Méditations macro(n)scopiques

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Méditations macro(n)scopiques

12 octobre 2018 – Il y a deux mois de cela, je m’étais fait un peu tancer, – fort aimablement et même respectueusement, sans nul doute, – par un message posté, par une réflexion d’ami, etc., à propos de ce texte sur les « Connards co(s)miques ». Je crois qu’on s’inquiétait de la verdeur du langage, du propos un peu trop leste, des choses de cette sorte. On remarquera aujourd’hui la reprise dans le titre du procédé des parenthèses dans un mot, du mettre-ou-ne-pas-mettre une lettre, – car le coupable revient toujours sur les lieux de son forfait, pour constater que les choses sont effectivement ce qu’il en avait dit et cru... On remarquera par conséquent qu’avec ce texte d’aujourd’hui, il s’agit toujours du même sujet.

La logique, au moins, est sauve. Nous la mettons précieusement de côté pour que nul ne l’abîme et nous poursuivions notre audacieuse exploration, nous-autres qui, c’est bien, connu, sommes sans peur et sans reproche.

Quoi qu’il en soit et malgré mes nombreux brevets de la vertu retrouvée puisque je n’ai pas été plus loin que mes « Connards co(s)miques », j’ai pris mes précautions. Cette fois, je me couvre, puisqu’il s’agit des propos d’Onfray et non des miens. Le texte ci-dessous, qui reprend l’affaire de la “lettre au président Manu” de la plume du fameux philosophe normand, – « Lettre à Manu sur le doigté et son fondement », – en fait foi et vous instruira assez convenablement sur cette intrigue sans précédent.

Il est vrai que nous vivons dans des temps étranges, et je ne cesse de me féliciter de l’emploi que l’on fait sur ce site du mot “bouffe” (“tragédie-bouffe”) ; car enfin, je vous le demande, comment faire, comment en sortir et briser notre-dilemme du jugement nécessaire, comment définir autrement notre “président-bouffe” sinon avec le qualificatif de “bouffe” ? Nous voilà donc bien armés, et nous poursuivons.

Commençant à lire la lettre d’Onfray, c’est vrai, j’ai eu un mouvement de recul (“vulgaire“, “mauvais goût”), exactement comme pourrait l’avoir eu un lecteur de « Connards co(s)miques », dans un premier mouvement ; puis, réfléchissant au cas après bien plus d’une année de sa présidence pour me permettre de prendre mes distances, assurer mes marques et maîtriser mes émotions ; venant au constat que, finalement et tout bien pesé, non, la lettre n’est nullement déplacée, qu’elle lui correspond même, on dirait presque : “à merveille”... La verdeur du langage, la grossièreté calculée des mots et des postures, l’envolée des situations décrites, le ricanement persifleur de la plume, tout cela est bel et bon dans la tradition de la satire et de l’irrévérence qui est fameuse en France, au moins depuis la Fronde et ses mazarinades.

Pour ce qui est de l’esprit de la chose plus que pour la géométrie, je dirais que ce n’est pas s’abaisser qu’en venir à la satire car ce genre implique nécessairement un risque, qui est le risque qu’on court de se “mettre à niveau”, – “upgrader” disent les publicistes des salons parisiens, à qui l’on devrait conseiller de réfléchir à la variante adéquate pour ces “temps étranges”, – qui serait alors, bien entendu : “downgrader”... Oui certes, il faut parfois savoir aller au charbon, au risque de se souiller un peu, pour bien faire comprendre ce que parler veut dire. Onfray n’a fait qu’utiliser le langage qui va comme un gant à son correspondant trônant à l’Élysée jupitérien.

C’est le temps, certes, d’une certaine amertume, de la sortie des envoutements de fortune auxquels au fond personne n’a cru vraiment ; le temps des simulacres crevés et emportés au fil des eaux grasses, celles des lendemains des illusions festives. Des temps étranges, vous dis-je. La Première Dame, elle-même, prend la mesure des pirouettes du désastre : « Faut arrêter les conneries, maintenant ! » ; pleine de bon sens, en un sens...

