De la tragédie-bouffe à la tragédie tout court

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De la tragédie-bouffe à la tragédie tout court

19 décembre 2015 – On peut faire confiance à l’abyssale sottise de la presse-Système ; c’est même une des “valeurs” sûres (sa bêtise) de notre époque. Dès que se présente l’occasion d’aggraver les conditions de notre grande Crise Générale à tous, elle se précipite. (Mais nous ne nous en plaindrons pas, décidément.)... Ainsi de l’affaire Poutine-Trump, – car il y a désormais une affaire/une crise Poutine-Trump, – cela, suite aux déclarations élogieuses du président russe concernant The Donald  et aux réactions “très honorées” du candidat en tête des sondages pour les présidentielles USA.

Du coup, liant les deux et se disant qu’elle allait faire d’une pierre deux coups en les attaquant de concert, la presse-Système a en fait obtenu trois effets dont il n’est nullement assuré qu’aucun ne lui soit favorable/ne soit favorable au Système :

• Elle a officialisé l’ouverture de la campagne électorale US, un peu en avance sur l’horaire et alors que The Donald est justement en tête dans les sondages , en mettant en évidence la réaction d’un dirigeant étranger, – si honni soit-il et justement parce qu’il est si honni, et reconnu par ailleurs comme le meilleur dirigeant politique de nos temps troublés.

• Elle a donné une telle publicité à cet échange d’amabilité qu’elle a au moins obtenu une chose : elle a mis en évidence que The Donald, jusqu’ici classé clown ou “fou du roi”, était en fait considéré très sérieusement par un dirigeant étranger (“si honni soit-il et justement parce qu’il est si honni...”). Du coup, l’espèce de seuil de crédibilité qui nous maintenait dans une sorte de certitude (“non, un type comme ça président, ce n’est pas possible...”) a été franchi et la certitude devient incertitude, c’est-à-dire interrogation (“Après tout, pourquoi pas si un Poutine a l’air de penser que, oui, il pourrait faire un bon président ?”).

• Mais surtout, pour notre compte et en intervenant comme elle l’a fait, la presse-Système a soudain mis sur le devant de la scène ce que nous considérons comme l’aspect le moins décrit et le moins visible de la Grande Crise d’effondrement du Système, mais qui est à notre sens la crise la plus catastrophique et la plus fondamentale, et qui sera un peu le thème de cette réflexion : la crise fondamentale par impuissance, corruption (surtout psychologique) et paralysie du leadership, de la direction politique, bref de la politique face au Système.

Ici, pour présenter ces réactions de la presse-Système et ainsi l’affaire/la crise Poutine-Trump, nous nous adressons à un personnage hautement suspect. Richard Bertrand Spencer, qualifié pour l’interview ci-après (par RT, le 18 décembre) d’“éditeur et de fondateur du journal Radix”, mais aussitôt rectifié par Wikipédia comme étant un suprémaciste blanc défini par la Anti-Difamation League comme ceci : « Spencer has become a leader in white supremacist circles that envision a ‘new’ right that will openly embrace ‘white racial consciousness’... » Bref, une mauvaise fréquentation, mais l’intérêt est dans ce qu’il dit, et à cet égard et pour notre propos nous sommes meilleurs juges que toutes les Ligues Anti-Diffamatoires et antiracistes du monde.

RT: « Why did the American media become so excited about Putin's remarks on Donald Trump? »

Richard B. Spencer: « I know it is very unusual for the American media to be hysterical and shrill; they are usually so calm and collected and rational. In all seriousness, Trump has been this force that I think the mainstream media doesn’t feel like it can really control. And so they are attacking him by basically saying that Putin “endorsed” Donald Trump. He didn’t really endorse him. He said some diplomatic things about Donald Trump, not endorse him. And again the American media has been demonizing Vladimir Putin, in particular, and really Russia, in general, as a country and as a society for quite some time, at least five years probably going on a decade. So, this was a kind of twofer for the American media. They could slam Trump, who they don’t trust, they don’t feel he’s the force they can control and they could also slam Putin and Russia. »

RT: « Why is so much attention being paid to relations between Vladimir Putin and Donald Trump? »

