Pourquoi pas la guerre civile ?

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Pourquoi pas la guerre civile ?

Du côté des diverses tendances qui se retrouvent plus dans l’opposition aux pressions déstructurants du parti progressiste-sociétal (l'“opposition”, démocrates en tête) que dans le soutien à Trump, mais qui continuent à regarder Trump comme un signe de ralliement, il est notable de constater la montée d’une rhétorique privilégiant l’hypothèse d’une guerre civile au cas où les adversaires de Trump réussiraient à le destituer ou à complètement paralyser son action. Parmi les interventions symboliques et significative dans ce sens, celle du commentateur-radio immensément populaire qu’est Michael Savage (également, dans ce sens, celle de la commentatrice de FoxNews Jeanine Pirro, – “Judge Jeanine”, – ancienne procureure de l’État de New York et commentatrice judiciaire également très populaire.)

« ... Referring to a 1939 novel, Savage told his listeners Friday that “The Day of the Locust”  will come and people will “resort to mob violence” when they “are finally aware of the fact that they’ve been tricked by their society, and that no matter how hard they work as middle class people” they are denied.  “That is what’s going to happen in this country,” Savage said. “You have not yet seen mob violence in this country. You’ve seen some mob violence instigated by George Soros’ mobs. … But you haven’t seen the thing I’m telling you is coming in this country. You haven’t seen the ‘Day of the Locust’ yet.”

» “The Day of the Locust” is a 1939 novel by Nathanael West that features an artist from Yale who comes to Hollywood and creates a painting called “The Burning of Los Angeles.” The painting captures the despair of Americans who worked and saved their entire lives but failed to realize the American dream, prompting anger that boils over into destruction and mob rule. Savage said that “when Eddie finally gets up and says that’s the end of the road, and Eddie’s eyes turn red, and blood is in his eyes, Eddie will turn this society upside down.”

» “And if [the left] take(s) Trump down, through [Special Counsel Robert] Mueller or through any other source and deny Eddie his vote, there will be a civil war in this country,” Savage said. [...]

» The civil war, he said will “start slowly, but it will be like Fort Sumter, which started with one cannon shot.” “I’m warning you. All of you leftists who think you’re going to steal our vote, you’re wrong,” Savage said. “We’ve had it up to here. We’ve put up with your garbage in the universities. We’ve put up with your filth coming out of your filth factories in Hollywood. We’ve put up with your hatred that comes out of your newspapers. We’ve put up with your filth and your hatred coming out of CNN,” he said.

» “But if you do the next step and steal our president, I warn you. You’ve seen nothing yet. You will see the ‘Day of the Locust’ in this country.”

Une autre sorte de prévision d’une guerre civile passe par des scénarios d’effondrement financiers qui emporteraient Trump, notamment avec l’exemple de la prévision de David Stockman. L’ancien secrétaire au budget de Reagan devenu commentateur financier estime que Trump sera effectivement destitué à mesure de l’effondrement financier, parce que le parti républicain ne tentera pas d’empêcher le processus de destitution et abandonnera le président à son sort, jusqu’à participer à l’hallali. Il estime que cette destitution pourrait survenir aussi rapidement qu’en février 2018.

Stockman compare le sort de Trump à celui de Nixon, rappelant que Nixon disposait pourtant d’un remarquable et puissant réseau d’amis politiques, de soutiens divers, et que malgré cela il s’est trouvé complètement abandonné et a dû démissionner. Trump soutient une comparaison incomparablement plus défavorable parce qu’il ne dispose d’aucune base politique solide dans le Système, qu’il se retrouverait donc beaucoup plus rapidement isolé politiquement que Nixon. Mais, pour notre compte et selon le sujet qui nous intéresse, dans le long scénario détaillé qu’il développe des événements financiers jusqu’au moment “nixonien” de la solitude obligeant au départ de Trump d'une façon ou l'autre, Stockman ajoute une phrase de conclusion qui fait toute la différence et rejoint les jugements déjà cités : « Mais ce qui est différent cette fois, c’est que l’Amérique n’est pas dans une situation lui permettant de traverser la tempête qui s’ensuivra... » C’est là aussi faire l’hypothèse, sinon la prophétie de troubles qui équivaudraient à une guerre civile...

