October Surprise : tant qu’octobre n’est pas fini...

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October Surprise : tant qu’octobre n’est pas fini...

Dans notre Brève de crise du 28 octobre, nous écrivions à propos d’une tendance de plus en plus évidente dans la campagne USA-2016 (nous citons cet extrait et modifions l’emploi du caractère gras pour notre propos) :

« Il y a une sorte d’“effet de fond” qui est en train de toucher l’électorat en même temps qu’une sensation grandissante que le poids des révélations de corruption, de scandales, etc., conduit à une posture extrêmement délicate pour Clinton. D’une façon assez inhabituelle, – cette campagne USA-2016 ne ressemble vraiment à aucune autre, – le déplacement est en train de se faire sans effet de communication sensationnel, sans révélation explosive, mais effectivement par une vague constante, un “bruit de fond” de révélations désormais courantes qui menacent la navigation de Clinton. »

Deux heures plus tard au plus, nous étions démentis sur ce poiint signalé en gras et la situation était radicalement modifiée sans qu’il faille démentir rien du reste de ce qui est écrit : à “la vague constante”, au “bruit de fond”, s’est ajoutée une nouvelle inattendue qui est effectivement une “révélation explosive”, avec un “effet de communication sensationnel” ; une October Surprise classique, c’est-à-dire “sensationnelle”, d’une campagne présidentielle US alors qu’on se trouvait à un moment, si proche de la fin du mois, où l’on était complètement fondé à juger que cet événement ne surviendrait plus.

Finalement l’événement a donc bien eu lieu, et venu d’un côté complètement inattendu, d’un instrument du cœur du Système (le FBI américaniste) contre la candidate-Système, Hillary Clinton. Le FBI a décidé de rouvrir l’enquête sur les e-mail (emailgate) d’Hillary Clinton. (Il l’avait déclare close début juillet, mais d’une façon extrêmement ambiguë.)  C’est le New York Times qui a donné les principaux détails dans ce nouveau segment de l’affaire, – la presse-Système, en très grande partie (les journaux et TV suivent sans nul doute cette affaire en lui réservant les grands titres), se trouve donc elle-même dans la danse contre Hillary dans cette circonstance, coincée par le caractère officiel-Système du rebondissement. Le cas implique cette fois son aide et sa plus proche collaboratrice à laquelle l’attache des liens personnels, Huma Abedin, dans le chef du mari d’Abedin Anthony Weiner dont elle vient de se séparer et d’annoncer une procédure de divorce il y a quelques semaines.

La nouvelle a pris l’équipe Clinton totalement par surprise, suggérant évidemment qu’il n’y avait aucune coordination entre le FBI et la candidate, et que le FBI a choisi une voie pour l’instant totalement indépendante. La réaction de Clinton est furieuse et défiante, au point qu’elle a donné pour la manifester sa première “conférence de presse” de la campagne et depuis plus d’un an, – d’une durée de 3 minutes et 47 secondes et avec quelques questions rapides manifestement inspirées par l’équipe Clinton, montrant une constance dans la stratégie de communication, – car l’on ne change pas une stratégie de communication qui perd, surtout quand on n’a plus d’alternative...

Voici ce qui est rapporté de cette réaction, avec quelques commentaires de ZeroHedege.com...

« Blink and you missed it: in a brief, 3 minute 47 second address to the press, a defiant Hillary slammed the FBI, said that she hopes that whatever information the Bureau has will be shared with the American people and added that she is confident that no charges will be brought against her by the FBI, while taking the opportunity to ask people to go out and vote for her.

» She took three questions which some have mockingly said were drafted and/or preapproved by Clinton campaign direction of communications Jennifer Palmier. “We are 11 days out from perhaps the most important national election of our lifetimes,” Clinton said during the brief press conference in Des Moines, Iowa. “Voting is already underway in our country, so the American people deserve to get the full and complete facts immediately.” 

