Les termites de la séquestration

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Les termites de la séquestration

20 septembre 2013 – Le député démocrate de l’État de Washington Derek Kilmer s’écrie «“Séquestration” est un mot latin qui signifie “stupide” !». Cela semble une traduction de circonstance mais cela n’en fixe pas moins l’esprit de la chose, et des circonstances auxquelles se heurtent les parlementaires US dans leur débat avec les militaires. On parle ici d’une séance d’audition qui a eu lieu mercredi, devant la commission des forces armées de la Chambre des Représentants. Sur la table faisant place au majestueux pupitre collectif où sont assis les parlementaires de la commission, quatre témoins, les chefs d’état-major des quatre armes...

Colin Clark, de BreakingDefense.com, est celui qui sonne l’alarme le plus hautement et le plus urgemment, dans son texte du 18 septembre 2013. Il présente un moment dramatique de l’audition... Les députés s’adressent aux quatre chefs d’état-major et battent leur coulpe, faisant ressortir la responsabilité du Congrès dans une situation budgétaire (du rapport budget-capacités), et donc stratégique, sans précédent pour les Etats-Unis depuis l’attaque de Pearl Harbor quant aux capacités des forces armées.

«“You gentlemen make life and death decisions in the Tank almost every day,” a somber Cooper said at a House Armed Services Committee hearing on the automatic budget cuts known as sequestration, looking straight at Army Gen. Ray Odierno, Adm. Jonathan Greenert, Air Force Gen. Mark Welsh and Marine Gen. James Amos. “We are unwilling to even come up with a budget for America.” Even the usually partisan HASC Chairman Buck McKeon, after offering a very short defense of the House and GOP’s actions on sequestration, spoke the truth to the Joint Chiefs and the packed hearing room: ”It’s not your fault. It is us.”»

Les quatre chefs d’état-major viennent de présenter leurs évaluations, pour leurs propres forces, des capacités de ces forces en fonction des projections budgétaires à très court terme puisqu’il s’agit de 2014. L’ensemble de la problématique abordé, qui est pourtant fort vaste, ce résume à ce mot de “séquestration” qui semble désormais contenir toute la charge de stupidité d’un système, ou du Système si l’on veut, qui s’est lui-même cadenassé dans un carcan juridique inviolable, destructeur des capacités que les budgets annuels sont censés améliorer et moderniser constamment. Trois des quatre chefs d’état-major, – les principaux, ceux de l’Army, de l’USAF et de la Navy, – viennent de témoigner sous serment que, selon leur évaluation et conformément au régime de la séquestration, leurs forces n’auront plus l’assurance de l’emporter dans un seul conflit conventionnel de haute intensité dit-MTO, c’est-à-dire d’assurer les moyens et les capacités nécessaires pour figurer dans un tel conflit et l’emporter. (MTO en acronyme pentagonesque, pour Major Theatre of Operations.)

«Three of the four Joint Chiefs told the HASC that they would not be able to execute the most basic strategic requirement of the US military: defeating an enemy in a single major theater operation. Only Gen. Amos, Marine Commandant, said his self-sufficient force could handle one MTO, but could not handle more than that. “It’s my opinion we would struggle to meet even one major theater contingency,” Odierno testified early in the hearing. Later, each of the Joint Chiefs was asked by Rep. Randy Forbes, chairman of the HASC seapower and power projection forces subcommittee, if they could execute the military’s basic Strategic Planning Guidance, which requires that US forces be able to handle one enemy and to deter another. Down the line he went. Odierno: no; Greenert: no; Welsh: no. Amos, yes, but.»

»To be clear, this does not mean that America’s forces are unready now to handle its most important jobs. But if sequestration continues into 2014, the pressure on readiness and procurement funds will gradually squeeze the capabilities out of the four services.»

Le Congrès, conscient de cette situation, peut-il la redresser en trouvant un accord avec la Maison-Blanche sur une loi de réduction budgétaire plus équilibrée et mieux répartie, qui permette d’abroger le régime de la séquestration ? Comme pour les trois chefs d’état-major sur quatre, la réponse est “non”. Defense News, rendant compte de la même séance d’audition, le même 18 septembre 2013, termine son compte-rendu par un rapide tour d’horizon de la situation de cet accord-fantôme au Congrès, et entre le Congrès et la Maison-Blanche, qui permettrait d’être quitte de la séquestration.

