Notes sur le nucléaire, le JSF et le simulacre

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Notes sur le nucléaire, le JSF et le simulacre

04 février 2018 – Les USA se trouvant aujourd’hui pathétiquement désarmés face à la monstrueuse puissance russe (1 200 petits $milliards de budget de défense annuel pour les USA, 69,2 monstrueux $milliards pour la Russie), la nouvelle stratégie entièrement trumpiste remet les horloges à l’heure. Cela permet en effet aux sentinelles de l’“horloge nucléaire” (ou “horloge de la fin du monde”, publié par The Bulletin of Atomics Scientists) d’être au plus près de minuit (moins deux minutes, pour la deuxième fois, comme en 1953), depuis 1947 qu’existe cette comptabilité symbolique du risque d’emploi de l’arme atomique/nucléaire. De fait, le nucléaire, modernisation et extension du domaine, se taille une part importante dans les programmes de renforcement des forces aux USA lancés par Obama et renforcés par Trump à l’intention de la bureaucratie du Pentagone dont connaît l’extraordinaire vélocité pour absorber les $milliards et en faire le meilleur usage possible.

On l’a vu avec la NPR, ou Nuclear Posture Review, rendue publique ce vendredi. Il y a une situation générale nouvelle qui est envisagée, qui inquiète d’ailleurs considérablement les Russes parce qu’elle prévoit qu’en certaines circonstances une attaque conventionnelle pourrait conduire à une riposte nucléaire. C’est bousculer un tabou vieux de près de trois-quarts de siècle, depuis que l’arme atomique puis nucléaire existe : la bataille qu’on imagine conceptuellement concernant le nucléaire suppose en théorie l’affrontement de nucléaire à nucléaire ; l’arme nucléaire ne peut être considérée comme une arme parmi d’autres et, par conséquent, en théorie toujours, la proposition de son emploi dans un conflit conventionnel énoncé comme une possibilité sérieuse est extrêmement délicate, voire explosive, sans image déplacée... D’où le considérable émoi des Russes...

Effectivement, la réaction russe ne s’est pas embarrassée d’ambiguïté, elle a été furieuse : « “Dès la première lecture, le caractère belliqueux et antirusse de ce document saute aux yeux”, a fait savoir le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, le 3 février, au lendemain de la publication d'un rapport américain traitant de la doctrine nucléaire militaire de Washington. “Nous devrons bien entendu prendre en compte les approches qui sont désormais en circulation à Washington et prendre les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité”, a poursuivi le ministère. »

La “nucléarisation” du JSF

Mais passons aussitôt, avant d’en revenir à la question centrale qui agite Moscou (réponse nucléaire à une attaque conventionnelle), à un sujet particulier, touché par cette nouvelle doctrine US et qui est l’exemple le plus achevé des complexités que va amener cette doctrine parce qu’elle touche presque aussi directement d’autres acteurs que les principaux intéressés (Russie et USA). Aussi et ainsi avons-nous cette grande nouvelle, spécialement pour les nombreux “alliés”, “amis” et “partenaires” de fortune qui ont choisi, ou le plus souvent ont été fermement conduits à choisir le JSF, ou F-35, comme leur nouvel avion de combat. Cette machine qui ne cesse depuis un quart de siècle de s’apprêter à révolutionner la science de la guerre à mesure que ses problèmes et ses vices structurels surgissent à un rythme exponentiel, – le F-35 donc acquiert la capacité nucléaire (bombe nucléaire tactique modèle B61 upgraded), nous annonce le NPR...

« Le F-35 n’a pas actuellement de capacités de tir du système d’arme nucléaires, mais les chefs impliqués dans le programme estiment que cette capacité pourrait être effective entre 2020 et 2022. Le Général Scott Pleus, de l’USAF, a dit qu’il serait “définitivement possible” d’accélérer le programme de façon à rapprocher ma date de capacité d’emport d’armes nucléaires si le besoin s’en faisait sentir.

» Spécifiquement, le F-35 devrait prendre le rôle et les capacités du F-15E Strike Eagle pour ce qui concerne les missions impliquant l’emport de bombes nucléaires à gravité de type B-61, ajoute le rapport. “l’actuelle force nucléaire non-stratégique consiste exclusivement d’un nombre réduit de bombes à gravité B61 transportables par des F-15E et des avions alliés à double capacité [DCA – Double-Capacity Aircraft]”, poursuit le rapport se référant à a posture actuelle qui est de se reposer sur le F-15E pour effectuer des missions de chasse et de bombardement.

