Le scandale de Panama (1889) ? Voyez Poutine

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Le scandale de Panama (1889) ? Voyez Poutine

5 avril 2016 – Bien, je prends la plume et je vais en parler, moi, parce que, sur dedefensa.org, je les trouve bien silencieux... Panamagate, – décidément je préfère cette expression à Panama Papers, qui fait un peu trop sérieux, – des tonnes de documents communiqués ; livrés à notre vertu par l’Ange déchu-et-rattrapé, grâce à son Open Society, tout de même ! C’est du lourd, du sérieux, du crédible, du vertueux, non ?

Si j’étais un petit peu retors, pervers, ambigu et subverti, sinon inverti (dans le sens du Système, hein), je vous mettrais en simple copié-collé le “scandale de Panama” tel qu’il se produisit selon notre Wiki manipulable à souhait, entre 1889 et 1893, où l’on vous parle d’Édouard Drumont, d’Émile Loubet, de Gustave Eiffel, de Ferdinand de Lesseps, du baron de Reinach, du « fripouille finie » de je-ne-sais-plus-qui ou d’à-peu-près-tout-le-monde au fameux « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » de Georges Clémenceau. Vous auriez su qu’« [e]n tout, ce sont 104 parlementaires qui auraient touché des sommes entre 1 000 et 300 000 francs. Le scandale se conclut en 1893 par la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien ministre des travaux publics, Charles Baïhaut. »

... Et puis, cela fait, j’aurais alors conclu : “mais bon Dieu, tous ces imbéciles qui se sont entre-chamaillés et sur-écrabouillés pendant plusieurs années, au risque de faire tomber la vertueuse IIIème République, prêtant le flanc à l’antiparlementarisme, etc., – mais bon Dieu, ces imbéciles, il leur suffisait de crier : C’EST POUTINE !” Point final, tout était dit et la République de la modernité triomphante eût été sanctifiée.

Je reconnais pourtant, à propos du silence de defensa.org, que je les comprends un peu. Ils sont à court de commentaire, et toutes leurs références, du “déchaînement de la Matière” au “déterminisme-narrativiste” commencent à faire un peu plat, un peu poussif devant ce déferlement diluvien, cet apocalypse de comptes bancaires, ce déferlement eschatologiques de milliers de sociétés off-shore, cette empilement pataphysicien de $milliards et de $milliards. Il faut dire qu’il y a là quelque chose d’une beauté qui égale celle des cathédrales du Moyen-Âge flamboyant, tous ces canards qui vous annoncent cette nouvelle formidable, avec comme entrée en matière la photo de Poutine, les soupçons possibles de la culpabilité certaine de Poutine, les certitudes des possibilités des soupçons de la culpabilité probable de Poutine, les possibles éventuelles possibilités des soupçons certains de la culpabilité possible-certaine de Poutine, pour préciser que ah oui, au fait, juste un détail, là, –  « ...the president’s name [Putin] does not appear in any of the records... » Par contre, il y a celui de Porochenko, celui du papa de Cameron, celui du Roi sympa et saoudien dont le fiston vient de recevoir sa Légion d’honneur des mains caressantes et prestidigitatrices du poire-président, des tas de type hyper-cool du genre, compris le malheureux Premier ministre islandais qui parvient à rassembler la plus grande manifestation qu’ait jamais connue son pays, dans une mesure où l’impopularité à ce point c’est quasiment de la popularité, non ?

Passons outre, volaille, – on parle de la volaille de dedefensa.org et de ce Journal-dde.crisis, – le scandale de Panamagate aura bien lieu, mais dans la dignité car le procureur Soros a déjà désigné le condamné pour qu’il soit jugé en toute équité et selon les lois du genre, devant le tribunal (International) de Davos : C’EST POUTINE ! On ne recommencera pas la gaffe de 1889-1893. Ainsi y crurent-ils pendant vingt-quatre heures...

