La défaite exemplaire de Saakachvili

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La défaite exemplaire de Saakachvili

Le 16 août 2008, Michael Binyon écrivait dans le Times : «Modern wars normally follow a familiar pattern. When the fighting is over, diplomats negotiate a ceasefire, troops retire, peacekeepers are inserted and negotiations begin to prevent renewed hostilities. Georgia’s war over a mountain enclave seems to ignore the trend. This conflict threatens to trigger a struggle that, if badly handled, could consume an entire continent.» (Voir dedefensa.org, F&C du 22 août 2008.) La “guerre de Géorgie” était bouclée depuis cinq jours, après que la Russie, avec son armée antique et déclassée, ait envahi sans coup férir, avec une rapidité logistique qu'aucune armée du bloc BAO formée aux normes de l'OTAN n'est capable d'égaler, une bonne moitié du territoire géorgien, à partir du 7 août 2008. Pourtant, la tension subsistait, les Russes ne reculaient pas malgré l’accord de cessez-le-feu qui leur demandait ce retrait. Au moins jusqu’au 25-31 août 2008, le conflit géorgien couva sous une cendre encore bien rouge, menaçant de se rallumer en une véritable guerre européenne. Ni les USA, ni l’OTAN n’avaient bougé, parce qu’ils n’avaient rien à faire bouger, les USA se contentant d’agir dans leur mode provocateur et infraresponsable habituel, en imposant à la Pologne la signature d’un accord antimissiles BMDE dont les Polonais sont rudement revenus depuis.

…A la base de tout ce remue-ménage : le président géorgien Misha Saakachvili, ami de toutes les officines neocons et autres relais du parti des salonards, et l’un des favoris de la stratégie dynamique des “révolutions de couleur” (Géorgie, 2003). La guerre européenne issue de la guerre géorgienne n’a pas eu lieu, faute de combattants, éventuellement, du côté du bloc BAO où l’on roule des mécaniques et où l’on est bien lent lorsqu’il s’agit de tenir et d’aligner des forces. On préfère la com’, les droits de l’homme et l’“agression douce”. Ces derniers temps, on annonçait que Saakachvili aurait bien voulu relancer une nouvelle tension avec la Russie, avec soutien US et tout le bataclan. En un sens, on le comprend, car s’il avait une chance d’échapper au mauvais sort des urnes, c’était celle-là… Depuis lundi, donc, Misha Saakachvili est, sinon sur le départ, au moins sur la défensive, pour un jour ou pour un autre... Justin Raimondo est moyennement optimiste, ce 3 octobre 2012, sur Antiwar.com.

«…The final blow against Saakashvili was delivered by a video showing disgusting abuse of prisoners in a Georgian prison. An arrest warrant was issued for the prison guard who leaked the video: he has since sought political asylum abroad. In spite of official acclaim for the “democratic reformer” Saakashvili, the horrific conditions in Georgia’s prisons was well-known to human rights groups: that didn’t stop the US government from sending billions to their “democratic” sock puppet, however.

»During the campaign, the regime’s refrain was that Ivanishvili and his supporters are “traitors,” “Russian agents” who want to deliver Georgia to Putin’s tender mercies: this, indeed, has been his response to any and all internal critics who dared speak up. Georgian voters weren’t buying it: yet it would be a mistake to think Saakashvili is going to fold up his tent and go quietly. He’s still the President, and while governmental reforms mean the powers of his office are slated to be reduced, with the switch to a parliamentary system, the transition has yet to take place.

»Ivanishvili is calling on Saakashvili to resign, but that isn’t going to happen. “Misha” will put every obstacle in the new government’s way, and is doubtless at this moment planning his revenge. In the meantime, however, the oppressed people of Georgia mean to have their revenge — paving the way for a long, drawn out drama.

»Saakashvili will always have his American apologists, including this creep, who dismissed Ivanishvili’s exposure of Georgia’s authoritarian regime as “stories of pro-government voter suppression and opposition rhetoric that seemed to reject the institutions of government itself.” Yes, the screams of the tortured dissidents coming from Georgia’s dungeons are just the yelps of miscreant anarchists and Ron Paul supporters, according to this oily little neocon. Expect to hear more from Saakashvili’s well-compensated American fan club as the deflowering of the “Rose Revolution” continues apace.»

