D’un trou (9/11) l’autre (Notre-Dame)

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D’un trou (9/11) l’autre (Notre-Dame)

Nous tentons, dans ce “Faits & Commentaires” de développer une hypothèse concernant l’incendie de Notre-Dame, – que nous décidons, en nous en expliquant, de qualifier d’“attaque” contre Notre-Dame. Nous plaçons cette “attaque de Notre-Dame” parallèlement et comparativement à l’“attaque 9/11”. Il s’agit d’une approche entièrement métahistorique, avec la logique intuitive et le langage qui vont avec. 

28 avril 2019 – Depuis l’incendie de Notre-Dame (en première écriture, nous avions écrit sans y penser, involontairement, comme naturellement : “Depuis, l’attaque de Notre-Dame”), l’idée de “trou dans le continuum espace-temps” développé par Justin Raimondo pour décrire l’attaque 9/11 est revenue dans plusieurs textes de dedefensa.org. Pour résumer et synthétiser cet emploi en même temps qu’on en rappelle indirectement la signification de l’expression, on citera le texte de PhG du 22 avril 2019 : 

« ... [E]t il est bien entendu que je place l’affaire de Notre-Dame dans la continuité de 9/11, celle des “trous dans le continuum espace-temps”, mais me semble-t-il, comme j’ai été poussé à le suggérer aussitôt – hypothèse là aussi, mais hypothèse de travail certes moins assurée, –du point de vue métahistorique à l’inverse de la séquence ouverte par 9/11, comme une fermeture de cette séquence. (“Il n’empêche, et même si des âmes brûlent d’angoisse et de frayeur sacrées : peut-être le feu de Notre-Dame serait-il comme quelque chose qui détruit décisivement l’incendie du sortilège de 9/11 ? Feu contre feu.”)

» ... [Il s’agit de] bien comprendre Notre-Dame et la suite, mais en comprenant que Notre-Dame est très largement au-delà de 9/11 dans le domaine de la pathologie psychologique de l’affrontement, dans le cadre du Système confronté à sa surpuissance d’autodestruction ; par conséquent dans des conditions où le Système précipite si imprudemment et tragiquement la dynamique de l’autodestruction ; dans ce cas, cet “accident” de Notre-Dame devenant alors, dans notre schéma métahistorique et selon l’hypothèse rappelée plus haut, ce qu’on pourrait désigner du point de vue du Système comme “un trou dans le continuum espace-temps de trop” pour ceux qui en attendent le triomphe du Système, – ou “un trou trop loin” pour utiliser l’image du “pont trop loin”... »

Il nous paraît évidemment intéressant de développer cette idée qui est d’abord une image symbolique d’une extrême puissance, de la poursuivre en lui donnant toute sa dimension dans un cadre non pas politique, ni dans un cadre de “complotisme” ou quoi que ce soit de cette sorte, mais nécessairement dans le cadre de la métaphysique historique (métahistoire), et plus précisément d'une métahistoire intuitive. Il s’agit de décrypter ce symbole dans ce cadre explicitement et exclusivement, pour en mettre à jour toutes les potentialités qui y sont présentes

Comme on l’a dit et redit, l’idée de “trou dans le continuum espace-temps” est une expression employée par le commentateur libertarien (US) Justin Raimondo le 9 septembre 2011, que nous signalions le  10 septembre 2011. Depuis, nous citons régulièrement cette image, que nous installons dans notre arsenal dialectique, et il importe de développer précisément sa signification profonde, sa puissance intuitive, bref toutes les dimensions enrichissantes dont elle dispose. Mais, jusqu’ici, nous nous sommes gardés effectivement d’explorer le contenu, l’essence même de ce symbole ; il est temps évidemment de changer cela

Pour bien comprendre ce que cette image a d’ores et déjà de valeur représentative dans notre propos, – et cette image assignée pour l’instant (dans l’esprit de Raimondo) au seul événement de l’attaque 9/11, – nous allons citer plusieurs passages de  La Grâce de l’Histoire  Tome-II où l’image est employée. 

