Quand Bruxelles ne brusselle plus du tout

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Quand Bruxelles ne brusselle plus du tout

Bruxelles a vécu quasiment une semaine au rythme de “la terreur terroriste”, c’est-à-dire une terreur à-la-Belge, au temps où la Belgique est devenu un modèle de médiocrisation d’un petit pays suivant le rythme que nous imposent le Système et sa crise. (Nous prenons le terme de “médiocrisation” au sens inverse où Mr. Nicolas Schöffer nous conseille de le prendre, c'est-à-dire au sens de “plus en plus médiocre”.) Deux textes bienvenus, cités ci-dessous, nous donnent une vision contrastée, entre ce qui est la vérité-de-situation de cet épisode rocambolesque-abracadabrantesque, et l’interprétation d’esprits d'une bonne qualité à la psychologie totalement pervertie par une vision idéologisée, pervertie jusqu’à l’inversion accomplie. L’épisode marque également l’extraordinaire décadence du personnel politique (celui de le Belgique, selon la norme des pays-BAO, mais avec une touche exotique tout de même) devenu nécessairement direction-Système, qui réussit à se situer largement au-dessous du niveau zéro de la chose.

(L’expérience de Philippe Grasset [PhG] nous a été utile pour cette analyse. Installé en Belgique en 1967 comme journaliste dans un quotidien, travaillant sur les affaires de politique extérieure, il se maria une première fois et eut comme beau-père un avocat liégeois de grande qualité qui avait un temps été tenté par la politique et fut ministre dans le gouvernement Vanden Boeynants (VDB). Cela permit à PhG de connaitre les milieux politiques et gouvernementaux du pays sans interférences sur le sens et le thème de ses activités professionnelles. Le gouvernement VDB chuta en 1968 à cause de la crise de l’université de Louvain, où les revendications flamandes obtinrent la division de cette université francophone en deux, avec création d’une Université de Louvain-flamande. Cette circonstance que nous tiendrons pour dérisoire par rapport aux enjeux de la politique générale marqua le début de la décadence du système. [*] Après les années 1960, PhG eut encore des contacts journalistiques resserrés au niveau de l’information à l’occasion du choix des F-16 par la Belgique en 1974-1975, des années-Gladio, notamment avec les tueries du Brabant jusqu’aux révélations sur Gladio en 1989-1990, avec la chute du communisme en 1985-1990, et jusqu’à l’affaire Dutroux de 1996-1997 ; enfin brièvement, lors de l'épisode glorieux de février 2003, du à un ministre de la défense belge de bon sens, lorsque la Belgique se rangea courageusement aux côtés de la France et de l'Allemagne à l'OTAN, contre l'attaque de l'Irak. Puis plus grand’chose, c’est-à-dire plus rien de quelque contact que ce soit sur le cours de la situation belge parce que plus rien n’existait plus qui ressemblât de quelque façon que ce soit à un État responsable ; désormais, la Belgique se considérait simplement comme une province de l’UE, avec abonnement et carte de réduction à vie à l’OTAN, avec transfert à mesure des responsabilités ... On retrouve là le schéma de la décadence occidentale suivant l’évolution de la Grande Crise.)

Jusqu’aux années 1960, effectivement, le système belge constituait un système de gouvernement bourgeois sérieux, avec les accointances qui vont avec (la Maison Royale, l’armée, la grande industrie et la finance, les syndicats). Les crises avaient du sens (crise Royale, grandes grèves de 1960), au contraire des pitreries d’après. La décadence du personnel politique fut alors vertigineuse, de génération en génération, entraînant l’abandon total de la moindre prétention à la souveraineté en même temps que l’installation d’un désordre kafkaïen avec la multiplication des pseudo-autorités linguistiques, régionales, communautaires, etc., et la corruption et l’ineffcacité allant avec. L’actuel Premier ministre est le fils de Louis Michel, chef de parti (libéral) et ministre d’une période déjà décadente, et donc lui-même étant d’une génération du niveau “décadence-de-la-décadence”.

