Notes sur la valse des marionnettes

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Notes sur la valse des marionnettes

15 mai 2017 – au départ, il y a cette irrésistible tentation de mettre en balance d’appréciation les deux nouveaux présidents, Trump et Macron. Considérez donc tout ce qui les unit dans des domaines essentiels pour une carrière politique, à commencer par la quasi-absence de carrière politique : guère sinon aucune expérience politique, prisonnier de choix de politiques ou/et de collaborateurs qui leur sont imposés, soit avant, soit après leur installation au pouvoir, avec des “programmes” extrêmement vagues ou variables appuyés sur une rhétorique théâtrale dite (pour notre compte) de téléréalité, à la fois émotionnelle et démagogique, une position antiSystème de pure rhétorique qu’il est difficile de cerner précisément, etc. De ce point de vue, ils sont tous deux, pour nous, des marionnettes : Trump comme prestement mis au pas par le Deep State (de Trump 1.0 à Trump 2.0), six à huit semaines après sa prise de fonction, avec l’entourage qui va bien (généraux Mattis et McMaster au DoD et au NSC, comme geôliers attentifs et pas vraiment habiles bien entendu ...) ; Macron formaté dès le départ comme telle (Macron comme représentation théâtrale et électorale du “putsch du CAC40”, selon Aude Lancelin virée de L’Obs après cet article).

C’est une des belles novations de l’ère qui s’est ouverte le 11 septembre 2001, comme une grimace complice du Système : fabriquer des dirigeants-Système comme on fabrique des marionnettes, dans le cadre somptueux de la légitimité démocratique conduite avec un brio exceptionnel par le dit-Système. Cela commença par l’installation de Karzaï à Kaboul, une fois les talibans chassés ; un Karzaï tout acquis aux intérêts US et du bloc-BAO, déjà impliqué dans des opérations financières diverses, et qui ne manquerait par conséquent pas de marcher droit ; puis ce fut Maliki à Bagdad, avec des caractères évidemment assez similaires. Aujourd’hui, plus de quinze ans plus tard la “marionnettisation” atteint son stade ultime, avec l’investissement des pouvoirs des membres les plus éminents du bloc BAO.

On dira : mais les marionnettes du Système (de la finance, des patrons des médias, du CAC40, du CMI, etc.), notamment dans les pays du bloc-BAO, cela a toujours existé ! (Cela, pour ceux qui estiment à cette aune le personnel politique jusqu’alors ou encore en activité.) Juste mais court : les circonstances font que ces marionnettes-là, peintes aux couleurs de la vertu démocratique mais couleurs monstrueusement écaillées jusqu’à leur donner une mine de déterré, sont gravement menacées de liquidation, ou ont d’ores et déjà été prestement enterrées par le suffrage populaire. Le Système avait prévu la chose puisqu’il préparait son processus de marionnettisation, cette fois à ciel ouvert, sans intermédiaire.

Désormais et considérées sur la longueur déjà significative de plus d’une quinzaine d’années, les marionnettes apparaissent pour ce qu’elles sont, ce qui, paradoxalement mais après tout d’une façon extrêmement humaine, peut parfaitement leur déplaire jusqu’à les faire changer d’orientation de leur propre chef. La “marionnettisation” n’est pas un pas un processus de transmutation qu’on accepte d’une âme légère, – car si l’on est marionnette, on n’en est moins âme... Le résultat de ces cas de conscience est ce qu’on pourrait désigner de l’expression audacieuse de “marionnettisation-blowback” (du mot, blowback, utilisé par la CIA pour désigner les effets désastreux en retour d’opérations clandestines qui ont mal tourné). Faisons-en bon usage...

