Poutine et Trump les yeux dans les yeux

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Poutine et Trump les yeux dans les yeux

L’on avait donc dit que Trump avait demandé à Poutine, “les yeux dans les yeux” comme l’on dit au royaume des borgnes, si, oui ou non, la Russie avait interféré dans les élections présidentielles US ; l’on avait dit que Poutine avait répondu, la main sur le cœur outre les yeux dans les yeux, que non, pas du tout ; l’on avait dit que Trump, grand seigneur, avait accepté cette réponse et loué les vertus du président russe... L’on pouvait alors penser que la rencontre entre Poutine et Trump apporterait un élément proche d’être décisif sur la question de l’interférence russe dans les élections US, – sinon chez les progressistes-sociétaux, où ce débat semble être devenu une sorte de masturbation de la vertu (essayez vous-mêmes, vous verrez), dans tous les cas du côté, au moins, de l’administration Trump. L’on n’avait rien compris.

C’est bien de ce côté que nous voulons parler : du côté des hommes (et des femmes, certes) du président... Eh bien, constatez aussitôt qu’il n’en est rien, par deux exemples (ou plutôt 2 + 1 , le troisième étant peu exemplaire) qui se sont enchaînés gracieusement ce week-end..

• Sur FoxNews, on écoutait ce week-end le chef de cabinet du président Trump lui-même, Reince Priebus, annoncer que le président Trump ne croyait pas ce qu’il avait dit lui-même (à Hambourg), savoir qu’il croyait l’affirmation de Poutine selon laquelle il n’y avait pas d’intervention russe, etc., etc... Il n’y croit absolument pas !

« Priebus said, “The president absolutely did not believe the denial of President Putin.” He continued, “What the president did is he immediately came into the meeting, talked about Russian meddling in the U.S. election, went after that issue at least two separate times … This was an extensive portion of the meeting.” »

• Sur CNN, la chaîne qui se distingue ces derniers temps par l’exceptionnelle qualité de ses informations et de ses analyses, on entendait la plus exceptionnelle de toutes (et de tous), l’ambassadrice des USA à l’ONU Niki Halley qui se distingue, elle et depuis qu’elle en poste, par une production diluvienne de sottises, de contre-vérités et de d'affirmations contradictoires à celles de ses autorités diverses sans quepersonne ne lui fasse la moindre remontrance. (Alors, dira-t-on, pourquoi s'en priver ?) Halley est totalement incompétente en matière de politique extérieure et de sécurité nationale, ce qui lui permet d’affirmer avec l’aplomb qu’on lui voit, allant nous répétant pour ce cas “ce que tout le monde sait bien, que les Russes ont interféré dans nos élections”. CNN n’a donc pas manqué la nouvelle et TheDuran.com nous en donne un succinct aperçu écrit en même temps que la vidéo de la chose... A noter que Halley ajoute une gâterie de son cru : c’est Trump qui a regardé Poutine les yeux dans les yeux pour lui dire, sans doute en clignant de l’œil, que non, il ne le croyait pas du tout, et que l’autre n’était qu’un menteur... Ainsi vogue le royaume enchanté de l’ambassadrice Halley – à qui l’on prête des ambitions présidentielles, cela va de soi.

« Haley told CNN’s Dana Bash in a pre-taped interview for “State of the Union”… “Everybody knows that Russia meddled in our elections.” “They’re doing this across multiple continents, and they’re doing this in a way that they’re trying to cause chaos within the countries.” “And it’s not just going to be us saying this. I think you’re going to hear other leaders come out and say, cut it out, we’re not going to put up with it.”

» Haley said that Tump wanted Putin to basically look him in the eye [and] let him know that ‘Yes, we know you meddled in our elections. Yes we know you did it, cut it out.”

» Bash then asked Haley this question… “You said everybody knows that the Russians meddled in the U.S. elections, and that the President said so behind closed doors to Vladimir Putin. If that’s the case, why won’t the President say this in public? It would put a lot of these questions, and–frankly the fact that a lot of your fellow Republicans are perplexed–it would put it all to rest. Why won’t he do it?”

» Haley replied with a pathetic “you can ask him” statement, and insisted that you can judge POTUS Trump by his words and by his actions. »

• Autre intervention, sans grande surprise finalement, bien qu’il s’agisse d’un homme dont on a dit un temps qu’il aurait pu être le secrétaire d’État de Trump, John Bolton. Dans un grand sourire ricanant, Bolton nous a annoncé que Poutine “mentait effrontément en pleine face du président Trump”. A nouveau TheDuran.com, alors qu’on repense avec effarement qu’il y a quelques mois, en novembre-décembre 2016, Bolton discourait effectivement avec assurance comme s’il était déjà secrétaire d’État de Trump... Mais non, après tout, il n’est absolument pas assuré que notre effarement soit justifié, au contraire il est bien possible qu’il soit déplacé.