Richard B. Spencer: « I think that Putin and Trump in a way offer an alternative to what’s going on at the moment. They offer an alternative what you call neo-conservative or neoliberal foreign policy. I would stress that Vladimir Putin didn’t endorse Donald Trump. But I would say that Vladimir Putin probably sees Donald Trump as a positive phenomenon in a sense that the way different world leaders interact, really they interact through foreign policy. Donald Trump does not seem to be an ideological person, someone who would want to spread democracy, to overthrow dictators, spread the American truth, justice and American way to the world, particularly the Muslim world. He doesn’t seem to operate on this ideological basis. He seems to operate on the idea of “there’re other powers, we are going to have to get along with them, we are going to have to deal with them.” I think Trump would probably be sympathetic, I actually know he would be sympathetic because he is set so exclusively towards many of Putin’s and Russia’s actions against ISIS. I don’t think Trump exclusively says that he does not want to simply overthrow Assad in Syria as some gesture towards the wonderful nest of democracy. Trump would be – whatever you might think about Trump, you think he is bombastic, he is vulgar, I get it, he is kind of this – but if you actually look at his statements carefully, I think he would be a much more realistic actor in foreign affairs. And I think he would be a much more peaceful actor in foreign affairs. Believe it or not. »

RT: « Putin praised Trump's desire to “move to a different level of relations, to more solid, deeper relations with Russia.” How can he be criticized for that? »

Richard B. Spencer: « This is another thing where the American media doesn’t really understand Putin. Because Putin is not a shrill ideologue like they are. Putin will speak diplomatically, will speak carefully and they just don’t get that. I think what Putin is saying when he says that Trump might deepen relations is that Trump is not going to treat Russia as an enemy. Remember, Mitt Romney who wasn’t even the craziest of the conservative bunch said that our number one geopolitical adversary is Russia. That is ridiculous. Anyone who would say that is not looking at the world as it is; they are looking at the world through some 1980’s Cold War rosy glasses. Trump, I think, would really deepen the relations in a sense he wouldn’t treat Russia as the Soviet Union or as Nazi Germany or some rogue state. He would treat Russia realistically as a state that has its interests, that has interests that might align with the US in certain situations and I think he would treat that where conflicts would be Trump would make a deal. He would deal with Russia as a real, legitimate actor of a legitimate state. So, in that sense, I truly do hope Trump gets elected. I think the world would be a more peaceful place with this bombastic man in power. »

Toutes ces explication fixent bien les termes de la brutale médiatisation à propos de l’affaire/la crise Poutine-Trump. (Avec cette remarque que Spencer minimise trop fortement “l’affaire” elle-même à notre sens, en jugeant les remarques de Poutine comme purement “diplomatiques”, alors qu’elles restent pour nous inhabituellement intrusives dans les affaires intérieures US, surtout de la part d’un dirigeant russe, et Poutine en particulier, si pointilleux sur le principe du non-interventionnisme dans les affaires intérieures d’un pays souverain.)

Quoi qu’il en soit, c’est-à-dire qu’il y ait ou non un lien avec l’affaire/la crise Poutine-Trump, il est certain qu’on observe également dans la presse alternative/dans les réseaux un très grand ombre d’articles nouvellement orientées, sur Trump en tant qu’acteur possible de la politique (en tant que président possible), en tant que “rassembleur possible des forces antiSystème de droite comme de gauche”. Avec cette affaire, Trump a monté d’un grade dans l’appréciation des “dissidents” en général, en devenant une option sérieuse. Du même coup, et parce que cette réalisation se fait par le biais de l’intervention de Poutine, l’élargissement de la réflexion sur Trump se place dans le contexte de la réalisation concrète du problème central du pouvoir politique dans notre époque, et de l’inexistence tragique, en général, de ce pouvoir politique. Le site ConsortiumNews publie, à 24 heures d’affilé, deux articles aussi intéressants l’un que l’autre sur ces deux problèmes qui peuvent se traiter ensemble, selon une approche unitaire...