« On emprunte comme point de départ acceptable de notre analogie une remarque apparue au détour d’un texte d’un chroniqueur américain (Justin Raimondo, le 9 septembre 2011, sur  Antiwar.com), en ayant d’ailleurs pleinement conscience que notre analogie n’a nul rapport avec la pensée de Raimondo. Il s’agit d’une de ces occasions remarquables et empreintes d’une signification également remarquable où la puissance des mots ayant affirmé leur ontologie propre, où la force de l’image devenant symbole selon sa propre volonté, conduisent la pensée éclairée par l’intuition sur une voie qui n’est pas celle qui était envisagée initialement. (Ainsi se manifestent la richesse et la diversité du langage lorsqu’il est chargé d’une substance d’une si belle richesse qu’on y peut découvrir une essence rendant compte effectivement de l’intuition qu’on a signalée.) La remarque que nous citons dit ceci : “[T]he terrific force of the explosions that brought down the World Trade Center opened up a hole in the space-time continuum…” (Ainsi Raimondo nous restitue-t-il  la seule vérité  de 9/11, lui qui est éventuellement partisan d’explications cachées, de la thèse d’un certain complot ayant manipulé cette attaque, lui donc qui n’accorde  aucune vérité fondamentale  à l’événement tel qu’il nous apparaît : pourtant il lui reconnaît  la vérité irréfragable  de la puissance apocalyptique de l’attaque, jusqu’à “faire un trou”, ou créer [une brutale et décisive discontinuité vide et perturbatrice] dans la continuité espace-temps...) »
[…]
« Cela, nous offrant cette lumière si particulière [...] devient alors un choc d’une puissance inouïe qui doit rompre, mais aussi un choc qui ne se contenterait pas de tenter d’influer sur le déroulement normal de l’Histoire, qui aurait l’ambition de constituer une intrusion majeure en elle-même, dans cette Histoire et dans le destin de notre aventure, pour une subversion également majeure à son profit par un changement d’orientation significatif et impératif ; “a hole in the space-time continuum…” ; comme si la force ajoutée au choc entendait installer par la pression formidable qu’elle impos[e] aux conditions courantes, y compris ce que Raimondo nomme “le continuum espace-temps”, des conditions nouvelles pour imposer sa métaphysique, – la métaphysique de force, comme nous l’avons identifiée…
[…]
» Il y a peut-être eu le percement furieux d’un “trou” dans ce qu’il reste d’ordre du monde, dans le “continuum espace-temps”, mais c’est pour laisser s’y glisser bien autre chose que l’accomplissement du triomphe du Système, ou du “déchaînement de la Matière” ; ce qui jaillit par ce “trou”, au contraire, ce sont les conditions générales de la crise ultime et d’effondrement du Système.
[…]
» Nous nous rapprochons du moment décisif où la rupture nous détachera de cette entreprise terrestre qu’a été jusqu’ici notre récit, entreprise terrestre par laquelle nous cherchons, nous, à percer notre trou dans le “continuum histoire-temps”, pour nous détacher des dernières influences du “déchaînement de la Matière” et enfin espérer embrasser l’entièreté sublime de l’intuition haute. Nous marchons comme des gueux affamés, comme des guerriers las des batailles terrestres et assoiffés de gloire céleste, comme des sages épuisés par ce temps de l’ignominie et guidés par l’antique sagesse. Nous sommes transis d’angoisse mais n’avons peur de rien, portant notre destin comme une croix et portant cette croix comme s’il s’agissait d’une plume... »

Cet incendie catastrophique de Notre-Dame peut-il être ce « notre trou » ? Nous nous posions la question déjà dans le Tome-II de  La Grâce, de savoir si un “trou dans le  continuum  de l’espace-temps”, c’est-à-dire l’attaque 9/11, ne pourrait pas être renouvelé à notre avantage (“nous”, c’est-à-dire les antiSystème, pour faire bref) : une « entreprise terrestre par laquelle nous cherchons, nous, à percer notre trou dans le “continuum histoire-temps” »

Nous avons déjà dit ce que nous en pensions, à propos de l’incendie de Notre-Dame, qui est véritablement (le lapsus presque-écrit mentionné plus haut est prémonitoire) une “attaque”, – et l’intérêt sera, non pas de savoir qui a lancé l’attaque, ce qui est une recherche dénuée de sens par rapport à une affirmation symbolique, mais bien de savoir contre quoi exactement l’incendie de Notre-Dame est l’attaque. Une première esquisse a été la remarque présentée dans cette citation du  premier texte  que nous avons fait sur Notre-Dame : « peut-être le feu de Notre-Dame serait-il comme quelque chose qui détruit décisivement l’incendie du sortilège de 9/11 », c’est-à-dire Notre-Dame contre 9/11… Cela signifie-t-il que Notre-Dame ferme “le trou” ouvert par 9/11 ? Cela n'est certainement pas aussi simple et l’image reste approximative, mais c’est évidemment dans cette direction qu’il faut chercher.

