On fête mes 70 ans d’hôpital psychiatrique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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On fête mes 70 ans d’hôpital psychiatrique

4 avril 2019 – Washington a été secoué d’enthousiasme ces deux derniers jours, accueillant l’élégant et remarquable représentant de l’OTAN sous la forme de la silhouette exaltante du Secrétaire Général courant (il s’agit d’un Norvégien, Jens Stoltenberg). Le discours dégageait un ennui discrètement distingué et bureaucratiquement routinier, et il a déclenché comme c'est logique des ovations absolument enthousiastes (dont 18 dites standing ovation) de la part du Congrès, dont Stoltenberg était l’invité spécial à Washington.

On fête (le 4 avril) les 70 ans de l’alliance la plus intelligente du monde. (En fait, le vice-président Pence a dit “the most successful military alliance in history”, mais on adapte.)

Dans le texte que nous publions ci-dessous, de Bill Van Auken et de WSWS.org pour éviter de prendre le moindre risque d’être confondu avec et par l’Organisation, il est rapporté qu’un commentateur russe de la télévision a fait cette remarque impertinente, qui risque de déclencher une crise à moins que l’OTAN n’use de son droit de grâce, que l’OTAN se montre fort préoccupée parce que la Russie a installé ses frontières vraiment “trop près de l’OTAN”.

Exactement ceci : « Un commentateur de la télévision russe a décrit le discours de M. Stoltenberg comme “l’habituel paquet de menaces et de phobies” fondé sur la grande inquiétude du fait que la Russie “a placé ses frontières trop près de l'OTAN”. »

Exerçant son propre droit de grâce, le président Trump, qui avait compris que l’invitation du Congrès, sous l’influence des démocrates, constituait un pied de nez adressé à lui-même puisqu’il avait jugé cette alliance “obsolète” lors de la campagne des présidentielles de 2016, avait tenu à rencontrer Stoltenberg “en bilat”, les yeux dans les yeux à la Maison-Blanche, pour riposter à sa manière. Outre de lui réaffirmer qu’il aime l’Allemagne puisque son New-Yorkais de père est Allemand et né en Allemagne, ce qui est faux puisqu’on le dit et que nous le disons New Yorkais selon toutes les sources disponibles, Trump a confié à Stoltenberg que les “choses s’arrangeraient” de toutes les façons entre la Russie et les USA. Le Secrétaire Général de l’OTAN, consultant le texte de son discours, a sans doute été troublé par cette révélation mais il n’a pas bafouillé devant le Congrès.

Pendant ce temps et inlassablement, et imperturbablement, Pence comme d’autres messager de la Grande République remet sur le tapis l’achat des S-400 russes par les Turcs et l’interdiction possible/probable faite aux Turcs d’acquérir le F-35 en mesure de rétorsion. Les Turcs semblent ignorer la chance considérable qu’ils ont de bénéficier de cette interdiction, et ils répondent fort sèchement à leurs amis américanistes que le S-400 est “une affaire conclue” et qu’on ne doit plus en parler, que les USA devraient se tenir à carreau sinon se le tenir pour dit. (“Turkey must choose”, dit Pence ; “The United States must choose”, tweete le vice-président de la république turque Fuat Oktay.)

Quant à l’Allemagne, elle est traitée comme l’on sait, et il est même quelques bouches indiscrètes pour vous glisser que, oui, il serait bien possible que l’Allemagne demande le rappel définitif de l’actuel ambassadeur US à Berlin Richard Grenell, qui fait feu de tous boiset semble, du point de vue de l’establishment allemand une sorte d’évadé de l’asile psychiatrique qu’est devenu Washington D.C. (dit “D.C.-la-folle”) à l’ère de Trump. Mais comme Stoltenberg vient d’être reconduit pour quatre ans (jusqu’en 2022, préavis compris) et qu’il est possible que Trump soit réélu l’année prochaine, l’asile psychiatrique est plus que jamais une “two-ways street” comme l’on disait avant du courant transatlantique de l’alliance du même usage. 

