Des réfugiés syriens à la “Deuxième Guerre de Sécession

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Des réfugiés syriens à la “Deuxième Guerre de Sécession

L’affaire des attentats du 13-novembre à Paris continue à faire sentir ses effets, désormais également de façon indirect et peut-être inattendue. Le président Obama avait annoncé au début du mois que les USA avaient l’intention de recevoir sur le territoire national des réfugiés-migrants syriens qui passent actuellement en très grand nombre en Europe. Depuis le 13-novembre, cette décision a été mise en question et a amené la réaction de plusieurs gouverneurs d’États de l’Union, annonçant qu’ils refuseraient l’accueil à ces réfugiés-migrants selon l’argument que des terroristes pouvaient s’y trouver mêlés. Les gouverneurs citent les attentats de Paris comme argument, à partir de l’incertitude où l’on est de savoir si l’un ou l’autre des exécutants des attentats ne faisaient pas partie du flot des réfugiés-migrants. Le bruit selon lequel l’un des terroristes tués aurait été d’origine syrienne a prestement été mis en cause sinon démenti par les autorités françaises et les autorités institutionnelles européennes à la fois, justement pour éviter les interférences avec la crise des réfugiés-migrants. Mais l’on ne se prive pas de juger très suspects ces démentis et d’ores et déjà le lien entre les deux crises a été évoqué et constitue pour la perception et la psychologie une vérité-de-situation de facto (notamment en Allemagne, avec beaucoup de force). Ce lien est donc fait également par des gouverneurs (républicains) des États de l’Union aux USA, avec notamment les arrière-pensées de l’affrontement politique entre les partis républicain et démocrate.

Il y a d’abord eu l’intervention des gouverneurs de l’Alabama et du Michigan, et aussi une lettre à Obama du gouverneur de la Louisiane. Selon Antiwar.com, citant USA Today, ce serait en fait les 23 gouverneurs républicains qui prendraient cette même attitude. Sputnik-français donne un résumé des premières réactions de trois gouverneurs, ce 16 novembre.

« Après les attentats de Paris, le gouverneur américain de l'Alabama Robert J. Bentley a déclaré que son Etat du sud des Etats-Unis n'accueillera pas de réfugiés syriens, rapporte CNN. Selon M.Bentley, “après avoir dûment considéré les attaques terroristes de ce week-end contre des citoyens innocents à Paris, je m'opposerai à toute tentative de transférer des réfugiés syriens en Alabama”. “Je ne serai pas complice d'une politique qui met les citoyens de l'Alabama en danger”, a rajouté le gouverneur.

» De la même manière, le gouverneur de l'État du Michigan Rick Snyder a annoncé qu'il était contre l'accueil des migrants en provenance de Syrie, il a également expliqué avoir donné des directives pour suspendre “nos efforts visant à accepter de nouveaux réfugiés, jusqu'à ce que le département américain de la Sécurité intérieure achève une révision complète des mesures de sécurité”. “Il est important de souligner que ces attaques sont menées par des extrémistes et ne reflètent pas l'attitude pacifique des gens originaires du Moyen-Orient”, a-t-il indiqué.

» En outre, le gouverneur d'un autre Etat américain, la Louisiane, Bobby Jindal a écrit une lettre ouverte adressée au président américain Barack Obama dans laquelle il a exprimé ses plaintes concernant le fait qu'il n'était même pas informé de l’accueil de possibles réfugiés. »

La Maison-Blanche a assuré que toutes les mesures seraient prises pour vérifier que les réfugiés-migrants, dont le nombre est annoncé comme “limité” (le chiffre de 10.000 est cité), ne sont pas des personnes suspectes. La question de la légalité d’éventuels refus d’accueil d'États de l'Union est posée ; des experts en droit constitutionnel, consultés par Reuters, affirment qu’il n’y a pas de base légale pour permettre aux gouverneurs de refuser l’accueil de réfugiés que le gouvernement fédéral à autoriser à entrer aux USA.