Le comportement du gouvernement et de la direction-Système belge durant cette semaine de terreur-à-la-belge, assez justement décrit par le texte de Nicolas Gros-Verheyde, accumule toutes les irresponsabilités, les gabegies, les incohérences, d’un pays sous-équipé dans toutes les matières de la sécurité publique, et du service public en général, sans le moindre esprit de service public bien entendu. Bien entendu, tout cela est sacrifié à la doxa libérale répétée de façon pavlovienne par la scintillante et massive constellation de ministres, sous-ministres, hauts-fonctionnaires, conseillers, communicants, sociologues, etc. Les grands corps de la sécurité publique ont également subi cette chute dans la décadence... L’armée, qui représentait malgré sa petitesse, dans le chef de son corps d’officiers de haut rang, une élite au très grand brio intellectuel et d'une superbe tendance gaullienne dans les années 1970-1980, est tombée au niveau des républiques bananière dont le bloc BAO est farci ; les services de sécurité (police, SR, etc.), déjà considérblement moins brillants que l’armée  avant la chute, sont réduits, pour le renseignement, au niveau du “copié-collé” de la presse-Système et de quelques consignes otanesques et américanistes grappillées de-ci de-là. On voit sur quelles bases techniques et opérationnelles, du point de vue qualitatif, ont été prises les décisions de la semaine que nous venons de vivre.

La réaction de ce système extrêmement moisi à l'évènement 11/13 a tenu d’abord aux accusations sans guère de doute fondées venues de France, affirmant que la Belgique servait de territoire de réserve du terrorisme. (La Belgique a toujours eu un rôle particulier à cet égard dans l’histoire par rapport à la France, vis-à-vis des “dissidents” ou irréguliers venus de France, de Victor Hugo aux clandestins de l'Algérie française [plutôt que l'OAS elle-même, qui préférait l'Espagne], et bien entendu, aujourd’hui, vis-à-vis des structures djihadistes. Là aussi, la décadence est très fortement marquée, et il ne manquera pas de bonnes âmes pour s'exclamer à propos de notre audace sacrilège de mettre Hugo et les djihadistes dans la même phrase, – mais chaque époque a les “irréguliers” qu'elle peut, c'est-à-dire ceux qu'elle crée elle-même, donnant ainsi une mesure d'elle-même plus que du commentateur.) D’où une première panique de la direction-Système belge devant cette accusation venue, comme on dit, d'outre-Quiévrain. D’autre part, il était vital que rien ne se produisît dans Bruxelles, “capitale de l’Europe” et donc vis-à-vis de l’UE, car cette situation par rapport à l'UE est la principale vertu, la principale richesse et quasiment la seule raison d’être du maintien de la Belgique en l’état. Par conséquent, si Michel Junior annonçait en début de période, dans la grande semaine de l’antiterrorisme brusselaire succédant à 11/13 qu’il ne fallait pas “céder à la peur”, c’était déjà qu’il cédait, lui, à la panique complète d’un système surpris en flagrant délit d’inexistence abracadabrantesque.