» Hillary revealed that the FBI had not contacted her before or since Comey sent a letter to lawmakers Friday afternoon. “So we don't know the facts, which is why we are calling on the FBI to release all the information that it has,” she said. “Even Director Comey noted that this new information may not be significant, so let's get it out.” »

Une première importante question est de savoir pourquoi le FBI a rouvert son enquête, et s’il dispose d’éléments sérieux et grave. La réponse semble assez évidente : on ne prend pas une telle initiative, à un moment si crucial de la campagne, sans consultation de l’intéressée (Clinton) et donc d’une manière qui semble n‘impliquer aucune intention de la favoriser d’aucune sorte par ce qui serait une manœuvre à contre-effet si tordue qu’on s’y perdrait, si l’on ne dispose d’éléments très solides pour le faire, quasiment avec obligation légale de le faire... La réponse d’un spécialiste du genre, Carl Bernstein qui fut l’un des deux hommes du Watergate, est sans équivoque : oui, le FBI a du lourd, du très lourd contre Hillary pour prendre une telle décision.

« In the aftermath of the so-called Cocktober surprise unveiled this afternoon by the FBI when the bureau announced it was reopening a probe into Hillary Clinton's email server because “new evidence has come to light” after "materials" were found on equipment belonging to Anthony Weiner and Huma Abedin, the question on everyone's lips - and certainly Hillary Clinton's and most democrats - is why did the FBI do this now, 11 days before the election, in a way that did not even coordinate with the White House?

» One opinion belongs to Watergate journalist Carl Bernstein, who just days after his infamous peer Bob Woodward said that the “Clinton foundation is corrupt, it's a scandal” said that “her conduct in regard to the e-mails is really indefensible and if there was going to be more information that came out, it was the one thing, as I said on the air last night, actually that could really perhaps affect this election.  We don't know what this means yet except that it's a real bombshell. And it is unthinkable that the Director of the FBI would take this action lightly, that he would put this letter forth to the Congress of the United States saying there is more information out there about classified e-mails and call it to the attention of congress unless it was something requiring serious investigation. So that's where we are...”

» Courtesy of Real Clear Politics is the full transcript:

» CARL BERNSTEIN: Well, there's no question that the e-mails have always been the greatest threat to her candidacy for president, that her conduct in regard to the e-mails is really indefensible and if there was going to be more information that came out, it was the one thing, as I said on the air last night, actually that could really perhaps affect this election.

» “We don't know what this means yet except that it's a real bombshell. And it is unthinkable that the Director of the FBI would take this action lightly, that he would put this letter forth to the Congress of the United States saying there is more information out there about classified e-mails and call it to the attention of congress unless it was something requiring serious investigation. So that's where we are...” »

Le dernier avatar de la journée d’hier à Washington D.C. est venu sous la forme d’un memo “fuité” du directeur du FBI Comey, et manifestement “fuité” intentionnellement par son auteur. Il s’agit d’une note que Comey a diffusée auprès des officiers du FBI concernés, expliquant pourquoi il avait envoyé une lettre au Congrès annonçant la réouverture de l’enquête. Il explique d'une part la nécessité légale où il se trouvait d’agir de la sorte (le Congrès l’avait entendu à plusieurs reprises affirmer sous serment que l’enquête était définitivement close), et d’autre part que, dans cette période cruciale, s’il n’avait pas agi de la sorte, il était certain que la nouvelle serait parvenue à la presse d’une autre façon (fuite d’un des enquêteurs).

Dans les deux cas, il se serait trouvé dans une situation intenable, y compris d’un point de vue légal, sous le coup d’une accusation d’étouffement de l’affaire. Comey s’est couvert dans une occurrence où il risque gros s’il n’agit pas au niveau de la communication ; c’est-à-dire que tout le monde, y compris et essentiellement à l’intérieur du Système, est en mode de sauve-qui-peut, chacun ne songeant qu’à son propre sort.

