2015-2016 comme 1983 ?

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2015-2016 comme 1983 ?

30 octobre 2015 – Il est assez peu connu que l’année 1983 fut, durant la Guerre froide, l’année le plus dangereuse avec 1962 et la crise des missiles de Cuba. (Nous ajouterions “avec 1973 et l’alerte nucléaire du 25 octobre”, quoique d’une intensité moindre que 1962, d’une durée encore plus courte d’une seule journée mais dont le paroxysme atteignit en quelques heures la dangerosité d’un conflit au plus haut niveau des deux superpuissances nucléaires.) Mais en réalité, nous serions tentés d’avancer l’hypothèse que 1983 fut une année encore plus dangereuse que 1962 (et 1973), qu’elle fut en fait l’année la plus dangereuse de la Guerre froide et finalement de l’histoire de notre “contre-civilisation” en termes de destruction potentielle. Les arguments en faveur de cette classification sont de plusieurs ordres :

• La durée exceptionnelle de l’atmosphère de crise préparant et faisant partie de 1983, dont les prémisses dataient de décembre 1979 (décision de l’OTAN de déployer ce qu’on nomma les euromissiles, les missiles US cruise missiles GLCM et Pershing II en Europe, avec déploiement commençant en 1983) ;

• L’incompréhension complète, par défaut de communication, entre les USA et l’URSS, due aux intentions nouvelles et en rupture avec l’habituelle politique US de l’administration Reagan, et surtout à l’atmosphère crépusculaire et quasiment autiste régnant au Kremlin dans une direction collective transformée en une gérontocratie terrorisée (seul Andropov, “parrain” effectif et spirituel de Gorbatchev, fit exception par sa lucidité et son exceptionnelle intelligence).

• La durée même du paroxysme de la crise de 1983, datant de la destruction du Boeing 747 sud-coréen KAL-007 par la défense aérienne soviétique le 31 août jusqu’au déploiement des premiers euromissiles US à la mi-novembre 1983, tout cela suivi d’une rupture complète Est-Ouest jusqu’au premier signe de l’apparition de Gorbatchev (voyage en décembre 1984 au Royaume-Uni et rencontre avec Margaret Thatcher, laquelle sortit enthousiaste de l'entretien).

Effectivement, la dimension psychologique de la crise du 1983 se poursuivit en 1984, cette année symboliquement “orwellienne” par excellence à partir du titre du livre d’Orwell, où régna une atmosphère de possibilité de guerre nucléaire sans que personne ne puisse exactement en définir la cause précise puisque le déploiement des euromissiles n’avait rien provoqué d’irréversible. Tous les canaux de communication entre l’Est et l’Ouest étaient rompus, avec la perception de la crise de la dissolution de la gérontocratie de la direction soviétique et l’expansion d’un chaos souterrain entre la contestation dissidente, une économie rongé par un marché noir parallèle prenant 20% de l’économie réelle, l’expansion prodigieuse de la corruption mafieuse dans divers centres du pays, notamment les “républiques” périphériques de l’Union. Le président Mitterrand avait confié fin 1983 que 1984 serait “l’année de tous les dangers” où l’on risquait la guerre nucléaire et le sentiment avait même une dimension populaire (la chanson de Didier Barbelivien C’est d’quel côté la mer que tout le monde retenait en citant ce leitmotive de la chanson : Ca sent drôlement la guerre). Ce fut bien entendu la désignation de Gorbatchev comme Secrétaire Général du PC de l’URSS, le 9 mars 1985, et son action immédiate qu’on connaît, qui tranchèrent le nœud gordien de la période et ouvrit une toute nouvelle période radicalement transformée de “libération” qui concerna autant les psychologies que la situation politique et stratégique.