» “Les États-Unis sont en train d’incorporer la capacité nucléaire sur lele F-35 pour les stationnements avancés, comme remplacement des actuels avions DCA déjà très vieux” expose le NPR, ajoutant qu’“en conjonction avec le programme d’extension de la vie opérationnelle de la bombe B-61, l’ensemble contribuera d’une façon très efficace à la stabilité de la dissuasion régionale et à l’assurance que nous devions donner aux alliés”. »

Un projet nouveau qui date de 2002...

Est-ce une surprise, un cadeau inattendu, une terrible décision imprévisible, le JSF armé de bombes nucléaires ? Nullement, puisqu’il s’agit de quelque chose de prévu et d’annoncé depuis au moins seize ans... On peut trouver des détails à cet égard dans un article sur ce site du 10 mars 2002, à partir de l'article de l’expert et professeur William M. Arkin, de la John’s Hopkins University et de l’USAF School of Advanced Airpower Studies, dans le Los Angeles Times du même 10 mars 2002, sous le titre : « Secret Plan Outlines the Unthinkable — A secret policy review of the nation’s nuclear policy puts forth chilling new contingencies for nuclear war. »

Arkin détaillait les nouvelles dispositions pour accroître les capacités nucléaires dans divers domaines, – ce qui se retrouve dans les diverses dispositions qu’annonce le NPR et montre que l’annonce-surprise de vendredi (NPR) est un tribut à la formidable capacité de lenteur de la bureaucratie du Pentagone célébrée par Rumsfeld. Arkin parlait ainsi de l’incorporation de capacité nucléaires dans divers systèmes prévus au départ pour n’être que conventionnel ; il était question d’un missile de croisière qui serait doté d’une tête nucléaire, et, « d’une façon similaire, le F-35 Joint Strike Fighter devrait être modifié à un prix convenable pour transporter des systèmes d’arme nucléaires ».

Nous commentions cet article de Arkin comme « le premier signe clair que le projet JSF initial, celui sur lequel s'appuie l'argument général de vente aux pays étrangers, notamment européens, devrait connaître divers changements, ou “améliorations”, dont le premier effet sera nécessairement une augmentation de coût. C'est une situation que nous avons souvent évoquée depuis le changement des priorités aux USA (de l'économie vers la sécurité nationale). Les indications de Arkin sont une confirmation de cette prévision de tendance, simplement cette tendance s'affirme encore plus rapidement que nous le prévoyions. »

Nous nous attardions sur la question des coûts, avec des prévisions extrêmement optimistes, malgré notre pessimisme-JSF notoire, par rapport à ce qu’il en fut finalement :

« Sur ce sujet, dans le dernier numéro de notre Lette d'Analyse bimestrielle Context (n°50, mars-avril 2002), nous envisageons notamment le problème des nouvelles orientations bureaucratiques du Pentagone dans les nouvelles conditions à Washington. Concernant le JSF/F-35, nous écrivons notamment ceci :« Nous pensons que le JSF, actuellement offert à un prix moyen d $35 million pour la version USAF, devrait atteindre entre $70 et $90 millions par exemplaire peu avant le début de la production [...] en 2007... »

De la chance inespérée d’avoir choisi le JSF

Tous ces chiffres ont été évidemment dépassés, c’est-à-dire pulvérisés... Mais il y avait également la question de l’emport d’un armement nucléaire par le JSF, qui nécessitait de notre part un commentaire, – qui va introduire nos premières réflexions que suscite la publication de la NPR :

« Bien entendu, un autre aspect important est mis en évidence par la précision de Atkin sur le F-35. Cette capacité nucléaire du JSF/F-35, si elle se réalise, impliquera nécessairement un contrôle encore accru des Américains sur cet avion [...,] sur les F-35 destinés à l'exportation. D'autre part, elle impliquera la possibilité également plus forte que les possesseurs non-US du F-35 soient impliqués dans les plans de combat US avec des possibles composantes d'intervention nucléaire. »

Ces prévisions de 2002, il y a si longtemps, dans un temps où même les adversaires les plus décidés du JSF croyaient qu’il volerait tout de même, un jour, à pleines capacités de combat, – ce qui ne sera jamais le cas, – se révèlent particulièrement intéressantes pour cet aspect nucléaire, par rapport à la NPR d’aujourd’hui, par rapport aux pays alliés qui ont décidé de s’équiper de ce fer à repasser à-peine-volant, par rapport à ce que sont devenus les USA, par rapport aux relations entre les USA et les autres surtout pour ce qui concerne les risques de conflit, et de conflit nucléaire plus encore, etc. Le problème s’énonce en d’autres mots sous cette forme, s’adressant aux “alliés” qui ont choisi le JSF : “Voulez-vous être entraîné par les USA, contre votre gré ou à l’insu de votre plein gré, dans un conflit où vous seriez identifiés par l’ennemi comme acteur nucléaire par le biais de vos JSF, et par conséquent soumis à la possibilité de représailles nucléaires ? »