Le pauvre de Villiers, qui avait cru tenir son Roy en l’emmenant au Puy du Fou, déroule effectivement ses aigreurs méprisantes où l’on n’ose voir de la “désespérance”, – après tout, “désappointement” fait l’affaire... (Dans le texte qui vient d’une interview de Valeurs Actuelles, de Villiers va jusqu’à préciser qu’il lui conserve son amitié, à notre-Président, comme pour nous rassurer et nous assurer qu’il s’agit bien d’une “présidence-bouffe”.)

 « J'avais l'espoir naïf, comme tant d'autres, qu’Emmanuel Macron aurait compris cette mission métapolitique...[…] [..L]e Président de la République a une mission vitale : sauver la civilisation française.[...] Quand j'ai vu la fête de la musique à l'Élysée avec les transsexuels. en résille, et le doigt d'honneur des Antilles, j'ai compris qu'il n'avait pas compris.

« Je pense aujourd'hui qu'il est peut-être le phénomène ultime de l'accomplissement de cette hybridation, unique dans l'histoire, de l'extrême-centre caractérisé par le rejet dela politique, et du marketing qui est son effacement au profit de l'image. »

Bref, vous avez bien compris : il ne faut pas prendre tout cela trop au sérieux, encore moins au tragique sinon sur le mode-“bouffe“. C’est comme un théâtre d’ombres dans une caverne à guichets fermés, un carnaval enfantin, entre masques grimaçants et grimaces innocentes, où tout est à peu près permis lorsqu’il s’agit de ces sujets un peu trop dissipés ; ceux-là qui font leurs mauvais coups lorsque le pion a le dos tourné et qui appelle maman lorsqu'ils sont pris, l'index levé dans le pot de confiture. La lettre d’Onfray “à Manu”, c’est un peu comme le « Va jouer avec cette poussière » de Montherlant. La seule chose vraiment revigorante dans cette affaire, c’est l’allure absolument coincée de l’hypocrisie obligée, le tortillement des questions insidieuses, la mine confite des vertueux inquisiteurs télévisuels soumettant respectueusement mais fermement l’hérétique à la question, – selon les consignes perçues à l’instinct, presque à l’intuition.

Dans ces temps étranges, on peut donc prendre un peu de son temps pour voir le détail de l’affaire et juger de son ampleur-“bouffe”, – sur Spoutnik-français, le producteur bien connu de FakeNews, de la plume de Fabien Buzzanca, le11 octobre 2018. (Le titre original, modifié par moi/par nous pour des raisons techniques, est : « Onfray, la satire, les accusations d’homophobie… et la censure ? »)

PhG

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Onfray, la satire … et la censure ?

Le philosophe Michel Onfray a défrayé la chronique en publiant début octobre une lettre à l’intention du Président de la République. Pleine d’ironie et d’allusions sexuelles, elle a été accusée d’homophobie. Déprogrammé de plusieurs émissions, Michel Onfray crie à la censure. Spoutnik-France revient sur cette polémique.

« Mon cher Manu,

Mon Roy,

Mais aussi:

Mon Chéri,

Je me permets en effet cette familiarité, mon cher Manu, car des photos t'ont récemment montré partout sur la toile aux Antilles enlaçant un beau black, bodybuildé en prison, luisant de sueur tropicale, ce qui semblait te ravir jusqu'au plus profond —si tu me permets l'expression… »

Michel Onfray n'a que peu goûté de voir Emmanuel Macron pris en photo le 30 septembre à Saint-Martin entouré de deux jeunes, dont un ex-braqueur. Plus que la simple prise de clichés, c'est le contenu de la pellicule qui a fait polémique. Dans l'une des photos, on voit le Président enlacer un «beau black», comme le qualifie Michel Onfray. Dans une autre, ce même individu fixe l'objectif tout en levant son majeur. Un doigt d'honneur qui a inspiré une lettre au philosophe, qui tout au long de son œuvre file une métaphore sexuelle qui aboutit au «fist-fucking» du peuple français. Ou comme l'explique Michel Onfray «La main, puis tout le bras dans le cul». Dans «Lettre à Manu sur le doigté et son fondement», on peut notamment lire:

