Ron Paul, comme un torrent…


21/12/2011 - Faits et commentaires

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

 

Ron Paul, comme un torrent…

21 décembre 2011 – Ron Paul les emporte dans un tourbillon qui, soudain, dévoile les vérités les plus basses du Système. Cela, au moins, est acquis, quoi qu’il en soit du résultat en Iowa et ensuite. Le “vieillard de 76 ans”, ridiculisant les tentatives de négationnisme du Système absolument sclérosé contre lui, nous montre que “le Système est nu”, complètement nu, comme le roi certes mais en moins majestueux et en infiniment plus sordide, et, surtout, selon des considérations qui font penser que la psychologie-Système (la psychologie de ses serviteurs influencée par le Système) n’est plus très loin de la folie. Comme le torrent-Ron Paul, la terrible sophistique du “déchaînement de la Matière” les guette pour les emporter tous dans la folie des raisonnements d’une psychologie tordue jusqu’au cercle vicieux de sa pathologie.

Cela dit dans un grand élan de lyrisme onirique, voyons ce qu’il en est… Ron Paul étant devenu ce qu’on sait, un texte de Politico.com (le 20 décembre 2011) nous montre, là aussi à nu, les réactions du Système. Mais il faut commencer par ce qu’il y a de plus bas dans ces réflexions, qui, d’ailleurs, tiendront constamment à ce niveau général de bassesses ; il s’agit de la cuisine électorale, ou plutôt les déchets de cuisine, du parti républicain dans l’Etat de l’Iowa, et du même parti au niveau national en général. Les réflexions partent naturellement de la probabilité, selon tous les sondages, d’une victoire de Paul dans le Caucus de l’Iowa, le 3 janvier 2012.

«Paul poses an existential threat to the state’s cherished kick-off status, say these Republicans, because he has little chance to win the GOP nomination and would offer the best evidence yet that the caucuses reward candidates who are unrepresentative of the broader party. “It would make the caucuses mostly irrelevant if not entirely irrelevant,” said Becky Beach, a longtime Iowa Republican who helped Presidents Bush 41 and Bush 43 here. “It would have a very damaging effect because I don’t think he could be elected president and both Iowa and national Republicans wouldn’t think he represents the will of voters.”

»What especially worries Iowa Republican regulars is the possibility that Paul could win here on January 3rd with the help of Democrats and independents who change their registration to support the libertarian-leaning Texas congressman but then don’t support the GOP nominee next November. “I don’t think any candidate perverting the process in that fashion helps [the caucuses] in any way,” said Iowa House Speaker Kraig Paulsen, adding that he didn’t know if that’s necessarily how Paul would win.

»While there’s no evidence of an organized effort, public polling shows that Paul’s lead is built in large part with the support of non-Republicans – and few party veterans think such voters would stick with the GOP in November. “They’ll all go back and vote for Obama,” predicted Beach.»

…En effet, la logique impérative, la vérité absolue des choses avant qu’elles ne se produisent, est que Paul, même s’il gagne dans l’Iowa, ne sera pas retenu comme candidat final, et donc ne représente rien ; mieux encore, la vérité deux fois absolue si nécessaire est que Paul, même s’il gagne dans l’Iowa, même s’il est candidat final, et enfin pourrait-on conclure selon ces raisonnements sophistiques, même s’il gagnait contre Obama, ne serait finalement pas élu. Si l’on a décidé que la pluie qui tombe ne mouille pas, pourquoi, Grand Dieu, voudrait-on qu’elle ait une seule chance de mouiller ?

«Jeff Lamberti, a Des Moines attorney and former Iowa Senate President, emphasized what he said was the difference between the 2008 and 2012 dark horses. “Everybody has the perception that there’s absolutely no way [Paul] can win the nomination, whereas a Mike Huckabee coming out of nowhere at the end to pull out a victory here – he was a serious contender,” said Lamberti. “That’s the distinction that has the potential to do real damage to Iowa.”»