Un texte très récent d’un ancien analyste de la CIA, Melvin A. Goodman, sur ConsortiumNews le 27 octobre, apporte des éléments nouveaux précisément sur 1983 et la Red Scare, qui rendent encore plus intéressante une comparaison entre cette période et ce que nous connaissions aujourd’hui. Dans cette analogie, 1983 serait plus 2016 que 2015... (Pour la Red Scare, ou “Opération Ryan”, voyez la très abondante documentation présentée en deux parties sur ce site, à partir de documents de la CIA, les 20 et  21 septembre 2003].) Le sommet de cette crise fut atteint autour du 20 novembre 1983, alors que les premiers euromissiles étaient déployés, et notamment parce qu’un exercice de simulation de guerre nucléaire, Able Archer, était prévu à l’OTAN exactement durant cette période. Goodman, qui était analyste à la CIA à cette époque et a travaillé sur le dossier, ajoute quelques précisions, jusqu’alors non révélées : « In addition to the Able Archer mobilization exercise that alarmed the Kremlin, the Reagan administration authorized unusually aggressive military exercises near the Soviet border that, in some cases, violated Soviet territorial sovereignty. The Pentagon’s risky measures included sending U.S. strategic bombers over the North Pole to test Soviet radar, and naval exercises in wartime approaches to the USSR where U.S. warships had previously not entered. Additional secret operations simulated surprise naval attacks on Soviet targets. »

Surtout, Goodman précise un point également inconnu jusqu’ici. Les analystes de la CIA étaient très inquiets de la situation notamment à cause des révélations d’un transfuge soviétique concernant la paranoïa régnant au Kremlin et la crainte d’une attaque US des dirigeants soviétiques. Encore ignoraient-il l’existence de ces manœuvres extrêmement provocatrices qui étaient prévues par le Pentagone et dont l’Agence n’avait pas été informée, ce qui révèle un cas extraordinaire d’absence d’information sur un sujet d’une telle sensibilité alors que la CIA avait informé l’administration Reagan de risques très sérieux de conflit...

Goodman s’étend sur cette question en montrant l’absence complète de communication entre les principaux centres de décision US alors qu’on se trouvait au bord d’un conflit nucléaire à partir de craintes irrationnelles et de mesures disparates prises sans la moindre coordination. Son récit montre les circonstances extrêmement improvisées et hors de tout le processus normal de la chaîne de commandement qui permirent d’éviter certains projets qui auraient effectivement pu déclencher un conflit par lourdeur bureaucratique, concurrences entre centres de pouvoir, réticences de collaboration, etc. Dans ce cas également, on retrouve des caractères et des situations multipliés aujourd’hui au centuple à l’intérieur du pouvoir américaniste de sécurité nationale...

« The Pentagon’s psychological warfare program to intimidate the Kremlin, including dangerous probes of Soviet borders by the Navy and Air Force, was unknown to CIA analysts. Thus, the CIA was at a disadvantage in trying to analyze the war scare because the Pentagon refused to share information on military maneuvers and weapons deployments. In 1983, the CIA had no idea that the annual Able Archer exercise would be conducted in a provocative fashion with high-level participation. The exercise was a test of U.S. command-and-communications procedures, including procedures for the release and use of nuclear weapons in case of war.

» Nevertheless, CIA deputy director for intelligence Robert Gates and National Intelligence Officer for Soviet strategic weapons Larry Gershwin turned out several national intelligence estimates that dismissed “Soviet fear of conflict with the United States.” They believed that any notion of a Soviet fear of an American attack was risible, and it wasn’t until 1990 that the President’s Foreign Intelligence Advisory Board concluded that there had been a “serious concern” in the Kremlin over a possible U.S. attack. Gershwin, who politicized intelligence on strategic matters throughout the 1980s, is still at the CIA as a national intelligence officer. I believed that Soviet fears were genuine at the time, and Reagan’s national security advisor Robert McFarlane was even known to remark, “We got their attention” but “maybe we overdid it.”

» For the only time during William Casey’s stewardship as CIA director, he believed his intelligence analysts who argued the “war scare” was genuine, and ignored the views of Gates and Gershwin. Casey took our analysis to the White House, and Reagan made sure that the exercises were toned down. For the first time, the Able Archer exercise was going to include President Reagan, Vice President George H.W. Bush, and Secretary of Defense Caspar Weinberger, but when the White House understood the extent of Soviet anxiety regarding U.S. intentions, the major principals bowed out.

