectement la première version du départ de Hagel (“les neocons ont eu la peau de Hagel”), d’abord parce que, comme nous l’avons observé, Hagel n’avait justement aucune influence ni capacité de diriger la politique et la stratégie de sécurité nationale puisque c’est justement le constat que tous font, – y compris les neocons eux-mêmes ! Car c’est là que le désordre devenant hyper-désordre de Washington D.C. est mis en évidence, par le seul fait du refus de Michelle Flournoy de succéder à Gates. Neocon pur jus elle-même, – pourquoi ce refus puisqu’ainsi s’offrait à elle ce poste que les neocons auraient jugé usurpé par cette redoutable colombe de Hagel ? Flournoy, justement, selon Ron Paul, qui attend Hillary Clinton, – Godot attendu(e) comme salvatrice de la Grande République avec quelques guerres de plus fourrées dans son sac-à-dos Hermès (hypothèse, pour la marque)...

«Shortly after Chuck Hagel’s ouster, the media reported that the president favored Michelle Flournoy to replace him. She would have been the first female defense secretary, but more tellingly she would come to the position from a think tank almost entirely funded by the military industrial complex. The Center for a New American Security, which she founded in 2007, is the flagship of the neocon wing of the Democratic Party. The Center has argued against US troops ever leaving Iraq and has endorsed the Bush administration’s doctrine of preventative warfare. The Center is perhaps best known for pushing the failed counterinsurgency (COIN) doctrine in Iraq and Afghanistan. The COIN doctrine was said at the time to have been the key to the US victory in Iraq and Afghanistan. Now that the US is back in Iraq and will continue combat operations in Afghanistan next year, you don’t hear too much about COIN and victories.

»Flournoy turned down Obama before she was even asked, however. She is said to be waiting for a Hillary Clinton presidency, where her militarism may be even more appreciated. With the next Senate to be led by neocons like John McCain, a Hillary Clinton presidency would find little resistance to a more militaristic foreign policy.»

Décidément, la conclusion est inévitable : l’hyper-désordre règne désormais en maître absolu dans la direction américaniste, avec un maître du domaine à la baguette, le président Barack Obama lui-même. Cela nous vaut une situation inédite car jamais dans l’histoire de la Grande République modernisée en National Security State (NSS), même au temps du Watergate où les ministres valsaient d’un poste à l’autre (en sept mois, de janvier à juillet 1973, trois secrétaires à la défense successivement, Richardson, Clements et Schlesinger), une de ces “grosses pointures” sollicitées ne refusa cette fonction prestigieuse qui est un des piliers du susdit NSS, qui nécessite une personnalité d’envergure à sa tête, qui ne peut souffrir de vacance infamante ou de nomination par raccroc. On peut se fixer sur ce fait historique pour mieux mesurer l’état de délabrement du pouvoir à Washington.

La responsabilité de cette hyper-désordre de Washington ainsi si symboliquement mis en évidence, revient évidemment à l’“homme le plus puissant du monde”, cet étrange Iago qui, un jour, semble être “le Mal incarné” pour un Poutine, comme Bhadrakumar en faisait la remarque concernant le G20 de Brisbane, qui semble l’être, deux semaines plus tard, comme dans une étrange et radicale inversion, pour Washington et le centre même du pouvoir le plus puissant à l’intérieur du Système. Que penser de tout cela si ce n’est songer à l’hyper-désordre, ou désordre extrême devenant, à force d’inversion et de simulacre, un hyper-désordre se retournant contre le Système lui-même ?

Nous en viendrions à plaindre le pauvre Pentagone, après tout, le fameux et terrible Moby Dick qui a besoin d’un capitaine Achab d’une certaine hauteur pour pouvoir donner toute sa surpuissance. (L’image de Moby Dick était du secrétaire à la défense Cohen, homme politique et poète à ses heures, qui confiait en 1998 à James Carroll ce que c’était qu’être secrétaire à la défense au milieu de ce monstre tentaculaire dont on verrait bien vite qu’il est capable d’encaisser un Boeing 757 sur une de ses façades sans broncher, comme à la parade, par un beau jour au ciel bleu éclatant d’un mois de septembre, – et ensuite, continuer sa narrative sur son innocence et sur ses vertus sans prendre la peine de reprendre son souffle...)

Mais attention au symbole ... La terrible inculture symbolique de Barack Obama lui fait ignorer la nécessité de la présence impérieuse de Moby Dick dans la narrative impériale de la Grande République. Ce sont ses pratiques arrogantes et pleines d’un étrange hybris, inversé lui aussi, – l’hybris de la non-décision par décisions autodestructrices les unes des autres, du genre “ne faisons rien, nous ne ferons pas de conneries”, – qui le conduisent à une centralisation mortelle par paralysie, au dédain des coutumes et des puissances du Système qui nourrit l’impuissance, à l’ignorance des privilèges des pôles de puissance du Système qui ouvre la voie de l’autodestruction à la surpuissance. Les Pères Fondateurs et même Eisenhower et son discours sur le complexe militaro-industriel se retournent dans leurs tombes, d’indignation de voir cette fonction prestigieuse devenue sous la plume sans grandeur d’un Colin Clark “le job le plus pourri in town”. Dans la course qu’il a prise, Obama est en train de liquider le statut et le fondement d’une des fonctions-clef du Système. Moby Dick laissé à lui-même (ou confié à un sous-fifre, cela revient au même), cela risque de faire des vagues...

Et Ron Paul, plein d’espoir malgré son âge canonique qui ne lui ôte rien de sa verdeur d’esprit, termine son pensum par un avertissement qu’il voudrait sans doute solennel et qu’il juge fort justement plein de bon sens, que personne n’entendra parce que plus personne n’écoute plus personne à Washington D.C. : «So President Obama cannot keep defense secretaries on the job and his top Pentagon pick is not interested in serving the last stretch of a lame duck administration. There is bickering and fighting within the administration about who should be running the latest US wars in the Middle East and elsewhere. Here is one thing none of them are fighting about: the US policy of global intervention... [...] There is no real foreign policy debate in Washington. But the real national security crisis will come when their militarism finally cripples our economy and places us at the mercy of the rest of the world.»

Bref, il faudra bien que l’Empire grimé en artefact simili-historique comme on dit simili-cuir craque et s’effondre d’une façon ou l’autre. Moby Dick sans capitaine Achab digne de ce nom est candidat pour la chose, parmi d’autres. Qui vivra verra...

 

Mis en ligne le 2 décembre 2014 à 17H48

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