La haine du Diable et le mépris de la hauteur

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La haine du Diable et le mépris de la hauteur

23 avril 2016 – D’une certaine façon, mais plutôt buissonnière et marquée par l’humeur et la psychologie intuitive, voici un enchaînement sur “l’humeur de crise-10” d’hier, concernant l’épouvantable climat régnant entre les USA, en tant que tels c’est-à-dire dans le chef de leurs élites-Système absolument plongées dans une pathologie de l’hystérie, et la Russie qui semble proche de ne plus supporter ses “partenaires”. Il s’agit d’une sorte de dialogue sans se connaître, par l’intermédiaire fort aimable du système de la communication. Le site Russia Insider a eu l’idée, certainement suggérée par l’un des dialogueurs (devinez lequel ?), de mettre en opposition un extrait d’une interview de Madeleine Albright au site autrichien DiePress.com et un commentaire de l’inimitable aventurier-écrivain-activiste russe Édouard Limonov (voir son histoire extraordinaire dans l’excellent Limonov, du fils d’Hélène Carrère d’Encausse).

(Pour Albright, je veux dire le visage d’Albright, qui a son importance dans le dialogue, choisir plutôt celui que présente Russia Insider, assez corsé et telle que la dame est devenue aujourd’hui, découvrant le vrai visage de la mission qui lui avait été assignée et qu’elle a remplie, plutôt que celui, un peu trop flatteur conformément aux consignes, du Wikipédia.)

Voici le dialogue qui est en fait un anti-dialogue...

 

DiePress : « ...Même la Russie s’est jugée trahie par ce qui est arrivé en Libye. »

Albright : « J’en ai plus qu’assez de tous ces gens qui ne cessent de trouver des excuses à la Russie. La Russie ne cesse de provoquer et ensuite de se sentir offensée. Ce pays a traversé une crise d’identité. Je n’oublierai jamais, dans les années 1990, cet homme que j’avais rencontré près de Moscou et qui m’avait dit : “Je suis si honteux. Nous étions une superpuissance et maintenant nous sommes un Bangladesh avec des missiles”. Poutine s’est servi de cette situation, affirmant qu’il avait “reconstruit la Russie une fois de plus pour lui faire retrouver sa gloire”. »

DiePress : « Vous avez ressenti cela lorsque vous l’avez rencontré en 2000 ? »

Albright : « C’est un homme intelligent mais c’est un homme véritablement diabolique. Un officier du KGB qui veut exercer le pouvoir et qui pense que tout le monde s’est allié pour conspirer contre la Russie. Ce n’est pas la vérité. Poutine joue bien avec de mauvaises cartes, dans tous les cas pour l’instant. Je crois que son but est de saper et de briser l’UE. Il veut que l’OTAN disparaisse de sa sphère d’influence. »

DiePress : « Cela signifie-t-il que les craintes de Poutine des pays baltes sont justifiées ? »

Albright : « Oui, à cause des méthodes de guerre asymétrique utilisées par les Russes. »

DiePress : « Poutine a au moins atteint son but de restaurer la Russie une fois de plus. »

Albright : « En envahissant et en annexant un autre pays pour la première fois depuis 1945 : la Crimée en Ukraine. »

DiePress : « Et il affirme que c’est un fait irréversible. »

Albright : « Oui, et cela ne devrait pas être toléré. »

DiePress : « Comment appréciez-vous la présence russe en Syrie ? »

Albright : « Poutine est intervenu en Syrie pour distraire notre attention de l’Ukraine et pour affirmer sa présence au Moyen-Orient. Il voulait seulement démontrer la puissance de la Russie. Mais laissez-moi insister sur ce fait : les USA n’ont aucun problème avec la Russie pour autant qu’elle n’intervient pas et n’occupe pas d’autres pays. »

DiePress : « Au début, Poutine a même connu un succès économique. »

Albright : « ...En s’appuyant sur le prix du pétrole et ce n’est plus possible aujourd’hui. Poutine a réveillé la nationalisme pour faire oublier aux Russes que la Russie est en fait un Bangladesh avec des missiles. »

Digression plutôt que réponse d’Édouard Limonov : « Il s’agit en fait d’une tentative grossière d’insulter notre pays. Nous devons répliquer d’une façon similaire plutôt que de lui faire le cadeau de lui opposer des arguments rationnels. Albright est une vieille femme d’une laideur repoussante, avec un nez crochu qui lui vaudrait le rôle de Baba Yaga sans nécessité de l’auditionner. Et on pourrait la filmer sans même devoir la maquiller parce qu’elle est naturellement d’une laideur suffisamment repoussante. En bref, un archétype de la laideur.

» Le Bangladesh est un pays chaud, d’une grande beauté, habité par des gens à le peau sombre, aimables et pacifiques. C’est là où le Gange sacré et le Brahmapoutre se rencontrent, pour former ce spectacle naturel unique du Delta du Gange. Sa civilisation remonte à plusieurs milliers d’années, alors que l’histoire des USA est courte et très vulgaire.