 (On observera que le parallèle entre 9/11 et Notre-Dame en tant que Notre-Dame serait un événement fondamental, – donc événement symbolique avec une immense charge psychologique, – est souvent fait sans qu’il soit jugé nécessaire de s’en expliquer, encore moins de s’en justifier. En d’autres mots, “cela va de soi”, ce qui est le signe des symboles les plus forts, – comme par exemple dans cette remarque accessoire de l’analyste économique Sébastien Laye, dans Figaro-Vox du 24 avril 2019 : « [C]ertes, le drame national consécutif à l’incendie de Notre Dame de Paris (opportunément exploité par le pouvoir, qui au-delà de la nécessaire et légitime communion nationale, en a fait une attaque contre notre unité, semblable à un 9/11 à la française, tout en déchristianisant la portée de l’évènement) avait obscurci la séquence bien huilée de sortie de crise... »)

Modernité versus Tradition

En effet, tous les éléments qui ont manifestement une dimension participant à la symbolique dans cet événement conduisent impérativement, dans notre chef, cette analyse que nous faisons. Seule la symbolique nous intéresse  car c’est de cette façon seulement qu’un événement d’actualité et ses composants  sont suffisamment importants par ce qu’ils montrent d’eux-mêmes, pour être directement métahistoriques ; et c’est effectivement dans le cadre de cette métahistorique que nous devons et voulons les apprécier. Les références et les facteurs d’évaluation doivent être également choisies dans les domaines du symbolisme où ils sont les plus enrichissants et où une évaluation, une comparaison et une confrontation sont possibles. Dans tous les cas pour cette question dont nous débattons, la démarche symbolique est tout simplement essentielle.

L’élément symbolique le plus intéressant pour nous dans la référence entre les deux événements (9/11 et Notre-Dame) est celui des Deux-Tours, que nous assimilerions plutôt aux fameuses “deux colonnes” qui bornent l’entrée dans des lieux sacrés et/ou inconnus (les colonnes d’Hercule dans l’Antiquité, les colonnes Jakin et Boaz de la franc-maçonnerie, voir aussi le titre d’un des volumes du Seigneur des Anneaux de Tolkien). Nous les prendrons donc, dans les deux cas, comme un symbole de l’acte sacré d’une “entrée dans une ère nouvelle” ; et, en fonction des événements qui nous intéressent, un symbole brutalement affirmé par une dynamique qui parvient par sa puissance à rompre la position dans l’espace et le cours du temps, et par conséquent à susciter une impulsion nouvelle et donner un sens nouveau au déferlement des événements, – d’où l’expression de “trou dans le continuum espace-temps”, ce trou suscitant ainsi la rupture constatée ensuite.

Par conséquent, si 9/11 a marqué une “entrée dans une ère nouvelle”, Notre-Dame a constitué également ce même processus d’“entrée dans une ère nouvelle” avec la sortie de l’ère ouverte par 9/11. (Cette “sortie de l’ère ouverte par 9/11” était bien entendu préparée par divers événements crisiques marquant depuis des événements la décadence accélérée de l’élan suscité par 9/11 et son “ère nouvelle”). Les deux cas nous apparaissent donc similaires dans leur identité : il s’agit bien d’une “attaque métahistorique”, qu’elle se fasse sous la forme d’un attentat, d’un incendie, ou bien entendu d’un ou de plusieurs complots, qu’importe ; et qu’importent également les intentions ou l’absence d’intentions des facteurs humains ou terrestres, ou mécaniques, ou accidentels, etc., qui ont été à la base d’un attentat, d’un incendie, d’un ou de plusieurs complots, d’un accident, etc.

