Comment la bureaucratie a détruit la nation espagnole

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Comment la bureaucratie a détruit la nation espagnole

Un texte est paru sur de nombreux sites antisystèmes. Certains ridicules se voulaient pro-catalans, contre le néofascisme espagnol (ben voyons !), d’autres tâtonnaient…

L’auteur de ce texte qui se veut libéral de droite diabolise bien sûr Franco. Il aurait préféré une république marxiste-bolchévique dans son pays (je n’ai rien contre !) comme tous les libéraux. Je rappelle que dans les années cinquante-soixante l’Espagne était le plus heureux pays du monde (j’ai cent témoignages de petites gens), que Kubrick, Kirk Douglas, pouvaient tourner le marxisant Spartacus, que le gauchiste Orson Welles (qui adorait l’Espagne et ses traditions, comme Hemingway et mille autres) déclarait dans une interview que la démocratie avait détruit l’Espagne, pas le franquisme…

Avec sa culture américanisée, son culte du sozial (Céline), du féminisme hilarant (Almodovar, tout sur ma mère, tourné à Barcelone) et des minorités brimées, la social-bureaucratie a dépeuplé l’Espagne, profané sa civilisation, dévitalisé son économie.

Ce texte est parfois juste (que la Catalogne sociétale est une cible facile…) mais oublie de reconnaitre les responsabilités du fatal embrace entre minorités et étatisme (lisez Benjamin Ginsberg) des années 70.

On a laissé aux enragés des technostructures l’argent, la bureaucratie, l’éducation. Aussi récolte-t-on ce que l’on sème, comme en France et dans le piteux et apocalyptique occident d’ailleurs.  Nous sommes bien placés en France pour savoir que l’Etat néolibéral-socialo-sociétal-féministe-militaro-américanisé détruit nos nations, leurs libertés, leurs traditions, et remplace leurs peuples. La farce catalane comme la farce européenne, écossaise ou autre montre que cet Etat mondialiste-nihiliste en est arrivé à se dévorer lui-même… la fiction de l’Etat-nation est, à présent, terminée et en bon libertarien je dirai que l’Etat postmoderne dévore la nation, comme il a dévoré l’économie, la vie de l’esprit et la liberté. Toutes les prédictions de Tocqueville sont accomplies et « on a fait des chrétiens que nous sommes des turcs » de bas-empire.

Le bonhomme de neige ose écrire (dans le Figaro, où tout est permis, cf. Rasmussen se promettant de rosser la Russie avec son armée) :

 « L’Espagne tout entière fut victime de la dictature et notamment la classe ouvrière et les esprits libres. L’Église catholique et les classes dirigeantes de Catalogne n’ont pas été moins complices que celles des autres régions de l’Espagne. Des banquiers et des chefs d’entreprise catalans ont également aidé à financer le coup d’État de Franco et ont soutenu politiquement la dictature. Lorsque Franco voyageait en Catalogne, des prélats catalans lui offraient la bénédiction et le recevaient dans les cathédrales avec les honneurs. »

Notre andouille reprend la doxa anarchiste-stalinienne et déclare que l’Espagne toute entière et innocente (cf. la France 100% gaulliste-résistante…) fut victime sacrificielle du fascisme, du patronat et de l’Eglise…Certains ajouteront les combattants arabes qui eux furent fidèles au caudillo.

 On dénonce justement une réalité parallèle qui est celle du reste des démocraties sociétales qui débaptisent les rues, abattent les statues, ravagent le monde arabe :

« Dans cette réalité parallèle, construite et alimentée par le système éducatif et les médias du service public, la Catalogne vit encore sous l’oppression franquiste, et les multiples injustices aggravées de manière si douloureuse par la crise de 2008 sont dues exclusivement à l’oppression espagnole. Les élites politiques et économiques nationalistes qui ont gouverné la Catalogne de manière quasi ininterrompue depuis 1980 rejettent leur responsabilité et lavent leur corruption scandaleuse en brandissant le drapeau du peuple opprimé. »