La solution a donc été décrétée par le gouverneur de l’Iowa, un républicain comme il se doit : ignorer Paul, même s’il gagne, non, plutôt, – surtout s’il gagne… Il s’agit d’Orwell revu par les Marx Brothers associés à Ubu roi. Rarement la doctrine inspirée du régime soviétique sur l’absolue prééminence du “parti unique” (ici l’“aile droite” du “parti unique” que représentent les caciques républicains) n’a été exposée avec autant d’impudeur dans ces diverses déclarations, dont celle du gouverneur Branstad ; le candidat républicain ne peut être qu’un candidat conforme au parti, comme cela l’est du côté démocrate, et le processus qualifié de “démocratique” (l’élection) ne peut fonctionner qu’à l’intérieur de ces normes strictes du “parti unique”… «Leading Republicans, looking to put the best possible frame on a Paul victory, are already testing out a message for what they’ll say if the 76-year-old Texas congressman is triumphant. The short version: Ignore him. “People are going to look at who comes in second and who comes in third,” said Gov. Terry Branstad. “If [Mitt] Romney comes in a strong second, it definitely helps him going into New Hampshire and the other states.”»

Russia Today, qui suit à la trace et avec une jubilation à peine dissimulée les progrès de Ron Paul, cite abondamment l’article de Politico-Com pour illustrer son article du 20 décembre 2011 intitulé «Ron Paul scares GOP establishment in Iowa»…

«Pundits have been quick to dismiss Paul’s success in the weeks leading up to the latest statistics, which include a survey from Public Policy Polling this week that puts the candidate in the lead in Iowa, capturing 23 percent of the vote. Former Massachusetts Governor Mitt Romney trails Paul in that poll by three percentage points. Despite this proven success, however, the mainstream media and GOP establishment continue to shoot down any chance at Paul capturing the nomination and the legitimacy of his campaign. Fox News commentator Chris Wallace went as far as to saw that a victory in Iowa for Paul “won’t count” as far as the caucus is concerned, although the state’s primary has historically stood as a kingmaker as far as the Republican Party is concerned. […]

»Is the GOP really that scared of a potential Paul victory? Jones added on his radio program Monday this week that Republicans ware now readying a newsletter campaign and will take to other mediums to attempt to discredit the congressman at any chance. Why the congressman from Texas has some of the same goals as his fellow Republican frontrunner, including the abolishment of several governmental programs, it looks as though the candidate’s libertarian leanings has enough of the establishment scared that his presidential promises could become a reality. […]

»“The establishment has gone all out to virtually sabotage the credibility of the primary weeks before it even takes place, terrified that a Ron Paul success could upset the apple cart of the two RINO [Republican In Name Only] establishment candidates,” adds Inforwars.com columnist Paul Joseph Watson on Tuesday. With polls continuing to put Paul at or near the top of the race, that terror that’s plaguing the rest of the Republican Party will only worsen as the Iowa Caucus nears. For the loyal legion of Paul fans, however, the only thing those people are scared of is a candidate who isn’t fearful of actually bringing hope and change to the United States of America.»

En réalité, la seule “riposte” anti-Paul se situe au niveau du ragot et concerne le vieux soupçon de racisme, basé au départ sur les positions originales de Paul sur la Guerre de Sécession et la lutte contre les droits civiques des années 1960. Ron Paul exprime toutes ses positions, moins en fonction du sujet, qu’en fonction de l’interventionnisme du pouvoir fédéral, auquel il s’oppose. Là-dessus ressort de la polémique des newsletters racistes, largement alimentée par des extrémistes de droite proches des neocons qui veulent barrer la route à Paul à cause de ses projets de politique extérieure. (Par exemple, RAW Story donne quelques détails, ce 20 décembre 2011, sur cette querelle très polémique, à laquelle la gauche participe indirectement par l’habituel réflexe idéologique, et sans trop s’interroger sur les arguments du débat.) On lira avec intérêt la chronique du 21 décembre 2011 de Justin Raimondo sur Ron Paul en général, et sur cette accusation de racisme en particulier. Encore plus remarquable, une lettre ouverte d’un Africain-Américain partisan de Ron Paul, qui fait une analyse serrée de cette question, concluant à l’inutilité et au vide politique complet de ces accusations, jusque dans le cas extrême que l’auteur choisit d’explorer, où Ron Paul serait le rédacteur de ces “lettres” (ce qui n’est pas le cas) et où les accusations de racisme seraient fondées (ce qui n’est pas le cas non plus, non seulement selon les déclarations de Ron Paul mais d’après son long parcours parlementaire).

