Mélenchon, la meute et la dignité

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Mélenchon, la meute et la dignité

Comme le dit l’auteur du texte ci-dessous, « Il n’est pas question, [sur ce site], de donner une quelconque consigne de vote. » D’ailleurs, avec l’autre texte du jour (*) et quelques autres qui ont précédé, surtout consacrés à Mélenchon, “il n’est pas question” de consigne de vote selon l’évidence même de l’absence de Mélenchon dans ce second tour. La question des “consignes” et du “vote” n’est certainement pas quelque chose qui nous passionne, et pour tout dire, ce n’est certainement pas quelque chose qui ait la moindre existence pour nous, dans le champ de nos réflexions.

Il s’agit d’un texte de Jacques Sapir, en date du 28 avril 2017, que nous lui empruntons parce qu’il nous paraît avoir sa place dans une sorte de “dossier” qui se constitue, qui concerne l’extraordinaire effondrement intellectuel, moral, voire métaphysique, de la presse, ou presseSystème si l’on veut, en France pour le deuxième tour de ces élections présidentielles, comme on l’avait déjà vu aux USA pour la campagne USA-2016. Le processus qui se poursuit consiste évidemment à faire de cette presse un instrument de perversion, de diffamation et de terreur, et de persécution enfin, évoluant dans l’univers d’une narrative caractérisée par la démence. Il s’agit donc d’un phénomène général de l’inversion institué au cœur de la communication, qui touche d’une façon générale tous les pays du bloc-BAO, mais bien sûr à partir du paroxysme de ces deux pays d’une importance politique réelle, dans des occurrences électorales d’une telle importance.

La prostitution quasi-automatique avec tous les avantages afférents, brandie comme un acte de vertu et un acte de courage, voire d’héroïsme, de la part de cette presse qui vit entre terreur de soi et l’addictions aux drogues de toutes sortes dont celle du comportement conformiste et soumis au Système est la plus forte, cette prostitution de la presseSystème (presstitute disent les antiSystème UK-USA) est aujourd’hui une constante fondamentale et très forte de la situation générale. Elle constitue, un des instruments favoris du Système, avec de telles “vertus” opérationnelles.

Elle est à un point si extrême un des instruments favoris du Système à qui il est tant demandé, que cette presseSystème se trouve elle-même, sous le poids de ses démarches faussaires, proche de l’étouffement pur et simple, jusqu’à l’autodérision chaotique, jusqu’à la caricature de soi-même que l’on jugerait au bout du compte suicidaire. Il nous semble que cette campagne des présidentielles laissera des traces considérables dans les psychologies et sur les structures profondes de la presseSystème, tant cette pratique systématique de l’inversion et du simulacre finit par peser d’un poids insupportable. En des mots plus simples, nous dirions que le poids du mensonge, même s’il n’est pas complètement délibéré, même s’il n’est pas réalisé en tant que tel, – et peut-être même plus dans ce cas, – devient pour la psychologie une charge extrêmement dangereuse.

Le “traitement” infligé essentiellement à Mélenchon et à Le Pen, et à Dupont-Aignan désormais, ne peut se suffire de la simple et courte définition de la partialité. Le ton du mépris, de l’arrogance, du sarcasme à l’encontre de ces relaps, de leurs conceptions et de leurs projets, qui accompagne ce parti-pris institue une véritable terreur qu’on pourrait résumer par le terme de “dérision”, notamment au sens où l’emploie la philosophe Chantal Delsol dans La haine du monde, totalitarismes et postmodernité. Ce terme de “dérision” rencontre d’une certaine façon le terme de “persiflage”, dont nous faisons nous-mêmes grand usage, à la fois dialectique et de la métahistoire fondamentale. (Le “persiflage” est le sujet essentiel de la Troisième Partie du Tome-II de La Grâce de l’Histoire, ainsi que de divers textes du site dont, par exemple, celui du 14 juillet 2010.) Mais alors que nous faisons du “persiflage” d’abord une arme d’épuisement de la psychologie pour la rendre vulnérable aux entreprises les plus maléfiques, le terme de “dérision” est employé par Delsol pour décrire une action de terreur généralisée, mais s’écartant par les moyens employés de la “Terreur” proprement dite (celle de 1793, celle de Staline et de Hitler, etc.). Il s’agit d’un sujet extrêmement vaste et d’un débat à mesure, qui demande certes un traitement à part ; dans le cas qui nous occupe aujourd’hui avec les actes de la presseSystème, il s’agit bien de dérision, c'est-à-dire de la terreur postmoderne.