« Quoi qu'il en soit de ce fondement et de son propriétaire, c'est proprement manquer de doigté envers la République que de se laisser mettre de la sorte en arborant ce sourire radieux qui témoigne de ton contentement. Pareil goût relève de ta vie privée qui est celle du second corps du roi, elle ne devrait pas affecter ton premier corps qui est politique et républicain. Ce sourire, c'est le même que tu arborais sur les marches de l'Élysée le jour de la fête de la musique en compagnie d'une brochette d'individus, eux-aussi férus de ce très subtil langage des signes. On ne dira pas que tu caches ton jeu. Il n'y a que les crétins pour feindre que tu dissimules. Tu es du genre à nous le mettre bien profond, pour dire clairement ce qui ne devrait pas te choquer sous forme de mots, puisque la chose te ravit quand elle se trouve exprimée sous forme de geste. »

Ces envolées au vitriol ont choqué. Certains observateurs, qu'ils soient journalistes, éditorialistes ou simples quidams y ont vu une attaque homophobe. «Michel Onfray: sa lettre ouverte homophobe adressée à Emmanuel Macron» titrait le siteNon Stop People. Quant à Maurice Szafran, ancien patron de Marianne, il a accusé le philosophe «d'homophobie latente» sur le plateau de «L'Heure des Pros», animé par Pascal Praud sur Cnews.« Mais je rêve ou quoi? Est-ce que depuis tant de temps, j'ai écrit tellement de choses depuis 1989, est-ce qu'il y a un livre, une phrase qui permette de dire que je suis homophobe? (…) Pourquoi les philosophes n'ont-ils pas le droit à la satire? », a répondu le principal intéressé sur le plateau de BFMTV le 7 octobre.

Au Point, le philosophe caennais s'expliquait plus en détail: «Le problème n'est pas l'étreinte, mais le doigt d'honneur. Si le Président avait enlacé une femme, j'aurais dit exactement la même chose. Mais il se trouve qu'il a enlacé un garçon. Ce n'est pas de ma faute tout de même.»

Trop tard.

Dès les premiers soubresauts de la controverse, Michel Onfray était devenu, pour un temps, trop sulfureux. Le 8 octobre, il devait se rendre sur le plateau du «Magazine de la santé», diffusé sur France 5. Mais il n'aura pas la chance de raconter les conséquences de l'accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime il y a quelques mois et qui lui a soufflé son dernier opus «Le deuil de la mélancolie». La rédaction du magazine a préféré attendre que l'orage passe. «Ce n'est pas de la censure. Nous ne voulions pas participer au bad buzz autour des propos de sa lettre ouverte. Le jour où tout cela sera calmé, il pourra revenir», expliquait Benoit Thévenet, le producteur de l'émission.

Sans surprise, Michel Onfray ne l'a pas entendu de cette oreille. Et des soutiens sont sortis du bois. Comme le rapporte Télé-Loisirs, l'ancien producteur historique de l'émission Christian Gerin a appelé la présentatrice du programme Marina Carrère d'Encausse pour lui signifier sa désapprobation:

« J'ai appelé Marina Carrère d'Encausse pour lui dire: "Tu déconnes à plein tube". Je trouve le texte de Michel Onfray graveleux et de mauvais goût, mais c'est au tribunal de juger s'il est homophobe. C'est lamentable de le décommander pour ces raisons. De quel droit on censure un philosophe? »

Le philosophe assure avoir été également évincé d'un programme de la chaîne cryptée: «Canal+ a été plus malin en m'expliquant qu'ils avaient changé de thème et donc d'invité…». Au-delà des pontes du paysage audiovisuel français, Michel Onfray pense que l'Élysée pourrait lui en vouloir personnellement.

