L’Egypte révèle l’hostilité furieuse d’Israël à l'encontre de BHO

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L’Egypte révèle l’hostilité furieuse d’Israël à l'encontre de BHO

L’Egypte traverse une nouvelle période d’incertitude et de troubles profonds avec l’élection présidentielle contestée (entre le candidat des Frères Musulmans [FM] Mursi et l’ancien premier ministre de Moubarak Shafiq). Selon la perception israélienne, c’est à nouveau un paroxysme de crise dans un pays devenu incontrôlable depuis janvier 2011, et qui pose finalement, du point de vue de la pression de sa masse, de son entraînement anti-israélien naturel et de la géographie, la plus grave menace potentielle contre Israël. Nous citons ici un texte de DEBKAFiles, le 18 juin 2012, qui nous semble d’un intérêt extrêmement affirmé pour ce qu’il nous dit, implicitement mais avec une force extrême, du jugement fondamental que les Israéliens de l’équipe au pouvoir et de la direction de sécurité nationale d’Israël en général (dont DEBKAFiles est évidemment proches, comme l’on sait à propos de ce site), portent sur Obama.

On laissera ici l’analyse assez succincte qui est faite de la situation égyptienne actuelle, d’ailleurs très volatile et en rapide changement autour de cette élection contestée. L’on s’attachera au fait principal que relève l’analyse selon ses auteurs, qui est le soutien de l’administration Obama au candidat des FM, contre le candidat des militaires et de l’ancien régime Moubarak. En quelques phrases, c’est toute l’hostilité irrépressible de la direction israélienne à l'encontre d’Obama qui s’exprime, cette hostilité qui remonte en réalité au discours du Caire de juin 2009 du président des USA. Nous citons les passages qui nous paraissent révélateurs.

«DEBKAfile’s sources report that the council will not go directly up against the Muslim Brotherhood, although it was often accused of plotting its overthrow. What the generals are doing is maneuvering for a foothold from which to bargain for a portion of rule. Reluctant to give up the reins of government, they are nonetheless aware that Morsi may not only prove to be the chosen president of millions of Egyptians, but enjoys quiet backing from the Obama administration.

»US president Barack Obama’s goal from the outset of the Tahrir Square revolution early last year was to get the Muslim Brotherhood installed in government through the ballot box. He sees this as the grand vindication of the vision he unveiled at Cairo University on June 4, 2009 in a speech reaching out to world Muslims. Obama accepts Muslim parties who are not al Qaeda or jihadists as forces of moderation who must be allowed to attain power through their embrace of democracy, and with whom the US, the West and Israel must learn to coexist.

»This perception, which entails getting even pro-Western autocratic rulers displaced, guided his hand in supporting the ouster of Hosni Mubarak in February 2011 and Muammar Qaddafi’s overthrow in Libya seven months later to make way for “moderate” Muslim rule.

»It is also being applied in Syria. Aided by the Muslim ruler closest to him, Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan, Obama is working hard to unify the squabbling factions of Syria’s Muslim Brotherhood, the backbone of the Sunni rebellion against the Assad regime and his Alawite sect, and bring the MB to power through the democratic process. It is too soon to predict his chances of success.»

Ce texte montre combien Israël considère Obama comme un adversaire absolument résolu. L'analyse va jusqu’à suggérer implicitement, – l’état d’esprit complotiste est partout présent dans des jugements politiques où la raison est l’“idiote utile” de l’affectivité, – que le “printemps arabe” a été soutenu sinon organisé dès l’origine par les USA et Obama pour permettre aux islamistes modérés de prendre partout le pouvoir. Et l’on comprend alors le sens du raisonnement d’un complot contre Israël puisque, pour la direction israélienne, il n’y a pas d’“islamiste modéré”, de par l’antagonisme de substance des deux mots, – dans cette perception spécifique, “islamiste“ équivaut nécessairement à “extrémiste” (et extrémiste anti-israélien, bien entendu), et l’expression “islamiste modéré” est donc une absurdité sémantique. Par simples allusions, on comprend combien la direction israélienne est en fait adversaire résolue, en dépit de tout ce qui a été dit ici et là, des opérations de déstabilisation, à la fois de Kadhafi et d’Assad, simplement pour le seul argument que les machinations d’Obama, aidé par des complices également désignés comme ennemis d’Israël, comme les Turcs dans le cas syrien, doivent conduire à la mise en place de pouvoirs islamistes (les Frères Musulmans, ou apparentés). Dans la vision israélienne, qui est nécessairement eschatologique selon l’affectivité intense du jugement, cette démarche fait d’Obama un président dont le but implicite est la liquidation d’Israël, – en beaucoup plus soft que dans le cas iranien, mais en beaucoup plus efficace finalement.

