BHO confirme : l’arrière-cour est perdue


11/04/2012 - Bloc-Notes

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BHO confirme : l’arrière-cour est perdue

Le sommet des Amériques, ce week-end à Carthagène, en Colombie, s’annonce tristounet. La visite de Dilma Rousseff, digne fille spirituelle de Lula, le 9 avril à la Maison-Blanche, en a été comme une morose répétition. Les désaccords entre les deux présidents se sont révélés extrêmement vifs et ont été exposés sans le moindre fard même si avec politesse, comme s’il n’importait à aucun d’eux de tenter de les dissimuler. Rousseff a parlé comme si elle sortait directement de la réunion du BRICS à Delhi, à la fin mars, ou après des entretiens avec les Indiens pour une production commune du Rafale. BHO était cordial, mais l’esprit plutôt ailleurs, tant le président US semble tout entier concentré sur sa réélection et sur l’état financier et économique des USA, et les liens entre l’une et l’autre.

En privé, plusieurs commentaires US ont jugé la visite de la présidente brésilienne particulièrement embarrassante pour Obama. Fox.Nation, horrifié, titrait le 10 avril 2012 : « Obama Lectured by Socialist at White House.» (Pour “socialiste”, lire qu’il s’agit de la catégorie de celui qui ne sourit pas et oublie de remercier lorsqu’il est accablé par les charges que dispense la politique washingtonienne.)

Reuters fait une longue présentation, le 9 avril 2012, de la querelle principale, qui est ce que Rousseff nomme “l’expansionnisme monétaire”, dit “tsunami monétaire”, c’est-à-dire l’usage frénétique et quasiment hypomaniaque de la planche à billets. Cette pratique est effectivement une charge considérable pour l’économie brésilienne.

« Brazilian President Dilma Rousseff complained about U.S. monetary policy and failed to make major progress on trade in a White House meeting with President Barack Obama on Monday, highlighting strains between the Western Hemisphere's two biggest economies. Rousseff said that while expansionary monetary policies in wealthy nations were needed to keep global economic problems from becoming worse, she worried about the unintended consequences for developing countries such as Brazil.

»Brazilian officials have blamed low interest rates and bond-buying programs in Europe and the United States for causing a “monetary tsunami” that has caused liquidity to flow into Brazil, pushing up the value of its currency and making its exports less competitive. “Expansionist monetary policies ... ultimately lead to a depreciation in the value of the currencies of developed countries, thus impairing growth outlooks in emerging countries,” Rousseff said.

»Speaking at a press briefing shortly afterward, White House spokesman Jay Carney declined to comment on how Obama responded to Rousseff's concerns.»

Dans une dépêche annexe (également le 9 avril 2012), Reuters expédie le reste du contentieux, en quelques lignes qui ne sont pas inintéressantes. Elles nous apprennent que Rousseff-la-socialiste “lectured” également Obama sur les sanctions contre l’Iran et la Syrie, auxquelles elle s’oppose parce que ces mesures ne font qu’aggraver la situation, notamment avec les tensions à venir sur le pétrole cet été. Cette intervention a constitué un aspect de “politisation” de la rencontre assez déplaisant pour les USA, qui ont cru y distinguer l’effet de ce qu’ils jugent être effectivement une “politisation” anti-US du groupement BRICS. On n’a guère parlé de l’offre Boeing de vendre le F/A-18 Hornet au Brésil, de préférence au Rafale, alors que la partie US espérait au moins enrayer l’actuelle dynamique en faveur de l’avion français ; il semble que Rousseff ait marqué peu d’intérêt pour que ce sujet soit abordé, malgré l’insistance initiale de la partie US.

«Brazilian President Dilma Rousseff expressed concerns to U.S. President Barack Obama on Monday that sanctions against Iran could increase tensions in the Middle East and cause a sharp rise in oil prices, sources told Reuters. Rousseff's government has generally opposed sanctions against Syria and Iran, arguing they do more harm than good.