Les 70 bougies ont crépité au-dessus de Washington D.C. et de “D.C.-la-folle”, main dans la main, avec applaudissements en “two-ways street”. Ci-dessous, donc, un texte sans trop s’attarder venu du site WSWS.org de ce 4 avril 2019, sur un discours sans divertissement inutile.

PhG, p.o. dedefensa.org

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L’OTAN ovationnée par le Congrès

Le secrétaire général de l'OTAN, M. Jens Stoltenberg, a prononcé le tout premier discours d'un dirigeant de l'alliance impérialiste dirigée par les États-Unis lors d'une session conjointe du Congrès américain, mercredi, pour promouvoir un renforcement militaire contre la Russie dans des conditions où des fissures toujours plus grandes menacent de détruire l'OTAN. Stoltenberg, dont le routinier piétonnier a été interrompu par 18 ovations debout des sénateurs et représentants américains réunis, a affirmé qu'il ne poussait pas à une nouvelle guerre froide, mais a néanmoins indiqué clairement que l'axe central de l'alliance de l'OTAN demeurait la préparation à une confrontation militaire avec Moscou.

“Pour la première fois, nous avons des troupes prêtes au combat déployées dans l'est de notre alliance”, a-t-il dit. “Nous avons accru l'état de préparation de nos forces, triplé la taille de la Force de réaction de l'OTAN, modernisé notre structure de commandement, renforcé nos cyberdéfenses et renforcé notre soutien à nos proches partenaires, la Géorgie et l'Ukraine, nations souveraines ayant le droit souverain de choisir leur propre voie”.

Cette vantardise sur le déploiement de bataillons armés aux frontières mêmes de la Russie s'est produite alors qu'un sommet des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN se tenait à Washington pour approuver les plans d'envoi de navires de guerre de l'OTAN dans le détroit de Kertch. Ce passage entre la mer Noire et la mer d'Azov a été le théâtre, en novembre dernier, d'une provocation ukrainienne qui s'est terminée par une confrontation armée au cours de laquelle la Russie a saisi trois navires ukrainiens et une vingtaine de marins. “Nous allons nous assurer d'avoir la capacité de dissuader une Russie très agressive”, a déclaré l'ambassadrice des États-Unis auprès de l'OTAN, Kay Bailey Hutchison, aux journalistes mardi en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN. Elle a déclaré que la prochaine intervention de l'OTAN a été conçue “pour assurer un passage sûr aux navires ukrainiens dans le détroit de Kertch”.

Le porte-parole du Kremlin Dimitri Pechkov a condamné l'action prévue, déclarant : “C’est complètement négatif. Nous ne comprenons pas ce qu'ils veulent dire. La situation autour du détroit de Kertch et de la navigation est bien connue et, conformément à la législation internationale et aux lois internationales, la position de la Russie est tout à fait cohérente, et elle est bien connue aussi.”

Stoltenberg s'est également solidarisé avec Washington au sujet du démantèlement par l'administration Trump du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) de 1987, notant que “les alliés de l'OTAN ont soutenu fermement la position des États-Unis à cet égard”. L'action de Washington, justifiée par des allégations non fondées selon lesquelles la Russie aurait violé l’accord, ouvre la voie à une dangereuse nouvelle course aux armements nucléaires. Les responsables américains ont reconnu que l'une des principales motivations de l'action de Washington est que la Chine, qui n'est pas liée par le traité, déploie des missiles pour contrer l'encerclement militaire de Washington effectué sous la bannière du “pivot vers l'Asie”.

Un commentateur de la télévision russe a décrit le discours de M. Stoltenberg comme “l’habituel paquet de menaces et de phobies” fondé sur la grande inquiétude du fait que la Russie “a placé ses frontières trop près de l'OTAN”.

La Présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a tenu une séance de photos avec M. Stoltenberg au cours de laquelle elle a déclaré avec enthousiasme que la présence du chef de l'OTAN au Capitole était une “occasion de liesse” et l'a remercié pour son “leadership en vue de rendre le monde plus pacifique”. Les législateurs démocrates ont été les plus enthousiastes à applaudir le secrétaire général de l'OTAN, le voyant clairement comme une critique a posteriori du président républicain Donald Trump, qui, lors de sa campagne électorale de 2016, avait décrit l'alliance de l'OTAN comme “obsolète” et accusé à plusieurs reprises les membres européens de profiter des États-Unis en misant sur sa puissance militaire et en obtenant des avantages commerciaux injustes.

