Deux crises et autres...

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Deux crises et autres...

27 septembre 2018 – ... Le “et autres...” signifiant qu’on ne peut s’en tenir, pour donner une idée générale des événements du monde, à seulement deux crises ; quand on a fabriqué le concept de “tourbillon crisique”, c’est le moins qu’on puisse en penser ; mais “les autres...” veux-je dire avec ce titre, de moindre importance dans mon raisonnement.

Il s’agit de la crise syrienne et de la crise washingtonienne. Elles se trouvent ensemble dans une phase paroxystique, le nième certes mais vraiment au même moment, et ces paroxysmes sans le moindre lien entre eux deux. Le paroxysme syrien n’a rien à voir avec le paroxysme washingtonien, absolument rien ; impossible de manipuler l’un pour avantager l’autre, – voilà ce que les Israéliens, soi-disant maîtres ès-manipulation, n’avaient pas compris ni prévu.

(Mais il faut leur pardonner, les Israéliens : nous comprenons, nous, qu’ils soient dépassés par le rythme des crises et qu’ils n’y comprennent rien, comme tout le monde...)

En temps “normal” (?), les choses auraient dû se passer ainsi, à propos de l’incident ayant abouti à la destruction de l’Il-20 russe : un concert de suspicion et d’accusations accompagnant les affirmations russes sur la responsabilité israélienne ; des rumeurs “bien renseignées” de montage des Russes et des Syriens pour impliquer les Israéliens après les avoir conduit dans un piège ; des mises en cause sur la présence “massive” des Russes en Syrie (Russiagate) ; la nécessité de de la culpabilité d’Assad, d’une façon ou l’autre (“Assad must go” + regime change)... Or, rien de tout cela

Il a fallu attendre la riposte de Moscou, particulièrement puissante, pour entendre une menace de Bolton, que je trouve fort maigrelette et qui n’est même pas suivi d’effets, et dont tout le monde à “D.C.-la-folle” se contrefiche. (Même un hurleur-de-guerre comme Lindsay Graham, qui semble avoir oublié que la Syrie et Israël existent, passe son temps à dire des choses bien raisonnablessur l’ahurissante pantomime accompagnant l’odyssée du juge-désigné à la Cour Suprême Brett Kavanaugh.) On n’a même pas réussi à modifier le discours de Trump à l’ONU pour appeler à la défense d’Israël menacé par les Russes. Netanyahou à bien vu Trump, mais pour s’entendre dire que l’autre,The-Donald, a un plan pour les Palestiniens. (DEBKAFilesd’aujourd’huirésume : « Trump a dit : “Les USA se tiennent au côté d’Israël” alors que Netanyahou affirmait qu’il avait reçu “tout ce qu’il demandait”. Alors, que demandait-il ? La réponse est : rien... »)

A part l’obsession anti-iranienne de Trump, qui est l’une de ses pathologies les plus roboratives, la conférence de presse du président à l’ONU a été largement engloutie dans les détails sexuels et les affrontements de communications autour de l’insurrection sociétale et du sort de Kavanaugh. S’il se présentait devant les démocrates aujourd’hui, a précisé Trump comme s’il nous confiait un secret de la Grande Histoire, « George Washington obtiendrait un vote négatif à 100% de Schumer[chef de la minorité démocrate au Sénat] et de ses escrocs[les autres sénateurs démocrates] ». (Quoi de plus vrai, juste et vertueux d’ailleurs, puisque cette ordure de Washington était propriétaire d’esclaves !)

Netanyahou, qui avait pourtant mis le même costume bleu marine, la même chemise blanche et la même cravate bleu-ciel que Trump, est donc reparti les mains assez vides pour ce qui concerne sa querelle avec Moscou. “D.C.-la-folle” a d’autres chats à fouetter, et il en sera ainsi jusqu’en novembre, en attendant le démarrage de la nouvelle phase de la Guerre Civile et Révolutionnaire 2.0, avec chaque jour une nouvelle gâterie : « Suivre la presse et la télévision aux USA ce mercredi [hier]vous conduit à croire qu’une sorte de folie s’est emparée du monde médiatique américain... » écrivait ce matinWSWS.org, constatant que toute la presseSystème la plus sérieuse et la plus réputée du monde ne parlait que des “victimes” sexuelles d’il y a 35 ans du juge-désigné Kavanaugh qui poussent comme des champignons, et de la condamnation à 10 ans de prison pour viol de l’hyper-vedette de la TV, l’octogénaire Bill Crosby.

Cela semble signifier que la crise de “D.C.-la-folle” a pris une telle puissance qu’elle n’est absolument plus malléable comme l’on vit faire souvent pour les crises intérieures washingtoniennes à la veille de consultations électorales. Je veux dire qu’en temps “normal”, un président avisé, rudement secoué à l’intérieur, se serait précipité sur cette crise extérieure, – la Syrie et l’outrage fait à Israël, – pour s’y impliquer d’une façon bombastique et ainsi mobiliser à son avantage toute l’attention de la populace, de la presseSystème et des diverses élites-Système. (Thèse bien connue et immortalisée par le film de 1997 « Wag the dog» [“faire diversion”, “noyer le poisson”], avec les acteurs Hoffman et De Niro.)

Ainsi assiste-t-on dans cette époque tourbillonnante et crisique, à ce phénomène terminal de la prise du pouvoir par une crise qui soumet à sa loi les hommes qui l’ont provoquée, qui l’alimentent et croient en user à leur avantage. Les autres crises, celles de la Syrie dont je vous entretiens, celle de la guerre commerciale avec la Chine, celle des Européens qui sont en train de mettre au pointun système pour contourner les sanctions US contre l’Iran et tant d’autres, tout cela en vain... A Washington, centre mondial et globalisé de l’extension du désordre-Système, plus rien ne compte que cette monstrueuse souris accouchée par une montagne dont nul ne s’était avisé avant qu’elle ne s’installât au cœur du pouvoir de la Rome postmodernepour accélérer jusqu’à la démence sa décadence et son effondrement. 

Les Israéliens, ces maîtres de la manipulation, des coups fourrés et du tour de passe-passe de la communication, ont trouvé leur maître : la crise elle-même, dont ils ont fait si souvent un usage sonnant et trébuchant, le tourbillon crisique qui les emporte comme tout le monde. Ils devront s’arranger avec Poutine, et Trump verra alors ce qu’il peut faire, s’il a le temps et l’esprit à ça ; bref, si le tourbillon crisique washingtonien a relâché son étreinte, ce qui n’est pas pour demain In My Opinion (IMO), jusqu’à ce que “D.C.-la-folle” rejoigne le souvenir de celui dont elle a pris le nom, – cet affreux exploiteurs d’esclaves comme le furent la plupart de ses Founding Fathers, et ceux qui suivirent, et ceux qui existent encore, et tout ce qui concerne l’Amérique enfin, qui ne cesse de se haïr, de se contorsionner dans sa haine d’elle-même, pour ce qu’elle fut et pour ce qu’elle est, – et ainsi soit-il...