• Le 18 décembre, Sam Husseini écrit un article où il demande aux progressistes plutôt “dissidents de gauche” de “repenser leur approche de Donald Trump”, parce qu’il s’avère être un candidat anti-impérialiste, adversaire de la politique des neocon universellement applaudie par l’establishment et les élites-Système. Husseini est lui-même un progressiste, mais qui prône depuis longtemps un rapprochement des antiSystème de droite et de gauche, justement sur un programme antiguerre. Il détaille les différentes agitations de The Donald, se réfère aux autres candidats, etc., et conclut :

« So, can progressives pause for a moment and note that it may be a good thing that many discouraged voters – fed up with politics as usual – are finding someone who speaks to both their fears and their hopes, albeit in ways that are often confused and even offensive. It’s important to stress: I have no idea what Trump actually believes. Backing him for president is probably akin to guessing what’s behind a door on “The Price is Right.” His political philosophy – if that’s the right word – is a hodgepodge of conflicting ideas. He could be even more authoritarian than what we’ve seen so far. But, in some ways, he is a welcome break from the Establishment’s ugly orthodoxy... »

• Nous choisissons un autre article du même site, le 17 décembre, pour aborder un tout autre sujet, qui rejoint pourtant le précédent et l’affaire Poutine-Trump. Il s’agit d’un article assez court et assez peu détaillé, mais qui sonne comme un avertissement pour ceux qui, aux USA, continuent à se faire les avocats d’une action de regime change contre Poutine (politique officiellement répudiée par John Kerry à Moscou). L’absence d’élaboration dans cet article, la façon plaisante, presque sous forme de plaisanterie où l’argument est présenté, de la part d’un homme (Gilbert Doctorow, coordinateur européen du Comité Américain pour un Accord Est-Ouest) qui se déplace souvent en Russie (il écrit ici à propos d’une visite à Saint-Petersbourg) et qui a énormément de contacts en Russie, constitue sans aucun doute une sorte d’“avertissement codé” dont l’argument principal est : si vous parveniez à éliminer Poutine ou si Poutine partait pour une raison ou l’autre, vous trouveriez en face de vous un remplaçant beaucoup plus dur, – soit Sergei Ivanov, actuel conseiller du président et ancien ministre de la défense, soit Dimitri Rogozine, actuel vice-Premier ministre et ministre des armements, et ancien représentant de la Russie à l’OTAN...

Les deux, hommes sont bien connus en Occident, disons l’Occident pré-BAO ; Ivanov comme ministre de la défense qui participait à des rencontres Russie-OTAN en marge des réunions de l’OTAN, et Rogozine comme représentant de la Russie auprès de l’OTAN, installé à Bruxelles jusqu’en 2011. Ils sont connus comme ayant l’esprit vif, un excellent abattage du point de vue de la communication, très bons connaisseurs de “l’Ouest”, très sophistiqués selon les normes-BAO mais également, effectivement, de tendance politique-patriotique certainement moins enclins à rechercher des arrangements que ne l’est (que ne l’a été) Poutine. De toutes les façons, tous ces hommes font partie de la filière dites des “Organes” (les organes de sécurité) qui ont été à peu près les seules forces à maintenir une certaine structuration patriotique de l’État russe durant les années-Eltsine.

« But more significant to the West is the power line-up behind President Vladimir Putin if he were to leave office for whatever reason. For years now, American hardliners and particularly the neoconservatives have been lusting for “regime change” in Moscow, hoping that some malleable figure like the late President Boris Yeltsin would be put back on top. However, as my well-informed taxi drivers tell me, the man one heart-beat away from Putin is Sergei Ivanov, who would make Putin look like a pussy-cat in dealing with the West.  And if not Ivanov, the next in line is likely Dmitry Rogozin, another fervent patriot and Kremlin favorite.

» Despite what Russian dissidents Mikhail Khodorkovsky and Masha Gessen have been telling the readers of The New York Times, “regime change” in Moscow would almost surely not achieve the goal of a second Yeltsin era. Memories are still too fresh of the humiliating 1990s after the Soviet collapse when the West dispatched financial “experts” who prescribed capitalist “shock therapy” for the Russian system – leading to a precipitous decline in living standards and an alarming rise in death rates. What’s clear is that there are no “liberals” beloved of the West in Russia’s present Matryoshka doll of power, a message that Beltway insiders would do well to absorb. Not that there is any significant sign of public disapproval of Putin. »

« C’est ce qu’est l’Amérique aujourd’hui, terrible... »

Ces simples traits esquissent une situation qui met certainement un certain temps à pénétrer le cuir épais des experts du bloc-BAO sans parler des hommes et femmes politiques au pouvoir, notamment en Europe, mais qui devrait commencer à faire sentir ses effets. Il s’agit du constat que la crise de la direction-politique, la crise du pouvoir avec le caractère de l’“impuissance de la puissance” qu’imposent les pressions de la politique-Système, est en train de conduire à des impasses extrêmement dangereuses. Ce n’est pas pour rien que l’on part, pour faire ce constat, de l’affaire Poutine/Trump, parce que, si l’on apprécie opérationnellement la situation, on pourrait aisément considérer l’hypothèse que la combinaison Poutine-Trump est la seule capable d’éviter un affrontement dont l’une des possibilités est nécessairement la guerre nucléaire.