J'ignorais que le zombisme-Système (permettez que j’emploie ce mot), cette potion-magique qui vous transforme en mouvement perpétuel tournant selon la trajectoire du cercle vicieux équipé d’un bégaiement sans la moindre hésitation, puisque développé par Google, avec fascination garantie type-36 chandelles de Jean-Claude Juncker dont le regard insaisissable parvient à se frayer un chemin entre trente-six chopes de bière, – j’ignorais que le zombisme-Système fonctionnât avec cette puissance gracieuse que je n’ai jusqu’ici vue expérimentée que sur un JSF évitant de décoller pour ne pas avoir à atterrir. Tous, ils ont sorti une photo de Poutine comme on dégaine son “six-coups”, comme John Wayne quoi. Je parle des journalistes-professionnels du bloc-BAO et des journaux de référence, ces diamants de notre postmodernité, qui recoupent, et recoupent, et recoupent leurs sources jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un “misérable petit tas de poussière” (presque du Malraux mâtiné de Montherlant) qu’il suffit d’écarter d’un souffle exalté pour découvrir leur contre-Graal qui menace la modernité : Poutine, enfin Poutine, Poutine nous le tenons.

Les sales moujiks de Sputnik-français ont été jusqu’à écrire ceci, – je vous laisse juge, pour inculper le condamné tant l’aveu est flagrant :

« ...Guardian et Libération en tête, ont immédiatement illustré leurs articles avec des photos… du président russe Vladimir Poutine. Comme s’il était éclaboussé à l’instar du sauveur de la démocratie ukrainienne Piotr Porochenko, ou du roi de l'Arabie saoudite, le père du prince d'Arabie saoudite récemment décoré de la Légion d'honneur. [...]

» Sur les 11,5 millions de documents secrets, que personne n’a jamais vus à part les journalistes de grandes éditions mondiales triés sur le volet, le nom de Vladimir Poutine n’est jamais mentionné. Certaines revues vont même jusqu'à illustrer les articles concernant des "amis d’enfance" de Poutine avec des photos du président russe, une démarche plutôt étonnante venant de la presse dite “de référence”.

» Les deux seuls Russes mentionnés dans les documents sont Sergueï Roldouguine, violoncelliste russe de renommée internationale, et le milliardaire russe Arkadi Rotenberg. Les journalistes font référence à deux anciennes histoires, dont l'une remonte à la fin des années 1970, quand “les jeunes Sergueï Roldouguine et Vladimir Poutine se lient d’amitié et sont ‘presque comme des frères’”, selon les médias, et l'autre aux années 1960 quand “à  l’adolescence, ils [Rotenberg et son frère] se sont liés d’amitié avec lui en pratiquant le sambo, un art martial russe, et le judo”.

» En outre, le fait que l'enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project soit foncièrement polarisée “contre” la Russie n’a rien de vraiment étonnant quand on regarde ses sponsors au bas de sa page Internet: la fondation Open Society du milliardaire George Soros, foncièrement hostile à la Russie et interdite dans ce pays, et l’USAID, elle aussi bannie de Russie. »

... C’est vrai, tout ça ? Après avoir lu ce torchon qui donne toutes les pièces du dossier, plus aucun doute ! Vous voyez bien, c’est bien lui, la culpabilité de fait aucun doute. (NDLR : PhG parle de Poutine, croit-on.)

Quand même, ils vont loin et il font très, très fort. Il ne les intéresse plus de prendre quelque gant que ce soit, de manœuvrer, d’essayer de nous berner, de nous en faire accroire. Ils cognent directement, sans aucune habileté nécessaire, mains nus, assurance totale, prédicateur roulant sans souci des nids-de-poule. Ils n’ont rien dans leur besace, c’est comme s’ils avaient tout. Quel mystère mène ces étranges créatures, quelle potion dissimule donc ce zombisme-Système ? Pour dire les choses crûment, – pardonnez cet écart mineur et que l’Académie française accepte, mais moi je ne peux pas résister et le mot me titille depuis si longtemps, – je n’arrive pas à croire qu’ils soient, naturellement, sans autre explication et malgré leur insondable médiocrité, je n’arrive pas à croire qu’ils soient cons à ce point...

Il me faut autre chose. Il faut chercher du côté de la psychologie et des influences qui les enrobent et les conquièrent, vous dis-je ; il ne faut jamais abandonner cette forme de l’analyse et ne cesser au contraire de lui faire sortir d’elle-même toute sa substantifique moelle. La journée d’hier a été, de la part des grands organes de la presse-Système, l’anglosphère et le Guardian en tête, une séquence d’une véritable crise de nerfs, “nervous breakdown” disent-ils plus justement puisqu’on y trouve l’idée d’un “effondrement nerveux”. Certains disent, moins joliment : “ils ont pété les plombs”. (Voyez le texte de Off-Guardian sur le Guardian faisant une parodie de lui-même. Même le sage et mesuré Robert Parry, qui fait un compte-rendu extrêmement modéré de cette folle journée cite ce cas pour illustrer cette folie collective de la presse-Système devant laquelle on sent son incrédulité stupéfaite, lui qui a en vu tant et tant.)