D’où la logique de l’attaque contre l’Iran, présentée finalement moins comme une opération spécifiquement anti-iranienne que comme une opération contre la montée des islamistes et contre les plans d’Obama lui-même, machinateur patenté de cette vaste opération anti-israélienne, sinon de liquidation d’Israël. On le comprend dans le passage ci-dessous, où la puissance militaire israélienne, d’ailleurs réduite à la capacité de frappe aérienne contre des objectifs spécifiques (et plus du tout à des capacités terrestres mises à mal lors de la “guerre” contre le Hezbollah en 2006), est considérée comme le seul atout d’Israël. On est frappé, dans le dernier extrait de la citation, par le lien direct qui est fait entre la nécessité de s’opposer à une prise de pouvoir par les islamistes en Egypte, ou de contenir cette prise de pouvoir qui paraît inéluctable au commentateur, et la destruction des capacités nucléaires iraniennes…

«Israel, it must be said, finds itself in a strategic pits deeper than ever before as it faces the Islamist revolution overtaking Egypt. While promising Israel every possible security perk, Obama has relentlessly pursued a policy of accommodation with revolutionary Islam, both Shiite – through a nuclear deal with Iran after it progressed beyond the point of no return for building a bomb – and the Sunnis, by collaborating with the Muslim Brotherhood and its branches. This policy has stripped Israel of its strategic assets barring one – military prowess. […] Israel’s only recourse for recovering shrinking strategic ground in the Middle East and deterrent strength against the rising Islamist forces in Egypt is to take matters in its own hands and dismantle Iran’s nuclear program by force.»

Ce commentaire nous semble substantiver ce que nous percevons de l’état d’esprit actuel de la direction politique israélienne, tel que nous l’avons décrit le 18 juin 2012 : une perception de “solitude angoissée” face à ce qui est perçu comme une montée irrésistible de l’islamisme comme résultat effectif du “printemps arabe”, – et l’islamisme nécessairement extrémiste, par définition, dont le but est l’élimination d’Israël. Dans cette perception générale, le président Obama est perçu spécifiquement comme complice sinon ordonnateur de cette montée de l’islamisme… On en arriverait à la conclusion que cette perception d’une psychologie absolument obsessionnelle considère Obama comme un ennemi encore plus dangereux que l’Iran, comme l’homme qui, selon la phrase fameuse qui ne fut jamais prononcée, veut “rayer Israël de la carte”.

Cette analyse obsessionnelle, qui n’est pas clairement exprimée à cause de son caractère explosif et parce qu’elle est pour partie inconsciente dans le sens où elle habite une psychologie obsessionnelle et “terrorisée”, révèle justement, à notre sens, cet état psychologique furieux et angoissée de la direction israélienne. Elle révèle combien la raison ne peut plus jouer son rôle habituel dans l’évaluation politique des choses, placée comme elle est au service d’une affectivité exacerbée par une psychologie irrémédiablement pervertie. Compte tenu du poids et de l’influence d’Israël par le biais du système de communication (lobbying, etc.), cet état de fait psychologique laisse peu d’espoir, sinon aucun, quand l’on va au fond des choses de la forme du raisonnement et de l’impasse où s’est enfermée la perception, qu’aucune solution d’apaisement et de compromis puisse être trouvée. L’on parle ici non seulement de telle ou telle crise (celle de l’Iran, celle de la Syrie, celle de l’Egypte), mais de la “crise haute” elle-même, celle où sont intégrées la situation crisique générale au Moyen-Orient et les connexions désormais directes avec les autres crises spécifiques hors de cette région.


Mis en ligne le 19 juin 2012 à 08H16

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