De la “dérision” qu’elle voit comme « une profanation du sens », Delsol écrit notamment : « La terreur défait les liens sociaux et isole l’individu, détruit les lois et la confiance qu’on leur accorde en les remplaçant par l’arbitraire et la violence. La dérision n’argumente pas davantage que la terreur, elle méprise et abaisse sans jamais d’expliquer. Mais elle évince la raison et les critères, met en cause finalement les légitimités. En ce sens, son travail de sape est plus profond que celui de la terreur, car il s’enracine en sous-sol. La terreur s’attaque aux conséquences et aux expressions, tandis que la dérision s’attaque aux fondements. »

Il doit être bien compris que ce qui nous intéresse dans ces différents constats qu’on peut suivre au long de cette campagne des présidentielles, essentiellement dans ce deuxième tour où toute la puissance de dérision terroriste s’est rassemblée au service d’un seul parti, ou du Système disons, sans aucune ambiguïté ni nuance possible, c’est bien ce phénomène de la communication totalement invertie bien plus que le résultat de l’élection elle-même. Cela ne signifie pas que le résultat de l’élection est indifférent, non plus que les positions des uns et des autres, mais que ce résultat autant que la campagne elle-même sont accouchés par une offensive de la subversion et de l’inversion sous la forme de la “dérision” qui apparaît à chaque occasion où elle est employée de cette façon comme d’une puissance supérieure à ce qui a précédé, et donc à chaque fois sans équivalent ni précédent. On reconnaît là le processus de surpuissance du Système, et il nous apparaît de plus en plus difficile qu’une telle violence de la dérision ne laisse pas des traces extrêmement profondes et ne radicalise plus encore les positions, préparant en sus des troubles extrêmement graves pour les périodes immédiatement à venir.

Le comportement de la presseSystème durant ce deuxième tour ressemble bien, d’une autre manière et par d’autres moyens, à une véritable campagne de répression terroriste conduite contre ceux qui prétendent, d’une façon ou d’une autre, suivre une autre voie que celle tracée par le Système. Effectivement, cela ne peut déboucher que sur des violences supplémentaires, particulièrement et paradoxalement si le candidat favori du Système est finalement “choisi”. On peut être sûr que l’ivresse, c’est-à-dire la folie qui, du côté du Système, accueillera un résultat dont ils nous disaient pourtant tous qu’il était acquis d’avance (on l’avait fêté à La Rotonde), constituera nécessairement l’aliment de l’entraînement de la situation vers de nouvelles violences, – que ce terme soit de pure communication ou concerne d’autres domaines est une question accessoire...

Ces événements font comprendre à tous, et notamment aux opposants à tendance antiSystème encore désunis, qu’il n’y a aucune possibilité d’existence entre la soumission complète et l’insurrection. Encore une fois, le processus de surpuissance extrême du Système conduit à la radicalisation extrême, et cette fois dans des conditions d’exacerbation d’une radicalité à mesure. Il permet de faire place nette des hésitations, des demies-mesures, des possibilités de compromis et des idées de réforme, pour permettre l’exposition en pleine lumière de la vérité des partis qui s’affrontent, –Système contre antiSystème, – et par conséquent de la puissante vérité de l’enjeu qui ne souffre plus aucune position médiane ou modérée.

Le texte du 28 avril 2017 de Jacques Sapir, sur son site RussEurope.org est effectivement consacré au “traitement” que la presseSystème et tous ses satellites ont infligé à Mélenchon depuis le début du second tour, en fonction de son refus de recommander clairement de voter pour le seul candidat possible selon les conceptions et impératifs du Système. Il nous semble particulièrement approprié pour faire ressortir ce que la situation française présente aujourd’hui d’imposture et d’infamie.

dedefensa.org

 

Note

(*) Les deux titres avec le même mot (“meute”) nous sont venus tels quels, sans nulle consultation ni coordination. Il s'agit bien de l'esprit de la chose, sauf que nous avons beaucoup plus d'estime lorsque il s'agit d'une meute d'animaux. Pour le cas du sapiens, l'expression ajoute à l'ignominie.

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Mélenchon, la meute et la dignité

Depuis que l’on connait les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, depuis donc dimanche soir dernier, Jean-Luc Mélenchon doit faire face à une pluie de critiques aussi indécentes qu’injustifiées. La cause en est sa décision de ne pas prendre position par rapport au duel entre Mme Marine le Pen et M. Emmanuel Macron. On l’accuse alors de tous les maux dans un emballement hystérique ou l’on manipule les faits de manière honteuse. Encore une fois la meute des journalistes à gages se déchaîne. Elle se déchaîne avec une rare impudence et révèle en cela son choix politique en faveur des options rétrogrades défendues par Emmanuel Macron. Ce « jappellisme », pour user d’un néologisme inventé par certains journalistes démontre la transformation massive, mais certes pas totale, des journalistes en propagandistes. Nous en avions eu un avant goût lors de la campagne pour le référendum de 2005.

