Le Système pulvérise la “réalité”

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Le Système pulvérise la “réalité”

Cet incident que nous allons présenter suffit en lui-même à définir le changement fondamental que viennent de subir ces derniers jours divers conceptsauxquels on continuait plus ou moins à se référer en théorie mais qui avaient déjà subi des transformations radicales jusqu’à l’inexistence. L’intérêt de l’incident permet de comprendre que les concepts de réalité/de vérité, que nous avions nous-mêmes déjà réduits au seul concept de vérité-de-situationopposé au déterminisme-narrativiste,se trouvent désormais quasi-officiellement niés, méprisés, ridiculisés... L’incident n’est pas d’un éclat et d’un écho fondamentaux par rapport à l’évolution de la situation géérale mais il est absolument exemplaire, significatif et symbolique.

Il s’agit d’une interview d’une personnalité britannique par une journaliste de la BBC. La personnalité britannique est l’ancien First Sea Lord (désignation officielle du chef d’état-major de la Royal Navy), Lord West, et il était invité par Annita McVeigh, de la BBC, pour répondre à diverses questions concernant l’“attaque chimique” du 7 avril en Syrie ayant entraîné l’attaque aérienne France-UK-USA de la nuit du vendredi-13. On trouve ci-dessous un extrait du texte-FakeNewspar excellence puisqu’il s’agit de RT du 18 avril 2018, c’est-à-dire le plus capable de rencontrer des vérités-de-situation selon la logique invertie et les accusations qui s’en déduisent du Système... Quoi qu’il en soit, il s’agit de l’échange entre Lord West et McVeigh durant l’interview en question. 

« Lord West avait décrit comment, à son avis, l'assertion selon laquelle Bachar Assad avait ordonné l’attaque “ne sonne pas vrai”, expliquant son jugement par cette observation : “Quel avantage y a-t-il pour son armée ?” “Nous savons que par le passé les groupes islamiques ont utilisé des produits chimiques [dans des circonstances semblables]et bien sûr il y aurait un énorme avantage à les qualifier d'attaque comme venant d'Assad.”

» West a continué à mettre en question les “preuves” fournies par des groupes comme les Casques blancs et l'Organisation mondiale de la santé, qu'il a décrits comme “non neutres”. L’ancien First Sea Lord a ensuite décrit comment il avait été soumis à des pressions considérables pour entériner des narratives biaisées pour satisfaire une politique : “ J’ai subi d’énormes pressions politiques pour avoir tenté de dire que notre campagne de bombardement en Bosnie [guerre du Kosovo]conduisait à des actions injustifiables. J'ai été soumis à une énorme pression, alors je sais parfaitement ce qui peut arriver dans cette sorte de circonstances [comme celle de l’‘attaque chimique’ en Syrie].”

» À ce moment-là, Annita McVeigh de la BBC a semblé se demander si son invité, l’ancien First Sea Lord, devait vraiment exprimer son appréciation sincère. Elle argumenta de cette façon : “Étant donné que nous sommes dans une guerre de l'information avec la Russie sur tant de fronts, ne pensez-vous qu'il serait déconseillé d’exprimer publiquement vos doutes sur cette affaire ? Étant donné votre position et votre prestige, n’y a-t-il pas un danger que vous introduisiez la confusion dans les esprits ?”

» La réplique de Lord West fut celle-ci : « Je pense que la réponse est que, s'il y a une réelle incertitude dans la version officielle il faut le dire, et si [Assad] n’est pas le responsable alors c'est une très mauvaise nouvelle. Si Assad n'a pas mené l'attaque, je pense que cela doit être dit clairement. Je pense que la politique de notre gouvernement envers Assad depuis 2013 n'a pas été intelligente depuis 2013.” »