Position privilégié des alliés-JSF des USA

En effet, en effet... Il ne fait aucun doute que si les JSF acquièrent une capacité nucléaire, – c’est-à-dire “quand” ils acquerront une capacité nucléaire puisque la chose paraît acquise, – ces avions seront complètement sous le contrôle des USA, encore plus qu’ils ne le sont aujourd’hui si c’est possible. Le JSF étant, selon l’expression d’un chef d’état-major de l’USAF en 1996, quand on avait encore quelque raison dans le jugement, rien d’autre qu’un “camion à bombes”, la mission de largage de bombes nucléaires tactiques sous forte escorte et sous contrôle hyper-centralisé des USA reste encore l’une des rares missions que cette machine pourrie jusqu’à la moelle pourrait encore espérer remplir. Ainsi le JSF pourrait-il s’avérer finalement comme un bon-à-rien, sauf à effectuer la pire mission que les braves petits “alliés” acheteurs du JSF puissent craindre dans leurs cauchemars les plus hyper-postmodernes et hyper-antirusses.

La position si inconfortable de l’Allemagne

Nous avons choisi pour illustrer la nouvelle situation que la NPR se propose d’installer le cas du JSF avec ses nouvelles capacités nucléaires parce qu’il intéresse singulièrement nombre de pays, – alliés, amis et partenaires, – engagés dans ce programme ; cela est complètement différent ce qui se passait en 2002, parce que la situation entre les USA et les autres, et parmi eux les acheteurs du JSF, est devenue singulièrement et dramatiquement complexe depuis l’arrivée de Trump. Il y a différents cas de complications à potentialités crisiques fortes, et l’on peut s’arrêter à l’un des plus caractéristiques, l’un des plus polémiques et pressants aujourd’hui : le cas allemand.

On rappelle et cite ici notre texte du 13 novembre 2017, où nous observions principalement que les Allemands ne disaient pas un mot du Rafale pour le remplacement de leurs Tornado, alors qu’il n’est question, – ou “n'était” jusqu’il y a peu, – que de coopération militaire franco-allemande pour former une défense européenne :

« “Lockheed Martin is confident that the F-35 Joint Strike Fighter will be selected as Germany's Tornado fighter replacement, after Berlin confirmed that the next-generation fighter is the Air Force’s ‘preferred’ choice. Germany is looking to replace its 85 Tornado jets between 2025 and 2030, and requests have been sent for information about the F-35, as well as three other jets: Boeing's F-15 and F/A-18E/F fighters, as well as the Eurofighter consortium’s Typhoon. The F-35 has already been selected by several of Germany’s regional allies, including Norway, the Netherlands, the UK, Italy, Turkey and Denmark, and some have already started to receive deliveries. Belgium is expected to make a decision next year.”

» La préférence de la Luftwaffe pour le F-35, alias JSF, a été exposée lors d’une conférence à Chatham House, temple des nouvelles officieuses-officielles de l’anglosphère et du bon vieil asservissement absolument volontaire et euroatlantiste au système de l’américanisme, représentant du Système. C’est l’authoritative groupe Jane’s qui nous communique les raisons de cette préférence si raisonnable et raisonnée... »

Mais, comme l’on sait, l’Allemagne est en crise depuis septembre dernier et, malgré toutes les assurances qui nous sont données, le gouvernement de “grande coalition” SPD-CDU/CSU, après l’échec d’une formule CDU/CSU-FDP, rencontre de plus en plus de difficultés à se constituer. Dans cette atmosphère crisique et électrique, la question du choix d’un futur avion d’une part, la question de la présence d’armes tactiques nucléaires US (les B61) en Allemagne d’autre part sont deux problèmes sensibles qui sont devenus très sensibles.

Il a été communiqué au général commandant la Luftwaffe, qui avait fait plusieurs déclarations dans ce sens, que s’il parlait encore une fois publiquement du (en faveur du) F-35, il serait aussitôt forcé à la démission. La direction politique allemande, plongée dans les affres de la crise interne, admet désormais que se tourner vers un avion US alors qu’il y a un avion un tiers allemand dans la compétition (le calamiteux Eurofighter/Typhoon) serait de très mauvaise politique. Quant aux armes nucléaires US en Allemagne, c’est un contentieux constant qui ne demande qu’à passer en phase crisique aiguë à la première occasion propice... Additionnez le JSF devenu nucléaire avec les bombes B61 entreposées en Allemagne, et la matière devient une crise de première dimension si le JSF reste tout de même comme un achat possible.