La schizophrénie du révolutionnaire institutionnel se déclare :

« Des choses flatteuses mais incompatibles sont possibles en même temps : le pouvoir qui émane de la légalité et la rébellion pour la briser ; les privilèges de l’État-providence européen et l’exaltation de se sentir persécuté ; bloquer une route en signe de protestation contre les abus de la police et recevoir l’aide des agents de la circulation. Sans parler du fantasme maximal de déclarer l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne et de continuer à faire partie de l’Union européenne, ou de conserver voire d’améliorer la prospérité en se séparant par la force du territoire et des personnes qui constituent le principal marché pour l’économie. »

Mais la conclusion du sbire politiquement libéral ne présage rien de bon…

« Le moment sera alors venu de commencer à débattre des problèmes graves que nous continuons à avoir, de toutes les choses que cette agitation obsessionnelle et en grande partie stérile nous empêche d’aborder. Parmi celles-ci, la nécessité urgente de réformer notre Constitution, non pas tellement pour essayer d’obtenir de la part des indépendantistes catalans les plus raisonnables qu’ils acceptent que leurs aspirations légitimes à un gouvernement autonome soient compatibles avec le cadre commun de la démocratie espagnole, mais aussi et surtout pour obtenir, si cela est possible, un équilibre entre l’égalité des droits civils et sociaux des citoyens et la diversité politique, culturelle et linguistique de l’Espagne. »

Un peu plus de sozial ? Une kleine constitution multiculturelle pour renforcer la petite société multiculturelle qui se tire dans les pattes ? Et encore SVP un peu plus d’Europe pour guérir les européens de leur euroscepticisme ? Ben voyons ! Avec de tels conseillers social-libéraux, gâchons que l’Espagne comme le reste des nations occidentales à l’agonie ira bien loin !

Céline disait que le latin est conifié par les mots, qu’il croit que le monde est un mot. Et Ortega Y Gasset qui connaissait les défauts des peuples latins…

« Le politicisme intégral, l'absorption de tout et de tous par la politique n'est que le phénomène même de la révolte des masses, décrit dans ce livre. La masse en révolte a perdu toute capacité de religion et de connaissance, elle ne peut plus contenir que de la politique - une politique frénétique, délirante, une politique exorbitée puisqu'elle prétend supplanter la connaissance, la religion, la « sagesse », en un mot les seules choses que leur substance rend propres à occuper le centre de l'esprit humain. »

Et Ortega Y Gasset d’ajouter, dans sa rébellion, sur nos barbares hébétés :

« Je m'attarde donc loyalement, mais avec tristesse, à montrer que cet homme pétri de tendances inciviles, que ce barbare frais émoulu est un produit automatique de la civilisation moderne. »

Le barbare automatique, voilà un oxymore qui plaira à Philippe Grasset ; et qui pourrait s’appliquer fantastiquement aux « antifas » à la mode qui contrôlent nos plèbes médiatiques et en terminent avec les débris de notre piteuse société. Nous avons créé huit milliards d’antifas… ce n’est pas un hasard si en Catalogne antifa, deux cent mille abrutis réclament régulièrement en hurlant dans la rue le départ des espagnols et l’arrivée de deux cent mille migrants ou de deux cents mille islamistes de plus. Car pourquoi et comment s’arrêter quand on est lancés dans le grand train de la mondialisation sociétale ?

Laissons Tolkien qui écrit le 9.12 1943 à son fils :

“When they have introduced American sanitation, morale-pep, feminism, and mass production throughout the Near East, Middle East, Far East, U.S.S.R., the Pampas, el Gran Chaco, the Danubian Basin, Equatorial Africa, Hither Further and Inner Mumboland, Gondhwanaland, Lhasa, and the villages of darkest Berkshire, how happy we shall be…”

 

 

Sources

Ortega Y Gasset – La rébellion des masses

Nicolas Bonnal – Céline, la colère et les mots ; le salut par Tolkien

Tolkien -Correspondance

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