L’énigmatique destin mid-term de l’homme-extemporané

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L’énigmatique destin mid-term de l’homme-extemporané

Il est vrai que nous avons rassemblé dans ce titre plusieurs termes qui peuvent paraître, – justement et volontairement, – “énigmatiques”. C’est pour mieux symboliser le principal caractère de la prospective de la situation aux USA, c’est-à-dire dans le monde par conséquent, dans la perspective de l’automne... Or, l’automne, c’est effectivement le “mid-term”, c’est-à-dire les élections dites “de mi-mandat” présidentiel, qui renouvelle une importante partie du Congrès (dont la Chambre des Représentants). Pour certains, ce qui est en jeu selon la majorité qui en sortira, c’est la destitution de Trump ou la Guerre Civile 2.0, ou les deux à la fois.

Au cœur de l’action de tout cela, il est donc assuré qu’il y a un homme, qui est lui-même, du point de vue stratégique et politique, une énigme, – peut-être, tout simplement parce qu’il n’a ni stratégie, ni politique, et qu’il s’agit là de la recette la plus sûre et la plus sérieuse pour nourrir le désordre qui est le maître de notre destin.

Dans Strategic-Culture.org de ce 14 août 2018, Federico Pieraccini définit ainsi Donald Trump, à l’aide d’un terme très sophistiqué, venu du vocabulaire pharmaceutique pour les préparations instantanées, et du latin extemporaneus[improvisé] : « Ce qui pose un problème insurmontable à nombre d’analystes qui se sont mis à la rude tâche d’analyser la stratégie globale de Donald Trump, c’est qu’il n’existe pas de stratégie globale unissant ses actions dans une politique cohérente. Trump agit extemporanément [de manière extemporané, c’est-à-dire improvisée]le plus souvent avec une perspective stratégique très courte et des motivations politiques internes [très fortes]. »

Dans le même texte, Pieraccini fait un rapide résumé de ce qui, selon lui, pourrait se passer dans l’hypothèse où Trump n’aurait pas la majorité en novembre. Son explication hypothétique expliquerait rétrospectivement la politique chaotique de Trump vis-à-vis de la Russie (et éventuellement de l’Iran), et développées instinctivement ou intuitivement, comme l’on souscrit une assurance multirisques : sanctions et mesures de fermeté diverses, en même temps qu’une volonté de dialogue exprimée de façon discrète sinon covert (selon le terme des services de renseignement) comme on le voit avec le rôle très importantdésormais joué par le sénateur Rand Paul auprès de Trump, notamment pour ses contacts avec Poutine.

« Si Trump perdait les élections de mi-mandat de novembre (élections à la Chambre et au Sénat), tout semble montrer qu’il s’agirait d’un événement catastrophique. Si cela devait se produire, l'administration Trump exploiterait probablement la formule du complot type-Russiagate en le retournant et en affirmant que Moscou aurait agi en faveur des démocrates. Trump pourrait soutenir l’idée que la Russie a été déçue par l’absence de progrès dans la réduction des sanctions américaines contre la Russie, comme le montrent les mesures prises Trump contre la Russie (expulsions, sanctions, saisies de biens) et ses alliés (Chine, Iran et Syrie).

» Trump n'hésiterait pas à dénoncer une ingérence russe dans ces élections à mi-mandat pour aider les démocrates, citant des rapports du renseignement. Il dirait que la Russie cherche à créer le chaos aux États-Unis en mettant des obstacles sur la voie de son programme MAGA (Make America Great Again) avec une Chambre et un Sénat démocrates. Il utiliserait la défaite électorale pour accuser ses accusateurs d’obtenir de l’aide de la Russie. Ce faisant, il accélérerait l’implosion de son administration dans une guerre totale avec le DeepState. Les médias mainstream rejetteraient les accusations de Trump de connivence des démocrates avec la Russie comme un montage d’une théorie du complot d'une présidence en perte de vitesse. Quoi qu’il en soit, tout cela conduirait les démocrates à la majorité dans les deux chambres, conduisant facilement à la destitution de Trump. »