» In his memoirs, Reagan recorded his surprise that Soviet leaders were afraid of an American first strike. One of the reasons why Secretary of State George Shultz was able to convince Reagan of the need for summitry with later Soviet leader Mikhail Gorbachev was Reagan’s belief that it was necessary to convince Moscow that the United States had no plans for an attack. Ironically, Soviet military doctrine had long held that a possible U.S. modus operandi for launching an attack would be to convert an exercise into the real thing. »

Goodman estime que cette situation de 1983 est en train de se répéter aujourd’hui. Ce qui le trouble particulièrement, c’est le caractère d’incompréhension et de communication brouillée et contradictoire entre les deux parties d’une part ; c’est la “démonisation” systématique de la Russie d’autre part, qui rejoint la dialectique des années 1982-1983 (le fameux discours de Reagan sur The empire of Evil [l’Empire du Mal] pour qualifier l’URSS datant du 10 mars 1983). Goodman parle même de l’ambiguïté d’Obama, “qui reconnaît conceptuellement la fausse sécurité que procure la puissance militaire seule, mais qui n’agit pas dans le sens de modifier cette situation” (en introduisant d’autres domaines pour assurer la sécurité, comme la diplomatie et l’établissement d’ententes voire de traités de sécurité mutuelle) ; il est vrai qu’on retrouvait cette même ambiguïté chez Reagan qui, à côté de la dénonciation “démonisée” de l’URSS-Empire du Mal, reconnaissait un danger de destruction commune de la civilisation à cause du fait nucléaire et n’était pas hostile au mouvement antinucléaire des années 1981-1982 ; il alla même jusqu’à suggérer le partage de la technologie de la SDI (défense antimissiles stratégiques) avec l’URSS, – proposition furieusement dénoncée et bloquée par sa bureaucratie à plusieurs occasions.

« Three decades later, history seems to be repeating itself. Washington and Moscow are once again exchanging ugly broadsides over the confrontations in Ukraine and Syria. The Russian-American arms control and disarmament dialogue has been pushed to the background, and the possibilities of superpower conflict into the foreground. Pentagon briefers are using the language of the Cold War in their congressional briefings, referring to Putin’s regime as an “existential threat.” Presidential candidates in the United States are using confrontational language, and promising to go on the offensive to knock Putin on his heels.  President Obama seems to recognize the false security of military power, but he needs to act on his suppositions. »

... Pourtant 2015-2016 n’est certainement pas 1983

Nous admettons donc qu’il y a effectivement une certaine analogie entre 1983 et 2015-2016 (et plutôt 2016, bien sûr). Cette analogie est exacerbée, du point de vue des USA, par l’intervention russe en Syrie, malgré l’extrême ambiguïté et les contradictions colossales (du côté US) des dénonciations de cette intervention. Si l’on veut une autre analogie, mais également dans des conditions très différentes, très défavorables aux USA, on dirait que l’intervention russe en Syrie pourrait correspondre comme détonateur d’une crise au plus haut niveau des relations USA-Russie avec la destruction du Boeing 747 de la KAL le 31 août 1983 qui ouvrit la plus sombre période de la crise USA-URSS de ces années-1980, durant la première moitié exactement de cette décennie. Mais alors que la destruction du KAL-007 pouvait être aisément présentée complètement comme un acte d’agression de l’URSS, – notamment à cause des multiples manœuvres et manipulations faussaires de la part des USA qui furent ignorées à l’époque, – par contre l’interprétation de l’intervention russe en Syrie comme un “acte d’agression” similaire est extrêmement difficile, sinon impossible, et ne cesse de tourner au désavantage des USA, tant par l’invalidité complète de leur cause que par leur impuissance à “riposter” par des mesures significatives, que par l’évidence au contraire de figurer comme une puissance en pleine dissolution.

Comme nous l’avons déjà observé, cette différence (dissolution de la puissance US face à la Russie, incapacité de dresser un acte d’accusation même manipulé contre la Russie) n’est pas rassurante pour autant. Comparativement, en 1983 la puissance US était infiniment plus affirmée et solide qu’elle ne l’est aujourd’hui, et cela est paradoxalement un grand facteur d’aggravation. Vu l’état psychologique des USA, la certitude de son “exceptionnalisme” obsessionnel, une situation de décadence et de dissolution devient pour elle une situation insupportable qui peut pousser à des actes irresponsables, – avec très graves conséquences possibles puisque, même en état de dissolution, la puissance US repose toujours sur une base stratégique d’une capacité destructive universelle (sa force nucléaire).