Du côté US/républicains, l’“anti-impérialisme” approximatif de Trump commence à influencer l’un ou l’autre de ses concurrents (tandis que d’autres continuent à verser dans le délire guerrier antirusse) ; même si ce courant gagne effectivement un peu en importance, la situation continuera à favoriser encore plus Trump lui-même tout en accentuant la tension générale d’un Système qui ne peut admettre l’abandon de la politique belliciste. La tendance belliciste neocon est de plus en plus concentrée sur la candidate démocrate Hillary Clinton, tandis que le pseudo-“socialiste” Bernie Sanders, son concurrent démocrate, reste complètement inconsistant dans ce domaine. De cette équation complexe sort la proposition, ou l’hypothèse que Trump est le seul capable de construire une assise assez puissante pour vaincre Hillary Clinton, sur un programme antiguerre affirmé.

Du côté russe, certes il y a Poutine et l’on ne voit pas ce qui pourrait mettre en cause son pouvoir. Mais en mentionnant Ivanov et Rogozine dans la ligne de succession grâce à un chauffeur de taxi au courant des derniers cancans de la politique russe, Doctorow confirme surtout que Poutine est fermement appuyé sur les “Organes” et que sa politique de résistance, sinon de contre-attaque a toutes les chances de durer, de s’affirmer et de se renforcer. La “ligne Poutine” actuelle est en train de devenir une ligne nationale sans contestation, et d’unifier toutes les forces politique russes, sauf les “occidentalistes” ou “libéraux” qui sont complètement inexistants et réduits à l’état de dinosaures d’illusions enfuies depuis bien longtemps.

Cette évolution structurelle de la politique russe exacerbe les courants neocons/R2P/bellicistes washingtoniens, c’est-à-dire le courant-Système par excellence. Par conséquent, Donald Trump devient de plus en plus inacceptable par le Système et c’est ici que s’impose l’hypothèse que nous avons souvent évoquée d’un Système refusant absolument Trump, aussi bien pour sa personne, son comportement, que pour sa politique, – et désormais, encore plus pour sa politique. Cette hypothèse est celle du désordre washingtonien, de la crise ouverte du pouvoir, jusqu’à des tentatives de liquidation physique de l’individu (Trump) qui, même si l’une ou l’autre réussit, accélérerait la destruction du pouvoir washingtonien par le désordre exponentiel extraordinaire qu’elle créerait. La situation est d’autant plus incertaine à cet égard que nul ne peut prétendre savoir comment réagiraient les pouvoirs de la sécurité nationale, notamment les forces armées où une opposition contre la politique belliciste et les manœuvres extraordinaires qui l’accompagnent existent dans une minorité non négligeable, comme on le voit avec le général Flynn, à côté de la majorité corrompue par le Système.

De ce point de vue, l’hypothèse évoquée hier dans le Journal dde.crisis de PhG, si elle est tout à fait concevable et acceptable, est bien sûr appuyée sur des présupposés extrêmement ambigus, et cette hypothèse tout aussi ambiguë dans ses effets et ses conséquences. Si Poutine veut jouer un jeu avec Trump, reste à savoir s’il espère que Trump sera élu dans le calme, ou s’il espère, ou s’il sait (“Poutine sait-il à propos de Trump ?”) que la possible puis probable élection de Trump à mesure qu’on approcherait de novembre 2016 exacerberait l’hostilité du Système jusqu’à provoquer des remous extrêmement graves au sein du processus du pouvoir washingtonien. En effet, cette hypothèse sur une sorte de connivence Poutine-Trump revient en vérité à poser la question de savoir si le Système supporterait l’élection d’un Donald Trump, – avec la tentation, là aussi, de répondre que poser la question c’est y répondre.

