MbS et les antiSystème

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MbS et les antiSystème

La crise-Khashoggi avec l’implication antagoniste des USA et de l’Arabie saoudite, deux pays alliés depuis très longtemps dans les entreprises les plus déstructurantes qu’on puisse imaginer dans le sens du Système, produit un dilemme intéressant, un cas d’école si l’on veut pour qui entend se situer et se déterminer par rapport au Système et par rapport à l’antiSystème. La complexité du cas est encore accentuée par la complexité de la situation à Washington, c’est-à-dire à “D.C.-la-folle”, où les principaux acteurs peuvent être considérés selon leurs positions tactiques et les circonstances, soit comme étant dans une position pro-Système soit comme suivant une dynamique antiSystème.

(C’est le cas de Trump lui-même, qui est de loin le meilleur exemple de cette complexité ; Trump dont l’irruption au cœur de la politique US provoque un désordre considérable qui est de type antiSystème [cette instabilité est paradoxalement le seul élément stable dans les effets qu’il provoque] ; dont la politique a des aspects dynamiques antiSystème mais aussi de puissants aspects pro-Système ; dont la position contestée au cœur même de la bureaucratie conduit à des distorsions de sa propre politique dont il n’est pas directement responsable, qui peuvent être aussi bien antiSystème que pro-Système. Dans le cas de la crise Khashoggi, sa défense de l’alliance saoudienne et donc du “système hégémonique” US pour de simples considérations mercantiles et de prestige personnel le conduit à une position objectivement, très fortement pro-Système dans le chef de la défense du système hégémonique des USA.)  

 On a déjà vule cas du sénateur Lindsey Graham, au travers de sa position dans cette crise, et le paradoxe auquel nous sommes conduits de le voir dénoncer Mohammed ben Salman (MbS), chef d’une Arabie complice des USA dans la pire politiqueSystème possible : comment pouvait-on imaginer qu’on en viendrait à entendre cette imprécation (“MbS must go ”) typiquement antiSystème selon les positions des uns et des autres,  « de la bouche d’un Lindsay Graham qui faisait la paire avec McCain pour étendre partout l’incendie de la politiqueSystème dont l’Arabie fut toujours fermement partie prenante et tant acclamée pour cela. »

Adam Dick, au nom de l’Institut Ron Paul, créé par l’ancien parlementaire libertarien qui fut pour nous l’un des premiers modèles d’un antiSystème dans l’action politique, reprend cet exemple du sénateur Graham en le renvoyant aux mêmes déclarations auxquelles nous nous sommes arrêtés. L’analyse est très critique, en se référant d’une façon complètement logique et justifiée en théorie aux activités habituelles de Graham, comme on le voit dans le titre : « La nouvelle cible de la politique de ‘regime change’ du sénateur Lindsey Graham : l’Arabie Saoudite. »

« Le sénateur Lindsey Graham (R-SC) a longtemps été l'un des défenseurs les plus fervents de l'intervention étrangère au Sénat des États-Unis, appuyant les interventions américaines du type “regime change” dans le monde. L'Arabie saoudite est désormais dans la liste des pays où Graham demande un changement de régime. Interviewé mardi [16 octobre] à l'émission Fox & Friends de Fox News, Graham a déclaré que le prince héritier d'Arabie Saoudite, Mohammed bin Salman, “doit partir”.

» Tout en proclamant dans l'interview qu'il était “le plus grand défenseur d'Arabie saoudite au Sénat américain”, Graham affirme que ben Salman est “toxique” et une “source de destruction”... [...] Tant que ben Salman est responsable en Arabie Saoudite, Graham promet de refuser d’avoir quelque rapport avec ce pays, et encore moins de s’y rendre. Graham a également déclaré dans l'interview qu’il ferait pression de toutes ses forces pour que des sanctions soient prises contre l'Arabie Saoudite. »

Adam Dick poursuit ce texte en détaillant l’attitude de Ron Paul dans cette affaire, en complet contraste avec celle de Graham. Ron Paul est, en libertarien conséquent, un non-interventionniste absolu. Ainsi, il s’oppose à des sanctions contre l’Arabie, comme il s’oppose à la politique courante de soutien de l’Arabie par les USA, avec livraisons d’armes, notamment celles qui permettent à l’Arabie de mener sa guerre inhumaine et dévastatrice contre le Yemen...