Bien entendu, les Russes sont très satisfaits du résultat des élections ; Ils espèrent un geste important de la Géorgie, pour détendre les relations, notamment concernant les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi en 2014, proche du territoire géorgien et que Saakachvili voudrait voir boycottés. Les Russes attendent donc le nouveau Premier ministre, le chef de “Rêve Géorgien” qui a emporté les élections (Russia Today, le 3 octobre 2012) : «Georgian Dream’s leader, Bidzina Ivanishvili is a billionaire businessman with most of his assets located in Russia. In his elections program he had repeatedly stated that the normalization of relations with Russia is a key priority in his planned political course. Currently a French citizen, Ivanishvili is seeking to restore his Georgian passport in order to assume the post of prime minister.»

Le 2 octobre 2012, sur son site Indian PunchLine, M K Bhadrakumar se montre beaucoup plus offensif dans son appréciation. Il connaît bien la région et les différents acteurs et il pense que l’affaire est un maître coup en faveur des Russes. «The citadel of the West in the post-Soviet space is falling — Georgia. A sad epilogue is being written to the epic story of the “color revolution”. […] Of far greater significance, though, is that the Dreamers are led by the billionaire tycoon Bidzina Ivanishvilli. The point is not about his vast wealth, but as to where and how he made it? Simply put, he made it all in Russia in those halcyon days of the early 1990s when Boris Yeltsin put Russia’s vast riches on sale and introduced the Russians to the infinite possibilities of crony capitalism. Suffice to say, the oligarchs made hay when the sun shined — and BI was one of them. President Vladimir Putin is reputed to get along splendidly well with BI. Moscow seems enthralled as the TV images come in from Tbilisi.

»Washington will feel uneasy that Moscow might begin to pull strings in Tbilisi all over again. Georgia is a vital chip in the mean geopolitical games being played out in the post-Soviet space between Washington and Moscow. There is added poignancy insofar as the chill is rapidly descending on the US-Russia ties, as Moscow’s decision to boot out the USAID testifies. The US-Russia rivalry is erupting all over the Eurasian heartland and its outlying peripheries. Putin is pushing his Eurasia Union project and, equally, the US is keenly ensuring that it is going to be a long haul for the Kremlin…»

Le destin de Misha Saakahvili est, jusqu’ici, une belle parabole des méthodes employées par le Système, où la communication massive est utilisée pour tenter de suppléer à l’absence de substance principielle. On sait bien comment Saakachvili est parvenu au pouvoir, par le concours ineffable de la “révolution des roses”, pur produit de la coopération du monde de la relations publique et de l’aide officielle (USAID) américaniste dont le projet politique est évident. Il a fait l’usage qui était attendu de lui, avec le paroxysme d’août 2008 qui devait conclure victorieusement l’entreprise, d’une façon ou l’autre. Le triomphe n’était pas au rendez-vous.

Le point intéressant dans ce schéma est celui du reflux, qui illustre par ailleurs l'absence de légitimité du personnage usagé. Le Système, ayant utilisé Saakachvili s’est trouvé sans alternative après l’échec de 2008, parce qu’il ne prévoit simplement pas d’alternative, parce que les principes d’inculpabilité et d’indéfectibilité, qui s’expriment sous ce nom comme des comportements psychologiques fondamentaux, guident effectivement la stratégie du Système. (“‘Indéfectibilité” signifie l’incapacité de concevoir le fait d’être battu, comme “inculpabilité” signifie l’incapacité de se concevoir comme coupable.) Saakachvili a donc subsisté en place, bien que sa défaite aurait dû être, dans l’aménagement stratégique des “révolutions de couleur”, un motif d’élimination sans hésitation, avec la recherche d’autres voies politique, éventuellement d’autres dirigeants pouvant suivre ces voies. A partir du moment de la défaite, Saakachvili ne pouvait qu’entraîner le système de la “révolution de couleur” dans son déclin et sa chute. Aujourd’hui, il se trouve pris au piège des règles instaurées par cette “révolution de couleur”, soit les règles démocratiques qui ne bénéficient plus à la dynamique activée par le Système. L’incapacité de Système, soit de tenter d’amener l’opposition aux conceptions qu’il favorise, soit d’“inventer” une opposition qui soit une alternative “démocratique”, marque effectivement les limites de la stratégie mise en place.


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Mis en ligne le 4 octobre 2012 à

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