Le problème est qu’ils ne consultent pas, qu’ils ne préparent pas l’attaque, qu’ils ne font ni plans ni complots, donc qu’ils écrivent et affirment directement comme l’on expectore le trop plein extrêmement pressant, par le haut ou par le bas, de l’estomac ou de l’intestin c’est selon ; sans le moindre souci de tactique, de construire leur offensive, préparer leur attaque et l’habiller des habituels arguments et habiletés du domaine. Le problème est qu’ils croient que cela va de soi et que cela tombe sous le sens, et qu’ils se croient, qu’ils se jurent en parfait état de bonne mesure psychologique, particulièrement et surtout dans leurs instants de paroxysme qui se rapprochent de plus en plus des uns et des autres jusqu’à ce que leur psychologie se résument à ce seul paroxysme constant. Ils ont donc constitué un nouveau type de psychologie, une nouvelle normalité de la psychologie : le paroxysme “as a new normal”. (Après tout, c’est sans surprise dans les hôpitaux psychiatriques et c’est le caractère principal de cette pathologie : la pathologie considérée comme la normalité par celui qui la manifeste.) Personne ne s’en inquiète dans leur bulle et alentour puisque c’est bien l’état exclusif de la psychologie qui y règne et que, par-dessus tout, c’est bien l’état dominant, écrasant, impératif de la psychologie du Système, – je ne dis pas “psychologie-Système”, mais bien la psychologie du Système comme si le Système était une personne, un être en soi, – ce qu’il est évidemment... (Il faut désormais admettre absolument ceci que cette hypothèse n’est plus une hypothèse, qu’elle une vérité-de-situation, dû-il en coûter à telle ou telle croyance, à tel ou tel tabou : le Système est un être en soi, producteur colossal de l’influence maléfique, acharné à dispenser vers toutes les psychologies affaiblies le poison dont il est chargé.)

Il n’est donc question ni de Poutine, ni de Panamagate, mais bien de la pathologie cosmique de la psychologie qui affecte le Système dominant le monde et tous ceux qui lui sont soumis. Sur le fond de l’affaire, le scandale de Panama (1889-1893) était autrement sérieux du point de vue politique, du point de vue de l’évolution historique ; le Panamagate est un phénomène d’une pathologique dévorante qui accompagne l’effondrement du Système. Il en a tous les caractères, car plus personne parmi ceux qui sont infectés ne se cachent de la grossièreté de leur procédé. Les Soros et USAID évoluent à visages découverts et fort aimables ; l’arnaque dans son orientation exclusive, absolue, irrépressible, de type antipoutinienne, est présentée en direct, sans le moindre artifice, sans la moindre manipulation pour lui donner quelque crédit, sans quelque coups de pinceau pour l’ornement, quelque apprêt vestimentaire pour habiller le canard. C’est un spasme de maniaco-dépressif en pleine crise maniaque ; et il faut tenir, parce que je vous le dis de science assurée, il n’est pas simple de vivre sous l’empire d’un maniaco-dépressif... Mais tout de même, une fois que vous lui mettez un miroir devant sa binette, et rien, absolument rien d’autre à voir, il devient tellement lui-même sans la moindre mesure qu’il fait exploser le miroir et lui avec.

... Cela écrit d’une plume retenue et raisonnable, il faut bien dire que, vraiment, vraiment, dans leurs arnaques et coups d“information war” et autres “regime change”, vraiment ils sont mauvais comme des cochons. Ils viennent de révéler que leur monde entier à eux est absolument, globalisationnement corrompu, – sauf Poutine peut-être bien, – et sauf, ça c’est sûr dans un éclat de rire général et également globalisé, sauf les États-Unis puisque, – c’est vrai, non ? – pas un seul citoyen américain n’est cité. (Voir ZeroHedge.com, « Mossack Fonseca Has 441 U.S. Clients: Who Are They? »)

Bon appétit, ô globalisation intégrée.

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