Quoi qu’il en soit, cette affaire touche des points extrêmement sensibles et pourrait devenir un cas intéressant de polémique politique aux USA, alors qu’on approche rapidement de l’année des élections présidentielles. En effet, on y trouve mélangées, outre la crise de Syrie et sa prolongation dans la crise européenne des réfugiés-migrants d’une part et la crise du terrorisme d’autre part, la question (la crise) des immigrants illégaux venus du Mexique qui est assez proche de celle des migrants-réfugiés, et qui est le cheval de bataille de Donald Trump. Enfin, l’attitude des gouverneurs républicains en conflit potentiel avec le pouvoir fédéral renvoie évidemment à la crise chronique qui affecte les USA depuis leur fondation, qui concerne la délimitation et les rapports du pouvoir fédéral central et des pouvoirs des États de l’Union. Il n’est pas certain que le verdict des experts consultés par Reuters, qui sont en général favorables au pouvoir fédéral, fasse autorité, dans la mesure où cette question de la concurrence des pouvoirs reste pendante et très ouverte aux interprétations. La Guerre de Sécession en fut la conséquence et l’on sait que cette crise centrale de l’histoire des USA n’a jamais été complètement résolue.

...Quoi qu’il en soit (suite), il apparaît à notre sens remarquable de constater combien cette affaire rappelle étrangement l’argument de départ d’un film, également remarquable, du réalisateur indépendants (et quasiment “dissidents”) Joe Dante, réalisé sous forme de téléfilm et diffusé en 1997. Il s’agissait du film La seconde Guerre de Sécession, dont on lira ci-après le récit du scénario rapporté par Wikipédia. On peut voir effectivement que la crise telle qu’elle est décrite, menant jusqu’à une nouvelle “Guerre de Sécession” ou Civil War (dénomination officielle US du conflit), est déclenchée à partir du même conflit opposant un gouverneur et le président à propos de l’accueil de réfugiés imposé par le pouvoir fédéral et refusé par l’État de l’Idaho. Les circonstances conduisant du désaccord initial à l’affrontement armé entre l’armée fédérale (US Army) et la Garde Nationale sont souvent dérisoires et grotesques mais correspondent parfaitement au climat, à la fois de notre époque et des USA, où le grotesque et le dérisoire côtoient dans une entente absolument parfaite la transcription postmoderniste de la tragédie ; à cet égard, les choses n'ont fait qu'empirer de façon exponentielle depuis 1997 et le film de Joe Dante, dont voici le résumé...

« Alors qu'une guerre nucléaire a éclaté entre l'Inde et le Pakistan, des milliers d'orphelins pakistanais, placés sous la protection d'une ONG controversée, doivent être recueillis par les États-Unis, gouvernés par un président politiquement impuissant et totalement manipulé par son entourage, notamment son conseiller en communication (James Coburn). Le gouverneur de l'Idaho, Jim Farley (Beau Bridges), appuyé sur les milices d'extrême-droite, refuse d'accueillir le quota d'orphelins qui doit être installé dans son état et donne l'ordre de mettre en place des barrages sur les routes aux limites de l'Idaho, sous l’œil de la presse et notamment d'une chaîne de télévision d'information continue, Newsnet, représentée par une journaliste hispano-américaine avec laquelle il a eu une liaison et dont il est toujours amoureux.

» Guidé par l'exemple de Eisenhower, le Président des États-Unis pose un ultimatum de 67h30 au gouverneur Farley pour se conformer aux décisions fédérales : le choix de la durée est motivée par l'horaire de diffusion d'un épisode particulièrement important d'un feuilleton à l'eau de rose (All My Children), durant lequel "Erika s'enfuit avec le jardinier", ce qui désole le président. S'ensuit une bataille de communication sous le regard de la presse et de ses reporters, alors que le pays tombe en pleine déliquescence, dans un contexte de recherche de soutien par les deux adversaires en présence.

» À la suite d'une information erronée, le président américain, guidé cette fois par l'exemple d'Abraham Lincoln, déclenche les opérations militaires, qui se terminent peu de temps après par la double annonce de la démission du gouverneur, qui décide d'épouser sa maitresse, et du président. le dernier bulletin d'information de Newsnet mentionne également le succès d'audience inattendu du feuilleton. »

 

Mis en ligne le 17 novembre 2015 à 10H48

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