«Members of the committee blasted sequestration. Rep. Derek Kilmer, D-Wash., quipped he has concluded “it is a Latin word meaning stupid.” And Rep. Jim Cooper, D-Tenn., said Congress’ failure to undo sequestration shows “we are failing” by not adequately funding the military. The GOP-controlled House and the Democratic-run Senate “need to get their acts together,” Cooper said. Rep. Randy Forbes, R-Va., highlighted the biggest political elephant standing in the way of a deal that would lessen or void the remaining nine years and around $450 billion in sequester cuts.

»Some members — and even some congressional leaders — have shown no interest in turning off the across-the-board cuts to non-exempt federal accounts, Forbes noted. Rep. Susan Davis, D-Calif., said she is worried that lawmakers are doing nothing to avoid further defense budget reductions. To that end, GOP Sens. Lindsey Graham of South Carolina and John McCain of Arizona confirmed to Defense News this week that summer-long talks between a group of Republicans and White House officials on a bill to address sequestration have broken down.»

Un passage de la description de l’audition dans Defense News concerne les effets de la séquestration sur le processus de planification. Il s’agit d’une multitude d’effets peu spectaculaires dont la conséquence générale est dévastatrice.

«The four chiefs of the US armed forces used words like “bleak,” “insidious,” “difficult” and “devastating” when describing the expected effects of another cut to Pentagon spending to a panel of US lawmakers. They warned of smaller forces, buying fewer new combat platforms and putting off upgrades to existing ones. “As with force structure and readiness, if the reduced caps under current law continue, our modernization forecasts are bleak,” Gen. Mark Welsh, Air Force chief of staff, told a House panel. “This funding level will impact every one of our investment programs.

»“These program disruptions will, over time, cost more taxpayer dollars to rectify contract breaches, raise unit costs, and delay delivery of critical equipment,” Welsh told the House Armed Services Committee. “In terms of investment and modernization, the nation may not recognize the effects of these reductions initially. The damage will be insidious.”»

Les chefs militaires US ont, depuis des décennies, pris l’habitude tactique de venir gémir devant le Congrès pour un budget soi-disant insuffisant et une situation largement dramatisée, et de toujours obtenir, parce que leurs interlocuteurs ont la bienveillance qu’on a entre gens du même parti, les rallonges et bonus souvent superflus qu’ils réclament. Cette fois, les événements qui ne cessent de s’accumuler depuis plusieurs années, et couronnés par cette incroyable trouvaille de l’enfermement dans un corps législatif absurde qu’est la séquestration, renversent complètement la situation. Les gémissements des chefs ont laissé place à un découragement palpable parce que la situation qu’ils peignent de couleurs apocalyptiques n’est qu’une simple transcription de la réalité, tandis que leurs interlocuteurs bienveillants n’ont plus le pouvoir ni les moyens de leur donner de quoi se tenir la tête hors de l’eau. La séquestration qui est cette disposition législative créée pour ne jamais être appliquée à cause de son absurdité, mais au contraire pour forcer à un accord, conduit aujourd’hui à d’étranges situations et à d’étranges aveux. Lorsque le député Kilmer s’exclame que le mot latin (?) “séquestration” signifie “stupide”, le député McKeon répond en s’adressant aux chefs militaires : “Ce n’est pas de votre faute, c’est de la nôtre.”

La séquestration, activée pour le Pentagone depuis le 1er mars, commence à peine à faire sentir ses effets. Elle sera pleinement “opérationnelle“ en 2014, à moins d’un accord qui entraînerait son annulation d’ici là, – et rien, vraiment rien ne semble le faire prévoir. D’ores et déjà, on sait pourtant que les premières conséquences opérationnelles sont identifiées. (Voir notamment l’affaire du déploiement des porte-avions, le 4 mars 2013.)

Un exemple plus précis et plus dramatique de la situation déjà présente, et encore comme une esquisse de la situation à venir puisqu’il ne s’agit que des premiers effets de la séquestration, concerne par exemple les capacités de l’USAF telles qu’elles ont été détaillées lorsqu’il fut question d’une attaque contre la Syrie. C’est le général Welsh, chef d’état de l’USAF qui en informait des représentants de la presse spécialisée lors d’une tournée dans le Pacifique (selon Air Force Magazine, le 28 août 2013, donc au moment où la prévision générale était qu’une attaque allait avoir lieu). Pour la première fois depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, un chef d’état-major de l’USAF annonçait que, pour une mission planifiée et tout en promettant que la mission demandée serait accomplie, la force aérienne ne pourrait pas utiliser tous les moyens à la fois disponibles et nécessaires pour cette mission, pour des raisons budgétaires ; “pour la première fois”, certes, parce que, jusqu’ici, la supériorité aérienne, voire ce que les militaires US nomment “the air dominance” (voir le 12 décembre 2008), sans aucune restriction et avec tous les moyens nécessaires qui devaient être opérationnellement disponibles, constituait une prémisse fondamentale et par conséquent obligée de la supériorité militaire des USA...

