Les GJ face à l’UE

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Les GJ face à l’UE

Scène saisie au vol hier après-midi sur un plateau de talk-show... L’on dissertait comme c’est désormais la coutume sinon la tradition à propos des GJ et de leur “Acte 9” (a-t-on remarqué que l’on passe subrepticement des chiffres latins aux chiffres arabes parce qu’on se dit, et même l’on sait que le décompte risque de s’étendre et que le chiffrage en latin deviendrait périlleux, actant ainsi inconsciemment la durabilité désormais structurelle de la “révolution-GJ” ?). En même temps il était question du lancement de la campagne européenne (« On arrive ») du Front devenu Rassemblement National, alors que Marine Le Pen commençait son discours devant son parti.

Après qu’on se fut entendu pour affirmer qu’il ne serait pas question de l’Europe durant la campagne des élections européennes, notamment à cause des GJ qui attirent à eux toute l’attention, l’on dauba sur la position ambiguë du RN sur cette même question de l’Europe (on y reste, on en sort un petit peu, pas du tout, passionnément, etc.). C’est alors qu’on entendit sa présidente développer un thème assez nouveau pour ce qui concerne la situation européenne : « L’alternance » (au sein de l’UE).

Nous suggérons d’observer cette évolution de la position de Le Pen à la lumière de quelques remarques qu’on trouve dans des textes précédents sur ce site, à propos de deux événements, la situation du Brexit et l’activisme européen de l’intenable Salvini, vice-Premier et ministre de l’intérieur du gouvernement italien. D’abord, celui du 10 janvier 2019, qui aborde notamment la situation catastrophique du Brexit :

« L’extraordinaire marigot politique qu’est devenu le Brexit fait découvrir un état de fait inimaginable : l’espèce d’impossibilité organique où se trouve le Royaume-Uni, – comme tout pays de l’UE, au reste, – de sortir de cette institution monstrueuse et tentaculaire qu’est l’Union. Il n’y a là ni complot, ni même bataille, mais une situation de fait, effectivement bien illustrée par des images telles que “marigot”, “sables mouvants”, “univers tentaculaire”, etc. L’on se trouve au point où des pans entiers de la bureaucratie britannique sont incapables de retrouver des réflexes souverains, de reprendre en mains leurs propres compétences, tant ils s’en sont remis à l’organisation monstrueuse de l’UE, – que nous baptisions justement des noms plus que jamais mérités d’Orque  ou de Mordor à propos de la crise grecque.

» Ces diverses remarques nous ont été faites par une source qui a trente d’expérience de travail au sein de l’UE et qui, découvre, horrifiée, cet état de fait que les fonctionnaires européens eux-mêmes ignoraient. Il s’agit là d’une entité monstrueuse, mi-Gorgone, mi-Égrégore, qui ne peut se ramener à quelques personnes, d’ailleurs d’un calibre extraordinairement médiocre (Juncker et ses canettes de bière, Merkel et la “sottise du diable”, etc.) : “On est conduit, disions-nous à cette source, à conclure que la seule solution est la destruction : l’UE doit avoir ses Gilets-Jaunes...” »

Puis, le 11 janvier 2019, cet extrait d’un texte sur la visite de Salvini en Pologne, au moment où il apparaissait que les populistes italiens (Liga et G5S) avaient fait le nécessaire, avec quelques concessions mineures, pour éviter l’affrontement avec la Commission Européenne sur la question du budget italien qui aurait pu être, selon certains, une voie vers la sortie de l’Euro sinon de l’UE pour l’Italie. Cette visite de Salvini en Pologne montre une autre tactique, et décidément l’événement n’a pas eu tout l’écho qu’il méritait, surtout en France : 

« Il y a tout aussi évidemment de la tactique électorale là-dedans : Salvini veut “ratisser très-large” en abandonnant l’aspect négatif prêté aux “eurosceptiques”, surtout à la lumière du catastrophique Brexit ; et en adoptant une tactique d’entrisme qui commencerait par le Parlement Européen. (On voit bien que l’objectif réel de Salvini, c’est bien de parvenir à faire des souverainistes-populistes le premier parti européen au PE.) »

Il semble ainsi que nous soyons entrés dans une nouvelle époque pour la question européenne également, et particulièrement pour la lutte contre l’UE. Nous pourrions dire qu’il s’agit de l’époque de la tactique de l’“entrisme” chère aux trotskistes, pour développer une stratégie de l’“alternance” par le moyen de rechercher pour les pseudo-eurosceptiques une position de force au sein du Parlement européen. Il est vrai que le PE dispose de moyens importants pour interférer sur la politique suivie par les institutions européennes (notamment un droit de veto sur la nomination de dirigeants européens faites par les gouvernements des États-membres).