Historique de la “marionnettisation-blowback

Bien qu’ayant déjà rédigé l’un ou l’autre texte succinct sur le phénomène (le 22 mai 2005, le 22 juin 2006), c’est vraiment le 24 août 2007L’impasse des marionnettes ») que nous avons détaillé pour la première fois en détails la problématique des “marionnettes”, ou de “la marionnette postmoderne” telle que nous l’étudions ici. Nous avions, dans ce texte, rappelé le Vietnam, où Washington plaçait ses marionnettes à Saigon sans vergogne, autant de fois qu’il fallait, et en obtenant le plus souvent une obéissance aveugle aux consignes US, – par ailleurs avec l’insuccès qu’on sait, mas ce n’est pas ici le sujet. Les relations entre Washington et Saigon étaient prodigieuses d’obscénité ; notamment la servilité des marionnettes, “traitées” directement par l’ambassadeur US à Saigon (Cabot-Lodge du temps de Kennedy et LBJ) venant donner directement ses instructions aux dirigeants, organisant lui-même, avec contacts directs et humiliants avec les chefs d’unités sud-vietnamiennes, les putschs qui liquidaient les dirigeants en place. Avec le texte référencé ici, nous parlons de deux marionnettes, l’Irakien Maliki et l’Afghan Karzaï, placés respectivement à la tête des deux pays après l’élimination de Saddam et la défaite des talibans pour exécuter au doigt et à l’œil aux consignes washingtoniennes, voire avec le soutien de ce qui devait devenir le bloc-BAO, commençant à prendre sa place dans ce qui était déjà la politiqueSystème plus que la politique US. (Cela, pour le cas de Karzaï.)

Comme on voit dans l’extrait ci-dessous qui saisit un moment de ces relations qui sont la complète inversion des habituelles relations entre manipulateur et marionnette, les deux hommes n’en firent qu’à leur tête, selon ce qu’ils jugeaient être leurs intérêts nationaux (ou éventuellement communautaires), sans souci des consignes US, et même repoussant publiquement et violemment ces consignes, sans souci de l’humiliation que cela impliquait pour leurs conquérants-tuteurs qui s’inclinèrent à chaque reprise. Il est à noter, pour compléter le tableau que les deux hommes quittèrent la scène politique en raison de processus internes selon leur législation nationale et nullement directement sous la poussée d’influence directe US ; dans tous les cas sans jamais être revenus sur leur position non seulement autonome, mais réellement indépendante des USA, tout en continuant à recevoir aides financières, logistiques, d’équipements militaires et de soutiens opérationnels US sans aucune contrepartie, y compris dans leurs politiques. (Maliki : Premier ministre irakien de 2006 à 2014, puis vice-président de 2014 à 2015, puis depuis 2016 ; Karzaï : Président intérimaire afghan en 2002-2004 puis Président élu 2004-2014).

« L’analogie entre l’Irak et le Vietnam est courante. Allons à son terme, pour en mesurer la différence essentielle. En trois semaines, le Premier ministre Maliki est allé en visite chez ses deux voisins, l’Iran et la Syrie, qui jouent, selon la “narrative” US de la guerre, — qui est également la conviction de l’essentiel de l’establishment de Washington, — le rôle que jouaient Pékin-Moscou et Hanoï durant la guerre du Vietnam. (Officiellement, la guerre du Vietnam fut, pour Saigon, une lutte contre une guérilla interne, le Front de Libération Nationale, et nullement contre Hanoï qui occupait les seules pensées de Washington.) D’autres contacts de l'Irak avec les deux pays ont eu lieu, aux niveaux ministériels correspondants.

» Encore n’ajoute-t-on pas au tableau que ces visites se concluent par des accords, qu’il y a aussi le cas des excellents rapports de l’Iran avec l’Afghan Karzaï, lui aussi “marionnette” d’un Washington qui ne rêve que d’écraser Téhéran sous les bombes et tient l’Iran pour principal responsable de ses déboires en Irak et en Afghanistan. Monsieur Maliki est toujours en place, depuis plus d’un an, et lorsque des sénateurs US (Levin et Warner) demandent son remplacement (cela aurait pris quelques jours dans le cas de Thieu [du Sud-Vietnam] en 1969), Maliki leur répond, de Damas où il est en visite, qu’il n’accepte pas cette ingérence dans la souveraineté irakienne et qu’il peut trouver “d’autres amis”, — qui le sont déjà, puisqu’il s’agit de la Syrie et de l’Iran. Et Bush, qui ne cesse d’essuyer des rebuffades, est obligé de revenir sur ses précédentes remontrances à Maliki et l’assurer à nouveau de son soutien. »