» La Russie est un pays froid, ancien, avec des origines mystérieuses. La Russie atteignit soudain le pinacle de la puissance sans l’avoir cherché en 1945. En 1991, l’URSS se suicida mais l’arbre de vie de la Russie n’était pas mort et il redevenu si fort qu’il inquiète désormais les USA et la vieille Europe. Ils tremblent de peur, pour dire le vrai. Les Russes sont des gens simples, incroyablement braves et un peu naïfs, comme toutes les grandes nations ont coutume d’être.

» Nous vous enterrerons et nous viendrons pleurer à vos funérailles parce que nous sommes également un peuple sentimental. »

 

...Il faut absolument suivre le conseil de Limonov et ne faire en aucune façon à ces gens la grâce de prendre leur discours au pied de la lettre en montrant justement ce en quoi ce discours n’a rien à mettre au pied de la lettre inexistante, c’est-à-dire cet à-peu-près-tout où se mélangent infamie, mensonges, déterminisme-narrativiste, aveuglement, inculture, indifférence pour la vérité, hystérie de la foi dévoyée. C’est l’interprétation de Limonov qui a du poids là-dedans, parce que ses arguments usent complètement du contrepied en n’en étant pas stricto sensu, et ainsi refusant catégoriquement le dialogue, se cantonnant dans l’affirmation de la caricature-maléfique pour caractériser l’adversaire, et dans l’appréciation civilisationnelle pour ridiculiser mortellement leur dialectique par le mépris complet du cadre qui les a fait ce qu’ils sont. (Je parle de “l’adversaire” et de “leur dialectique” pour, à dessein, complètement déshumaniser Albright, qui n’est dans ce cas qu’elle a bien voulu et qu’elle a elle-même entretenu qu’une zombie-Système hideuse dans une horde de zombies-Système diversement hideux et ânonnant la même rengaine qui leur est dictée par le Diable, – ou bien le Système si vous voulez, pour rester dans nos références.)

Le visage de Albright, non pas délit de faciès mais aveu et signe de reconnaissance de faciès : la photo que nous montre RI nous dit qu’Albright pourrait être un Soros déguisé en vieille sorcière mitonnant mécaniquement la dernière recette du Diable, tandis que certaines photos de Soros nous font soupçonner que Soros pourrait être Albright déguisée en vieil imprécateur au service du Diable. Effectivement, les deux photos, et celle d’Albright dans ce cas, ont une parenté évidente avec le Diable et la hideur dont parle Limonov est celle du Diable... C’est bien ce qu’il nous signifie Limonov, qui appuie sur la hideur de cette femme et cite Baba Yaga. Bien entendu, je ne connaissais rien de Baba Yaga, mais en lisant mon Wikipédia, avec Baba pour vieille femme, et Yaga aux infinies significations dans diverses langues de l’Est, mais toujours dans le même sens qui pourrait trouver sa pleine puissance et sa logique irrationnelle pour mon compte, d’être celui d’une “sorcière” : Albright en “vieille sorcière hideuse”.

(Je fais un petit aparté dans le domaine du rationnel pour préciser qu’Albright a un CV impressionnant sinon éblouissant, tant du point de vue de l’éducation et des études, autant que de celui de la carrière professionnelle, et que cela ne signifie rien pourtant, et qu’il s’agit pourtant, par ouï-dire de confiance dirais-je, d’une personne d’une exceptionnelle médiocrité et d’une exceptionnelle vulgarité, illustrant parfaitement la décadence complète du personnel-Système en zombie-Système et inspirée à cet égard par le Diable qui a aisément raison de ces psychologies affaiblies telles que nous les fabrique l’américanisme, et encore plus l’américanisation pour les “Américains” d’adoption, surtout ceux de l’Est, les plus redoutables à cause de la Chute qu’occasionne cette transmutation. Je me rappelle la stupéfaction de mon interlocutrice lorsqu’il y eut la nouvelle de la nomination d’Albright comme ambassadrice US à l’ONU, en février 1993. C’était à Bruxelles, mon interlocutrice, diplomate française d’une famille de grande noblesse géorgienne, du temps où la France avait une diplomatie, venait de la délégation française à l’ONU pour la délégation française à l’UEO, à Bruxelles. Elle avait côtoyé Albright à New York et se rappelait d’une personne d’une incroyable médiocrité, mais habile dans la flatterie et dans le positionnement à l’intérieur des réseaux du pouvoir. De sa carrière diplomatique dans l’esprit que je dis, on peut garder à l’esprit quelques performances du genre bien connu, toutes tirées du Wikipédia d’à-côté : « En 1996, lors d'une interview accordée à Lesley Stahl dans le magazine de CBS intitulé Sixty Minutes, elle déclare à propos des sanctions contre l'Irak et de la mort supposée d'un demi-million d'enfants : “Je pense que c'est un choix très dur, mais le prix... nous pensons que ça vaut le prix.” (“I think this is a very hard choice, but the price... we think the price is worth it.”). Elle déclarera par la suite avoir regretté cette réponse mais maintiendra tout son soutien aux principes des sanctions commerciales internationales. [...] Le 27 septembre 1996, les Talibans prennent Kaboul, la secrétaire d'État Madeleine Albright déclare alors que “c’est un pas positif”. Fort de son soutien politique, les fondamentalistes s'emparent dès lors du pouvoir à Kaboul. »)