Si l’on considère froidement les choses, l’on dirait que les Russes ont un jeu intéressant à jouer dans les conditions présentes qui sont comme une sorte de “divine surprise” pour eux, un jeu du type win-win comme l’on dit, mais un win-win sardonique, plein de potentialités terribles. Pour eux, Trump, s’il continue à mener comme il le fait, est une sorte de joker impérial. Leur intérêt est de poursuivre et d’accentuer leur politique de fermeté qui accentue la pression exercée sur le Système qui se trouve derrière le pouvoir washingtonien, et contribue donc à aggraver sans cesse la tension des élections présidentielles US autour de la question de bellicisme, de la guerre sans fin, etc. Mais bien entendu, cette pression, si elle renforce la position de Trump en justifiant de plus en plus sa politique dite-“anti-impérialiste“ de main tendue à Moscou, fait aussi de lui de plus en plus un trouble-fête exacerbant l’opposition du Système avec tous les risques afférents ; mais bien entendu (suite), les Russes n’ont pas d’alternative, parce qu’ils savent désormais que s’ils continuent avec le Système dans les conditions présentes, la catastrophe les attend comme elle nous attend tous, comme elle attend le Système lui-même... Il n’y a pas vraiment de choix..

Cet imbroglio pour les élections présidentielles US est la conséquence directe d’une crise aigu de leadership, dont on cherche en vain l’équivalent en Russie malgré les conditions terrifiantes de corruption, de déstructuration, dissolution des mœurs politiques, etc., qu’a connues ce pays dans les années 1990. Il s’avère aujourd’hui que la véritable corruption (essentiellement celle de la psychologie), la déstructuration, la véritable dissolution des mœurs politiques que l’empire du Système a exercé sur nos sociétés a affecté d’abord et fondamentalement le pouvoir washingtonien. Trump, avec ses presque-$10 milliards de fortune personnelle, peut dire lors d’un débat avec ses concurrents républicains qu’il pourrait s’acheter n’importe quel homme politique à Washington sans s’attirer la moindre de protestation de l’un ou l’autre des intervenants, mais plutôt des regards gênés et des lèvres serrées.

Personne n’aurait imaginé une telle situation il y a sept ou huit mois à Washington, lorsque The Donald annonçait sa candidature et provoquait rien de plus que des haussements d’épaule (y compris les nôtres, il faut aussitôt le préciser). Trump s’est trouvée précipité dans un trou noir, un vide principiel et existentiel qui marque la politique washingtonienne, avec l’absence de caractères qui va avec, donc l’absence de candidats capables d’imposer un leadership politique. Par simple évidence de ce vide principiel et existentiel abyssal, personne ne semble capable de lui résister vraiment, on veut dire par des moyens normaux. Les articles commencent à paraître dans la presse alternative, chez des commentateurs plutôt hostiles aux aspects “droitistes” de Trump, à sa bouffonnerie, à son caractère bombastique, mais qui admettent désormais la possibilité de sa victoire, qui l’expliquent, qui développent à ce propos (le fameux activiste venu d’un poste de direction dans une société pétrolière, John Chukman, le 16 décembre dans Intrepid Report [« Donald Trump is electable as president, but... »] ; ou bien Bruce Walker, dans The American Thinker, le 16 décembre également [« Why Donald Trump Might Win »])... Et c’est alors que les Russes voient s’ouvrir l’étrange perspective de pouvoir en partie et de loin animer une sorte de politique de regime change à Washington, et ils l’observent, un peu mi-figue mi-raisin, car nul sait ce que nous réserverait une telle issue, – et peut-être même Poutine proposerait-il un jour au “président Donald Trump” une aide pour sa protection personnelle, – puisque désormais tout est terriblement possible, parce que « c’est simplement ce qu’est l’Amérique aujourd’hui, terrible... », comme l’écrit John Chuckman dans le texte référencé plus haut...

« There have been several ugly outbursts recently, including one from an executive of Colorado’s American Civil Liberties Union who was yelling about assassinating Trump voters, words I just could not believe when I first read them. [...]

» Always admirers of political hamsters and gerbils as candidates with dark eminences behind them doing the necessary filth, the Bush-Cheney model if you will, or indeed the Eisenhower-Dulles or Reagan-Casey one—the Republicans will make every effort to stop Trump with backstage political manipulations, such as a brokered convention, but they may well not succeed, his position being made quite strong by the possibility of his running as a third-party candidate, and one with huge financial resources to boot.

» But if they fail, and he wins, look out for the darkest possibilities.

» All this is quite terrible, but that is simply what America is today, terrible. »

 

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