La marionnette déstabilise son maître

Concernant l’Afghan Karzaï, dont la position vis-à-vis des US continua à se durcir, il y a d’autres textes mettant en évidence cette extraordinaire attitude de la marionnette affichant son mépris pour les consignes de son maître, refusant ses consignes, prenant des initiatives contraires à ses vœux et ainsi de suite. La situation évolua au long des douze années de sa présidence jusqu’à une occurrence où la marionnette finit par jouer un rôle déstabilisant au sein même de la politique US, intervenant en acteur majeur, sûr de lui et dévastateur, ébranlant de l’intérieur le système de celui qui est censé le soumettre et le manipuler et montrant par là, puisque cela se passe en 2010, qu’Obama ne fit pas mieux, sinon pire, que GW Bush... On arrive à un comble de la situation. (Le 6 avril 2010).

« La stratégie d’Obama n’a de sens que si elle s’appuie sur une alliance solide avec le gouvernement afghan en place, quel que soit ce gouvernement et ce qu’on en pense. Toute la logique de la guerre, toute sa justification, se trouve dans ce fait, et cette logique tient absolument l’argument du soutien que lui apporte la classe politique washingtonienne. Aujourd’hui, cette logique commence à être réduite en charpie, avec un Karzaï qui ne parle ni plus ni moins que de rallier les talibans, dans ses hypothèses les plus extrêmes pourtant dites publiquement. Du coup, cette guerre, qui pêchait par son absence de sens et pour laquelle le système de communication avait laborieusement construit un sens, perd brusquement toute cette belle charpente laborieusement fabriquée pour elle. L’événement intervient directement dans le débat politique intérieur US, à l’heure des élections mid-term, comme si les divers protagonistes et les événements s’étaient rassemblés pour conjuguer leurs effets les plus dévastateurs... [...]

» Le doute touche tous les partis, aussi bien les républicains que les démocrates, sans parler des anti-guerres dont l’opposition est systématique. Il les touche en pleine campagne électorale et, soudain, le débat électoral qui ne portait pour l’essentiel que sur des questions intérieures commence à changer de forme avec l’introduction de la question des expéditions extérieures et de la politique expansionnistes. D’une façon indirecte, les événements actuels, grâce à l’attitude de Karzaï qui, volens nolens, commence à ressembler à un rejet afghan général de l’intervention US, rejoint la logique du discours de Ron Paul à la convention du CPAC, sur l’absurdité de la politique interventionniste (voir notre F&C du 23 février 2010). En ce sens, le corrompu Karzaï est devenu un acteur central de la politique intérieure US et un facteur important de l’équilibre de l’administration Obama dans le débat actuel; le politicien véreux mis où il est pour faire exécuter la politique de ses maîtres américanistes est en train de secouer l’architecture politique intérieure des maîtres en question. Comme “marionnette”, on a déjà vu mieux… »

Wallerstein et le poème de W.B. Yeats

Cette idée rejoint effectivement l’analyse que nous faisons régulièrement d’un Système en crise d’effondrement (selon l’équation surpuissance-autodestruction, que nous citons souvent), repoussant l’idée d’une planification, secrète ou non, d’agissements contrôlés et manipulés par des groupes plus ou moins connus de dirigeants plus ou moins secrets (théories complotistes notamment), etc. Pour nous, les dirigeants-Système sont totalement dépassés par la situation et incapables d’élaborer ne serait-ce que des mesures défensives : littéralement, “ils se battent” dans le noir comme on s’agite convulsivement, sans aucune perception sérieuse de la situation, sans aucune planification ni dessein généraux, et ils produisent en général des actes complètement contre-productifs, notamment avec ces marionnette qu’ils placent au pouvoir des espaces nationaux conquis pour les voir aussitôt se retourner contre eux en défense de ces espaces nationaux.

Les événements ne font qu’accentuer cette pente générale, comme nous le notions dans notre F&C du 16 avril 2014 alors que la crise ukrainienne démarrait, avec les marionnettes classiques mises au pouvoir. Rapidement, cette crise a vu les marionnettes installées au pouvoir à Kiev plus que jamais mener par le bout du nez leurs manipulateurs. « La crise ukrainienne marque une avancée peut-être décisive de la perte de contrôle totale [par les manipulateurs, US et autres] des événements conduits par les autorités [les marionnettes] en place.»

