Crise-USA : football versus bannière étoilée

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Crise-USA : football versus bannière étoilée

Depuis vendredi, l’Amérique est en flammes, – une fois de plus... C’est-à-dire qu’un foyer de plus a été allumé par l’inimitable président des États-Unis dans l’immense “incendie de communication” qui ravage l’exceptionnaliste Amérique. Lors d’une réunion publique, Trump a estimé que la NFL (National Football League, qui dirige et gère le monde du football américain) devrait mettre à pied tous les joueurs qui imitent Colin Kaepernick en mettant un genou en terre au lieu de se tenir au garde-à-vous lors de l’exécution de l’hymne national accompagnant le hisser des couleurs. Trump a même assaisonné cette observation du qualificatif, souvent censuré dans la presseSystème par pudibonderie militante fort peu dans le style LGTBQ, de “sons of a bitch” (“fils de pute” : dans ce cas, il s’agit d’une pute remarquablement féconde et productrice de “résistants” pour la bonne cause). Tout cela a été suivi d’une tempête polémique, avec des dizaines de joueurs de la NFL imitant Kaepernick, et une sorte de soulèvement dans une partie importante des supporteurs passionnés de ce sport, protestant contre l’attitude des vedettes du NFL.

(Nous avons mentionné une fois le nom de Kaepernick, le 31 août 2016, à la suite d’une amende de $11.000 qui lui avait été influgée. Ce n’était que le début, assez ambigu somme toute, d’une affaire qui a désormais pris une dimension de “crise” nationale, – oui oui, nous écrivons bien “crise”... « ...Amende de $11.000 pour avoir prononcé sur un terrain et à l’adresse d’un adversaire Africain-Américain le “n”-word [nigger], infligée au joueur de football américain Kaepernick, pourtant métis lui-même et défenseur de la “cause des Noirs” ; mais aussi musulman depuis trois mois, et depuis trois jours devenu célèbre pour avoir refusé de se lever de sa banquette de stade pour saluer l’hymne national des USA, et pour des déclarations à cette occasion jugées tonitruantes. Parmi les nombreuses associations qui ont protesté, celle des policiers de San Francisco qui demande des excuses pour les policiers traités par Kaepernick de “racistes, meurtriers et sous-entraînés”. Ce serait donc un proche du groupe Black Live Matters et surtout d’Hillary Clinton ? Mais si l’on lit plus attentivement ses déclarations, que certains médias tels que CNN, – surprise, surprise, – ont allégrement caviardées, notamment ce passage sur les élections, – surprise, surprise, surprise... “You have Hillary who has called black teens or black kids super predators, you have Donald Trump who’s openly racist. We have a presidential candidate who has deleted emails and done things illegally and is a presidential candidate. That doesn’t make sense to me because if that was any other person you’d be in prison. So, what is this country really standing for?” Pas si mauvaise question, même lorsque God Bless America, – quoique, ces derniers temps, Il pourrait bien avoir revu ses largesses. Dans tous les cas, Kaepernick est un bon exemple de toutes les tensions, jusqu'aux plus contradictoires, qui pulvérise la fameuse stabilité du système de l'américanisme. »)

Situation très typique de notre époque, où les enjeux fondamentaux sont de pure communication et où les batailles se livrent sur le champ extrêmement vaste du sociétal-LGTBQ, du féminisme au racisme. L’affaire de la NFL-Kaepernick est grotesque, comme était grotesque l’attaque extrêmement leste du président, mais extrêmement efficace puisqu’elle a enflammé une majorité de la masse considérable des supporteurs contre les vedettes très souvent black et toujours chargées de $millions et de $millions du football américain.

(On a connu des affaires dans le même sens avec l’équipe de France de football [classique, non-américain, dit soccer], la question du racisme, de l’arrogance des vedettes surpayées, de la représentation des couleurs nationales ; aucune n’a franchi le palier de l’ampleur nationale de cette “crise de la NFL”, ni n’est effectivement passé au niveau politique d’une façon aussi nette, aussi rapide et aussi bien intégrée dans la crise générale des USA. Il y a là quelque chose de typiquement américaniste, entre le racisme déchaîné et dans tous les sens, la passion religieuse pour le football américain, la dimension religieuse du drapeau des USA et le verbe entraînant de la démagogie du président Trump.)