A cette lumière, le deuxième texte de WSWS.org apparaît singulièrement grotesque et surréaliste lorsqu’il interprète cette “semaine de terreur” en Belgique comme un exercice de resserrement du contrôle policier de la population dans un vaste plan d’installation d’un contrôle policier-dictatorial gouvernemental dans les pays du bloc BAO. (D’ailleurs, la “semaine de terreur” se réduisit à Bruxelles, comme le précise Gros-Verheyde, la périphérie et le reste du pays fonctionnant normalement, comme si les pseudo-terroristes préparant leur coup avait décidé de rester précautionneusement exposés à la seule structure pseudo-sécuritaire qui transforma Bruxelles en ville morte d’on ne sait quelle trouille pendant toute la séquence.) Ainsi, après une analyse des mesures prises et des déclarations diverses sans noter la réalité de désordre, d’inefficacité et d’incohérence qu’on observa au niveau opérationnel dans l’action des forces dites “de sécurité”, terminer par deux paragraphes qui ne font rien moins que suggérer les prémisses de la mise en place d’une dictature policière dont par un seul de ces politiciens en carton bouilli n’est capable d’assumer la responsabilité et la moindre mesure dans ce sens simplement par inculture et ignorance (et nullement par vertu idéologique, sinon démagogique), – cela est effectivement, intellectuellement grotesque. (Comme est grotesque le fait de prendre comme une déclaration sérieuse l’ironie pourtant pas dénuée de sens symbolique d’un Zemmour disant qu’on ferait mieux de bombarder Molenbeek que Raqqa.) C’ela devrait être dans tous les cas une leçon avec travaux pratiques pour tous les esprits inclinés à penser dans le sens de l’annonce de la dictature policière dès qu’une horde de flics type-Terminator apparaît au coin d’une rue, dans leurs véhicules bardés de vitres teintés et de couleurs de la nuance L’Empire contre-attaque... Les deux paragraphes de WSWS.org, pour d'ores et déjà situer la chose :

« Maintenant que ces forces [djihadistes] sont de retour en Europe, les gouvernements impopulaires du continent se saisissent des attentats qu’elles montent pour lancer des attaques draconiennes sur les droits démocratiques de la population. Après que les autorités françaises ont imposé l’état d’urgence et suspendu les droits démocratiques de base pour trois mois et qu’elles se préparent à inscrire l’état d’urgence de façon permanente dans la Constitution française, le gouvernement belge a annoncé sa propre série de mesures sécuritaires.

» Il a l’intention de s’octroyer de nouveaux pouvoirs pour imposer des mesures extraordinaires pendant l’état d’urgence, de développer un « plan de prévention et de répression » pour la zone de Molenbeek et d’élargir les pouvoirs de recherche, de saisie et de surveillance de la police. D’autres mesures comprennent une augmentation de €400 millions des dépenses de sécurité, des contrôles renforcés aux frontières, plus de 520 postes militaires supplémentaires et l’élimination des cartes anonymes d’appel prépayées. »

Voici donc les textes sur cette pitrerie postmoderne, en plein XXIème siècles où les lendemains chantent par avance d’une voix sonore de fausset, tout cela au nom du Système dont la surpuissance ne cesse d’esbaudir le chaland à la plume catastrophiste. D’abord, le texte de Gros-Verheyde, sur Bruxelles-2 le 26 novembre 2015, justement descriptif comme nous le notions. (Le titre initial «  La gestion de crises du lockdown de Bruxelles : une improvisation totale sans explication réelle » a été raccourci à sa deuxième partie pour raisons techniques.) Ensuite le texte de WSWS.org du 24 novembre 2015 (texte en anglais du 23 novembre 2015), par Stéphane Hugues et Alex Lantier.

dedefensa.org

Note

(*) En 1968 résonnait encore à nos oreilles la chanson de Jacques Brel Bruxelles, dont le refrain contient cette phrase « C’était au temps où Bruxelles brusselait... ». La licence poétique du “verbe ” bruesselait” est souvent reprise avec l’orthographe “bruxeller” (“bruxellait”), sans que nous connaissions l’orthographe originale. L’orthographe “brusseler” nous paraît beaucoup mieux correspondre, selon l’accent “brusselaire” que Brel connaissait si bien, – c'est notre licence poétique à nous.

