Karzaï ou les limites de la servilité

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Karzaï ou les limites de la servilité

22 mai 2005 — Être un allié des USA n’est pas chose aisée. Blair le sait bien. Mais être un allié installé et directement manipulé par les USA, “une marionnette” (pupett) comme l’on dit, devient quasiment impossible. L’Afghan Karzaï s’en aperçoit, alors que son pays est plongé dans un nouveau scandale des tortures US, qui vaut bien celui d’Abou Ghraib, en Irak, il y a exactement un an.

Karzaï arrive aujourd’hui aux USA pour des entretiens et il annonce qu’il soulèvera la question des tortures et, plus généralement, du comportement et du contrôle des forces armées US. The Independent d’aujourd’hui note ceci :

« Afghanistan's President has demanded “very, very strong” action by the United States against any military personnel found to be abusing prisoners, after a newspaper revealed maltreatment of detainees at the main US base in Kabul.

» President Hamid Karzai also demanded greater control over US military operations here, including an end to raids by American troops on Afghans' homes without the knowledge of his administration.

» “No operations inside Afghanistan should take place without the consultation of the Afghan government,” the President said. He will raise both issues when he meets American leaders during a four-day visit to the US starting today. »

Bien entendu, il n’est pas question de voir dans le comportement de Karzaï un brusque tournant politique, une “trahison” du contrôle américain. Il s’agit d’une simple attitude de survie. La situation en Afghanistan est devenue intenable, quant aux rapports entre la population et les différentes forces dont dépend Karzaï au niveau intérieur, et les forces américaines dont le comportement est complètement brutal et hors de tout contrôle. Les récentes manifestations pour l’affaire du Coran désacralisé, avec les victimes causées par ces mêmes forces US, ont montré à Karzaï l’extrême fragilité de sa position. On se rapproche du point où il deviendrait plus pressant pour Karzaï d’agir pour garder le soutien de la population et des différents chefs locaux, que de continuer à suivre les consignes US. Désormais, les deux obligations se contredisent directement.

Bien entendu, Karzaï n’obtiendra rien aux USA, car la politique Bush-Rumsfeld est non seulement de soutenir les excès de leurs forces même s’ils sacrifient ici ou là quelques lampistes, mais parce que cette politique va plus loin encore : elle est basée sur les excès des forces US. Il est aujourd’hui manifeste que la “politique” militaire de Washington est basée sur deux “principes” :

• Employer tous les moyens contre tous les suspects, c’est-à-dire les contraintes, la torture, les abus de toutes sortes, y compris contre des innocents puisque la qualité exécrable du renseignement et des forces US conduit à faire de l’erreur sur la personne une sorte de système général d’action. Les territoires de cette “action” sont bien sûr, en premier lieu, l’Irak et l’Afghanistan.

• Laisser toute latitude d’action aux forces US, c’est-à-dire accepter qu’elles soient complètement incontrôlables, y compris aux plus irresponsables d’entre elles : les forces spéciales et les contractants privés de mercenaires. Leurs actions là où ces forces se trouvent dans les pays qui y sont soumis, — l’Afghanistan et l’Irak, — font de ces pays des territoires mis à sac, exposés à l’arbitraire et au racket.

L’action américaine est à l’image de son gouvernement : complètement unilatérale, indifférente aux lois qui ne procèdent pas du maintien du conformisme, des privilèges et des intérêts en place à l’intérieur du système, soumise aux lois (à l’absence de lois) de l’économie privée, du profit et de l’arbitraire. Il s’agit d’un système complètement dégagé de tout contrôle régalien, agissant comme le font les gangs du crime organisé ou les entreprises multinationales américaines.

C’est loin d’être un problème accessoire pour la politique américaine, dont on pourrait croire que l’essentiel repose sur sa stratégie. La principale raison est que la politique US ne repose sur aucune stratégie ; son action “tactique” génère naturellement une stratégie qui est celle du désordre avec toutes ses tares, et de l’inefficacité. Aujourd’hui, le caractère insupportable de la pression américaine touche encore plus les alliés des Américains que les autres. Karzaï est un exemple. L’Irak en est un autre, mais qui va dans un sens différent, plutôt vers une alliance avec l’Iran qui heurtera très vite les intérêts US. D’autres pays sont dans ce même cas d’une alliance américaine insupportable : l’Égypte, l’Arabie… Certains parlent même d’Israël, où la conscience ne cesse de grandir qu’une véritable résolution du problème de la sécurité de ce pays passe par un effacement américain, générateur continuel du désordre de la région.

 

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