« Le président de l'Institut qui porte son nom, Ron Paul, a une vision très différente [de celle de Graham], de l'Arabie Saoudite et de son dirigeant ben Salman. Interviewé lundi sur Fox Business, Paul s’est référé à son approche non-interventionniste, déclarant selon cette logique que la “politique appropriée” du gouvernement américain n’est ni de punir ni d’aider l’Arabie saoudite. Les sanctions imposées par les États-Unis [contre l’Arabie], comme tout autre sanction [contre n’importe quel autre pays] sont injustifiables, dit Paul. Comme il l'a souvent déclaré auparavant, Paul a également déclaré dans l'interview qu'il s'opposait à la politique américaine d’“alliance très proche de l'Arabie saoudite” et de vente d’armements à l'Arabie saoudite,[notamment] pour sa guerre en cours contre le Yémen – une politique soutenue par Graham. »

La position de Ron Paul est impeccablement logique et loyale, et pourtant elle est dans ce cas pro-Système, contre la dynamique antiSystème qui s’est révélée dans cette crise-Khashoggi, – et qui durera ce qu’elle durera, c’est à suivre et à voir. Il s’agit clairement d’un conflit entre un engagement idéologique en général défavorable au Système du fait des seuls choix politiques, et par conséquent en général de facto antiSystème, et une situation de changement radical de la situation, – un soubresaut du “tourbillon crisique” si l’on veut ; et un tel événement (le soubresaut) devant conduire aussitôt à reconsidérer complètement et avec l’esprit le plus pragmatique possible pour déterminer la position qu’on doit adopter pour être antiSystème. Mais Ron Paul n’est pas un antiSystème stricto sensu : il est un libertarien et tous ses jugements sont gouvernés par la doctrine imprescriptible des libertariens américains, du non-interventionnisme.

(On notera que Rand Paul, fils de Ron et sénateur du Kentucky, bien qu’identifié en général comme de la même tendance libertarienne que son père, est dans ce cas beaucoup plus souple et suit une attitude d’hostilité vis-à-vis de MbS et de la direction saoudienne, – hostilité qu’il entretient par ailleurs depuis longtemps, notamment en fonction de la guerre menée par l’Arabie contre le Yémen.)

La logique (avec la loyauté idéologique) est donc du côté de Ron Paul, mais nullement l’efficacité. La question revient finalement à conduire une analyse générale de la situation et à trancher sur le fait de savoir si cette époque doit être jugée ou non dans sa globalité, c’est-à-dire ramenée au schéma très simple mais absolument titanesque de la bataille entre le Système et tout ce qui se fait et se constitue antiSystème. Si l’on accepte ce jugement, alors tout doit s’écarter devant la nécessité de prendre une position exclusicvement dans cet affrontement

(Pour notre cas, bien entendu, nous acceptons absolument et impérativement le schéma Système versus antiSystème ; et nous jugeons d’une telle importance cette bataille qu’il ne peut être question de ne pas y prendre position pour y prendre part, évidemment comme antiSystème.)

Tout le reste hors de cette architecture antagoniste, et notamment les effets par rapport à une idéologie aussi bien que les effets par rapport à l’efficacité de la posture antiSystème, doivent s’écarter face au principal et à l’exclusif que constitue le choix de cette bataille globale. La seule difficulté devient alors de déterminer et d’identifier le plus rapidement possible ce qui est antiSystème, et de s’y tenir sans conditionner cette prise de position à l’efficacité immédiate ou l’efficacité visible.

 

Mis en ligne le 22 octobre 2018 à 12H53

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