 

 

 

Une improvisation totale sans explication réelle

La gestion de crises du gouvernement belge après les attentats de Paris parait totalement surréaliste quand on la regarde avec un peu de recul. Des mesures très fortes arrivant à un état d’urgence atteint dans aucune capitale en Europe, pourtant touchée plus directement et plus gravement par des attentats que la Belgique. Sans aucune explication… La mise à l’arrêt de la capitale belge, et européenne, n’est pas vraiment un gage de sérieux dans la gestion de crises. La façon dont cette alerte a été levée ressemble à une vraie débandade et jette comme un doute sur la pertinence des mesures prises…

Premier temps : éviter de tomber dans la peur

Le premier message délivré par le Premier ministre juste après les attentats de Paris de vendredi 13 novembre est pourtant clair : « Nous demandons aux concitoyens d’éviter d’aller à Paris si ce n’est pas indispensable. Les contrôles seront renforcés dans les événements publics. Je lance un appel à ne pas tomber dans le piège de la peur. Tous les démocrates doivent se tenir debout face au terrorisme. »

Deuxième temps : la mise à l’arrêt

Ensuite, tout s’accélère. Les décisions se succèdent à un rythme formidable dans la nuit du vendredi à samedi : déclenchement de l’alerte de niveau 4, fermeture des établissements accueillant du public (cinéma, théâtre…), du métro (et de certaines lignes de bus et de tramway), puis des commerces un par un le samedi, maintien de toutes ces mesures le dimanche, et enfin, fermeture de toutes les écoles dans les 19 communes belges sur deux jours lundi et mardi. Sans vraiment d’explication publique autre que d’annoncer : il y a une menace « imminente ». Les militaires, venant des unités d’élite de l’armée belge, plus habitués aux terrains extérieurs qu’à patrouiller en ville, débarquent de leurs camions, casqués, armés, dans la capitale et se positionnent dans tous les points de Bruxelles mais pas tous. Des véhicules blindés Dingo sont même déployés aux endroits stratégiques (gares, institutions européennes, certaines ambassades…). Lire : Et Bruxelles devint noire… Des opérations de police sont menées tambour battant. Avec des résultats nuancés.

Des exceptions… ubuesques

Les trains continuaient de circuler mais pas les métros. L’aéroport, situé en bordure de la région de Bruxelles, à deux pas de l’OTAN continuait de fonctionner comme si rien n’était. Les magasins du centre étaient fermés. Mais ceux de quartier restaient ouverts sans désemplir d’ailleurs. Les villes aux alentours en région wallonne comme flamande, tels Malines (Mechelen), Halles, Waterloo restaient non concernées par les mesures. Une situation totalement ubuesque…

Troisième temps : le retour à la normale

Le descrescendo est tout aussi brutal. Le retour à un niveau 3 est annoncé de façon soudaine jeudi (26 novembre) dans l’après-midi. Il prend même de court le Centre de crises qui annonçait toujours il y a quelques instants le maintien des mesures jusqu’au 30 novembre comme les responsables politiques bruxellois et fédéraux, qui auront bien des difficultés alors à justifier le maintien des mesures.

Une mesure brutale totalement insolite en Europe

Nombre d’Etats ont vécu un niveau de menaces aussi important. Madrid en 2004, Londres en 2005, Paris en 2015. Rien de similaire n’a été prévu. Même lors des évènements de janvier à Paris, en janvier 2015, alors que certains terroristes couraient toujours, aucun lockdown de ce type n’a été mené. Idem pour les attaques les plus récentes du Bataclan et du Stade de Saint Denis. Passé la stupeur et l’effarement, la vie a repris son cours, en prenant quelques précautions. Certains théâtres ont interrompu leur représentation les premiers jours. Mais c’était plutôt que le coeur n’y était pas. Les écoles et les commerces n’ont pas été fermés, sauf raison particulière. Les métros, bus… ont continué de circuler.