... Or, il est très possible que “le JSF reste tout de même comme un achat possible” malgré le raidissement politique anti-JSF parce que les USA exercent une pression maximale sur l’Allemagne pour que le JSF (entretemps devenu nucléaire) soit choisi ; c’est une matière qui met en péril, d’une façon voyante et explosive, les relations USA-Allemagne. Qu’on imagine l’argument aujourd’hui du choix du JSF, qui pourrait devenir, à cause des dispositions qu’on a évoquées, un avion de la Luftwaffe impliqué dans un conflit où il porterait l’arme nucléaire tactique... On pourrait en revenir à la fronde terrible de l’Allemagne antinucléaire et anti-US des années 1981-1982, à l’heure d’antan des euromissiles.

Une “escalade insensée”

Ainsi mesure-t-on le pouvoir fantastique de déstabilisation de la NPR, et l’on peut alors en (re)venir au problème général qui, cette fois, implique l’hostilité furieuse des Russes. (D’ailleurs, autre élément à considérer pour le débat crisique allemand évoqué ci-dessus, l’Allemagne ne tenant en rien à aggraver encore plus ses relations avec la Russie.)

Ce qui a provoqué la colère russe, on l’a vu, c’est l’introduire de cette possibilité d’emploi du nucléaire de façon presque structurelle dans un conflit conventionnel :

« Le document explique que Washington “ne considérerait l’emploi d’armes nucléaires que dans des circonstances extrêmes, pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis, de ses alliés et de ses partenaires”. Pour autant, ces “circonstances extrêmes“ pourraient inclure une attaque stratégique non-nucléaire contre les USA ou ses intérêts, selon le rapport. Il y a quelques jours, le Pentagone était revenu sur un rapport initial estimant que, selon cette nouvelle politique, une cyberattaque dévastatrice pourrait déclencher une riposte nucléaire... »

On comprend la colère et l’interrogation angoissée des Russes, devant ce nouveau pas en avant de leur “partenaire” US, bien que ce qui est annoncé, techniquement parlant, ne soit pas complètement révolutionnaire. L’emploi du nucléaire dans une guerre conventionnelle, lorsqu’on se trouve en position d’être débordé, a déjà souvent été envisagé dans les doctrines. Ce qui effraie particulièrement les Russes, bien entendu, c’est le contexte de désordre complet, d’actions complètement désordonnées, de pouvoir insaisissable, d’une situation de complet chaos à “D.C.-la-folle” où les événements s’accélèrent également depuis vendredi et la publication du “mémo FISA” qui n’a rien réglé mais qui accroit encore singulièrement la tension interne au pouvoir US.

D’autre part, il y a les commentaires qui accompagnent ces nouveaux éléments de doctrine (plutôt que “nouvelle doctrine”), qui mettent directement en accusation la Russie et en font l’ennemi privilégié, à partir d’accusations dont souvent l’absence complète de fondement dénote l’esprit d’une hystérie exacerbée à peine dissimulée qui a accompagné la rédaction de la chose. La doctrine enfantant la NPR est donc essentiellement l’exercice d’une psychologie de l’hystérie qui caractérise les USA depuis plusieurs années.

Les Russes ne sont pas seuls à régir de cette façon, certes. Des commentateurs dissidents US le font également, comme Paul Craig Roberts bien entendu :

« La nouvelle posture nucléaire des USA est dangereuse, irresponsable et déstabilisatrice, par rapport à l’attitude précédente par rapport aux armes nucléaires. L’utilisation d’une petite partie de l’arsenal nucléaire des USA serait suffisante pour détruire toute vie sur la terre. Pourtant, la nouvelle posture réclame de nouveaux systèmes, parle des armes nucléaires comme “utilisables“ et justifie leur usage en première frappe contre des pays qui n’ont même pas d’armes nucléaires.

» Il s’agit d’une escalade insensée... »

Bureaucratie à pleine vitesse

Pour autant, nous serions tentés de ne pas partager l’inquiétude furieuse de Paul Craig Roberts. Certes, le NPR existe bel et bien et il avance effectivement des propositions inquiétantes, – mais sur un certain laps de temps de plusieurs sinon nombreuses années où tant de choses peuvent arriver. Reste à voir s’il deviendra une réalité, ou plutôt s’il changera quelque chose à la réalité qui est déjà celle de forces qui sont en développement et en position pour un affrontement. De ce point de vue de la relativisation du document et de ses effets, on fera plusieurs remarques.