Il est évident qu’on doit retenir de cet échange la rude leçon donnée par McVeigh au First Sea Lordsur ce qu’il importe de dire et ce qu’il est nécessaire de ne pas dire, lorsqu’on est un bon citoyen, un patriote et un personnage responsable : « “Étant donné que nous sommes dans une guerre de l'information avec la Russie sur tant de fronts, ne pensez-vous qu'il serait déconseillé d’exprimer publiquement vos doutes sur cette affaire ? Étant donné votre position et votre prestige, n’y a-t-il pas un danger que vous introduisiez la confusion dans les esprits ?” »

C’est en effet dans ce domaine de la communication et du comportement psychologique que la crise du 7-13 avril a introduit une situation qu’on pourrait juger comme assez fondamentalement nouvelle, faisant franchir un échelon non négligeable dans la voie de la conformité impérative de la psychologie, de la perception et du discours, par rapport aux actions du Système. La vérité et la réalité n’ont plus d’existences propres, car seule n’a d’existence propre et exclusive la narrative du Système.

Pour nous, certes, cela n’est ni une surprise ni une grande nouveauté, mais dans le paysage général, dans ce cas avec un personnage aussi considérable qu’un ancienFirst Sea Lord qui était nécessairement partie prenante du Système dans les plus hauts échelons, c’est un changement considérable. Désormais, il est avéré qu’une journalise moyenne d’un organe de communication de la presseSystème a barre sur la plupart des autorités du Système  pour indiquer ce qui peut être dit et ce qui ne peut l’être.

(De ce point de vue, nous dirions que nous assistons à un reclassement des autorités et des influences. Contrairement à ce qui est généralement supposé, le personnel de la communication et de la presseSystème ne reçoit pas d’instructions d’autorités supérieures ; c’est lui qui, par sa capacité technique, son sens de la communication, son habileté de publiciste, est le mieux à même de déduire ce qui doit être dit en fonction des actions du système. Ainsi est-il dans l’ordre des choses que la journaliste McVeigh rappelle à l’ordre l’ancien First Sea Lord au nom du principe que, par définition, les Russes et Assad de Syrie ne peuvent qu’être dans les rangs des criminels puisque les forces France-UK-USA qui ont fait un “si bon boulot” en Syrie définissent par leurs seuls actes la seule réalité acceptable, et par conséquent la Vérité en personne. Lord West devra s’en rappeler.) 

Il est vrai qu’il y a un volume inhabituellement élevé de divers échos venus de sources qui ne sont pas, ou ne résident pas dans des territoires antiSystème, pour mettre en doute la narrative officielle. (Voir iciici,ici,ici, etc.) Les mises au pas du type que celle que McVeigh impose au First Sea Lord s’imposent d’autant plus. Par ailleurs, il n’est nullement assuré que cette diffusion de la thèse du doute concernant l’“attaque chimique” du 7 avril permette, comme Charles Bausman le suggère avec enthousiasme à Trump, un changement fondamental au sein du Système, dans tous les cas ; tout au contraire selon nous, parce qu’il semble bien que nous en sommes arrivés au stade où le Système ne s’inquiète même plus de savoir si sa narrative est démentie ou non, si elle est crédible, si elle est pulvérisée par les commentaires et les témoignages : seule la surpuissance de sa dynamique importe et c’est elle qui, non seulement a réponse à tout, mais plus encore qui interdit toutes les questions embarrassantes.

Pour ce cas, nous citons une remarque d’occasion de Brandon Smith, deAlt-Market.com, dans son texte du 18 mars 2018 dont le sujet est tout autre que cette question de la narrative face à la vérité-de-situation, mais qui rappelle tout de même le lien essentiel entre surpuissance et autodestruction :

« L’entrée du fauteur de guerre néo-conservateur John Bolton dans le cabinet Trump suggère que les neocons sont de retour en charge et qu'une guerre continue est garantie. À ce stade avancé du jeu, il est peu probable que notre gouvernement ou tout autre gouvernement impliqué dans le théâtre syrien ne se soucie même plus d'expliquer ses actions. Lorsque les criminels de l’establishment ne se soucient même plus du fait de laisser leur criminalité apparaître sans nulle dissimulation pour le public, alors il est temps pour un effondrement de la société... »

 

Mis en ligne le 19 avril 2018 à 11H12

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