On en est même à sortir la doctrine homosexuelle (le docteur Paul serait, également, épouvantablement “homophobe”), avec Jamie Kirchick, qui a débusqué l’épouvantable tragédie des newsletters racistes dans un article de The New Republic. Il faut lire le commentaire de Justin Raimondo, lui-même homosexuel qui ne s’est jamais caché de l’être sans pour autant en faire une doctrine salvatrice de civilisation, nous signaler un article du même Kirchick proposant en 2009 de créer au sein de l’U.S. Army une brigade de combat gayA Gay Brigade») pour montrer que les homos, sacrebleu, ne sont pas si efféminés qu’on croit et méritent leur place dans la croisade neocon… «What a porno shoot that would make – the Village People meets the Bush Doctrine!» Il faut admettre que la folie de ce Système en phase terminale d’effondrement a parfois de quoi déclencher des fous rires qui ont la vertu de nous détendre de nos angoisses diverses, – et l’on entend d’ici Justin, homosexuel notoire, en rire à gorge déployée, en titrant son article «We shall overcome», – avec le “bon docteur Paul” en bandouillère.

Il n’est pas du tout assuré que ces polémiques extrêmement basses, comme s’est la coutume, aient le moindre effet sur la popularité de Ron Paul en plein développement, et il nous paraît même possible qu’elles aient l’effet inverse. En effet, des défenses de Ron Paul sont nombreuses dans ces cas, et l’affaire peut alors aussi bien être interprétée par le public, d’ailleurs fort justement, comme une attaque vicieuse de l’establishment pour se débarrasser de ce terrible obstacle qui s’est dressé contre lui.

On en revient alors à l’essentiel, qui est la panique formidable, quasiment hystérique, qui s’est emparée de l’establishment, – le parti républicain d’abord, mais le reste aussi bien.

Le Système en vol sans visibilité au-dessus d’un nid de coucou

La panique est totale, absolue, nucléaire… Pour avoir pratiqué pendant des mois le négationnisme le plus complet à l’encontre, non du programme, mais de l’existence même de Ron Paul, les petites mains du Système sont parvenues à ce que le négationnisme se transforme en ce que nous nommerions pour distinguer la doctrine suprême de leur autodestruction, – un “inversionnisme”, mais dans un sens extrêmement vertueux. L’inexistant Ron Paul s’inverse totalement et devient un formidable bloc qui, soudain, écrase toute la vie politique américaine (les “paulistes”) et américaniste (les négationnistes). Nous fêterons Christmas au son des polémiques jaillissantes autour du bon/du maléfique “docteur Ron Paul”, – en attendant nos bon vœux et les siens, le 3 janvier 2012, dans l’Iowa.

L’intérêt du processus est effectivement de voir le Système s’enferrer, s’embourber dans le Sophisme élevé au rang d’œuvre d’art absolue et conduit droitement à une schizophrénie compulsive où deux univers se heurtent dans un vacarme de Jugement Dernier. La logique conduisant à nier la victoire de Ron Paul dans l’Iowa parce qu’il ne peut être élu président (“Ron-Paul-is-unelectable”) reviendrait, poussée à son terme disons jusqu’au 6 novembre 2012, à commenter ce jour-là qu'une victoire éventuelle de Ron Paul (contre Yes We Can Barack Obama) doit être absolument niée parce qu’elle représente la preuve absolue qu’il ne peut remporter la victoire (contre Yes We Cannot Barack Obama). Là aussi, et en mode turbo, le négationnisme le cédant à l’inversionnisme, pratiquement doctrine officielle, et la psychologie mise à la rude épreuve des montagnes russes et des miroirs déformants, – comme “un vol au-dessus d’un nid de coucou”. La phase finale de la crise de l’effondrement du Système commence donc par la crise de l’effondrement des restes de l’univers bâti par le Système, – le fameux virtualisme, – qui n’existait plus depuis beau temps, dont il ne restait plus que l’ombre et la carcasse, et tout cela s’effritant, se dissolvant en une poussière étrange qui n’a guère plus de consistance qu’un embrun de vapeur d’une bouilloire surchauffée, se dissipant aussitôt. Et ainsi l’année 2012 commence-t-elle avec quelques jours d’avance…