Une mesure anxiogène

Bloquer de cette façon là une capitale est relativement délicat. La menace était forte, voire très forte. Certes. Mais ce n’est pas la première fois. Est-ce suffisant pour tout bloquer ? Prendre une mesure de précaution à un moment donné – le samedi – pouvait être compréhensible. Ne serait-ce que pour des raisons d’économie de force. En prolongeant cet état d’urgence au-delà de 24 heures, le gouvernement a commis une erreur. Il a créé, inutilement, un climat anxiogène dans la population, laissant croire qu’il ne maitrise pas la situation. Il n’a pas vraiment prévu de solution de sortie, improvisant chaque jour de nouvelles mesures.

Un défaut patent d’explication

Ce qui est notable en Belgique est l’absence d’explication politique, importante, détaillée. En France, dans une situation autrement plus grave et plus exceptionnelle, le président de la République, François Hollande est rapidement intervenu sur les ondes radio et télévision avec un premier message, assez clair. Puis le Parlement a été convoqué solennellement. Et un nouveau message délivré publiquement à la Nation. Une explication de texte sur la menace – assez limité mais de manière compréhensible – a été délivré. Rien de ceci en Belgique. Le message délivré à l’issue d’une réunion du Premier ministre, Charles Michel, au sortir des réunions d’un Conseil national de sécurité, l’a été presque en catamini, et est resté très succinct. On a parlé d’une menace identique à Paris sans plus de détails. Il y a bien eu une intervention devant la Chambre, le 19 novembre (lire ici). Mais là encore aucune information sur la réalité de la menace. Juste une grande liste des mesures prises. Un discours davantage destiné à montrer que le gouvernement réagit plutôt qu’à expliquer ces mesures.

Aucun message à la population solennel

Aucun propos élaboré, de message à la nation, au peuple belge, et même à la représentation parlementaire, n’a été développé. Le Roi — qui est tout de même officiellement le Chef de l’Etat et dont cela aurait pu être le rôle —, n’est pas intervenu non plus. Au moins pour délivrer un message rassurant. La seule information concrète l’a été par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, sur la chaîne américaine CNN ! Cette manière de gérer la crise, vu l’importance des mesures prises, est révélateur d’une erreur patente dans la gestion de crises. On sentait bien que le gouvernement avait peur d’être pris en défaut en cas d’attentat. Il a préféré agir de la même manière qu’en médecine, on plonge le patient dans le coma le temps de réaliser les opérations nécessaires.

Une plongée dans le coma, faute de moyens

La vraie raison de cet état d’urgence, c’est qu’il n’y a pas d’effectif suffisant. Durant des années, il y a eu un désinvestissant croissant à la fois dans la police comme dans les forces armées (Lire : L’armée belge en manque de gilets pare-balles puise dans les stocks de l’Oncle Sam). Ce n’est pas, contrairement à ce qui est écrit (en France notamment reprenant des arguments utilisés par les nationalistes flamands), le millefeuille administratif de Bruxelles qui est particulièrement en cause. Dans le dispositif policier et sécuritaire, il a été singulièrement réduit tout de même depuis l’affaire Dutroux. Ce qui fait défaut, c’est un manque patent d’effectifs. Il manque 600 policiers dans le cadre d’effectifs bruxellois. Et dans les communes les plus sensibles, il en manque plus de 125 comme relatait sur la RTBF, le chef de police de la Zone ouest (dont fait partie Molenbeek), le commissaire Johan De Becker.

Nicolas Gros-Verheyde

 

 

Après les attentats de Paris, Bruxelles sous occupation militaire

La région de Bruxelles était toujours verrouillée lundi après la déclaration par les autorités belges d’une situation d’urgence sécuritaire dans la nuit du 20 au 21 novembre. Le gouvernement a ordonné la fermeture du métro et des principaux lieux publics et dit aux habitants de rester chez eux, invoquant le danger d’attentats similaires à ceux commis à Paris par l’État islamique (EI) le 13 novembre.

Des forces de police lourdement armées ont mené une chasse à l’homme à grande échelle dans plusieurs quartiers de Bruxelles durant le week-end. Les autorités ont ordonné aux habitants de rester loin des fenêtres et aux clients des hôtels de ne pas en sortir. La police a imposé le black out des informations durant les opérations, demandant aux gens de la région de ne publier sur les médias sociaux ni informations ni mises à jour de la situation.