»Also, the two leaders did not explicitly discuss Boeing's proposal to sell F-18 jets to Brazil during their bilateral meeting at the White House, the sources said on condition of anonymity. Reuters reported in February that Brazil was “very likely” to choose a jet made by France's Dassault instead for a contract worth at least $4 billion to renew its Air Force fleet.»

Rousseff a donc donné à BHO un avant-goût de ce qui l’attend à Carthagène. La conférence des Amériques de 2012 est largement présentée comme celle d’un complet désenchantement par rapport à la rencontre de Trinidad d’avril 2009, où l’on vit Obama, comme un symbole de l’esprit de la chose, serrer chaleureusement la main de Chavez et échanger des plaisanteries avec le président vénézuélien aux anges. Même si les dirigeants sud-américains préfèrent un Obama réélu qu’un Mitt Romney élu, selon le calendrier officiel des présidentielles US, c’est uniquement par défaut et pour éviter d’ajouter l’insulte à l’injure. Le sommet de Carthagène devrait être le constat d’une part de l’échec des USA du séduisant Obama de reprendre en main, par le charme de la communication, le continent sud-américain entré en rébellion sous la présidence de GW Bush, et d’autre part de la quasi institutionnalisation de cette rébellion. Désormais, ce ne sont plus des trublions un peu exotiques comme Chavez, selon l’imagerie populaire type-BAO, qui représentent principalement la rébellion sud-américaine, mais des poids lourds comme la brésilienne Rousseff et l’argentine Kirchner. Le sommet de Carthagène sera une étape de plus dans le constat général de l’impuissance d’Obama de redresser le statut et l’influence des USA après la présidence Bush, et dans une zone particulièrement sensible pour la puissance américaniste… Le constat que l’arrière-cour de la puissance US ne fait plus partie du domaine intime des allégeances, mais qu’elle se considère désormais, au contraire, comme une partie intégrante du front anti-US et anti-BAO qui ne cesse de se structurer autour d’organismes tel que le groupe BRICS.

Obama, lui, n’apporte rien aux pays d’Amérique latine, alors que tant de problèmes concrets, parfois pressants et dangereux, affectent les relations entre les deux parties. Mais Obama est totalement impuissant à cause de la crise du pouvoir à Washington et de la dynamique du déclin accéléré des USA, et de sa propre ambition désormais réduite à sa réélection. Il ne peut donner que ce qu’il a et l’on est proche du constat qu’il n’a plus rien à donner. Ainsi en sera-t-il du sommet de Carthagène, qui a toutes les chances d’être morose, plein d’acrimonie à peine dissimulée ; de Trinidad à Carthagène, on lit à livre ouvert la courbe du destin de BHO, passé d’une popularité enthousiaste et presque extatique à la déception sans perspective, qui serait d’ailleurs la marque paradoxale de sa réélection si elle avait effectivement lieu.

Quelques mots sur le sommet de Carthagène, présenté par Reuters, le 10 avril 2012.

« Three years after being feted by star-struck Latin American leaders, President Barack Obama faces skepticism and disappointment at this week's Summit of the Americas for failing to meet promises of a new era in relations with the region. Obama's first meeting with leaders from the hemisphere in Trinidad and Tobago at the height of his popularity included a vow to mend ties with Cuba and a photo-op handshake with Hugo Chavez, the Venezuelan president and pugnacious U.S. critic.

»This year, Obama is more focused on re-election than foreign policy and is set to receive a grilling over contentious issues like the drugs war, Cuba and even U.S. monetary policy from heads of state eager to remind him that Washington is growing less relevant for the region. “The deception and disappointment are quite real,” said Hal Klepak, a Canadian history professor and Latin America expert. ”The last summit's focus was the ‘Obama show,’ this time what we have are years of nothing happening.”»


Mis en ligne le 11 avril 2012 à 05H46