Drôles d'effets neocon à “D.C.-la-folle”

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Drôles d'effets neocon à “D.C.-la-folle”

Un des cas très illustratif du désordre régnant dans le pouvoir du système de l’américanisme se trouve dans l’évolution des positions des neocons entourant le président Trump. Quelques nouvelles à cet égard renforcent l’impression de flou considérable qui s’attache au jugement qu’on doit porter sur l’action de cette faction si activiste.

Sachez par exemple que la visite de Bolton à Genève pour une rencontre avec les Russes (5 heures d’entretien), a été qualifiée par le même Bolton de si “fructueuse” qu’on y fit de « considérables progrès ». De quels “progrès” s’agit-il ? Sachez aussitôt que cette rencontre a été qualifiée, cette fois par le vénérable Ron Paul toujours au fait des choses ne serait-ce que par ses liens avec son fils Rand, de « terrible », – dans le sens de catastrophique. « Tout ce qu’il [Bolton] a fait a été de menacer les gens et d’assurer que nous [les USA] contrôlons le monde entier ». La rencontre n’a donc eu comme effet que de durcir l’intime conviction des Russes qu’il n’y a aucune possibilité de réelle entente stratégique avec les USA, et de les conforter dans leur effort de modernisation et de sophistication de leur puissance militaire. La rhétorique belliciste des neocons de l’administration, rarement suivie d’effets directs à cause des opérations de blocage de Trump conseillé par Rand Paul, a un effet indirect contre-productif en forçant les Russes à des décisions de plus en plus dures concernant leur posture militaire.

(Il y a une longue analyse de Michael Snyder qui analyse la puissance militaire russo-chinoise, et russe particulièrement, par rapport à la puissance US. L’analyse est très détaillée et cite diverses déclarations et évaluations d’officiels US, concernant notamment le vieillissement et la réduction en nombre et en capacités des forces stratégiques US. Snyder en arrive à la conclusion que la situation tant vantée par les USA dans les années 2005-2006 d’une capacité de “première frappe stratégique” est en train de s’inverser complètement. « Si nous continuons dans cette voie, il est tout à fait possible qu’un jour assez proche, les Russes ou les Chinois en arrivent à la conclusion qu’une première frappe nucléaire par surprise sur les États-Unis est possible et qu’une guerre nucléaire est tout à fait gagnable. Cela pourrait être particulièrement vrai pour les Russes, car ils disposent des systèmes anti-missiles les plus avancés de la planète et ils peuvent aisément gérer tout ce que nous pouvons tenter de leur infliger. » Cette puissance militaire russe ressort également des échos du salon de Moscou “Forum International et Technique Armée-2018” ouvert à l’exportation. Second exportateur d’armements derrière les USA en 2017 [22% contre 34%] selon SIPRI-2018, la Russie pourrait passer en tête en 2018, installant une révolution majeure dans le commerce mondial des armements.) 

Cette parenthèse refermée, on peut revenir au sujet du constat que les neocons sont dans la place et tiennent toujours leur rôle, et à la question qui demeure malgré les exemples déjà détaillés : est-ce que le rouge est mis et tout espoir perdu ? Pas si vite a-t-on vu avec Bolton, et même de moins en moins vite avec un autre exemple, comme toujours avec “D.C.-la-folle” où les entrelacs sont extrêmement compliqués... Passons à un autre aspect de la vie politique washingtonienne.

