Eric Onfray & Michel Zemmour

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Eric Onfray & Michel Zemmour

13 octobre 2015 – En France, je crois savoir qu’on parle beaucoup du livre Une élection ordinaire, de Geoffroy Lejeune. Après le président musulman de Soumission, de Houellebecq, nous avons le président-anathème, soit Michel Zemmour ; mais ce pourrait être Eric Onfray, ou vice-versa, ou bien encore Alain, dit-Eric-Michel Finkielkraut sans autre camouflage puisqu’il s’agit du troisième larron de la “liste noire” sympa de Libération. (Ont-ils remarqué, ces gardiens vigilants de la pensée-tunique, que parmi ces trois têtes de liste qu'ils ont choisies pour les désigner à la vindicte publique, il y a deux juifs ? Fâcheux... Enfin, passons.) Ce journal, le flic-en-chef de la zone, avec dans sa rédaction les petites balances du Système, les donneuses en tee-shirt tendance ou à col blanc grand-ouvert à la BHL, tout cela comme un signe indubitable d’une époque des Grands Troubles, ou Smutnoye Vremya comme disent les Russes. (La délation est une pratique courante des temps de trouble, en France certes mais ailleurs pas moins, de McCarthy au NKVD. Les balances-donneuses de Libé, – le langage du “milieu” leur sied beaucoup mieux, – me font penser à la superbe interprétation de Jugnot en collabo-gestapiste dans Papy fait de la résistance, – le film vaut bien mieux que son titre, – absolument éructant, sardonique par hasard et par nécessité, et surtout absolument hystérique comme l’on est lorsqu’on commet l’acte qu’on devine fatal de la délation, et qui vous procure tant de ce plaisir qu’on n’ose trop afficher et dont on a grande honte secrète. Je précise pour l’épisode que l’acte de la délation est de tous les vents et de bien des sentiments dont ceux de l’envie et de la jalousie, “humain, trop humain” ; que ma considération vaut aussi bien pour l’Occupation, lorsqu’on dénonçait son voisin supposé-résistant par envie pour la belle fortune de sa réussite matérielle, que pour la Libération, lorsqu’on dénonçait son voisin supposé-collabo par jalousie pour sa bonne fortune d’une épouse désirable.)

Avec le bouquin de Lejeune et tous ces bruissements effrayants, on expédie déjà Marine Le Pen au musée des espérances perdues, quasiment comme quasi-candidate-Système qui serait allée trop loin ; comme les choses vont vite dans les esprits et par ces temps des psychologies effrénées... (Lejeune : « Marine Le Pen a fait un constat: le positionnement anti-système de son père n'a pas permis d'accéder au pouvoir. Or, on le sait, elle ambitionne de devenir présidente de la République et a entrepris, dès son arrivée à la tête du Front national en 2011, une habile stratégie qu'on a nommée «dédiabolisation» ou «normalisation». Mais, et c'est une des critiques de fond que lui a adressé son père au moment de leur rupture, à trop se normaliser, elle a pris le risque de se banaliser. Pour l'instant, elle n'en paye pas encore le prix. Pour l'instant... »)

Une voix s’élèvera pour dira : Zemmour-Président, c’est absurde. (Pour ne pas dire, autre version du même thème : “c’est ignoble”.) Une autre voix, peut-être avec l’accent britannique, répliquera à l’unisson : Corbyn, en Angleterre ? Une autre voix encore, un peu nasillarde : The Donald, aux USA ? Personne parmi ces voix n’a tort dans ce genre d’échange et pourtant on a peine à croire que quelqu’un, quelque voix, ait quelque chance d’avoir raison. (Dans le temps, Jeanne ne se posait pas tant de questions, elle entendait ses voix et elle y allait. Ces temps étaient plus simples.) Par ce ni-tort ni-raison, je veux dire cette évidence qu’autant le Système est complètement sclérosé, pourri par tous les bouts, bouffi, paralysé, vautré dans sa suffisance et son incroyable surpuissance qu’il lance dans tous les coins jusqu’à en faire son autodestruction, autant il est difficile à percer, à pénétrer, à saccager, à manœuvrer de l’intérieur par un extraterrestre venu de l’extérieur de lui pour le prendre d’assaut. Bref, on reste sans voix ni certitude, ni décision ni rien du tout. Une autre phrase du jeune-Lejeune me paraît à la fois bienvenue sinon évidente et pourtant dite mille fois, usée, rabâchée, sans-espoir, parce que “le sens de l’histoire” le vieux de Gaulle en parlait déjà et pas nécessairement au meilleur des propos, et d’autres avant lui, et que chaque fois la chose parut évidente à tous et jamais elle ne mena à rien parce que l’histoire n’a pas de sens comme nous le dit Shakespeare, ou bien plutôt, et je le croirais plus volontiers, n’est-ce pas le sens qu’on croit : « Aujourd'hui, le sens de l'histoire indique qu'un trublion hors système pourrait venir perturber la campagne des candidats de droite et imposer ses thèmes dans le débat. Et cela pourrait faire des dégâts... »

