USA : sacrifier l’intérieur menacé à l’extérieur catastrophique


09/03/2012 - Bloc-Notes

Il y a 2 commentaire(s) associé(s) a cet article. Vous pouvez le(s) consulter et réagir à  votre tour.

 

La situation à la frontière mexicaine des USA, pour ce qui concerne la “guerre de la drogue”, démontre d’une façon frappante, au niveau incontestable des opérations, la validité de la critique de Ron Paul de la politique extérieure de ces mêmes USA (la fameuse “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct”). Une nouvelle de AOL Defense, le 7 mars 2012 le montre très précisément.

Il s’agit du constat fait par le général Fraser, de l’USAF, commandant le Southern Command, de l’inefficacité des interceptions d’avions affrétés par des trafiquants de drogue et qui passe la frontière Mexique-USA pour introduire de la drogue aux USA. Un seul vol sur trois, parmi ceux dont les forces US ont connaissance, est intercepté par manque de moyens, parce que ces moyens (des avions de surveillance et de repérage MC-12 Liberty, de l’USAF) sont actuellement déployés en Afghanistan. Une situation similaire existe au niveau naval.

»The U.S. military command covering South America intercepts only about a third of the drug shipments and other illegal traffic that it knows about, because it and allied nations simply lack the assets to intercept most of the suspect boats and aircraft that their intelligence identifies, locates, and tracks. That shortfall in interception results in part from a shrinking U.S. Navy and the diversion of Air Force reconnaissance assets to the war zone in Afghanistan. “We intercept about 33 percent of what we know is out there, and that's just a limitation on the number of assets,” said Air Force Gen. Douglas Fraser, chief of the U.S. Southern Command, at a breakfast with reporters this morning. And, Fraser admitted, that percentage is "going down... More is getting through. “
The withdrawal of U.S. forces from Iraq and, after 2014, Afghanistan may free up some aircraft and boats for drug interdiction, Fraser said. But the limitations on what some partner nations can do are more intractable – and any improvement in American capabilities is at the mercy of increasingly tight budgets and a possible sequester.”

»At sea, Fraser explained, the U.S. Navy is retiring the smaller ships that have traditionally been the mainstay of drug interdiction patrols, the aging and increasingly expensive to operate Perry-class frigates, while their much-delayed replacement, the Littoral Combat Ships, is just beginning to enter service. “We 'll see a gap in the numbers of those types of ships,” Fraser said. “So we're working with the Navy to see what other types of vessels and capability that's coming back from Iraq might be available,” particularly small craft that have been used for river patrol and offshore patrol in the Gulf. Such boats could boost the U.S. fleet's own interception capability but also, and perhaps more importantly, some could be transferred to friendly countries that are currently short on assets to intercept drug boats moving through their own territorial waters. (Fraser focused on Navy vessels and did not specifically address the Coast Guard, which does contribute some ships to Southern Command operations).

»Similarly, in the air, Fraser is eyeing the Air Force's MC-12 "Liberty" reconnaissance planes (pictured above). "I do see opportunities for MC-12 [in South America]," he said. "I think it's a great capacity" -- so attractive, in fact, that some nations in the region are converted planes captured from drug traffickers into similar surveillance platforms. Currently, "we're not getting any of that," he said, because all the MC-12s are busy in the war zone, but as U.S. forces draw down, he said, "we will put a demand for those systems.” Southern Command might even get more access to the Air Force's celebrated ‘Global Hawk’ high-altitude drones. Currently, “we have access to occasional Global Hawk missions,” Fraser said, but most of them are, again, busy over Afghanistan.»

Cette situation rencontre évidemment des préoccupations plus générales des militaires, qui se trouvent pressés par le manque de moyens, par la crise budgétaire, par des engagements très coûteux et improductifs, et à tout cela s'ajoutant de nouvelles menaces de guerre. Le sentiment qui règne chez eux est répercuté avec force par l’ancien parlementaire Lee Hamilton, qui fut et reste (dans ses nouvelles fonctions à l’université de l’Indiana) très proche des militaires. (Voir Politico.com, le 7 mars 2012.) :

«“The military is often cautious about commitments of military power,” former Rep. Lee Hamilton (D-Ind.) said in an interview. “They see the difficulty of this situation from a military standpoint, not only the attack itself but sustaining the attack over a period of days, if not weeks. … A very powerful factor here is what the Pentagon now calls persistent conflict or endless war. We have, in effect, been at war for 10 years, at least since 9/11.” Hamilton, now director of the Center on Congress at Indiana University, said the “military is very worried about what they’re confronting with budget cuts and are just not anxious to take on another war.”»

La situation de la puissance militaire US est aujourd’hui absolument similaire à celle de la puissance militaire soviétique dans les années 1980, avec la rétention des moyens, des conflits destructeurs, des réductions budgétaires, etc. Mais, à la différence de l’URSS, la direction des USA, dans sa composante establishment, continue à privilégier à tout prix les engagements militaires extérieurs les plus aventureux, les plus inféconds, les plus dommageables, sur la sécurité intérieure. (L’exemple de “la guerre de la drogue” tel qu’il est illustré ici est particulièrement révélateur. Pas une fois depuis 2001, cette situation n’a figuré comme une priorité, que ce soit dans les administrations successives ou au Congrès, malgré plusieurs alertes inquiétantes et le danger potentiel très grave que cette “guerre” fait peser sur l’équilibre US, notament dans les États du Sud.)

Certes, on rétorquera que cela n’a pas empêché l’effondrement de l’URSS mais, dans la perspective cet effondrement a réussi à préserver la puissance russe centrale, après un redressement douloureux. Dans le cas US, les perspectives sont beaucoup plus inquiétantes car le dispositif actuel et les priorités, tout en n’apportant aucune satisfaction extérieure, et même des avatars supplémentaires et des menaces graves, conduit principalement à menacer la structure intérieure des USA d’une façon bien plus radicale que dans le cas de l’URSS. La menace devient donc celle d’un éclatement des structures, si des États constitutifs de l’Union estiment que leur propre sécurité est menacée à cause de l’incurie du centre.


Mis en ligne le 9 mars 2012 à 12H12