Washington résonne donc, comme on le sait, des bruits furieux de mise en accusation du président suite aux affaires Manafort et Cohen. Ces affaires ont été chaperonnées par le ministère de la justice (DoJ), comme l’est l’enquête anti-Trump du procureur spécial Mueller sur le Russiagate. Trump est de ce fait de plus en plus furieux de l’attitude de Jeff Sessions, son ministre de la justice (AG, ou Attorney General), qu’il accuse de n’avoir pas pris le contrôle de son ministère, toujours aux mains selon Trump d’hommes-lige d’Obama qui complotent contre lui, à commencer par l’adjoint au ministre, Rod Rosenstein. On parle de plus en plus, par conséquent, du départ de Sessions, éventuellement chassé par Trump, peut-être après les élections de novembre ; et de qui parle-t-on pour le remplacer ? Du sénateur Lindsay Graham, républicain de Caroline du Sud. Et WSWS.org de nous expliquer :

« Cet échange inhabituel a immédiatement déclenché une discussion ouverte en faveur du licenciement de Sessions chez ses anciens collègues républicains du Sénat, qui avaient précédemment exhorté Trump, après les précédents tweets anti-Sessions, à ne pas agir contre lui. Un des successeurs possibles de Sessions, le sénateur Lindsey Graham de Caroline du Sud, a déclaré catégoriquement que Sessions devrait s’en aller après les élections du 6 novembre parce qu’il a “perdu la confiance” du président... »

Lindsay Graham est particulièrement actif dans un durcissement très net des élus républicains contre les attaques des démocrates en faveur d’une destitution et aussi de à cause de certaines sorties publiques de Sessions, alors qu’on pouvait considérer jusqu’ici que le ferme soutien du GOP derrière Trump était loin d’être acquis. Bien entendu, Graham est particulièrement intéressé par la succession éventuelle de Sessions pour mettre de l’ordre au DoJ, et sa candidature serait une assez bonne affaire pour Trump dans la mesure de l’extrême influence de Lindsay au Sénat qui devrait garantir une approbation de sa nomination par cette assemblée. (S’il n’a pas cette garantie, Trump pourrait se retrouver avec la nomination du successeur de Sessions ralentie, sinon bloquée par un Sénat hostile, ce qui laisserait dans l’entretemps le DoJ aux mains de... Rosenstein, “homme-lige d’Obama” et organisateur des cabales anti-Trump.)

Cette perspective, – à envisager tout de même avec la plus extrême prudence selon le déroulement déferlant des événements à “D.C.-la-folle”, – signale un fait très intéressant : le déplacement de l’action politique de Lindsay Graham, dans tous les cas l’émergence potentielle de son puissant intérêt pour les affaires politico-juridiques autour de la position du DoJ et de la façon dont les démocrates l’utilisent à leur avantage. Cela impliquerait, dans le cas d’un remplacement de Sessions par Graham, que le Sénat serait privé de la voix et de l’influence pro-guerre (toutes les guerres) les plus puissantes en même temps que disparaît John McCain (en phase terminale d'un cancer), autre sénateur républicain et compère semblant inamovible de Graham pour l’incitation à toutes les aventures guerrières. Il s’agirait là d’un facteur géopolitique et géostratégique de la plus haute importance, dans le système de la communication qui règle aujourd’hui toutes les puissances et tous les conflits, certainement pour ce qui est de “D.C.-la-folle”. 

Autre constat lié au précédent : effectivement, le DoJ, bien plus que le DoD (Pentagone) ou la CIA par exemple, est aujourd’hui le centre de pouvoir et le facteur essentiels de l’agitation en cours à “D.C.-la-folle”, et paradoxalement le principal instigateur des attaques lancées contre Trump. On notera que cette action est dénoncée par un lanceur d’alerte, l’ancien officier de la CIA Kevin Shipp (sur ZeroHedge.comle 23 août 2018), – qui termine par la désormais très partagée prévision de guerre civile, dont il rend le DoJ en très grande partie responsable : « Je pense que nous sommes au début d’une guerre civile. Vous avez la “Gauche Sombre” et vous avez les conservateurs, les constitutionnalistes. Chez les progressistes, l’un des buts est de modifier la Constitution, en particulier le premier amendement, et de liquider l’Amérique traditionnelle. Quoi qu'il arrive en novembre, cela va s'intensifier... Leur attaque a pour objectifs principaux les chrétiens et la Constitution. »

 

Mis en ligne le 23 août 2018 à 13H12

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