Nous voilà donc, – déjà ! – en 2012. Ce qui est étrange et extraordinaire, c’est que nous sommes déjà (bis) dans un Moment paroxystique concernant Ron Paul et l’élection de novembre 2012, et que rien n’est encore fait, qu’il nous reste encore dix mois et demi à ce rythme… Et nous disons bien, dix mois et demi, Ron Paul ou pas Ron Paul, car ce premier paroxysme à propos de Ron Paul ne tient pas au seul Ron Paul, elle ne tient même nullement à Ron Paul mais à la crise que son succès encore hypothétique révèle, qui n’a pas besoin de lui pour croître et embellir, désormais au galop déchaîné d’un torrent qui emporte tout. Disons que le “bon docteur” a fait sauter un verrou, et le torrent se déchaîne. Le système antiSystème Ron Paul a rempli le premier acte de sa mission, désigner le Système et le montrer tel qu’il est au monde des sapiens ébahis (cela, en attendant que le parti des salonnards parisiens découvre son existence dans les colonnes de ses quotidiens préférés).

Au-delà, que dire précisément ? Soudain, le succès médiatique de Ron Paul est phénoménal, nucléaire, – autre effet de l’inversionnisme. On commence à se rallier à lui (l’un des plus fameux présentateurs de radio US, le conservateur Jerry Doyle, malgré des menaces de ses employeurs). Même à Fox.News, où la haine anti-pauliste est de rigueur à cause de sa politique extérieure, on le défend, comme Neil Cavuto ce 20 décembre 2011. Le Christian Science Monitor va jusqu’à avancer, tremblant, ce 20 décembre 2011 : “Et si Ron Paul gagnait dans l’Iowa et dans le New Hampshire ?” (première primaire après le Caucus de l’Iowa). Rarement, le système de la communication n'aura autant fonctionné en mode Janus, le fourbe… Tout cela, en gardant à l’esprit que Paul dispose également de l’option, à un moment donné et selon les circonstances, d’abandonner la course à la désignation républicaine et de se lancer comme candidat indépendant. Les experts républicains tremblent également devant cette option, parce que, selon eux, elle a toutes les chances de priver les républicains d’une victoire au profit d’à Obama ; aucun n’ose s’aventurer dans l’hypothèse, pourtant désormais au moins aussi forte que la précédente, qu’une telle option pourrait donner la victoire à Paul, – cela, comme un dernier avatar du négationnisme anti-paulien, risquant là aussi de provoquer des effets “inversionniste” puissants…

Savent-ils donc ce qu’ils font ? Ils sont en train d’inventer un héros, un super-“American Gorbatchev”, peut-être encore bien plus ambitieusement et de façon bien plus déstabilisante que ne prétend l’être Ron Paul. (La référence à Gorbatchev, bien entendu avec toutes les différences entre l’URSS en phase finale et les USA en phase finale ; voir nos spéculations sur cette hypothèse, notamment le 22 juin 2009 ou le 14 octobre 2009.) Ils sont en train de créer une situation qui appelle irrésistiblement un super-“American Gorbatchev”, celui que ne sut pas être le pauvre Obama alors que le destin l’appelait pour cela. Mais, cette fois, la situation est totalement insaisissable, et elle va même dépasser le phénomène Ron Paul. Notre conclusion est donc, plus que jamais, au-delà de la possibilité d’une campagne triomphale de Ron Paul, qu’avec les USA en campagne présidentielle, nous sommes devant l’inconnue centrale de 2012, qui est aussi l’inconnue de la Chute finale du Système. Là encore, redisons que l’essentiel est bien le désordre que Ron Paul a réussi à provoquer, encore bien plus que son propre destin politique et son programme révolutionnaire pour le Système (c’est-à-dire contre le Système).