Simplement soulignera-t-on que les deux époques envisagées (celle qu’ouvre 9/11 et celle qu’ouvre Notre-Dame) sont telles, foisonnantes de crises et de potentialités d’événements catastrophiques, parcourues de désordres telluriques et de chaos psychologiques, qu’elles sont nécessairement le théâtre d’innombrables actes qui peuvent être décrits comme des attentats, des accidents catastrophiques, des complots et ainsi de suite… Mais il nous paraît essentiel de ne pas confondre les uns et les autres, de ne pas charger tel attentat et tel complot de desseins qui préparent les événements qui vont succéder à 9/11 et qui succéderont à Notre-Dame, parce que ce qui forge finalement la forme et le sens de ces événements en vérité, ce sont les chocs eux-mêmes des “trous dans le continuum espace-temps”, ces “actes sacrées” qui modifient par eux-mêmes et au moment où ils se font les conditions générales et le sens du déferlement des événements. (C’est-à-dire qu’il y a un changement complet de la perception et de la compréhension des mêmes événements.)

En effet, il faut maintenant définir précisément sur quoi débouchent ces symboles, de quoi ils sont producteurs, quelles significations fondamentales ils imposent. On n’a pas assez remarqué, sans même évoquer l’idée du “complot”, combien 9/11 avait été, non pas un coup de massue ou un coup de poing qui fait perdre conscience, mais au contraire un aiguillon terriblement acéré qui fait prendre conscience. Les deux tours de Manhattan représentaient, – personne ne s’y est trompé, – la modernité, le technologisme, l’américanisme, la financiarisation de la globalisation, bref tout ce qui fait le “futur de notre Big Now. L’attaque n’était pas destinée, selon la destinée elle-même comme le suggère le double sens du mot, à détruire la modernité mais au contraire à l’éveiller au danger qui a toujours menacé la modernité depuis qu’elle existe. Ceux qui savent tout savent donc qu’il s’agissait d’une sorte de “syndrome de Pearl Harbor”, dont l’effet attendu autant que les diverses manigances vraies ou fausses qui l’ont accompagné ont conduit à la fureur de l’hyperpuissance américaniste dans son déchaînement comme porteuse de modernité.

(Au reste, les divers responsables et pseudo-“comploteurs”, vrais ou faux qu’importe, plaidaient tous, à Washington, pour un événement de cette sorte. Les neocon, qui ne se cachent pas de l’être, n’ont jamais caché qu’ils attendaient cet événement. Une délégation de parlementaire de la Chambre avait été reçue dans son bureau du Pentagone par Rumsfeld [qui, lui, n’était pas un neocon mais un nationaliste unilatéraliste] le matin du 11 septembre 2001 à 08H30 : «“Il nous déclara”, rapporte un des parlementaires, “qu’il faudrait une catastrophe ou quelque chose de ce genre pour faire sortir la population de son apathie. Et juste une heure plus tard, cet avion s’écrasait sur le Pentagone. C’était incroyable.” » Bien entendu, la situation opérationnelle autour de post-Notre-Dame n’a rien à voir avec le autour de et post-9/11 : bien souvent, elle est exactement contraire, on le verra, parfois elle est si différente qu'on peine à croire aux analogies offertes.)

Dans notre quête symbolique, mises à part ses deux tours Notre-Dame n’est certainement pas la même chose que Manhattan ; en matière symbolique justement, c’est même le contraire... En même temps qu’elle ouvre une nouvelle époque, l’“attaque” contre Notre-Dame en ferme une autre, – celle qui précédait, dira-t-on comme une lapalissade enfonce une porte ouverte, – c’est-à-dire l’époque de 9/11. Le symbolisme est parfaitement à son aise, dans des eaux de connaissance : les deux tours de la Tradition répondent aux deux tours de la (M)odernité, et bien entendu de ce point de vue il s’agit d’une riposte ou, mieux encore, d’une prise de pouvoir du processus. On ne peut que voir et comprendre dans l’incendie de Notre-Dame, aussi fortement qu’une intuition haute vous y conduit, qu’il s’agit sans aucun doute d’une nouvelle attaque, celle qui sonne l’alarme de la Tradition comme l’attaque de 9/11 avait secoué la modernité, avec toute la puissance déchaînée induite par ce nouveau “trou dans le continuum de l’espace-temps”. 