Manifestement, le philosophe Immanuel Wallerstein, largement cité dans le texte référencé, fait ce constat comme une chose nouvelle et d’une importance fondamentale, à cause de son aspect de rupture avec les habitudes normales de lutte. Il ne s’agit plus de vaincre un régime, le système en place qui agonise, mais bien de travailler désormais à ce qui va le remplacer...

« Notre système-monde moderne est supposé permettre aux élites de l’Establishment qui tiennent les rênes du pouvoir de débattre les unes avec les autres pour en venir à un “compromis” qu’elles peuvent toutes garantir. Normalement, ces élites se situant en gros dans deux camps, centre-droit et centre-gauche. Il y a certes des différences entre elles mais l’effet des “compromis” a été que l’importance des changements sur le temps long a été minime.

» Cela a fonctionné dans un sens structurel du haut vers le bas, dans chaque pays et géopolitiquement entre les différents pays. L’effet général a été un équilibre évoluant doucement et sans heurts vers l’avant. Beaucoup d’analystes du courant conventionnel tendent à assumer que les grandes tendances sont toujours sous le ferme contrôle de l’Establishment. Chaque côté assume que les exécutants d’en-dessous [les marionnettes] de l’autre côté sont manipulés par les acteurs du dessus [les maîtres-manipulateurs de l’Establishment]. [....]

» Cela me semble être une fantastique lecture faussée des réalités de la situation courante, qui est celle d’un chaos en pleine extension comme résultat de la crise de de notre système-monde moderne. Je ne pense pas que les élites soient désormais dans la capacité de manipuler leurs [marionnettes]. Je pense que les [marionnettes] défient les élites prétendant les manipuler, et qu’elles sont au contraire à l’œuvre pour manipuler ces élites. Cela est sans aucun doute quelque chose de tout à fait inédit. C’est une politique du bas-vers-le-haut plutôt qu’une politique du haut-vers-le-bas. [...]

» Comment pouvons-nous naviguer d’une façon acceptable dans un tel environnement? Cela est d’une très grande confusion, du point de vue de l’analyse. Je pense que, quoi qu’il en soit, la première chose à faire est de cesser d’attribuer ce qui arrive à une sorte de machination diabolique de certaines élites de l’Establishment. Ils ne sont plus désormais en contrôle de quoi que ce soit. Ils peuvent certes causer de grands dégâts par leurs actions imprudentes... [...] Mais ceux d’entre nous qui veulent participer à la faire émerger un monde meilleur de cette situation chaotique doivent s’en remettre à eux-mêmes, à leurs multiples façons possibles d’organiser la bataille... [...]

» Les mots de la plus grande sagesse de Yeast se trouvent dans les deux derniers vers de son poème : “Et quelle terrible bête, son heure enfin venue, / S’avance lentement vers Bethléem, pour y annoncer sa venue ?”»

Effectivement, Wallerstein cite à deux reprises, pour illustrer son propos, un poème fameux de W.B. Yeats, datant de 1919, The Second Coming. Ce poème, qui décrit la situation bouleversée et apocalyptique de l’immédiat après-guerre, après la Grande Guerre, est l’une de ces œuvres qui prend en compte et symbolise la situation du monde après cette immense catastrophe.

Il est intéressant de noter que ce poème fut considéré en d'autres temps, en 2006-2007, comme “le poème de la guerre en Irak”, suggérant que ce conflit avait lui aussi des allures de catastrophe apocalyptique. (Rien, absolument rien, ne dément cette interprétation, sauf que nous allons depuis de catastrophe apocalyptique en catastrophe apocalyptique, et que Yats prend une signification universelle pour tout notre temps des Derniers Temp.) Adam Cohen écrivait dans le New York Times, le 12 février 2007 :

« Ces phrases viennent du poème de William Butler Yeats’s “Second Coming.” Le terrible poème apocalyptique de Yeats a toujours fasciné les intellectuels et les penseurs. Quelle époque historique [que la nôtre] est plus clairement symboliquement explicitée par cette lamentation que “Les meilleurs ne croient plus en rien, les plus vils/ S’exaltent des passions les plus folles.”? Mais avec cette sombre vision d’une anarchie rampante et en pleine expansion, et avec son arrière-plan de la situation au Moyen-Orient (la terrible bête dont Yeats avertit qu’elle “s’avance vers Bethléem”) “The Second Coming” est en train de devenir rapidement le poème officiel de la guerre en Irak.»