• L’idée de l’usage d’armes nucléaires contre des pays ne possédant pas d’armes nucléaires n’est pas nouvelle ; elle avait déjà été énoncée après l’attaque du 11 septembre 2001 par divers officiels du temps de l’administration GW Bush, notamment dans le cas d’affaires de terrorisme extrêmement graves, du type 9/11 justement. La NPR ne fait qu’évoquer des hypothèses qui ont déjà été évoquées par des voix officielles, d’une façon à peu près aussi vagues, sans désigner de cibles spécifiques ni de conditions d’engagement. Mais le climat actuel est très différent de celui de l’immédiat après-9/11 et l’effet se répercute nécessairement sur l’affrontement USA-Russie : là aussi, le domaine d’action de la NPR est la psychologie, la perception et la communication.

• Il a déjà été largement question de l’idée de First Strike (première frappe), dans ce cas sans donner de précisions sur le statut nucléaire ou non-nucléaire de l’adversaire, – mais tout le monde avec la Russie en tête. Il en avait été question très précisément en 2006, lors d’une polémique à ce propos, et cette fois considérant une First Strike nucléaire contre des puissances nucléaires désignées nommément (Chine et Russie). Même si les sources n’étaient pas gouvernementales, elles étaient suffisamment sérieuses (un article dans Foreign Affairs) pour que l’hypothèse soit prise au sérieux. Il est alors impératif de noter que, vues les capacités réciproques avec une très forte montée en puissance de la Russie et une stagnation et même un recul des USA, l’hypothèse est aujourd’hui beaucoup moins crédible qu’il y a onze ans.

• L’aventure du JSF doit nous servir d’exemple frappant pour réaliser le gouffre qui sépare les intentions des réalisations dans la pratique. Un JSF à capacité nucléaire était envisagé en 2002 et l’on annonce aujourd’hui que les modifications pourraient être réalisées en 202-2022. Avec le JSF, nous évoluons dans Disneyland lorsqu’on vous donne de pareilles “prévisions”...  Nous évoluons également au rythme d’une bureaucratie dont on connaît la lenteur sinon l’immobilisme, l’impéritie, l’inefficacité, etc. Sans même se référer aux innombrables incapacités du JSF lui-même, on peut prendre pour acquis que sa “nucléarisation” prendra encore quelques bonnes années au-delà du 2020-2022 annoncé, sans qu’on distingue nécessairement l’avantage de confier une mission de cette importance à un avion si complètement soumis à ses insuffisances, ses erreurs et ses pannes diverses. Il s’agit bien d’une situation exemplaire de l’inefficacité de la bureaucratie, et du rôle d’obstacle quasiment insurmontable qu’elle peut opposer à toutes les NPR du monde... Mais, cela n’empêche nullement que l’effet de communication est, lui, instantané comme on devrait le voir avec le problème que vont affronter les pays ayant acquis le JSF

Un affrontement de communication

...Pour autant bien entendu, les inspirateurs et les concepteurs de la NPR n’imaginent pas un instant que leurs projets puissent évoluer de la sorte. Assurés par leur psychologie spécifique et les simulacres qu’elles développent de la puissance américaniste et de sa capacité de réalisation exceptionnelle, ils ne doutent pas une seconde de la véracité de toutes leurs affirmations et de leurs évocations. Ainsi lancent-ils tous ces projets avec la conviction qu’on leur voit, “répondant à des menaces” dont ils ne doutent pas de la réalité alors qu’elles sont montées de toutes pièces par leurs propres estimations faites à partir des simulacres qu’eux-mêmes ont développés. Il s’agit donc pour l’essentiel d’une action de communication dont la réalisation des programmes évoqués est loin d’être assurée (on connaît l’extraordinaire inefficacité du Pentagone à cet égard), mais qui sont perçus par l’extérieur comme devant être réalisés.

Du fait que la NPR est perçue comme une “réponse à des menaces”, elle est, dans l’esprit de ses concepteurs, un acte “défensif” légitime. Comme ces “menaces” sont des simulacres de simulacres, ceux qui sont accusés de les construire et qui ne les ont pas construites prennent effectivement la NPR comme un acte offensif provocateur.

Le résultat est donc d’alerter encore plus les puissances mises en cause, et surtout les Russes qui, de plus, étant très formalistes dans les relations internationales, ont tendance à croire un peu trop à la valeur d’un document officiel. Les Russes vont par conséquent poursuivre et accélérer leur effort militaire, éventuellement certaines mesures extérieures, avec pour résultat de rendre encore plus impressionnante leur puissance vue de Washington, et accélérant ainsi le déclin US dans des “échanges de perception” qui comptent d’abord par les psychologies dissonantes s’affrontant et par la communication les alimentant. 

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