Il faut accepter impérativement pour notre raisonnement le parti-pris d’écarter sans une seule hésitation, pour notre compte et sous notre responsabilité dans tous les cas, tout ce qui concerne l’aspect religieux de l’événement ; par exemple mais exemple central, l’“attaque” contre le christianisme par opposition à toutes ces avancées d’une religion concurrente, – l’islam pour ce cas, – rejoignant indirectement en cela la dialectique du président Macron qui se découvre défenseur de la Foi contre le “sécessionnisme islamique” dans un mouvement d’une bassesse électoraliste dont l’impudence devrait couper le souffle si l’on avait du temps à perdre à s’inquiéter à ce sujet. (Macron reste Macron, c’est-à-dire l’être-rien passant d’un rien à l’autre, poussière inaudible et dérisoire.)

Nous écartons complètement le fait religieux. Bien au-delà des comptes et statistiques de communication de toutes les religions qui ont toutes épousé leur temps et comptent leurs effectifs comme un parti politique du Système, 9/11 versus Notre-Dame avec leurs choc d’une violence inouïe représentent la bataille finale entre (M)odernité et Tradition (notre jargon pourrait aussi bien dire “entre Système et antiSystème” mais il est bon de rappeler ce que ces termes recouvrent). Pour cette raison, pour bien faire comprendre l’essence même de cette bataille et sa vertigineuse importance, il faut des symboles d’une force immense dont la puissance ne se découvre que dans les affres de la destruction : que ce soit celle des tours de Manhattan, ou celle de Notre-Dame telle-qu’elle-fut et ne sera plus jamais tout à fait ce-qu’elle-fut puisque la marque des siècles a été néantisé par le feu dont on peut juger alors qu’il est diabolique. Il faut se sentir blessé, martyrisé, outragé comme l’on est effectivement lorsqu’on prétend à l’humanité, pour comprendre que le combat qui se livre est celui de la Grande Crise de l’Effondrement du Système. Se perdre dans les décomptes d’apothicaire de religions totalement perverties par le monde de la modernité (y compris, et comment, la religion de la modernité), c’est se perdre tout court.

On dira, surtout pour Notre-Dame : mais il s’agit de destruction, d’une valeur inestimable, de choses d’une beauté infinie. Sans aucun doute, et ce n’est pas nous qui n’éprouverions pas un sentiment de si intense tristesse. Mais cette destruction d’une architecture d’une élévation sublime (peut-être les amateurs de moderne prendraient-ils cette description pour les tours de Manhattan), c’est ce qui fait la force extraordinaire du symbole et donc sa capacité de soulever les énergies et de percevoir inconsciemment un événement fondateur qui éveille la Tradition (de laquelle est sortie Notre-Dame et sortiront peut-être d’autres Notre-Dame). Pour cette raison, il ne nous semblerait nullement absurde ni insensé, encore moins sacrilège, de laisser des ruines en l’état, si elles sont là pour nous rappeler l’essentiel, – cela vaut mieux qu’une intervention de l’Art Contemporain. Mais ce n’est qu’un détail et rien d’autre ; l’essentiel est bien de comprendre que l’affrontement est bien entre d’une part le but de la destruction totale, – l’entropisation, en un mot, – et d’autre part la sauvegarde non comme survie mais comme triomphe dans les conditions qui sont siennes.

Un autre facteur essentiel, de type opérationnel, et sans doute le plus essentiel parmi les essentialités que révèle cette approche, c’est l’impérative nécessité d’apprécier comme une extrême probabilité jusqu’à en faire une certitude prospective que l’ère ouverte, ou confirmée par l’attaque de Notre-Dame, devrait voir la confirmation d’un complet changement de la forme de l’affrontement central, on dirait un changement de paradigme de l’affrontement. (On a vu ce changement s’affirmer dans des prémisses déjà fortement identifiables depuis les années 2012-2013, particulièrement avec les pressions et attaques de communication contre la Russie, sur les matières culturelles et sociétales, du type Pussy Riot.)