Marionnettes vedettes de la Grande Crise

On voit que Wallenstein développe son constat sur les marionnettes dans le cadre de la Crise Générale et c’est effectivement le cadre qui convient. L’échec général de ce processus classique des politique expansionnistes et impérialistes de conquête depuis 9/11 est un signe indubitable de ce constat. Le “conquérant” étant lui-même au cœur de cette Grande Crise Générale, sinon la cause de cette Grande Crise, essentiellement par délégation des pouvoirs par le Système, il lui est bien difficile sinon impossible de mener à bien de tels processus que la “marionnettisation” qui demandent une position impliquant une sorte de légitimité de son action, – fût-ce une légitimité faussaire, imposée par la force qui est pourtant l’antithèse de la légitimité. Mais même cela, une légitimité faussaire, le Système est incapable de la produire.

Ainsi le Système ne fait-il que projeter sa propre crise, c’est-à-dire l’espèce d’“impuissance de sa puissance” et de “paralysie de sa dynamique de puissance”. Les marionnettes sentent bien cela, même si inconsciemment, et elles en relèvent des traces chaque jour dans la pseudo-politique et l’opérationnalité du “conquérant”. Dès lors, elles se sentent libérées de toute contrainte, essentiellement des contraintes de la force et de la coercition, et elles agissent alors selon leurs avantages et leurs intérêts, souvent dans le but de se construire une légitimité propre, hors-Système, et dans tous les cas hors de toute responsabilité de par leurs positions, et par conséquent s’autorisant des positions et des actions originales, parfois extravagantes, le plus souvent aisément populaires auprès d’une population se trouvant devant la surprise heureuse de la marionnette de l’occupant se rangeant de leur côté. De ce fait, les marionnettes acquièrent une sorte d’impunité et tiennent d’autant plus leurs maîtres et tuteurs, par l'un de ces attributs qui vous paralysent...

Ainsi le phénomène des marionnettes-révoltées n’est-il pas anecdotique, mais au contraire un très puissant signe des temps et une structure essentielle qui se met en place naturellement pour déstructurer l’action du Système. Du coup, la formule s’est élargie et s’est renforcée, à mesure que la Grande Crise Générale progressait, nécessitant l’extension de la dite-formule. Ainsi en arrivons-nous aux cas Trump-Macron qui sont d’une catégorie très spécifique de marionnette...

The-Donald qui rugissait

Trump doit être mis dans la catégorie des marionnettes, mais il est entendu qu’il s’agit d’une catégorie à la fois spéciale, nouvelle et postmoderne. D’une certaine façon, nous entrons dans l’ultimité du domaine des marionnettes, là où le paradoxe, voire l’oxymore ne font pas défaut ; car comme peut-on, notamment dans le cas de Trump, imaginer une marionnette au pays qui, par essence et profession librement assumée est et a toujours été le principal producteur et accoucheurs de marionnettes ? Dans un texte d’hier 14 mai 2017, nous avons abordé le problème de Trump, – ou comment se fait-il qu’on puisse le désigner comme une marionnette ? Nous pensons en effet que son comportement depuis son investiture justifie une telle considération...