« Bolton continues to repeat the massively debunked “17 intelligence reports” talking point as proof to the fact that Putin’s denial of election meddling was a lie. The only lie going around is the Hillary Clinton “Russian meddling” story that neoconservatives like Bolton so quickly take up. Then again, both Clinton and Bolton are from the same neoconservative, military industrial complex school of thought. One man helped destroy Iraq, and the other woman destroyed Libya.

The disappointing part of the video segment below is watching a usually intelligent and measured Laura Ingraham stoop to the level of dumbed down Russophobe, as she takes the bait, and partakes in Bolton’s Putin hating paranoia, failing to ask the neocon some simple questions, like “where is the evidence of Russian hacking?”.

» Bolton also touched on the ceasefire agreement between Trump and Putin on Syria, for which, as expected, Bolton pushed the “Assad must go” mantra, once again showing the United States’ inability to walk back a disastrous regime change policy people like Bolton hatched more than a decade ago. »

Comme on l’a vu (les yeux dans les yeux) et d’ailleurs déjà dit, ces deux-trois exemples viennent de personnalités qui sont ou prétendent être proches de Trump, et/ou travaillent à son service et sous ses ordres. Si on les entend bien, nous voilà revenus d’une certaine façon et une fois de plus à la case-départ de cette période chaotique qui secoue Washington D.C. depuis un an. A chaque fois qu'on croit échappper au cloaque, on y retombe... Si, après l’entretien de Hambourg salué comme un magnifique succès par Trump, il s’avère selon des voix dites-“autorisées” que la rencontre fut d’abord marquée par l’assurance que Poutine ment lorsqu’il dit que les Russes n’ont pas interféré dans la campagne présidentielle, que valent donc les autres acquis qui vont très vite être contestés, ou bien transgressés par quelque acte non autorisé, ou non prévu, ou incontrôlé, ou malveillant, etc., comme c’est le cas par exemple, – exemple le plus révélateur, – en Syrie depuis des mois (et depuis des années si on prend en compte la présidence Obama) ?

Tout cela nous vient d’un pays qui ne cessent d’interférer directement et à ciel ouvert dans un nombre considérable de consultations électorales, ou de coups d’État d’un nombre tout aussi considérables de pays depuis la fin de la guerre, depuis les élections italiennes de 1948 jusqu’à tout ce qui se passe en fait de changements politiques dans notre époque de l’Ukraine à la Russie, à l’Iran, à l’Afghanistan, au Royaume-Uni (Obama avant le Brexit), à la France (Obama, ex-président agissant en position de président-prolongé en faveur de Macron) et ainsi de suite. Énoncer ce lieu commun est la cause du plus pur découragement qu’on puisse imaginer s’il s’agit de discuter sérieusement de la valeur du pouvoir de l’américanisme, 1) dans sa capacité à se contrôler lui-même, 2) dans son comportement illégal et violateur des souverainetés de tous les pays qui aont pour lui quelque intérêt stratégique ou autre...

Même si le professeur Stephen Cohen a raison de juger “historique”, d’un point de vue rationnel, la rencontre de Hambourg, il nous paraît bien difficile de croire que ce caractère puisse empêcher quoi que ce soit de la dissolution très rapide des progrès qui y ont été réalisés. Ce n’est même pas dire que Trump est tenu par les forces diverses du soi-disant Deep State, qu’il ne contrôle pas toute son administration, qu’il se heurte à des obstacles très ardus à franchir ; c’est, bien au-delà et de façon bien plus incontrôlable, plutôt constater que le pouvoir US est dans un état de dissolution avancée où sans doute plus personne n’est capable de rétablir une autorité quelconque.

Plus que jamais, nous concluons que Trump n’a aujourd’hui, comme intérêt – comme il fallait attendre de lui d’ailleurs pour qu’il donne tous ses avantages bien compris, – que le seul point de vue négatif de son action, à cause des dégâts qu’il ne cesse de causer par son comportement à ce pouvoir de l’américanisme, volontairement et involontairement, directement et indirectement. Cet état de dissolution que nous déplorons en jugeant rationnellement de la situation tactique autour et suivant l’entretien de Hambourg, nous l’accueillons d’un point de vue stratégique avec la plus grande faveur parce qu’il s’agit d’une contribution considérable au tort ainsi causé au Système.

Cette époque est épuisante pour le jugement rationnel parce que tout ce que l’on doit attendre d’elle correspond à ce que la raison devrait normalement rejeter absolument si les conditions correspondaient à un monde aux structures normales (quel que soit leur état). Mais il s’agit d’un monde déstructuré en cours de dissolution, comme l’est le pouvoir de l’américanisme, et par conséquent tout doit être jugé selon une vision invertie pour atteindre au bien, puisque sa normalité est le résultat d’une inversion par le Mal.

 

Mis en ligne le 11 juillet 2017 à 14H06

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