Adaptez-vous !

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Adaptez-vous !

5 juin 2002 – ... Adaptez-vous, Dieu reconnaîtra les siens : c'est, d'une façon très ''bushiste'', en référence aux fortes tendances religieuses de cette administration, ce que nous dit en substance le rapport sur le changement climatique que l'administration GW vient d'envoyer à l'ONU. Il s'agit d'un document significatif, par les enseignements qu'on peut en tirer sur l'orientation, disons ''philosophique'', de l'administration GW. En substance, le rapport :

• ... reconnaît que les changements climatiques sont dus aux activités humaines (combustion de carburants fossiles) ;

• ... ne recommande aucune mesure particulière d'importance et recommande plutôt au genre humain de s'adapter aux changements à venir.

Le document est notamment présenté par un article du New York Times du 3 juin. Dans son contenu et ses perspectives, on trouve plus que dans aucun autre document, et dans aucune autre question polémique, toutes les caractéristiques intellectuelle qui caractérisent cette administration GW Bush, notamment la courte vue et la faiblesse du jugement avec le refus de prendre en compte les conséquences des constats qu'on fait. Le document est caractéristique d'un processus politique dénaturé par des interventions subversives de ce qu'on nomme les ''groupes d'intérêt'' ou ''groupes de pression'', dans ce cas les grands intérêts corporatistes des grandes entreprises ou groupes d'entreprise comme les sociétés travaillant dans le processus d'extraction et de traitement du pétrole. La situation politique qui en résulte est marquée par un refus de prendre en compte un intérêt général quelconque et se cantonne aux intérêts particuliers présents. Plus encore, et selon les pratiques modernes du business américaine (bien expliquées notamment dans un récent article très critique de Paul Krugman), sa vision est à très courte vue et fondée sur la cupidité (greed), c'est-à-dire sur le profit à très court terme et les pratiques comptables frauduleuses (l'archétype étant l'affaire Enron). Paradoxalement, ces caractéristiques sont citées à l'occasion d'un document qui semblerait être une prise de distance de l'administration GW vis-à-vis de ces groupes d'intérêts du business. On doit rester très dubitatif sur cette “prise de distance”, tant la tactique y a une très grande part.

La description du document est ainsi présentée :

« In the report, the administration for the first time mostly blames human actions for recent global warming. It says the main culprit is the burning of fossil fuels that send heat-trapping greenhouse gases into the atmosphere.

« But while the report says the United States will be substantially changed in the next few decades — ''very likely'' seeing the disruption of snow-fed water supplies, more stifling heat waves and the permanent disappearance of Rocky Mountain meadows and coastal marshes, for example — it does not propose any major shift in the administration's policy on greenhouse gases.

« It recommends adapting to inevitable changes... »

Les réactions à ce document ont été en général assez peu remarquables, et faites plutôt, de la part des gouvernements alliés, d'une discrétion gênée ou de la simple indifférence. Diverses associations s'occupant des questions environnementales aux USA ont mis en général l'accent sur ce que ce document présente d'évidemment inquiétant. Typique de cette réaction, le commentaire de Mark Van Putten, président de la National Wildlife Association, un groupe environnemental privé : « The Bush administration now admits that global warming will change America's most unique wild places and wildlife forever. How can it acknowledge global warming is a disaster in the making and then refuse to help solve the problem, especially when solutions are so clear?

L'une des réponses à cette question de Van Putten semble bien être que la cause de l'évolution de l'administration GW est moins dans la volonté de reconnaître une réalité scientifique, avec, dans la logique de cette attitude, la démarche d'en venir aux mesures nécessaires pour tenter de remédier à cette situation, que l'évaluation d'une situation politique tactique et le désir d'y remédier. C'est ce que nous précise encore le passage ci-dessous :

« The report, in fact, puts a substantial distance between the administration and companies that produce or, like automakers, depend on fossil fuels. Many companies and trade groups have continued to run publicity and lobbying campaigns questioning the validity of the science pointing to damaging results of global warming.

« The distancing could be an effort to rebuild Mr. Bush's environmental credentials after a bruising stretch of defeats on stances that favor energy production over conservation, notably the failure to win a Senate vote opening the Arctic National Wildlife Refuge to exploratory oil drilling. »

Ces précisions ne laissent pour l'instant guère d'espoir sur la question envisagée, ni sur la qualité intellectuelle de l'administration GW. Outre une corruption notable dans le sens classique du terme, avec l'intervention systématique des groupes d'intérêt qui conduit certains critiques à mettre cette administration au niveau de l'administration Harding (1920-23), la plus corrompue de l'histoire des États-Unis, il y a surtout une corruption intellectuelle. En omettant dans ce cas de tirer les conséquences pratiques de ce qu'elle prétend découvrir en fait de détérioration de l'environnement, et en s'en tenant à un conseil (adaptez-vous !) qui prend la résonance d'une ironie un peu sinistre, l'administration GW montre son absence du sens de la responsabilité politique. Elle apparaît comme une administration responsable d'une politique marquée principalement par le nihilisme. Elle présente une version moderne de la politique de l'“après moi le déluge”, qu'on pourrait énoncer de la sorte : adaptez-vous au déluge.

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