Je ne peux pas imaginer, c’est plus fort que moi, qu’on puisse imaginer qu’une élection en 2017 en France puisse nous sortir autre chose qu’un piètre dinosaure un peu rance type-Hollande ou type-Juppé (et, tout de même, je ne mettrais pas la Marine parmi les dinosaures, pas du tout) ; même chose pour les USA, où je scrute épisodiquement, avec amusement et étonnement, le parcours de The Donald mais me pince régulièrement pour y croire et continuer d’écrire là-dessus ; idem pour Corbyn et ainsi de suite ... Voilà l’état de l’esprit du bonhomme à l’instant, de votre serviteur je veux dire, ce qui ne préjuge de rien, ne signifie pas grand’chose et ne promet pas un débat des plus réjouissants pour ceux qui affectionnent les échanges marqué de la raison pure.

On appréciera tout de même avec la plus grande attention que je n’ai pas dit un mot, pas un seul mot, et n’en dirai pas un seul, de l’orientation politique de l’une ou de l’autre, de leurs “programmes”,  des choix politiques, de l’idéologie, de la mise à l’index, etc. Je suis cette voie dans mon propos parce qu’il est inutile de dire un seul mot à cet égard, parce que ce n’est vraiment pas ce qui importe. De cela, je ne démords pas et ma certitude est complète là-dessus, – concernant ces hommes et femmes, et d’autres naîtront très vite, apparaîtront ici et là, c’est une question de mois sinon de semaines, – ma certitude est que ces hommes et ces femmes sont des bombes-vivantes : et le fait de la seule accession à la fonction suprême, pour le premier qui passera entre les mailles du filet, suscitera nécessairement l’objet de leur mission suprême : exploser au cœur du Système. Le seul fait de l’élection de l’un de ces antiSystème qui, par les circonstances et l’importance de la puissance au cœur de laquelle il opère, glace de terreur et emporte d’hystérie tous les dénonciateurs-Système, ce seul fait suffira à faire lever la tempête.

Arrivé à ce point de ma réflexion quelque peu échevelée, je pense évidemment et aussitôt à Gorbatchev. J’ai été assez surpris des quelques commentaires qui suivirent le texte de Ah Ah ! Said the Clown, à propos d’Obama où je terminai sur le propos de l’“American Gorbatchev” ... D’abord, de la couleur de ces commentaires qui nous disaient en général, pour la défense d’Obama, que finalement il n’avait pas été plus mauvais que ses prédécesseurs blancs, qu’il avait prouvé qu’un Noir pouvait être aussi bon président, ou aussi mauvais, qu’un blanc, majuscule contre minuscule. Comme si c’était le débat... Peu me chaut qu’il soit blanc, noir ou vert-framboise, la seule chose qui importe est qu’il est le Président ; je suis sûr, – hypothèse surréaliste, – que si l’on avait élu un Noir aux USA à la présidence dans les années 1960, et que c’eût été nécessairement un Malcolm X ou un Martin Luther King dernière époque, on se serait rappelé de lui non comme du “premier Président US noir” mais comme du “premier président US antiSystème”, c’est-à-dire bien meilleur que n’importe quel “président-blanc” ; cela situe l’estime où je tiens ces diverses personnalités historiques, sans le moindre intérêt pour la couleur. (Étrange, les antiracistes acharnés, exactement comme les racistes avérés, ne raisonnent essentiellement qu’en fonction de la race, de la couleur de peau. Je me rappelle avoir déjà écrit qu’en 1962, nous faillîmes avoir un président au moins temporaire métis, comme BHO, et petit-fils ou arrière-petit-fils d’esclave, si de Gaulle avait perdu son référendum sur l’élection du président de la République, – puisque son principal adversaire, Gaston Monnerville, était président du Sénat et remplaçait constitutionnellement le président en cas de vacances du pouvoir, dans ce cas par démission comme de Gaulle avait l’intention de faire en cas de défaite. Je me souviens précisément de cette époque, n’avoir jamais songé une seconde, ni lu quelque part à ce propos et d’un ton accusateur ou sur le mode réjoui, que Monnerville était de la couleur du métis comme l’est Obama ; Monnerville était l’homme qui s’opposait à de Gaulle et de Gaulle c’était de Gaulle, voilà les seules choses qui comptaient. Cela se passait en France, au temps où les USA tentaient avec d’horribles difficultés de se sortir de leur système d’apartheid affiché ou pratiqué discrètement, selon qu’on parle du Sud ou du Nord, qui tenait tout le pays.)