«[Welsh] emphasized that sequestration tradeoffs, such as grounding tactical combat squadrons earlier this year, have had a real impact on readiness and the service's ability to perform the full spectrum of combat missions. If the President decides to take action, the Air Force and the services will carry out their assigned missions – but “we are not going to be as ready as we would like,” said Welsh when discussing the Air Force's part. Welsh made the point that funding for sequestration-related work-arounds mandated by Congress to cover the tuition-assistance program had to come from one place—operations accounts, specifically flying hours.

»In any air-campaign scenario involving Syria, he said, two capabilities likely needed would be F-16CJ Wild Weasels, which are specially configured for suppression of enemy air defenses, and F-22s. Squadrons of both those capabilities were grounded earlier this year, save for Raptors on deployment to US Pacific Command's area of responsibility, in order to pay the remainder of the service’s tuition-assistance bills. “That's not a good place to be for us,” said Welsh...»

A propos des termites, de Dempsey et de Rand Paul

Ces diverses interventions illustrent une situation à la fois essentielle et archétypique. Le concept de Major Theater of Operations (MTO) est le concept de base de la sécurité nationale, à la fois opérationnel et symbolique, pour les forces armées d’une puissance, – le cas spécifique et extraordinaire de la guerre nucléaire étant considéré à part. Il implique l’hypothèse d’un conflit conventionnel de haute intensité, c’est-à-dire une guerre classique au plus haut niveau. Que cette possibilité soit aujourd’hui assez faible, – quoique les conditions de la crise syrienne nous en rapprochent d’une façon notable actuellement, – n’empêche qu’il s’agit de la nécessaire capacité potentielle minimale pour la garantie de la sécurité nationale et la souveraineté de cette puissance ; c’est une mesure fondamentale de la puissance opérationnelle nécessaire. Du temps de la Guerre froide, et au moins jusqu’aux années 1970, les forces armées des USA étaient capables potentiellement de livrer en même temps deux guerres de type MTO et un conflit de basse intensité type-guérilla ou asymétrique, et en un temps où les adversaires étaient très puissants et eux-mêmes sur le pied de guerre. (C’était le concept de la capacité de livrer simultanément “deux guerres et demi”.) Cette capacité a régulièrement baissé depuis, jusqu’à la situation actuelle, ou dans tous les cas à partir de 2014, qui est sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Jusqu’en 1941, et mis à part l’épisode très bref de la Première Guerre mondiale (1917-1918), les forces armées des États-Unis n’avaient pas la capacité de livrer un conflit de type MTO contre une puissance équivalente, à cause d’une politique isolationniste où la sécurité nationale était réduite à une défense du territoire militairement très ténue, considérant que le territoire US était protégé de tout adversaire de cette puissance par son isolement géographique et l’incapacité technologique de lancer des attaques massives à longue distance. (La seule exception concernait la marine, – l’aviation en était encore à un stade réduit de son développement, – pour la protection des voies maritimes. Même cette situation navale est aujourd’hui mise en question du fait de la baisse des effectifs opérationnels de la Navy, rendant la situation actuelle, de ce point de vue, plus dramatique encore qu’avant 1941.) Cette situation fut promptement redressée en 6-12 mois dès les années 1941-1942 grâce à un effort massif de mobilisation humaine et industrielle, qui se poursuivit ensuite jusqu’en 1945. Les conditions humaines, sociales et psychologiques, industrielles et technologiques, et politiques en général, permettaient alors de tels efforts de mobilisation. Aujourd’hui, c’est quasiment impossible, et même “impensable” dans les conditions sociales, sociétales, technologiques, et finalement psychologiques. On rappellera ici l’exemple du cas iranien tel qu’il fut envisagé par une étude du National War College (citation du 17 octobre 2012).