En fait, ce n’est pas là que la séquence se termine, avec l’hypothèse de la destitution de Trump. On pourrait même dire qu’au contraire, selon le même type de spéculation, c’est à partir de là que tout commence, – pu plutôt s’accélère dans des conditions dramatiques, – que la séquence pourrait nous amener à une deuxième “Guerre Civile”. C’est l’idée de Seraphin Hanisch dans son article « War is coming – to the United States and to the world » pour TheDuran.comdu 13 août 2018, qui présente l’originalité indéniable d’envisager la possibilité d’un “gouvernement en exil” du président Trump. (Une hypothèse que nous émettions il y a une quinzaine dans l’état d’esprit d’en faire une plaisanterie illustrative du climat régnant à “D.C.-la-folle”.)

« Mais les élections de mi-mandat approchent, et il n'y a pas de poussée populaire clairement identifiable pour renforcer la dynamique Trump dans le sens des changements intérieurs comme des changements géopolitiques. Le résultat inévitable semble être une seule chose : la guerre. Cette guerre sera la deuxième guerre civile américaine.

» Bien que l’on doive noter que les responsabilités mentionnées sont incorrectes, l’article du New Yorker référencé énumère correctement cinq conditions qui sont nécessaires pour permettre un tel conflit [à partir des observations d’un ancien officier du département d’Etat] :

» • polarisation nationale enracinée, sans lieu de rencontre évident pour une résolution ; 

» • une couverture médiatique et des flux d'informations de plus en plus conflictuels ;

» • des institutions affaiblies, notamment le Congrès et le pouvoir judiciaire ;

» • l’abandon de ses responsabilités par le leadership politique ;

» • la légitimation de la violence en tant que moyen de mener des débats ou de résoudre des différends.

» Il n'est pas difficile de voir comment ces conditions sont devenues telles aux États-Unis. Le seul problème est qu’il est très peu probable qu’il soit traité aux États-Unis seuls. Il devrait l’être également en Europe, en Russie, en Ukraine, peut-être dans certaines régions du Moyen-Orient, comme en Arabie saoudite. Nous pourrions même être confrontés à la perspective d'un “gouvernement en exil”, dans le cas où Mr. Trump et ses partisans seraient obligés de fuir les États-Unis. »

L’auteur développe ensuite une description de l’évolution d’une situation où le désordre intérieur et les poussées bellicistes principalement antirusses sont intimement mêlés dans leurs causes et leur coordination. La tendance est en effet grandissante chez les commentateurs de lier les deux aspects, – intérieur et extérieur, – selon un schéma assez courant d’ailleurs, mais qui n’a de chances de réussir que si un certain ordre règne dans le domaine de la communication et dans la politique du gouvernement. Ainsi est-il assez difficile de maintenir l’option d’une hostilité extrême avec la Russie, jusqu’à des incidents de provocation simulés, si, en même temps, le “pouvoir” politique développe des initiatives aussi contradictoires à cet égard, qui en plus peuvent faire passer des “messages secrets” de la tête de l’administration vers Poutine, comme Rand Paul semble chargé de faire. Lorsque Finian Cunningham termine de cette façon, un très récent article (11 août 2018  sur Strategic-Culture.org), il n’a pas du tout tort mais il n’a pas tout à fait raison, et nul ne peut lui en faire reproche bien entendu :

« ...De tous temps, la Russie a maintenu une position digne et inébranlable face aux railleries et à l’irrationalité américaines. Moscou pensait peut-être que le président Trump pourrait normaliser les relations bilatérales. Cela s'est avéré illusoire.