Mais le point le plus caractéristique dans cette comparaison analogique est la question de la dynamique des situations, et là l’analogie est exactement renversée. Il est évident et incontestable qu’en 1983, et cela quoi qu’on pense des uns et des autres et particulièrement des intentions stratégiques et de l’interventionnisme des USA de Reagan, la dynamique se trouvait du côté des USA. Ce sont les USA qui, dans la mesure de leurs moyens psychologiques, ménagèrent les Soviétiques dès qu’ils comprirent et admirent que la direction soviétique se trouvait dans une position de très grande fragilité psychologique. Ils firent montre d’une certaine finesse, et même un Bill Casey, qui ne brillait pas par le sens des nuances, joua un rôle pacificateur auprès de Ronald Reagan, lequel n’hésita pas à prendre des précautions pour ne pas effrayer les vieillards du Kremlin.

 L’URSS, elle, était figée dans une gérontocratie glaciaire sinon polaire, dans une sorte de nuit profonde et sinistre caractérisant cette période terrible, à l’image des vieillards du Politburo figés dans un immobilisme terrifié. Le seul à émerger de cette bande consternante de vieillard fut Iouri Andropov, qui ne dura que l’espace de 14-15 mois (fin 1982-début 1984) à la tête de l’URSS, et dans un état de santé déclinant qui l’empêcha d’entreprendre quoi que ce soit de constructif. (A moins que l’on apprécie ce bref passage au pouvoir comme le premier acte de l’accouchement du révolutionnaire Gorbatchev, qui était l’homme d’Andropov, son successeur désigné qu’Andropov acheva de mettre en place pour son émergence du 9 mars 1985. De ce point de vue, Andropov ne fut pas inutile et son œuvre principale fut bien de préparer le terrain pour Gorbatchev.)

Aujourd’hui, c’est le contraire qui apparaît d’une manière éclatante. Le dynamisme est tout entier du côté de la Russie, avec des attentions et des précautions sans fin pour ne pas trop exacerber les tendances hystériques de leurs “partenaires” (non sans s’en moquer  à l’occasion, mais presque avec compassion) ; les USA, eux, sont figés dans une autre sorte de glaciation polaire que celle de 1983 au Politburo de Moscou, mais dont les résultats sont similaires. Ce n’est pas une bande de vieillards repliés dans un immobilisme terrifié mais une horde de personnages d’âge mur sinon de belle et jeune facture, tous plus sémillants les uns que les autres, agités, bondissants, allant dans tous les sens, vitupérant, anathémant, hyperactifs et totalement impuissants dans leurs actes multiples, renforçant sans cesse une puissance-impuissante, une paralysie hystérique et pleine de mouvements inutile, comme une sorte de TDAH (“Trouble Déficitaire d'Attention avec Hyperactivité”) qu’on réserve en général aux enfants et adolescents en très bas age, et qui toucherait dans ce cas une population supposée adulte et mûrie, – l’establishment de Washington, enfin réduit à sa véritable dimension d’enfance trop vite grandie et redescendue presque à l’âge fœtal. Les vieillards gâteux de la gérontocratie soviétique seraient remplacés par les gamins déguisés en adultes et affectés d’une TDAH de super-dimension, avec un résultat exactement similaire au niveau de l’action politique, de l’analyse paranoïaque, de l’évolution vitale au cœur d’une “bulle” assez obscurcie pour que, surtout, rien de la moindre vérité-de-situation de l’extérieur du monde ne les atteigne.

Une autre similitude entre les deux situations (1983 et 2015-2016) est la complète incompréhension entre les deux parties. C’est là sans doute le point le plus important, mais là aussi avec une différence considérable. L’incompréhension de 1983 était due à une absence de communication, non seulement entre les deux parties, mais également d’une façon générale principalement à cause de la fermeture paranoïaque du système soviétique. Cet acte d’un régime qui sentait son agonie proche consistait en un renfermement encore plus grand sur lui-même, d’une façon pathologique, c’est-à-dire sans la moindre logique ni la moindre efficacité d’ailleurs, mais d'une pathologie sénile et sans grans effets dynamiques, et cette fermeture étant très fragile par conséquent. On le vit évidemment lorsque Gorbatchev arriva, puisque l’enfermement soviétique fut littéralement pulvérisé en mille morceaux dès les deux ou trois premiers mois (exactement à partir du 1er juillet 1985 avec le remplacement de Gromyko par Chevardnadze aux affaires étrangères).