«On doit rappeler ici l’hypothèse d’une attaque de l’Iran avec une invasion terrestre, qui est un projet encore éloigné en volume et importance de ce que pourrait être une “guerre mondiale”. Cette option est considérée comme la plus sûre pour contrôler totalement le programme nucléaire iranien, imposer un changement de régime et contrôler le pays, et “sécuriser” la région selon les appréciations théoriques des stratèges du bloc BAO. Elle a été étudiée en 2007 par des universitaires travaillant pour le Pentagone, notamment avec le National War College, et a conduit à la conclusion qu’il faudrait une force d'un million à 1,2 millions de combattants US, impliquant une masse telle avec le soutien logistique qu’une mobilisation massive serait nécessaire, sans doute avec un retour à la conscription, et des hypothèses de délais minimums selon les objectifs et les conditions (parfaites, normales, etc.) de 12-18 mois à deux-trois années de préparation logistique aux USA au-delà du niveau actuel, avant d’envisager seulement les préparatifs logistiques de l’invasion elle-même. Dans le climat actuel, la perception des instabilités civiles intérieures notamment dans les pays du bloc BAO, l’activisme du système de la communication et l’incontrôlabilité des situations opérationnelles en cours, dans la région et ailleurs, la chose (cette option de l'invasion terrestre de l'Iran) est non seulement impossible mais tout simplement impensable, comme d'un autre temps et d'un autre monde ; c’est-à-dire qu’elle serait rejetée du simple processus de planification avant même d’être étudiée.»

Cet état de fait signifie que la dynamique de mobilisation des années 1941 est impossible à retrouver et qu’un conflit de type-MTO devrait être livré avec les forces disponibles. D’autre part, les USA sont dans une posture fondamentalement différente de celle de 1941, puisque l’élément de protection géographique par isolationnisme non seulement n’existe plus, mais se trouve complètement renversé. Ce qui fait la puissance globale théorique des USA deviendrait une faiblesse mortelle dans les conditions d’un conflit type-MTO, avec des forces dispersées dans un nombre considérable de positions stratégiques, et une politique générale d’expansionnisme rendant très difficile l’abandon de ces positions pour un regroupement des forces. Les USA se trouvent, du point de vue de leurs capacités, dans la situation d’une puissance classique de haut niveau dont les moyens se trouvent précipités dans une crise accélérée, alors que leur déploiement stratégique statique, avec les engagements correspondants, est celui d’une hyperpuissance globale régnant sur un monde unipolaire qui n’existe plus, qui est devenu un monde de chaos propre à exacerber les faiblesses de la dispersion des forces. La disparité est intenable et la séquestration transforme cette posture intenable en une crise active d’effondrement de la capacité centrale nécessaire à la survie de la sécurité nationale.

La Syrie, dans sa phase actuelle, avec la possibilité d’une confrontation des acteurs du bloc BAO avec la Russie dans le cas d’un échec des négociations dans la phase actuelle et d’un retour à des conditions d’affrontement, est une illustration convaincante de la situation générale qu’on décrit. Le général Dempsey, président du comité des chefs d’état-major, a raison lorsqu’il freine des quatre fers pour empêcher une attaque contre la Syrie, dont il a déjà dit, bien avant l’épisode actuel, qu’il ne pouvait garantir l’issue dans certaines conditions, notamment avec la présence russe (voir le 8 mars 2012). Hillary Mann Leverett a raison lorsqu’elle envisage tout simplement la possibilité de l’échec militaire dans le cas de cette attaque (voir le 16 septembre 2013) :

«[T]he real strategic problem for the United States is that “after invading Iraq, Afghanistan, Libya—each one of them less and less effectively, with more and more blowback—we are now in the position, I think, that if we attack Syria, with what President Obama has planned, it will show the world that U.S. military might, our political power, and our economic power are seriously declining.” [...] “If we decide to strike, there is no victory, there is no military victory; it will be a failure.”»

Il faut insister surtout sur le fait qu’on ne décrit pas ici un “accident” passager, ou bien le découverte d’une situation dangereuse qu’on va s’employer à redresser puisque désormais le danger est identifié, mais bien un processus de dissolution de la puissance militaire US dans un mode d’accélération constante que tout le monde observe et déplore en avouant son impuissance, dans la situation extraordinaire d’un emprisonnement législatif que la direction politique washingtonienne s’est imposé à elle-même par défaut d’elle-même en quelque sorte, par incapacité totale d’arriver à un accord. (C’est bien la démonstration que la crise du pouvoir du système de l’américanisme est l’épisode crisique le plus important de la situation générale de la crise du Système lui-même, comme il l’est également d’un autre point de vue avec la révolte du corps législatif sous la pression populaire qui a bloqué les projets d’attaque contre la Syrie de l’exécutif.) Il s’agit par conséquent d’une situation archétypique de la transformation d’une situation de surpuissance dont la dynamique s’étiole en une dynamique d’autodestruction, à partir de mesures prises par les directions politiques qui représentent effectivement dans les circonstances données qui sont celles de sa propre crise un cas extraordinaire d’autodestruction.