« Pour nous, Trump, cet “homme imprévisible”, apparaît de plus en plus comme de la catégorie des “marionnettes” dont on sait, depuis l’installation par les “conquérants” US du premier ministre Maliki à Bagdad et du président Karzai à Kaboul, qu’elles se révèlent extrêmement indociles et, justement, complètement imprévisibles. Simplement, aujourd’hui les choses (la révélation de l’indocilité de la marionnette) vont plus vite, beaucoup plus vite : les temps n’ont pas de temps à perdre. Ainsi en est-il de Trump, dont tout le monde s’accordait à penser qu’il avait été prestement retourné par l’establishment/le Deep State/le complexe militaro-industriel (CMI), devenant ainsi une marionnette et rien d’autre et l’étant effectivement à notre estime, et dont il s’avère brusquement et tout d’une coup (dans plusieurs domaines) qu’il prend spectaculairement et bruyamment toutes les libertés du monde vis-à-vis de ses manipulateurs... [...] Bref, “rien ne se passe selon le plan” (plutôt “improvisé” que “prévu”). Trump devait, était rentré dans le rang, et le voilà qui en sort brusquement. »

Le principal caractère de marionnette de Trump est dans le caractère que nous avons mis en évidence avec Maliki et Karzaï, celui de l’incontrôlabilité et, d’une certaine façon, de l’irresponsabilité dans la façon qu’il a de renvoyer vers les autres les aspects chaotiques et brutaux de son gouvernement. Trump se comporte comme s’il attribuait à toutes les forces extérieures à lui, celles du Système, qui s’exercent sur lui, la responsabilité de tous les incidents caractérisant son gouvernement. La vindicte extraordinaire de la presse et de l’“opposition” comportant les démocrates et, en général, le courant progressistes-sociétal, ainsi que diverses forces de l’establishment et du Deep State, provoque chez lui une vindicte à mesure et le justifie dans sa façon d’exercer son gouvernement de la façon qu’il fait, sinon le renforce dans ce sens.

L’hypothèse de sa destitution est envisagée avec de plus en plus de sérieux (voir notamment l’avisé Publius Tacitus, chez le colonel Lang et son SST). Cette hypothèse, telle qu’elle est exposée dans ce texte référencé, mérite une étude particulière, mais nous pouvons observer d’ores et déjà que cette possibilité (la destitution), loin de pouvoir être envisagée comme une procédure légale rétablissant l’ordre, pourrait donner exactement le contraire : destituer une marionnette pourrait s’avérer bien plus difficile, sinon catastrophique pour le Système, qu’un processus de destitution “normal” pour un président “normal”... Elle pourrait bien, dans le climat d’extrême tension qui règne aux USA, avec l’irrationnel qui y préside, les extrêmes qui ne cessent de s’y aiguiser dans un extraordinaire climat de haine, – et le Congrès n’échappant pas à la règle, – susciter un nouvel épisode majeur de la crise US, cette fois directement dans le champ constitutionnel.

La marionnette dans une énigme enrobée de mystère

Le dernier en date de la production d’une marionnette dans cette phase nouvelle de l’investissement des pouvoirs dans les pays du bloc-BAO, est le président français Emmanuel Macron, qu’on a déjà signalé plus haut. Issu du « Putsch du CAC40 », Macron a tout pour faire, dans le regard qu’on porte sur lui, la marionnette idéale qui a son chemin tracé droitement, éventuellement selon la technique quasi-dictatoriale de la fameuse munition 49/3, tirée en mode automatique et sans limitation d’alimentation, façon mitrailleuse. Il s’agit simplement de “redresser” la France pour l’inscrire dans le courant de la globalisation (et non la “mondialisation” comme les Français s’entêtent à dire). (Curieuse ambition, répétée, à notre souvenir, depuis au moins Pompidou-Giscard, qui supposerait aujourd’hui que la globalisation “marche” et que seuls la France traîne les pieds. Mais la globalisation est en crise un peu partout, y compris et d’abord aux USA, qui en sont les initiateurs originels et les inspirateurs. Qu’importe, la France-En Marche ! juge que c’est là qu‘elle y trouvera son miel et son Graal.)

 Cette tactique envisagée (49/3 en tir de mitrailleuse) se heurte aux infinies difficultés de la possible assemblée nationale dont le jeune président héritera aux législatives du 18 juin, dans un solennel rappel faite aux âmes patriotes et héroïques de l’Appel du même jour. Il y aura soit une Assemblée extrêmement morcelée avec des intérêts tirant dans tous les sens, soit la réalisation d’une majorité conséquente pour son projet, mais comprenant de nombreuses inconnues d’élus peu habitués à la discipline parlementaire et souvent nourris des promesses et des ambitions au nom desquelles ils se sont engagés dans le macronisme à pas cadencé dit-En Marche !... Beaucoup d’incertitudes liées à la nature humaine et à l’affectivisme en guise de conception politique qui devraient présider à l’emportement de nombre de ces consciences toutes nouvellement investies de la pseudo-souveraineté populaire. Que d’inconnues déstabilisantes, et si propices à des écarts de la marionnette qui se jugerait d’une trop haute lignée pour accepter plus longtemps son rôle de marionnette !