Pour en revenir indirectement et à pas compté à notre sujet, je dirais encore que j’ai été assez surpris également qu’un commentaire ait interprété mon texte en affirmant qu’Obama avait été un “American Gorbatchev” en toute conscience, tandis que Gorbatchev avait été Gorbatchev sans conscience de l’être. C’est le contraire que j’écrivais et que je pense. Gorbatchev savait très bien ce qu’il faisait, savoir que l’essentiel de ce qu’il fit, sans rapport avec le communisme ou un programme politique quelconque, ou une idéologie, fut d’abord et essentiellement de briser un système d’une puissance incroyable, en le minant de l’intérieur. Obama a fait cela pour son compte et en partie, en pulvérisant le pouvoir américaniste, essentiellement sinon exclusivement grâce à sa faiblesse psychologique et à sa carence de caractère, sans en savoir rien. Il est trop incertain pour décider qu’il s’agissait bien de cet enjeu, et finalement un peu trop arrogant par frustration, par son désir de se faire admettre parmi l’élite du Système comme le remarquait Robert Parry, pour bien comprendre qu’il s’agit du Système et rien d’autre. Il a fait un peu de bon travail sans rien y comprendre, mais ce n’est qu’une partie du travail ; il s’avère que dans notre époque des Grands Troubles, alors qu’il s’agit du Système et non pas d’un système bureaucratique parmi d’autres, même monstrueux, dans notre époque du Grand Trouble ultime il nous faut donc plusieurs Gorbatchev.

C’est là-dessus que je reviens à Michel Zemmour, Eric Onfray & Cie. Je ne parle pas de politique, ni ne juge en commentateur à cet égard, et encore moins en prévisionniste, – tout juste en apprenti-métahistorien peut-être... J’attends que l’un de ces extraSystème, comme j’ai dit plus haut “extraterrestres”, accède par extraordinaire, imprévisible, insaisissable et autre circonstance convenue pour expliquer ces temps étranges et extraordinaires, à la fonction suprême. Ce seul fait, je le répète, en fera un Gorbatchev-à-part-entière, et peut-être le Gorbatchev-ultime, the-Gorbatchev, le Gorbatchev-nucléaire. Il n’aura pas le temps d’être récupéré par le Système, car le Système sera trop emporté par une panique absolument indescriptible et pour tout dire indicible pour songer à le récupérer, car aujourd’hui, – un “aujourd’hui” compté en quelques années sinon en quelques mois, – nous vivons des temps nucléaires où la finesse et la manœuvre n’ont plus leur place. S’il l’est, l’extraSystème, il sera élu comme une bombe explose, et c’est pour cela qu’il deviendra un nième Gorbatchev, et le bon peut-être puisque Gorbatchev-nucléaire ; pour la suite, qui peut dire, exactement comme l’on observe : qui peut dire l’après de l’explosion d’un bombe nucléaire ? Hors cette issue-nucléaire, toutes ces agitations sont vaines ; mais il n’est pas dit que ces agitations si vaines ne débouchent pas soudain sur cette issue-nucléaire. On est toujours dans le “ni-tort ni-raison” car le temps est suspendu.

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