L’autre point remarquable est que cette situation est également archétypique de ce que nous jugeons être de la substance même de la crise d’effondrement du Système, de son processus, de son caractère dissimulé qui rejette les spéculations sur la thèse selon laquelle l’effondrement du Système se ferait par des événements extraordinaires et explosifs. (Ces “événements extraordinaires et explosifs” peuvent évidemment avoir lieu, mais ils seraient la conséquence du processus d’effondrement et non la cause.) Les chefs militaires parlent d’un processus “insidieux” dont on découvre les effets une fois que ceux-ci sont acquis dans la réalité, qui se développent sans qu’on puisse en saisir l’ampleur et l’orientation, des effets souterrains, insaisissables, dont le résultat est mesuré une fois qu’il est acquis, une fois qu’il est trop tard ... («The four chiefs of the US armed forces used words like “bleak,” “insidious,” “difficult” and “devastating” when describing the expected effects of another cut to Pentagon spending to a panel of US lawmakers... [General Welsh :] “The damage will be insidious.”»)

De ce point de vue général de son rapport avec la crise d’effondrement du Système, le cas de la puissance militaire US est absolument exemplaire du processus de cette crise par dissolution, effectivement et comme toujours conformément lié à nos fameuses termites. Cette image renvoie à une remarque du commentateur du National Journal Charlie Cook du 2 septembre 2008 citant lui-même des observations de l’économiste Herb Stein nous parlant des loups et des termites, que nous rapportions le 22 septembre 2008, observations extraordinairement prémonitoires puisqu’appliquées justement au déficit budgétaire qui a engendré le monstre-séquestration...

«On the subject of budget deficits, Gallagher is fond of quoting the late economist Herb Stein, who said that the problem isn’t that wolves are at the door, it’s that termites are in the foundation. Some of our country’s problems are termites, not wolves. Unfortunately, as Gallagher warns, our system is geared more toward dealing with wolves.»

Sans évidemment écarter, comme on l’a signalé, la possibilité, sinon la probabilité d’“événements extraordinaires et explosifs” comme conséquence de cette situation en aggravation constante, nous observerions que la première conséquence est l’effet, également “insidieux” et profond, sur la psychologie des acteurs dans cette situation où le socle de la puissance à laquelle ils sont accoutumés s’effrite sous leurs pieds. Le cas du général Dempsey est remarquable. Jamais les forces armées US n’ont eu un président du comité des chefs d’état-major aussi prudent sinon pusillanime, aussi pessimiste, aussi sombre dans ses positions et ses prévisions jusqu’à être accusé par les habituels va-t-en-guerre irresponsables par hystérie psychologiques de défaitisme, ce qui n’est plus très loin de l’accusation de trahison. Pourtant Dempsey vient d’être reconduit à sa haute fonction pour deux ans ; pourtant Dempsey n’est ni un lâche ni un traître ; pourtant Dempsey est lucide et, en l’occurrence, il a raison.

Notre conclusion générale serait d’une sorte de contrepied, pour observer que, naturellement et évidemment, le sénateur Rand Paul, anti-interventionniste et proche d’être un neo-isolationniste qui a dominé de la tête et des épaules la phase paroxystique de la crise syrienne à Washington, Rand Paul est aujourd’hui en passe de devenir l’homme politique le plus populaire des USA. Sa politique non-interventionniste de repli défensif serait évidemment la seule issue pour tenter d’amoindrir les conséquences de la situation d’effondrement des capacités militaires. Paul est ainsi le leader naturel de la contestation du Système au nom de l’ultime chance de sauver ce qui peut l’être du Système, – sorte d’antiSystème pour sauver le Système. Mais cette posture est, par rapport aux pressions et aux exigences du Système, si complètement antiSystème au moins tactiquement que l’effet de son action pourrait être inverse de celle de la sauvegarde de ce qu'il reste du Système, compte tenu de la fragilité structurelle des USA. Comme pour le cas de son père Ron, l’hypothèse de plus en plus acceptable de l’élection d’un Rand Paul pourrait surtout conduire à une confrontation explosive de ses projets politiques avec les exigences du Système absolument lié à l’“idéal de puissance”, lui-même irrémédiablement et aveuglément attaché à la posture d’hyperpuissance globale. Cette confrontation, avec ses inévitables et incontrôlables soubresauts, pourrait éventuellement conduire à une dissolution structurelle des USA, puisque c'est par là que s'exprime la fragilité de cette opuissance. On suivra donc avec intérêt le parcours de Rand Paul d’ici 2016 et les présidentielles, – évidemment, si le Système tient jusque là ...

 

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