» Mais que va-t-il se passer maintenant, alors que Washington est vraiment allé trop loin ? Les États-Unis ont adopté une conduite tout à fait dangereuse en se préparant à lancer une guerre économique totale contre les intérêts vitaux de la Russie. Les dirigeants américains fous poussent le monde au bord de leur belligérance. Washington a jusqu'à présent indiqué qu’il n’était pas intéressé par la diplomatie, le dialogue ou la négociation. Il n’a qu’une pensée : la guerre, la guerre et la guerre. »

Anatomie de la “Guerre Civile 2.0”

Il est en effet difficile de concilier les sanctions antirusses échevelées que le Congrès décide, soutenu par des initiatives du département d’État semble-t-il sans réel soutien du président, alors que, parallèlement, le sénateur Rand Paul effectue des missions “officieuses”-officielles de bons offices et de bonne entente entre Trump et Poutine (comme on l’a vu plus haut, le rôle de Rand Paul et ses relations avec Trump sont actuellement un grand sujet de l’actualité à “D.C.-la-folle”). Dans ce désordre, le président Trump constitue un élément extrêmement perturbateur parfaitement à son aise et accélérateur de cette dynamique de l’insaisissabilité de la situation. La cause en est fondamentale et nullement du point de vue de l’opinion ou de la position politique, c’est  parce qu’il est cet “homme-extemporané” que décrit Pieraccini ; ou, comme l’écrit Hanish, parce que l’imprévisible Trump est difficile, sinon impossible à contrôler même par un appareil bureaucratique puissant autour de lui ; ou encore, – et tous ces éléments s’ajoutent les uns aux autres, – parce que l’insaisissable Trump fait un usage massif des moyens de communication postmodernes (“réseaux sociaux”) pour donner de lui une vision, une image extrêmement dynamique et créatrice de succès (même si ces “succès” sont des simulacres, comme les résultats économiques par exemple, l’effet subsiste) :

« L'élection du président Trump a acheté aux États-Unis et au monde un peu de temps [pour tenir à distance les entreprises des globalistes] parce que M. Trump est si dynamique qu'il est difficile de vraiment l’arrêter. La marque de sa présidence est le succès dans presque tous les aspects auxquels il a prêté attention. »

On comprend ainsi l’absence de clarté de la situation extérieure, et combien le désordre est présent sur les deux théâtres d’opération, – l’intérieur et l’extérieur, – les liant décidément d’une façon inextricable. Cela justifie en théorie d’avancer que la “Guerre Civile 2.0” des USA touchera le monde aussi bien que les USA ; et, bien entendu, que les élections mid-term dans l’actuel climat nucléaire qui caractérise “D.C.-la-folle” aussi bien que la population des États-Unis elle-même d’une certaine façon, constituent un détonateur parfait pour une catharsis opérationnelle de l’affrontement, une sorte de véritable “passage à l’acte”...

Nous ne pouvons être quitte de ces perspectives de “catharsis opérationnelle” du désordre actuel, dans la mesure où ce désordre s’avère complètement impossible à stopper, ni même à freiner, ni même à simplement être ralenti dans sa dynamique d’accélération exponentielle. Pour cette raison, si l’on doit absolument accepter la thèse de l’imbrication des événements intérieurs et extérieurs aux USA comme caractère paradoxal de cette “Guerre Civile 2.0” en phase de catharsis, on doit tout aussi absolument rejeter la vision schématique de la séparation des deux théâtres (la thèse classique du déclenchement d’un conflit extérieur pour détourner l’attention du conflit intérieur) ; au contraire, les deux théâtres sont nécessairement très imbriqués et continueront de l’être et même le seront de plus en plus, empêchant la prééminence de l’un sur l’autre, donc empêchant que la crise intérieure puisse être résolue par l’attention sollicitée par la crise extérieure.

Cette vieille recette de l’américanisme en crise n’a plus aujourd’hui aucune capacité de fonctionnement à cause des conditions extérieures très difficiles, de la rapidité de la communication exposant les divers aspects de la crise, et surtout et par-dessus tout, la haine absolue caractérisant les affrontements, les divergences conceptuelles, les pré-jugements systématiques, etc. ; bref, en un mot qui doit être considéré comme décisif, à cause de la gravité de la crise, qui est dans les têtes autant que dans les structures, qui ne permet plus aucune échappatoire. Bien entendu, cela étant admis pour le théâtre intérieur US, les conséquences pour le théâtre extérieur (nous-autres) seront considérables et cataclysmiques, mais elles seront la conséquence de la crise centrale (USA).

 

Mis en ligne le 15 août 2018 à 09H58

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