Les procureurs fédéraux belges avaient fait une brève annonce sur l’opération dans la nuit de samedi à dimanche. Selon la Radio-Télévision belge francophone (RTBF) elle était en préparation depuis plusieurs jours. Son objectif était soi-disant de retrouver Salah Abdeslah, un membre présumé de l’équipe de l’EI ayant sévi à Paris. Les procureurs ont dit alors que la police n’avait trouvé ni armes ni explosifs. Et lundi, malgré l’ampleur des opérations, Abdeslah n’était toujours pas retrouvé.

On ne sait toujours pas ce qui a motivé l’opération de police et le verrouillage de Bruxelles, ou pourquoi une telle opération, prétendument soigneusement préparée, a échoué à trouver quoi que ce soit. Les journalistes de la RTBF ont rapporté que les séances officielles d’information étaient « avares de commentaires»

Après un rapport de l’OCAM (Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace) sur la situation dimanche, le gouvernement belge a annoncé qu’il maintiendrait les écoles, les universités et le métro de Bruxelles fermés lundi. Les autorités ont confirmé que ces fermetures avaient été maintenues même après la fin de l’opération de police du week-end.

Les mesures d’urgence avaient été annoncées samedi par le premier ministre belge Charles Michel qui a fait état d’avertissements non spécifiques de la part de l’OCAM.

« Cela résulte d’informations, relativement précises, d’un risque d’attentat tel que cela s’est déroulé à Paris. On parle donc de menace portant sur une hypothèse où plusieurs individus avec des armes et des explosifs démarrent des actions, peut-être même à plusieurs endroits en même temps », a-t-il expliqué.

L’avertissement de l’OCAM a entraîné l’élévation du niveau d’alerte de l’État belge à quatre, le maximum. « Le niveau 4, tel qu’il est décidé pour Bruxelles, suppose donc une menace ‘sérieuse et imminente’ selon les termes de la loi qui organise les niveaux entre 1 et 4 dans notre pays », a ajouté Charles Michel.

Des responsables belges ont ensuite fait plusieurs déclarations contradictoires sur le caractère de la menace. Samedi, Le Soir citait des rapports de police disant que deux terroristes étaient à Bruxelles, transportant une bombe comme celles déclenchées en dehors du Stade de France à Paris le 13 novembre.

Dimanche, lors d’une conférence de presse avec les ministres de la Justice, de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, Michel faisait de nouveau entendre qu’il s’agissait d’une opération terroriste sensiblement plus importante. « Nous redoutons une attaque similaire à Paris dans l’ensemble du pays avec plusieurs individus qui lancent des offensives à plusieurs endroits en même temps », a-t-il dit. « La menace est considérée comme sérieuse et imminente, comme hier. »

Les attaques terroristes de Paris ont provoqué une grave crise pour l’impopulaire et réactionnaire gouvernement Michel. Il cherche à profiter de l’hystérie policière déclenchée après les attentats de Paris et à redorer le blason de sa coalition MR-ANV en fait de Loi et d’Ordre, mais il est aussi de plus en plus critiqué au plan international depuis qu’il est connu que plusieurs attaquants de l’EI sont venus à Paris de Belgique.

Le gouvernement Michel est une coalition instable du petit Mouvement réformateur (MR) francophone et libre-marché de Michel et de divers partis flamands de droite et d’extrême droite, menés par la Nouvelle alliance flamande (NVA) qui prône le séparatisme flamand. Au cours de la dernière année, il a été touché par des grèves de protestation répétées alors que la colère monte dans la classe ouvrière vis-à-vis de sa politique d’austérité. Il est aussi dans la critique en raison de ses sympathies d’extrême- droite.

Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, (NVA) a provoqué un scandale l’an dernier lorsqu’on vint à connaitre sa réunion en 2001 avec le Sint-Maartenfonds, l’organisation d’anciens combattants des SS belges ayant combattu pour les nazis contre l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale. Jambon a donné une entrevue à La Libre Belgique où il minimisait la collaboration avec le nazisme en Belgique, disant: « Les personnes qui ont collaboré avec les Allemands avaient leurs raisons. » Il a appelé la collaboration une « erreur » parce qu’après, « le mouvement nationaliste flamand [avait] été isolé pour des décennies. »

Dans son discours du 19 novembre devant le parlement belge, Michel a adopté un ton belliqueux à l’égard des combattants islamistes revenant de la guerre syrienne en Europe et dit : « Les djihadistes qui rentrent, leur place est dans les prisons. »

Mais en même temps, il s’est senti obligé de répondre à l’escalade d’attaques venues des responsables français, qui ont accusé Bruxelles de l’échec étourdissant des renseignements français à détecter les attaques du 13 novembre (voir: Attentats de Paris : les terroristes ont agi « au grand jour »). Ceux-ci ont affirmé que les autorités belges ne les avaient pas averti des agresseurs vivants à Molenbeek, quartier de Bruxelles d’environ 100.000 habitants et large communauté immigrée à fort chômage.

Le ton de plus en plus hystérique des médias français est incarné par la remarque d’Éric Zemmour, commentateur de radio et propagandiste d’extrême-droite qui a appelé la France à bombarder la Belgique: « Au lieu de bombarder Raqa [capitale de la région tenue par l’EI en Syrie], la France devrait bombarder Molenbeek d’où sont venus les commandos du vendredi 13. »

Le 19 novembre, Michel a déclaré : « Je n’accepte pas les critiques qui ont visé nos services de sécurité, » ajoutant que la responsabilité des renseignements français était au moins au même niveau que celle de leurs homologues belges.

Le conflit entre les responsables de Bruxelles et Paris souligne que les attentats de Paris et l’actuelle répression policière dans toute l’Europe sont le produit du soutien de l’OTAN aux milices islamistes dans la guerre de changement de régime contre le président syrien Bachar al-Assad. Bénéficiant du soutien officieux d’autorités européennes, elles ont réussi à recruter plusieurs milliers de jeunes de toute l’Europe pour la guerre en Syrie.

Philippe Moureaux, ancien maire de Molenbeek, a donné une interview au Soir exprimant du regret d’avoir aidé les milices anti-Assad d’où est sorti l’EI. « Quand il y a eu les premiers départs pour la Syrie, on était presque en train de les encourager. Parce qu’ils allaient lutter contre un monstre. Nous n’avons pas compris les risques. Nous n’avons pas fait assez pour ces jeunes et, encore une fois, je porte une certaine responsabilité pour cela », a-t-il dit.

Maintenant que ces forces sont de retour en Europe, les gouvernements impopulaires du continent se saisissent des attentats qu’elles montent pour lancer des attaques draconiennes sur les droits démocratiques de la population. Après que les autorités françaises ont imposé l’état d’urgence et suspendu les droits démocratiques de base pour trois mois et qu’elles se préparent à inscrire l’état d’urgence de façon permanente dans la Constitution française, le gouvernement belge a annoncé sa propre série de mesures sécuritaires.

Il a l’intention de s’octroyer de nouveaux pouvoirs pour imposer des mesures extraordinaires pendant l’état d’urgence, de développer un « plan de prévention et de répression » pour la zone de Molenbeek et d’élargir les pouvoirs de recherche, de saisie et de surveillance de la police. D’autres mesures comprennent une augmentation de €400 millions des dépenses de sécurité, des contrôles renforcés aux frontières, plus de 520 postes militaires supplémentaires et l’élimination des cartes anonymes d’appel prépayées.

Stéphane Hugues et Alex Lantier

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