« At that point the Donald will truly be friendless. For comparison’s sake, consider the fate of Richard Nixon. Notwithstanding three decades of network building and the accumulation of vast IOUs from his relentless politicking and campaigning, the GOP establishment sent Nixon packing in August 1974 when the party’s demise stood just around the corner.

» By contrast, the Donald has no GOP network, friends, IOUs or even history. A mere twelve years ago he was cavorting with the Clinton’s at Chelsea’s wedding. When the S&P 500 drops below 1,500 there will be panic in the GOP precincts all around Capitol Hill. Then I expect Trump to be escorted to the South Lawn for his final trip aboard the Richard Nixon memorial helicopter.

» What is different this time, however, is that America is in no shape to weather the ensuing storm. »

Le point à relever ici n’est pas tant la prévision de la guerre civile, les différences dans les processus y conduisant, y compris les scénarios catastrophiques comme celui que développe Stockman. Le point intéressant est ce sentiment, qui s’approche presque du souhait pour certains, de commentateurs pas tant pro-Trump qu’adversaires des progressistes-sociétaux (et donc plutôt pro-Trump par logique contradictoire).

Jusqu’ici, au contraire, c’étaient les progressistes-sociétaux qui avaient agité ce spectre de la guerre civile, notamment durant la période jusqu’à l’installation de Trump, et pendant quelques semaines au-delà, notamment au travers de divers moments de contestation comme ceux qu’on organisé les Soros & Cie avec des groupes tels que BLM (Black Live Matter). Contre ces attaques, les commentateurs critiques de ces mouvements prônaient le rétablissement de l’ordre, l’application de la loi, etc., avec l’espoir ou simplement la prévision que l’installation du nouveau président, qu’il soit efficace ou pas, restaurerait l’ordre. Ce dernier fait, si classique dans l’histoire des USA où un nouveau président implique un certain retour conformiste et dans tous les cas de forme à l’“unité nationale” (dite-bipartisane), surtout et essentiellement dans les élites-Système, ce “retour” n’a pas eu lieu du tout.

Désormais, le ton a changé, devant le constat du désordre institutionnel qu’entretiennent les diverses courroies de transmission institutionnalisées de l’opposition (fuites, enquête Mueller, position de plus en plus extrémiste du Congrès, avec en contrecoup le chaos à la Maison-Blanche et la quasi-paralysie de l’exécutif). Pour certains, le maintien de Trump comme président est désormais la condition sine qua non du maintien de la paix civile. (Adam Gurrie, dans TheDuran.com : « If Donald Trump is removed from office, which many of his opponents are now talking about openly, America will see chaos like never before in the lifetime of any American in 2017. One doesn't need to be on the Trump train to be on the peace train. ») Même des commentateur moins impliqués et extrêmement rationnels et mesurés dans leurs jugements, mais bien sûr hors de toute influence de l’hystérie de “D.C.-la-folle”, comme Alastair Crooke, estiment que la situation ne cesse d’empirer dans le chef des sentiments de ceux qui ont voté pour Trump, et qu’un retour à la “situation d’avant” (ditto, la paradisiaque période-Obama) est désormais impossible :

« As indicated earlier, Trump’s Republican base (unlike support from the Republican establishment) is not eroding, but rather is becoming angered and resentful. The more the MSM and the East Coast élites attack the deplorables’ “alt” news and websites – the greater the pushback, it seems. The divisions in America are too embittered now, for any thought that America can somehow re-wind the tape, and just start again with Obama having left office – as though Trump never had happened. »

Le résultat objectif de cette évolution du jugement est bien l’impression d’irréversibilité de la situation et de ses conséquences. C’est-à-dire que le sentiment confus et non exprimé aussi droitement, mais à notre sens très profond, ne cesse de gagner que seule une confrontation violente peut être l’issue de cette crise, et que cela sera l’équivalent d’une guerre civile. On peut dirte qu'il s'agirait d’une sorte de catharsis de la psychologie collective, où d’ailleurs la psychologie tient le premier rôle, bien plus qu’aucune organisation politique.

