Assange face au parti (unique) des salonards


20/04/2012 - Faits et commentaires

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Assange face au parti (unique) des salonards

20 avril 2012 – le plus chenu et le plus vulnérable d’entre tous, à dedefensa.org, se rappelle fort bien son premier réflexe, il y a encore un ou deux ans d’ici, disons dix-huit mois par exemple, lorsqu’il entamait sa rude et stoïque journée de travail, quelque part entre 03H30 et 04H00 : aller consulter le site du Guardian et celui de The Independent. Aujourd’hui, que fait le old man ? Consulter PressTV.com et Russia Today (RT)… Outre l’évidence de la qualité, de l’étendue et de la liberté de ces deux sites (shocking dear, mais c’est comme ça, – et nous sommes prêts à la plaider sur la distance, cette affirmation, et d’une façon drôlement substantive et avec exemples à l’appui, et comment…), outre cela, il y a l’évidence de la différence entre ce qui est pourri (comme un fruit) et ce qui ne l’est pas, avec en plus l’insupportable arrogance de la vertu satisfaite, du côté de la pourriture de la presse-Système ayant regagné son alignement originel.

Que s’est-il passé ? L’affaire Assange versus le Guardian & consorts fait l’affaire, en guise d’explication. Il y a de belles et fortes leçons à tirer de la dernière passe d’armes, venue d’ailleurs du seul côté “Guardian & consorts”, à l’occasion de la première émission de Assange sur RT (Assange en hôte-intervieweur, pour le compte de RT, pour sa première émission où il interroge le chef du Hezbollah). Assange et RT s’attendaient à des réactions assez vives, notamment des médias britanniques, et, d’autre part, Assange doit prendre des dispositions de protection vis-à-vis de possibles actions officielles, d’une forme ou l’autre, venant notamment des USA. (Il est actuellement assigné à résidence….) Tout cela est signalé dans un texte de RT, le 17 avril 2012. Dans un autre texte, de RT également, le 18 avril 2012, Assange tente de venir en aide à ses détracteurs en leur donnant quelques consignes acceptables, et assez confortables puisque plongées dans le stéréotype qui lave plus blanc…

«“Corporate media and regime propaganda machines alike excel in the mass production of sensationalist smears against individuals and organisations they perceive to be social, political or economic competition. Fortunately WikiLeaks is all three,” his statement reads. Since he is tired of “the lack of imagination and poor sense of humor evinced by journalists and public figures,” Assange decided “to hold out an olive-branch to our overworked detractors, by writing higher quality smears for them.”

»Here are just a few: 2.1 Assange is a Kremlin patsy, employed by the Kremlin, the show is propaganda, editorially controlled by Putin and filmed by the FSB! 2.4 Assange is desperate, marginalized pariah, rightly rejected by the Western media. The only people who will work with him are US-hating Russians! 2.6 Assange is only interested in money – the Kremlin must have paid him big bucks! 5.8 Assange can’t hold a conversation for more than 26 minutes! 5.9 Assange won’t shut up for the entire 26 minutes!»

Le même texte donne quelques extraits de journaux-Système sur l’émission d’Assange, effectivement conformés à la consigne. On s’attache, pour notre part, à la réaction du Guardian, en citant les passages les plus dignes d’intérêt pour notre sujet plus général, – parce que le Guardian est en première ligne dans cette entreprise. Le texte est du 18 avril 2012, de Luke Harding, et va largement puiser dans la littérature anti-communiste des années 1980, quand il était de bon ton de se faire anticommuniste, concernant les évènements des années 1930, quand il était de bon ton de ne pas se faire anticommuniste. Il y a, là-dedans, le sens d’une brûlante actualité dans la pérennité.

«The Kremlin propaganda channel Russia Today has exclusive initial rights to the show, broadcast for the first time on Tuesday around the world… […]

»The most insidious aspect of Assange's show is not what is in it, but what isn't. Russia Today – now styled RT – is state-owned and Kremlin-controlled. It is remarkable for how little reporting it devotes to what is going on inside Russia today. There is no mention, for example, of top-level corruption, Vladimir Putin's alleged secret fortune – referenced in US embassy cables leaked by WikiLeaks – or the brutal behaviour of Russian security forces and their local proxies in the north Caucasus.

»Instead, the channel offers a shiny updated version of Soviet propaganda. The west, and America in particular, is depicted as crime-ridden, failing, and in thrall to big business and evil elites. RT's favourite theme is western hypocrisy: “How dare you criticise us when you do the same?” The English-language channel portrays itself as “anti-mainstream”. In reality it reflects Putin's own conspiratorial, touchy and xenophobic world-view while staying mute about Russia's own failings.

»The mystery is why Assange should agree to become a pawn in the Kremlin's global information war. Perhaps he needs the money. Assange's anti-American agenda, of course, fits neatly with the Kremlin's own. Russia prides itself on having undesirable allies; expect Venezuela's Hugo Chávez or Belarus's Alexander Lukashenko on future shows. In Tuesday's interview Nasrallah expressed support for the Syrian regime of President Bashar al-Assad. By happy coincidence this is Moscow's position.

»It's inconceivable, meanwhile, that RT would interview Doku Umarov, the Islamist leader whose followers are fighting a vicious war in southern Russia, and whom Moscow regards as a murderous terrorist. (When the Australihjklmùan TV channel ABC interviewed one of Umarov's predecessors, Shamil Basayev, who was later assassinated, the Kremlin expelled the channel from Russia). Nor is Assange likely to interview leading critics of the Russian regime.