A côté de cela, cet excellent acteur de théâtre électoral a fait nombre de promesses qui se sont inscrites dans son inconscient dont on pourrait supposer qu’il est exacerbé, à la fois par la hauteur sinon la splendeur de l’enjeu, et dans tous les cas d’un caractère assez exalté. Cette observation complète la précédente dans le même sens, où il se “jugerait d’une [bien] trop haute lignée [désormais] pour accepter plus longtemps ce rôle de marionnette”... 

Bref, nous avons beaucoup entendu, à propos de Macron, évoquer les images du Golem et de Frankenstein, – vous savez, ces créatures qu’on a faites monstrueuses pour attirer les foules avec du sensationnel, mais dont le caractère principal est d’être complètement fabriquée … et leur aventure principale, elle, étant qu’en étant toute fabriquée, ou parce qu’elles sont toute fabriquées mais dotées d’une conscience, il ne leur plaît plus de dépendre de leurs créateurs, mais au contraire de leur échapper pour vivre leur vie. Golem-Frankenstein, c’est-à-dire “marionnette”, déguisé en président de la Vème République avec le charmant minois de Macron, pourrait décider qu’il en a soupé de ses créateurs-sponsors-mondialistes, la bande Attali-Minc-Bergé & le reste, et des admonestations de la Commission Européenne, qui s’est montrée si délicieusement habile et diplomate depuis son élection en le rappelant à ses devoirs d’alignement sur les consignes. « L’histoire est pleine de ces idiots politiques qu’on porte au pouvoir et qui acquièrent leur autonomie » pour faire différemment de ce qui leur était enjoint de faire, dit un des participants d’un excellent numéro de Bistro-Liberté (TV-Liberté du 12 mai 2017) consacré en partie à Macron

Scorpion et “faire aïkido

Ainsi le processus de marionnettisation tel qu’il est apparu dans ces temps postmoderne depuis 9/11 n’est-il pas un signe de très-grande habileté, ni de vigueur entraînante du Système. Ce serait plutôt le signe du contraire, en vérité. L’obligation de “marionnettiser” jusque dans les territoires du bloc-BAO, c’est bien le signe que le personnel-Système conventionnel n’est plus à la hauteur ; mais “marionnettiser” pour produire des marionnettes qui se révèlent à l’emploi, d’une façon jusqu’ici systématique, soit  rebelles, soit toxiques, soit improbables dans une dynamique fluctuante, incertaine ou simplement à contre-emploi, c’est un signe que le Système, effectivement sans grande habileté ni vigueur entraînante, qui plus est se trompe de plus en plus mortellement, façon scorpion qui se pique lui-même selon ce qui ne serait qu’une légende, mais qui, pour le cou, prendrait une allure opérationnelle.

L’originalité du phénomène, c’est que ces diverses opérations de marionnettisation se font loin des espérances de résistance ou populistes, ou bien pour les trahir victorieusement, ou bien pour les écarter décisivement, mais finalement pour nous donner des situations qui, d’un certain point de vue qui est celui de pouvoir embrasser l’entièreté du processus et le désordre qu’il engendre, s’avèrent pour le moins aussi incertains sinon pires, et qui pourraient s’avérer bien pires que celles qu’on craignait. Vieille antienne qu’il ne faut cesser de répéter : seul le Système arrivera à vaincre le Système en retournant toute sa stupide surpuissance contre lui, sous la poussée des événements et de ceux qui veulent y contribuer, dans l’habituel et gracieux mouvement du “faire aïkido”. Peut-être le jeune Macron ne nous a-t-il pas encore révélé ses exploits de marionnette des armes martiaux ?

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