Cette évolution du jugement est renforcée d’une façon indirecte par une vision de plus en plus pessimiste d’une politique extérieure sans aucun contrôle, et qui tend à aller vers les extrêmes, avec une convergence vers la possibilité d’un affrontement avec la Russie. On trouve cette analyse à propos de diverses crises et situations, aussi bien chez un Buchanan plutôt partisan de Trump que chez un Robert Parry nettement antitrumpiste mais extrêmement inquiet de ce qu’il juge être la prépondérance des neocons dans les pressions de politique extérieure, aussi bien que chez un Crooke à nouveau.

Ce dernier point établit une sorte de concurrence tragique indirecte, sinon inconsciente, dans les appréciations implicites des uns et des autres lorsqu’elles sont confrontées. Tout se passe comme si une course de vitesse était engagée entre un accroissement des troubles intérieurs débouchant si une guerre civile, ou une “sorte de guerre civile” et une catastrophe de politique extérieure menant à une guerre, – avec une préférence implicite pour la première issue, – plutôt la “guerre civile” que la folie de la guerre totale...

(Cela, en n’oubliant pas que l’un peut interférer sur l’autre, qu’une politique extérieure catastrophique peut parallèlement provoquer des troubles intérieurs, ce qui est un scénario soutenu par certains depuis longtemps déjà, bien avant qu’il soit question de Trump. Nous le rappelions le 24 octobre 2015 : « La perspective apparaît alors, du point de vue de la communication, extrêmement importante et sérieuse, et elle rejoint une possibilité qu’avait évoquée un néo-sécessionniste du Vermont, Thomas Naylor, en 2010, à propos de la crise iranienne : “Il y a trois ou quatre scénarios possibles de l’effondrement de l’empire [les USA]. Une possibilité est une guerre avec l’Iran…” »)

Il est bien évident que l’exposé de cette évolution des commentaires n’est en rien un mouvement politique (ou un mouvement populaire) comme on a l’habitude de relever. Néanmoins, elle doit être signalée avec force, sans hésiter comme un fait politique majeur parce que nous sommes dans une époque où la politique dépend dans une proportion écrasante de la communication. Ces commentaires, qui circulent massivement et à une vitesse fulgurante sur les réseaux et sur l’internet constituent un très puissant moyen de susciter des prises de conscience. Ils ne sont absolument pas rejetés ni tenus comme absolument improbables, comme ce fut par exemple le cas en France lorsque certains (type-Zemmour) évoquèrent il y a peu la possibilité d'une “guerre civile” à cause de l'immigration. Autant ces commentateurs US rendent compte de ce qu’ils jugent être le développement d’un état d’esprit, autant ils aident à la réalisation de cet état d’esprit par ceux qui en sont inconsciemment habités.

L’élection de Trump a été, comme disait Michael Moore, une sorte de “cocktail Molotov humainqu’une population furieuse a balancé sur Washington D.C. ; Washington D.C. étant devenu “D.C.-la-folle” (c’est le résultat de l’action du “cocktail Molotov”) et menaçant d’évincer Trump par tous les moyens, – et qu’elle y parvienne ou pas, – la colère qui fit allumer le “cocktail Molotov vivant” aurait alors de bonnes chances de passer à l’acte directement. La pression psychologique de commentaires qui prétendent annoncer la chose se transforme et devient effectivement un signe annonciateur de la chose...

Quant à la “course de vitesse” entre politique extérieure catastrophique et politique intérieur de troubles civils graves, on pourrait l’ajuster à notre équation surpuissance-autodestruction. Là aussi joue la restriction déjà évoqué : que l’excès de la surpuissance à l’extérieur, avant qu’il ait rendu tous ses effets catastrophiques et parce qu’il subirait lui-même des symptômes d’autodestruction, accélère voire provoque le spasme de l’autodestruction intérieure.

 

Mis en ligne le 07 août 2017 à 02H52

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