Ainsi Limonov, en réponse au discours-zombie, remet en quelques phrases bien posées les choses bien en place. Il nous dit simplement : mais regardez-là donc, c’est le Diable que vous avez en face de vous, ne voyez-vous donc pas ? L’évidence nous frappe ; vous comprenez, ce n’est absolument pas une diabolisation selon la recettes des temps postmodernes, diabolisation en fer-blanc avec articles en soldes, c’est l’évidence de l’existence du fait diabolique qui conduit cette époque, ce Système, et fait de ces créatures trop faibles pour lui résister des messagères du Diable... Car je continue à n’être pas un de ces impitoyables procureurs du peuple mettant en cause l’être de l’accusé : pour moi, tous ces êtres souffrent de faiblesse bien plus qu’ils ne portent la culpabilité du Mal qu’ils auraient en eux. Ils ne résistent pas à la proximité du Diable, ce sont tous des Faust-postmodernes, par faiblesse et conformisme, et puis pour répondre à la logique du marché. Ils répondent comme un seul être transgenre à l’appel du vieux Plotin aveugle mais si clairvoyant au-delà des siècles :

« Car on pourrait dès lors arriver à une notion du mal comme ce qui est non-mesure par rapport à la mesure, sans limite par rapport à la limite, absence de forme par rapport à ce qui produit la forme et déficience permanente par rapport à ce qui est suffisant en soi, toujours indéterminé, stable en aucun façon, affecté de toutes manières, insatiable, indigence totale. Et ces choses ne sont pas des accidents qui lui adviennent, mais elles constituent son essence en quelque sorte, et quelle que soit la partie de lui que tu pourrais voir, il est toutes ces choses. Mais les autres, ceux qui participeraient de lui et s’y assimileraient, deviennent mauvais, n’étant pas mauvais en soi. »

Pour le reste, qui est la partie constructive de son commentaire, sa véritable riposte si vous voulez, également contrepied de la part de Limonov. L’URSS désintégrée, la Russie piétinée devenue “Bangladesh avec des missiles” ? Mais savez-vous ce qu’est le Bangladesh, à la civilisation millénaire, qui se baigne au Gange sacré et nous offre la somptueuse beauté de l’ouverture sur le Delta du Gange, cette hydrographie de Dieu ? La seule chose que vous retenez, vous autres Yankees d’origine ou d’adoption, c’est la couleur de leur peau et leur pauvreté selon vos canons, je veux dire vos références. Pour vous, de l’expression “un Bangladesh avec des missiles”, il n’y a que les missiles à sauver, c’est-à-dire à récupérer pour les fourguer à l’un ou l’autre groupe djihadiste...

Le matérialisme pur de ces fous-de-Dieu de l’exceptionnalisme hollywoodien que sont les Yankees les fait vivre cul-par-dessus-tête, hauteur vers le bas, méprisant l’ancien et la civilisation millénaire, se révélant absolument vulgaires dans l’essence, arrivant à créer cette monstruosité d’une essence-vulgaire, d’une essence-zombie... Le terme “vulgaire” pour désigner les USA qui se sont constitués en porte-voix des multiples Commandements du Diable, peut-être bien autant de Commandements que de lignes de code du JSF, ce terme ne peut être mieux choisi, il émane d’une âme poétique, d’un esprit noble et d’un caractère ferme comme le marbre des vieux temples des Anciens.

Voilà la réponse de Limonov, le vieil aventurier devenu sage. Je trouve qu’il n’en est pas de meilleure. Je lui trouve aussi une force symbolique qui nous instruit, bien mieux que mille études savantes, du caractère paroxystique auquel aujourd’hui atteint la folie du Système, et par conséquent l’affrontement entre les USA, bloc-BAO en bandouillère, et la Russie. Pourquoi donner une telle importance à ce montage un peu facétieux, provocateur et d’apparence qu’on jugerait futile, entre Albright et Limonov ? Parce que je le ressens intuitivement de cette façon, surtout de la part d’un Limonov qui n’est en général pas si bien vu de la ligne russe-officielle dont les réseaux pro-russes les mieux achalandés sont nécessairement assez proches, qui n’est certainement pas un poutinien inconditionnel. Mais, dans ce cas, il se passe que je devine qu’il parle pour la Russie, porte-parole symbolique, parlant de la Russie en des termes qui devraient glacer d’effroi le Diable et toutes ses entreprises. Je trouve que Limonov parle comme si la Russie disait à ceux qui veulent sa mort, à ceux qui demandent simplement à la Russie de “n’avoir jamais existé”, que cette fois l’on en est au point où l’affrontement voulu par le Diable va être accepté, qu’il aura lieu, et qu’il rejoindra les grands chapitres de l’histoire du monde.

Soudain, le Diable tressaille sur des bases qu’il juge brusquement bien fragiles : et s’il avait un peu trop présumé de ses forces ? 

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