Breitbart.News conclut de ce rebondissement qu’il révèle le rôle central et fondamental, beaucoup plus puissant encore que l’on imaginait, que joue Abedin dans l’équipe Clinton, et certainement dans une possible future administration Clinton. C’est alors un problème non moins fondamental qui est exposé, qui met en cause indirectement mais très puissamment la candidate, notamment pour ses liens via Abedin avec l’Arabie, qui est certainement le plus puissant sponsor du terrorisme islamique, selon le jugement de la secrétaire d’État Clinton elle-même en 2009 :

« Abedin’s influence in these matters, including the revelation in Sperry’s article that “Abedin possessed much more power” over Clinton’s staff, schedule, and security than other former chiefs of staffs, is especially concerning given the links that Abedin has to the kingdom of Saudi Arabia and to the Muslim World League, a group that Hillary Clinton herself said in 2009 was funding terrorism. »

Cet événement, cette October Surprise survenue in extremis dans le mois, bouleverse la campagne USA-2016 à onze jours de l’élection, la plongeant dans le chaos, l’incertitude, l’angoisse, et faisant encore plus monter la fureur et la rage entourant l’événement. D’ores et déjà, il a été annoncé que toutes les écoles du pays seront mises en congé le 8 novembre, de crainte de violences pour le jour de l’élection. Les rumeurs de fraude, sinon des témoignages individuels de personnes ayant déjà voté (un certain nombre de votes ont déjà eu lieu en avance du 8 novembre), accentuent encore cette tension. On a vu également hier que les sondages, même les plus trafiqués pour être favorables à Clinton, parlent tous d’une réduction significative de l’écart entre Clinton et Trump pour se rapprocher d’une situation d’égalité alors qu’il y a une semaine les sondages-Système annonçaient une avance quasiment irrattrapable de Clinton ; mais tout bascule et se rattrape en l’espace de quelques heures selon les événements, comme cela s’est déjà passé plusieurs fois, dans cette exceptionnelle élection USA-2016.  Plus que jamais, la polarisation entre l’électorat de Clinton et celui de Trump est à l’extrême et nous rapproche encore d’un point de confrontation effectif, éventuellement sous forme d’incidents publics graves, sinon d’émeutes, y compris le jour même de l’élection.

Il n’y a pour l’instant aucune conclusion prospective à envisager, puisqu’il s’agit d’une situation de chaos. Il y a simplement le constat déjà fait de l’exceptionnalité de l’élection. Il y a plus que jamais l’hypothèse de l’extrême proximité entre l’affrontement électoral et l’affrontement public jusqu’à rendre le second presque aussi assuré que le premier. L’hypothèse est extrêmement renforcée de l’importance au moins égale de l’après-8 novembre par rapport au vote du 8 novembre, qui s’annonce lui-même comme absolument chaotique. La crise du système de l’américanisme est désormais en mode-turbo, à moins de deux semaines de l’élection, dans une occurrence où les causes de cette crise sont affichées comme venant directement du Système lui-même (le FBI et Comey), bien autant que de sources extérieures clandestines (les fuites WikiLeaks et autres). Il devient absolument illusoire de croire que cette crise puisse s’arrêter comme par enchantement le 8 novembre, quel que soit l’élu, et d’ailleurs si l’on parvient à avoir un élu, techniquement et du point de vue de la corruption ambiante.

« L’Amérique est-elle une république bananière [pour craindre tant de ne pouvoir organiser régulièrement une élection présidentielle] ? », interrogeait ironiquement Poutine avant-hier en commentaire des événements avant que le pire d’hier ne se produise. Il répondait, diplomate, observant que les USA sont cette superpuissance que l’on sait, habituée à triompher par son exemple même et à se promouvoir elle-même en exemple démocratique exceptionnel : « Certainement non. » Il aurait pu répondre “certainement oui”, cela aurait été plus simple pour tout le monde.

 

Mis en ligne le 29 octobre 2016 à 17H32

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