Aujourd’hui, ce sont les USA qui sont complètement renfermés sur eux-mêmes, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer et de “comprendre” (quel terme dérisoire dans ce cas) la Russie, et non pas pour des raisons somme toutes naturelles comme on le voit dans le fait d’une vieillesse à l’agonie. La fermeture des USA est faite de la création d’un univers fictif, de narrative, d’une représentation faussaire permanente, d’une pathologie active de la psychologie en pleine activité faussaire sous la forme d’inculpabilité et d’indéfectibilité. Les USA souffre d'une maladie éclatante de vanité avantageuse si l’on veut, c’est-à-dire dotée d’une pathologie en pleine activité, un hybris catastrophique en belle santé. Il nous semble difficile de faire voler cette pathologie de l’enfermement en éclats pour faire rejoindre le monde réel à l’establishment washingtonien, et il nous semble au contraire que la réduction inévitable de cette pathologie ne peut se faire que sous une forme violente qui emportera inéluctablement le malade avec elle. En quelque sorte, si certains (nous-mêmes en furent !) pouvaient avancer l’hypothèse d’un American Gorbatchev en 2008, éventuellement capable de sauver les meubles par une cure intensive de remise en ordre, aujourd’hui il n’en est plus question. Le destin que l’on peut envisager est celui de l’élection d’un clown (The Donald), ce qui est la porte ouverte aux possibilités les plus folles ; cela mettrait en évidence l’extraordinaire fragilité cachée des États-Unis d’Amérique qui n’eurent jamais dans leurs matériaux de base la puissance de fixation des grands principes d’un État régalien.

Cela nous ramène aux remarques de conclusion de nos Notes sur le Spoutnik-2015, qui effectivement conduisent à la même conclusion qu’inspirent ces robservations sur l’analogie 1983-2015/2016 : « Cela signifie que la dissolution de l’influence et de la puissance US à l’extérieur va se poursuivre en accélérant géométriquement et les hurlements à la mort à Washington ne cesser de s’amplifier, jusqu’à arriver à des situations budgétaires, bureaucratiques, politiques et psychologiques, et de communication, complètement intenables. C’est-à-dire que la déstabilisation d’un pouvoir déjà paralysé et impuissant ne va cesser d’accélérer sans qu’on puisse distinguer la moindre issue possible, sinon une ou des montées paroxystiques vers une ou des crises internes de diverses factures. Le malheur dans cette triste histoire, c’est qu’on ne peut soigner une direction politique en plein épisode maniaque, et encore moins le Système qui la manipule, comme on peut tenter de le faire pour un individu frappé par ce mal. »

(... Ou, pourrait-on corriger : “...comme on peut tenter le faire pour une direction frappée par la sénilité, comme c’était le cas pour l’URSS de 1983”, – puisque celle-ci, effectivement, fut soignée dans des péripéties et des souffrances affreuses, avant de déboucher sur la Russie-2015 de Poutine, ce qui n’est pas une piètre performance.)

Finalement, l’analogie trouve sa pleine vérité lorsqu’elle est d’abord perçue comme essentiellement symbolique. Ce qu’on a évité en 1983 et avec 1985 et l’arrivée de Gorbatchev, c’est la fin terrible et dramatique d’un empire dans un effondrement de désordre et de chaos sanglant, avec la possibilité d’un affrontement nucléaire du fait de la paranoïa des psychologies et des erreurs d’évaluation. Il est absolument vrai que les USA se trouvent aujourd’hui dans la même situation de l’URSS de 1983 : complètement sur le déclin et la dissolution, avec une direction impuissante et coupée de toutes les réalités, ne pouvant accepter l’idée horrible de la fin de l’empire. L’on dira, en fonction des réserves impératives que nous avons émises concernant l’émergence d’un American Gorbatchev, que la voie relativement acceptable de la dissolution de l’empire russe semble interdite aux USA, et qu’il y a alors le risque affreux de l’affrontement nucléaire. C’est une possibilité évidente, puisque le sapiens se l’est créée en 1945, et on n’en peut éviter la possibilité. Mais il existe à notre sens bien d’autres issues de sortie, le désordre étant l’une des spécialités de notre étrange époque, et les USA une fois libérés de ses camisoles de force pouvant devenir un champ d’exploitation exceptionnel, une sorte de Moyen-Orient postmoderne qui pourrait s’avérer du plus haut intérêt...

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