D’autre part, l’internationalisation du combat des nationalistes, des populistes-souverainistes, des anti-globalistes et autres crises socio-politiques du même type qui est à résultante antiSystème, est en pleine ouverture internationale, contrairement à ce qu’en jugent “instinctivement” nombre de commentateurs surtout globalistes. (Les globalistes tendent à cantonner ces phénomènes à leurs nations respectives réduites à leur face sombre et à la “bête immonde”, donc au concept diabolisé de “nationalisme”, selon la logique aveugle et invertie de leur propre croyance qui ramène tout cela aux notions d’enfermement, de xénophobie, de frilosité, – les qualifications de “fasciste” et de “nazi” s’enfilant à la suite comme perles de collier et fermant la marche de la diabolisation.)

Ainsi nous paraît-il logique de donner une dimension internationale au mouvement des GJ, les “Yellow Vests” et tout ce qui l’accompagne, lesquels deviennent désormais un sujet structurel du commentaire et de l’analyse de la situation crisique générale parce que leur démarche est devenue nécessairement anti-UE et antiglobaliste. Chaque jour apporte des nouvelles dans ce sens, comme lorsque nos chers trotskistes aux USA (WSWS.orgsaluent des enseignants français décidant de se joindre symboliquement, pour leurs propres revendications et leur propre grève, au mouvement de grève des enseignants US, dits “Red Pens” ou “stylos rouges” : « Thousands of French teachers join “Red Pens” protest on Facebook – “We have the same fight in France as the US” »

Nous ferons les comptes plus tard, même si WSWS.org nous assure dans un grand soupir de soulagement trotskiste qu’il trouve de l’antifascisme partout, y compris chez les GJ ; il reste qu’aujourd’hui, seuls les courants populistes et souverainistes sont les correspondants politiques des révoltes sociales, le tout se retrouvant dans une bouilloire antiSystème en ébullition ; et il est évident que la plupart des populistes et des souverainistes efficaces et affirmés se trouvent à la droite dans l’antiSystème, la gauche peinant très, très fortement à produire de l’antiSystème qui le soit réellement, s’agitant plutôt dans l’exquise bouillie du sociétal et de la collaboration avec l’ultra-libéralisme et la globalisation sans frontières au nom du primat de l’immigration. Pour cette raison et pour enfin revenir à notre propos initial, il nous semble que la campagne des élections européennes en France parlera beaucoup des GJ et de l’Europe en même temps, car aujourd’hui les deux choses sont intimement liées. C’est le même WSWS.org, qui suit les Yellow Vests-en-France, qui nous l’assure, au travers de l’interview d’un nommé “Philippe”, GJ-patenté : « Beaucoup de gens espéraient en Macron quand il est arrivé. Il a dit qu'il pulvériserait tous les anciens partis politiques. Mais il nous a seulement enfoncés plus profondément dans la pauvreté. Il faut dire qu'il travaillait dans la finance. Dans tous les cas, ils sont tous dirigés par l’Union européenne. L’Europe est le problème désormais. »

Selon un point de vue général, on ne peut donc séparer la crise-GJ en France, son internationalisation et son orientation anti-UE et anti-globalisation, de la campagne d’“entrisme” et d’“alternance” des populistes-souverainistes européens. Nous ne cherchons pas à savoir à qui cela profite, nous cherchons à déterminer le meilleur axe d’attaque, avec le plus grand potentiel de destruction de la machine globalisée, – le Système né du “déchaînement de la Matière” qui écrase le monde dans le but de le néantir par entropisation.

Nous sommes à la fois en pleine mécanique électorale et à mille lieues des décomptes électoraux des marchands de tapis idéologiques ; peu nous importe qui l’emportera, nous importe tout ce qui pourra être détruit de cette monstruosité. Plus qu’une “alternance” réussie, nous avons le secret espoir qu’une telle poussée d’“entrisme” affole absolument la machinerie de l’UE qui pourrait être poussée à des réflexes extrêmes et excessifs, se causant alors à elle-même des torts considérables sinon irrémédiables, – autodestruction oblige, en quelque sorte...

Du point de vue de la simple efficacité, il paraît simple de comprendre la logique du tournant type-Salvini, résumé par l’idée d’“alternance” à-la-Le-Pen, sans entrer dans aucun détail ni préférence des modalités, des tendances politiques, des chances ou pas de succès, etc. Le Brexit est là pour montrer que l’idée de la sortie de l’UE présente d’énormes difficultés face à cette machinerie totalitaire qu’est l’UE, prodigieusement habile à encalminer des relations et une négociation, à enfermer un adversaire qui voudrait s’en aller dans le marigot de sa bureaucratie et de son totalitarisme.

Il faut dire que la rapidité des événements et de l’évolution de la situation est telle qu’il faut se tenir prêt, à chaque instant, à changer son fusil tactique d’épaule. Peu nous importent les étiquettes, les hystéries idéologiques et les spasmes sloganiques (de “slogan”) des uns et des autres ; ne doit nous importer qu’une seule chose : Delenda Est Systemum, – et basta !

 

Mis en ligne le 14 janvier 2019 à 13H40

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