J’ai souvent critiqué Jean-Luc Mélenchon, par voie de presse ou à travers ce carnet. Je continue et je continuerai à le faire sur une série de points. Mais, je tiens à dire aussi que je le soutiens ici face à cette meute qui hurle à la mort, qui jappe et qui cherche à mordre. Je le soutiens parce que je défends son droit à refuser ce choix qui lui est présenté. On peut critiquer politiquement sa position et l’on peut en débattre. Rien cependant ne justifie les attaques odieuses dont il est l’objet ni la campagne sauvage de dénigrement dont lui et son mouvement, la « France Insoumise » sont aujourd’hui la cible.

Car, quelles que soient les critiques que l’on peut faire à Mme Marine le Pen, et j’en ai fait quelques-unes dans ce carnet, la décence devrait obliger cette même meute de reconnaître qu’il n’y a rien de « fasciste » ni dans son programme ni dans le comportement de son mouvement. Où sont donc les milices armées qui tiendraient les rues ? Depuis des années elles viennent d’une toute autre mouvance que le FN. A prétendre que le FN est « antirépublicain » on s’expose de plus à une contradiction évidente : si ce mouvement fait courir un danger à la République, il devrait être interdit et ses responsables emprisonnés. Si tel n’est pas le cas, c’est que ce parti n’est pas un danger pour la République.

A vouloir se draper dans l’Histoire, cette meute journalistique et écrivassière se prend les pieds dans le tapis. Le programme défendu par Mme Marine le Pen est un programme populiste, avec ses bons mais aussi ses mauvais côtés. C’est un programme souverainiste, même s’il n’est pas exempt de dérapages, comme sur la question du droit du sol et de la protection sociale. On peut le contester, on peut même le réprouver. Mais, en faire un épouvantail est d’un ridicule achevé. Non, nous ne sommes pas dans l’Allemagne de 1933. Nous ne sommes même plus dans la France de 2002. Les choses ont profondément changé, sauf peut-être l’inconscience crasse de cette meute bavante qui nous rejoue la même partition qu’elle nous avait jouée lors du référendum de 2005. Et, il faut le souligner, elle avait été battue à l’époque !

Le programme d’Emmanuel Macron, quant à lui, ne fait guère envie, et c’est le moins que l’on puisse en dire. C’est un programme de soumission à la mondialisation et à son bras armé qu’est la politique du gouvernement allemand. C’est un programme de destruction du droit du travail, un programme d’ubérisation de la société. Au-delà, c’est un programme qui porte un projet de société dans laquelle les individus seraient entièrement atomisés, livrés à la loi du marché et à la règle du « froid paiement au comptant ». Ce programme soulève des très grandes inquiétudes. Ces inquiétudes sont légitimes. Elles interdisent de voter pour Emmanuel Macron. Que certains considèrent même que ce programme fasse courir à la France un danger plus grave et plus immédiat que celui de Mme Marine le Pen peut se comprendre et, en tous les cas, on doit pouvoir l’entendre. Cela ne fait nullement de ceux qui défendent cette position des suppôts d’un fascisme d’autant plus imaginaire qu’il est dénoncé avec une rare outrance. M. Macron se prétend porteur de « valeurs » radicalement contraires à celles de son adversaire. Ce faisant, il montre surtout qu’il confond les valeurs et les principes et qu’il ne sait pas ce qu’il dit. Cette hystérisation du discours, elle aussi, inquiète grandement.

Il n’est pas question, dans ce carnet, de donner une quelconque consigne de vote. Outre que ce n’est pas le lieu, l’auteur ne s’en voit pas la légitimité n’ayant nulle responsabilité dans la vie politique, syndicale ou associative. De plus, et jusqu’à plus informé, le vote est secret. C’est justement l’un des « principes » de la République, et non une « valeur » comme le prétend Emmanuel Macron.

Mais, quand quelqu’un comme Jean-Luc Mélenchon se voit injustement attaqué et outrageusement caricaturé, quand la majorité de la presse vire à la propagande, ce qui dénote là un risque bien réel de totalitarisme mais dont les sources sont plutôt parmi les soutiens d’Emmanuel Macron que de Marine le Pen, alors il est de mon devoir de lui apporter mon soutien. Cela n’efface nullement les critiques que j’ai pu lui faire, et c’est sans préjudice des critiques que je pourrai lui faire à l’avenir (et l’inverse est tout aussi vrai, quant aux critiques qu’il m’a faites et celle qu’il pourrait me faire). Sa position est digne, elle est courageuse, elle est compréhensible et ce même sans qu’il soit besoin de la partager entièrement. Le dire aujourd’hui est une question d’honneur politique, mais aussi de salubrité publique. Ce sont les comportements de meute des journalistes qui aujourd’hui ne le sont pas, et qui font peser un véritable risque sur la démocratie en France. Il faudra bien un jour nettoyer les écuries d’Augias.

Jacques Sapir

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