Le 28 septembre, il annonçait mettre un terme à l'enseignement qu'il prodiguait à ses élèves de l'Université populaire de Caen. Si l'intellectuel normand a décidé de quitter l'estrade d'une institution qu'il a lui-même créée en 2002 et qui visait à fournir une éducation populaire, gratuite et ouverte à tous, c'est qu'une mauvaise nouvelle venait de lui parvenir à l'oreille. Il venait d'apprendre que c'est précisément dans les oreilles des auditeurs de France Culture que ne résonnera plus sa voix. La radio du service public avait décidé d'arrêter de retransmettre ses cours comme elle en avait pris l'habitude chaque été. Michel Onfray émet l'hypothèse d'une décision politique, même s'il prend ses précautions. Sur le plateau de «Zemmour et Naulleau» le 10 octobre, il a livré son sentiment :

« Je dis rien. Je dis juste qu'on ne me donne pas d'explication. Et que précédemment, dans le Journal du Dimanche ou dans Le Parisien, Sylvain Fort —qui est la plume du Président- avait fait savoir qu'un certain Éric Zemmour, qu'un certain Alain Finkielkraut et qu'un certain Michel Onfray défendaient des idées nauséabondes et que ça déplaisait en haut lieu à l'Élysée. »

Du côté de France Culture, on se défend de toute obéissance au pouvoir, comme l'a souligné Sandrine Treiner, directrice de la radio: «Il n'y a aucune pression politique, c'est ridicule. Nous l'avons énormément soutenu, mais il n'y a pas de passe-droit à France Culture et, en termes de pluralisme, la question se posait de diffuser chaque été un seul et même essayiste. Notre antenne est libre de tout pouvoir, du pouvoir politique, mais aussi du pouvoir de Michel Onfray.» Des explications qui n'ont pas convaincu le philosophe. Il écrivait récemment sur son site:

« Après France Culture, c'est donc France 5 qui me prive de micro. Cela confirme la censure dont je fais l'objet de la part du service public audiovisuel et dont je parlais dans ma satire. »

La censure, encore ce mot. Il est revenu le 8 octobre lors de son passage dans l'émission animée par le journaliste André Bercoff sur les ondes de Sud Radio: «On a une incapacité aujourd'hui à penser librement. Parce que si vous pensez librement, vous aurez droit à ça: homophobe, raciste, antisémite, compagnon de route de Marine Le Pen, etc. On ne peut plus débattre, on ne peut plus dialoguer», s'est désolé Michel Onfray. Avant de se livrer à une comparaison avec la dystopie de George Orwell:

« Il y a une criminalisation de la pensée d'opposition, qu'elle soit de droite ou de gauche. On n'a pas le droit d'être nationaliste si on aime la France, si on aime le drapeau bleu-blanc-rouge, si on aime la liberté, l'égalité et la fraternité, et j'ajoute la laïcité et le féminisme. C'est totalement orwellien. On est en plein dedans, cette façon d'écrire l'histoire, d'interdire la pensée libre. »

Michel Onfray semble ne pas en avoir fini avec Macron. Début septembre, il publiait sur son site une première initiative épistolaire sobrement intitulée «Lettre ouverte au Président Manu». Dans le texte, il tançait le locataire de l'Élysée après la nomination de l'un de ses proches au poste de Consul à Los Angeles. Depuis, il y a donc eu « Lettre à Manu sur le doigté et son fondement » dans laquelle tout y passait: « évaporation » des bénéfices réalisés du temps où Emmanuel Macron officiait en tant que banquer d'affaires, levée de fonds à Las Vegas, Benalla, reine des paparazzis au rôle obscur ou encore distributions de «hochets» à ses proches. Les attaques contre le locataire de l'Élysée sont légion. Et elles devraient bientôt être rejointes par de nouvelles piques :

« Je t'annonce une bonne nouvelle: comme je dispose de plus de temps pour moi depuis que mes cours à l'Université populaire sont passés dans la moulinette de ton rectum citoyen, je me réjouis de pouvoir t'annoncer que je t'écrirai plus souvent que je ne l'avais prévu lors de ma première lettre. Cette perspective nouvelle me donne le même sourire que toi, mais pour d'autres raisons: je suis ravi ! »

Car pour Michel Onfray « mettre ou ne pas mettre, là est la question… ». Il entend donner la réponse.

Fabien Buzzanca

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