Dans le même temps, le rapport du conseiller spécial Robert Mueller ne confirmant pas les incessantes allégations démocrates de "collusion" de Trump avec le Kremlin lors des élections de 2016, l’ovation de Stoltenberg par les démocrates s'inscrit dans le mouvement continu du parti pour confronter l’administration Trump à la demande d’une politique militariste encore plus agressive contre la Russie.

Alors que Stoltenberg tentait de dépeindre les divisions de plus en plus acrimonieuses au sein de l'OTAN comme “un signe de force” et de “démocratie”, le vice-président américain Mike Pence, prenant la parole lors d'un événement anniversaire de l'OTAN à Washington, a lancé à la Turquie et à l'Allemagne un ultimatum de se soumettre à Washington sans condition, chacun pour son cas.

“La Turquie doit choisir”, a dit Pence. “Veut-elle rester un partenaire essentiel de l'alliance militaire la plus réussie de l'histoire, ou veut-il risquer la sécurité de ce partenariat en prenant des décisions aussi imprudentes qui minent notre alliance ?” Le vice-président américain faisait référence à la décision d'Ankara d'acheter à la Russie des systèmes de défense antimissile S-400, contre lesquels Washington a riposté en arrêtant la livraison des avions de combat F-35 qui sont fournis aux autres pays de l'OTAN.

Le vice-président turc, Fuat Oktay, a donné une réponse cinglante à l'ultimatum de Pence, avec ce tweet : “Les États-Unis doivent choisir. Veulent-ils rester l’allié de la Turquie ou risquer notre amitié en joignant ses forces à celles des terroristes pour saper la défense de son allié de l'OTAN contre ses ennemis ?”  Oktay faisait référence au fait que le Pentagone continue d'armer et de soutenir la milice séparatiste kurde syrienne YPG, qu'Ankara considère comme une branche du mouvement kurde turc PKK, contre lequel il a mené une campagne anti-insurrectionnelle meurtrière pendant des décennies.

Plus tôt, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, s'exprimant lors d'un autre événement à Washington, a clairement indiqué qu'Ankara n'était pas prête à céder aux exigences de Washington. “C'est une affaire conclue”, a-t-il dit à propos des S-400. “La Turquie n'a pas à choisir entre la Russie et les autres, et nous ne voyons pas notre relation avec la Russie comme une alternative aux autres.”

Pence a également attaqué Berlin, condamnant le gouvernement allemand pour avoir refusé de “faire les investissements nécessaires de 2 % de son PIB à notre défense commune”. Alors que le gouvernement allemand se réarme à une échelle inédite depuis la chute du Troisième Reich d'Hitler, – augmentant les dépenses militaires de 40 pour cent depuis 2014, – Pence décrit la situation comme si Berlin se dérobait à ses responsabilités.

Plus précisément, il a dénoncé le gouvernement allemand pour avoir fait avancer le projet de gazoduc Nord Stream 2, amenant le gaz naturel russe en Allemagne par la mer Baltique, insistant sur le fait que l'Allemagne courait le risque de devenir un “captif de la Russie”. On sait que Washington fait pression pour que l'Allemagne accepte le gaz naturel liquéfié, livré par des entreprises américaines, comme alternative au gaz russe.

Lors de sa rencontre avec Stoltenberg mardi dernier, Trump avait insisté sur les mêmes questions, tout en tentant apparemment d'adoucir le ton des exigences au nom des intérêts naïvement impérialistes poursuivis par Washington, en déclarant son “grand respect” pour l’Allemagne. “Mon père est allemand, il était allemand”, a dit Trump. “Né dans un endroit merveilleux en Allemagne, donc j'ai un grand sentiment pour l'Allemagne.” C'est la troisième fois que Trump affirme publiquement que son père, Fred Trump, est né en Allemagne, alors qu'il est de notoriété publique qu'il est effectivement né à New York en 1905.

Bill Van Auken

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