On peut bien sûr adopter l’attitude de complète stupéfaction et d’agacement à peine dissimulée, sinon de mépris furieux, du secrétaire à la défense Mattis. Comme l’observe The Federalist, Mattis a d’autres chats à fouetter : « Il y a des affaires plus importantes qui le préoccupent, comme la déclaration de la Corée du Nord affirmant que Donald Trump lui a “déclaré la guerre” et la poursuite des opérations contre ISIS. » A un journaliste qui l’interrogeait sur la “crise des joueurs de la NFL”, Mattis a répondu sèchement : « Je suis le secrétaire à la défense. Nous défendons le pays. » (Effectivement, c'est plus sérieux, surtout quand on mesure l'aspect étrange et le succès de cette “dédense du pays”.)

Effectivement (suite), la querelle paraît bien dérisoire par rapport aux enjeux qu’elle prétend exprimer ; mais justement, il y a du vrai dans cette prétention qui paraît si dérisoire, car la “crise de la NFL” rejoint l’affrontement général qui déchire les USA à ciel découvert depuis l’apparition de Trump sur la scène politique. Le président est bien ce “cocktail-Molotov humain” dont parlait Michael Moore il y a un an, et l’on voit qu’il est lancé, ou qu’il se lance lui-même dans toutes les directions, jusque sur les terrains qui sembleraient les plus étrangers à la psychopolitique intérieure (bien plus qu’une sorte de “géopolitique interne” aux USA, tant c’est la psychologie sous la pression intense de la communication qui est le principal outil de réception et de diffusion des chocs successifs).

Bien entendu, cet épisode de “la crise de la NFL” s’inscrit à la perfection dans le désordre formidable qui touche les USA aujourd’hui, ajoutant à la fièvre partisane, aux oppositions d’autant plus farouches et furieuses qu’elles s’expriment sur de tels terrains aussi incertains qu’improbables et dans des buts qui ne le sont pas moins. Au moins la fureur et l’anathème sont justifiés, au moins ils apparaissent rationnels et fondés, au plus ils s’expriment par leur seule outrance qui ne cesse d’augmenter et de se multiplier.

Cela dit, comme tout en Amérique, “la crise de la NFL” est en train de devenir une crise du fric. La NFL, qui s’est engagée à fond derrière ses joueurs et donc contre le président, pourrait en effet la sentir passer en termes de revenus. On retrouverait ainsi, et encore une fois à cause de Trump, le grand capital (“The Big Money”) divisé en deux camps opposés ; “The Big Money” est autant du côté des affaires lucratives de la NFL et des grandes équipes de football américain qui sont aux mains de grosses fortunes, que de celui des annonceurs qui soutiennent le football américain et songeraient à réduire drastiquement leurs budgets si le public se met à déserter les stades, divisé en deux camps opposés.

C’est ZeroHedge.com qui observe cet aspect des choses dans un texte qui met également l’accent sur la fureur des supporteurs, également grands amateurs de patriotisme de stade, et qui se retrouvent souvent contre les joueurs friqués et par conséquent au côté de Trump... Le président, inepte en matière de grande politique, s’y entend dans ses opérations de télé-réalité pour rehausser son prestige populiste en berne. Dans cette affaire, il est comme un poisson plaqué or dans le marigot des invectives, des joueurs millionnaires et “résistants”, et des gros contrats publicitaires : un soap opéra postmoderne sur le thème du panem et circenses à bannière étoilée.

« As we detailed earlier, with all of the grandstanding and emotional reactions from the NFL over the weekend, the sport's smartest executives seemingly proved that they have no idea they're fighting a battle that simply can't be won.  

» While it is clear as day to anyone who can disassociate themselves from the emotional response to being verbally attacked by a tweetstorm (as truly ‘terrifying’ as such a thing can be), the NFL doesn't seem to understand that while almost every American can agree that football is a great sport, roughly 50% of them will vehemently disagree with whatever political stance any given player or league exec decides to publicly announce.  And, since the NFL's future depends on selling overpriced ad spots to massive corporations looking for a consistent number of eyeballs, alienating any group of viewers, for whatever reason, is just bad for business. [...]

» So, to all the NFL execs who can't help but politicize their league, good luck with all those “make-good” advertisements that will come out of your own pockets when your viewership hits an inevitable dip over the coming weeks. »

 

Mis en ligne le 26 septembre 2017 à 10H24

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