Ce facteur “sans doute le plus essentiel parmi les essentialités que révèle cette approche” concerne l’effacement vers un second plan et une importance complètement secondaire de l’affrontement essentiellement international et de type géopolitique dans le sens de la néantisation de la géopolitique par l’appareil militariste américaniste de la première décennie du siècle. Cette situation de néantisation grossière, comme seul l’appareil américaniste sait faire et qui est fait à l’imitation de la poussée de surpuissance du Système, devrait laisser place à un domaine complètement différent qui est celui que nous désignerions comme le domaine des LGTBQ-etc. (de type sociétal-progressiste, sociétal et intra-national, etc.). Les affrontements, qu’on connaît déjà fort bien, devraient devenir la norme étouffante et survoltée de l’époque, une sorte de “danse de Saint-Guy” des sociétés civiles en guerre civile chaotique permanente pour la séquence ; effectivement ce domaine devrait être  civil, communautariste, “racisés”, etc., et hyper-idéologisés selon des conceptions pathologiques qui doivent absolument faire parler de “folie” sans souci du vague de la notion car nous sommes dans la vague d’un effondrement total de l’Esprit ; les événements devraient être internes aux nations et aux groupes de nations, avec des affrontements périphériques, toujours dans le même domaine LGTBQ-etc. 

(Le “etc.” de LGTBQ-etc. signifie que rien d’aucun domaine, aucune excentricité ni absurdité accouchée de la folie dominante n’est à exclure de cette addition sans fin d’agressions de tous contre tous, et à propos de tous et de tout. Et la bataille va très loin en profondeur, elle se livre même au sein des communautés, des familles, des couples, des individus contre eux-mêmes, selon le parti que prennent les uns et les autres : c’est un gigantesque affrontement collectif et sans aucun ordre connu jusqu’alors, où aucun individu n’échappe à la nécessité d’un engagement puisque l’enjeu n’est rien de moins que l’ontologie, l’être même en soi.)

Dans ce cadre, tous les rangements traditionnels (droite-gauche, impérialistes-pacifistes, droitsdel’hommiste-antiraciste, etc.) sont et seront de plus en plus dépassés jusqu’à être pulvérisés. L’enjeu principal dans ce cadre devient celui de l’unicité-identitaire comme objectif à détruire, à pulvériser, ou bien comme arme de guerre, arme de défense, arme de contre-attaque, avec comme moyens de la bataille pour les deux partis qui s'opposent, la destruction du passé comme entreprise finale, comme seule issue possible de l’entropisation d’une part ; la réaffirmation du passé grandi et glorifié, comme seule référence possible contre l’attaque du désordre chaotique d’autre part.

(Précision capitale, – le passé selon notre conception qui s'oppose à la modernité pouvant figurer aussi bien selon l’appréciation qu’en donne Julius Evola [selon Giovanna Monastra, Julius Evola, des théories de la race à la recherche d’une ethnologie aristocratiqueNouvelle École n°47, année 1995] : «C’est une pensée “originelle”, elle ne remonte pas en arrière dans le temps, elle s’élève verticalement hors du temps en direction du noyau transcendant... » ; aussi bien que celle de Maistre-Baudelaire : « Ce terme complètement paradoxal dans ce cas de “progrès” fait référence à une interprétation de Daniel Vouga, analysant l’influence essentielle de Joseph de Maistre chez Charles Baudelaire (la plus importante influence de Baudelaire avec Edgar Allan Poe), dans ‘Baudelaire et Joseph de Maistre’ (Corti, 1957). Observant l’emploi laudatif du concept de “progrès” chez Maistre et chez Baudelaire, paradoxe absolu proche de la contradiction impossible pour ces deux penseurs antimodernes par excellence, Vouga observe ceci : “[P]rogresser, pour eux, ce n’est pas avancer, ni conquérir, mais revenir et retrouver... [...] Le progrès donc, le seul progrès possible, consiste à vouloir retrouver l’Unité perdue...”»)

De ce point de vue, on comprend l’immense importance symbolique mais aussi architecturale et civilisationnelle, et enfin métahistorique de Notre-Dame. Quant à la forme des événements et aux moyens de ces affrontements, tout reste à déterminer et aucune prospective n’est possible.

L’alarme est donc sonnée des deux côtés, celle de la Tradition ayant répondu à celle de la modernité après les ruines et les massacres terrifiants que cette modernité a semés depuis 9/11. Chacun sait ou peut savoir de quelle bataille il retourne. Cette situation immensément complexe dans les détails et les expertises des pédants est devenue d’une simplicité cristalline dans ses enjeux. Dont acte : désormais pour les enjeux généraux, il n’y a plus de simulacre. On verra ce que nous ferons de cette clarification aussi lumineuse que si elle venait du Ciel.

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