»US cables released by WikiLeaks in December 2010 paint a dismal picture of Putin's Russia as a “virtual mafia state”. Has Assange read them? It seems extraordinary that Assange – described by RT as the world's most famous whistleblower – should team up with an opaque regime where investigative journalists are shot dead (16 unsolved murders) and human rights activists kidnapped and executed, especially in Chechnya and other southern Muslim republics. Strange and obscene.

»There is a long dishonourable tradition of western intellectuals who have been duped by Moscow. The list includes Bernard Shaw, the Webbs, HG Wells and André Gide. So Assange – whether for idealistic reasons, or simply out of necessity, given his legal bills and fight against extradition to Sweden – isn't the first. But The World Tomorrow confirms he is no fearless revolutionary. Instead he is a useful idiot.»

La querelle entre Assange et le Guardian éclata à la fin de 2010, essentiellement à cause de désaccords, sans doute sans gloire excessive, ni pour l’un ni pour l’autre, concernant les méthodes de diffusion du matériel WikiLeaks, et les prérogatives et intérêts allant avec. Le Guardian jouait un rôle central dans l’énorme diffusion de centaines de milliers de câbles diplomatiques secrets US, à une époque où la collaboration Assange-Guardian semblait exemplaire. Les péripéties de la brouille, dont il est difficile de sortir un jugement équitable, sont notamment rapportées, le 8 janvier 2011, dans The Independent. Si Assange est sans doute un caractère difficile, avec une conscience sans doute trop affirmée de son vedettariat, il est manifeste que, de son côté, le Guardian entendit prendre le contrôle de cette affaire spectaculaire, avec les retombées lucratives l’accompagnant. Il y avait également, entre les deux parties, un affrontement conceptuel, entre Assange affirmant la nouvelle toute-puissance de l’Internet et de son information alternative, et le Guardian, prétendant à la pérennité de l’importance première de la presse classique, – presse-Système quoi qu’il en soit, même dans son cas de journal se targuant d’être critique du Système, – dans tous les cas à l’époque, pour ce qui est de la critique… Car, de ce point de vue, certes, les choses ont évolué. L’on se trouve alors au cœur même de la querelle.

Les commentaires des lecteurs du texte de Harding n’ont pas en général suivi la ligne de l’article. L’un d’eux, repris dans le texte RT du 18 avril, expose le problème Assange-Guardian tel qu’il est devenu : «Ooh, you really have a problem with Mr. Assange don't you? I notice you don't bother with the shortcomings of the Western press of which you are a part. Do you really suppose that you bother with the uncomfortable truths either? Russia Today might not be everyone's cup of tea, however it does provide a platform for honest journalists and commentators.

»Calling RT a ‘Kremlin propaganda channel’ putting a bit strongly. My guess is calling the BBC ‘Westminster propaganda channel’ would be nearer the truth. RT is often propaganda, yes, but it happens to be right about half the time. It is an appropriate counterpoint to Western propaganda, which is about as likely to come from the pages of The Guardian, responsible for selectively censoring numerous WikiLeaks cables in accordance with the interests of the UK government and corporations.»

La lecture du texte de Harding est effectivement révélatrice, et, pour notre part, moins en fonction de qui fait quoi de plus ou moins vertueux, qu’en fonction de ce qu’il nous révèle du sentiment et de l’état d’esprit du Guardian, et, au-delà, de la presse-Système dans sa composante dite libérale qui se signala par une opposition au Système durant les années Bush. C’est cette opposition qui fit qu’Assange se tourna vers le Guardian pour la diffusion des documents WikiLeaks, croyant effectivement qu’il s’agissait de la situation du type “même combat”. Il y avait erreur. Le Guardian s’opposait à Bush, à la droite (néoconservatrice ou pas), mais, comme cela apparaît désormais, nullement à la “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct”, et nullement au Système. La gauche libérale interventionniste du parti des salonards, de BHL à Hillary Clinton, en passant donc par le Guardian, n’a rien à redire à cette politique  ; au contraire, elle en est l’ardente promotrice comme, finalement, elle le fut dès l’origine (Hillary encourageant son mari à ordonner les «bombardements humanitaires» [selon Vaclav Havel, de la même chapelle] sur le Kosovo en 1999).

Il est significatif que le Guardian ait choisi Luke Harding pour réagir. Même si Harding est co-auteur du livre WikiLeaks: Inside Julian Assange's War on Secrecy (livre édité par le Guardian, plus anti-Assange que pro-WikiLeaks), c’est David Leigh qui en est la cheville ouvrière, suivant en cette tâche les consignes précises de son beau-frère Alan Rusbridger, directeur du Guardian et inspirateur de la ligne du journal. Dans ce cas, la riposte du Guardian à Assange-RT est confiée au journaliste qui n’est pas loin de pouvoir être considéré comme le plus anti-russe (on allait dire “le plus anti-soviétique”), aujourd’hui sur la place de Londres, – qui n’en manque pourtant pas. Son texte est effectivement une attaque anti-russe bien plus qu’anti-Assange, à moins de voir Assange, comme cela est le cas, comme rien de moins qu’un de ces “idiots utiles” collaborateurs des Russes (on allait dire du “communisme stalinien”).

La coloration style-années trente de son article est également remarquable, – dans l'hypothèse des années 1930 où un journaliste du libéralisme progressiste aurait accepté de savoir exactement ce qui se passait en URSS, – ce qui n’était certainement pas le cas, puisque les “idiots utiles” se recrutaient, justement, largement dans ces milieux. Il s’agit d’une coloration stalinienne, pleine de supputations et d’insinuations qui affleurent la diffamation, appuyée sur une haine qui semble sans limite de la Russie et de Assange par conséquent, puisque Assange ne s’est pas conformé aux consignes du Guardian et travaille avec RT. Harding écrit, lui, comme un “idiot utile” dont le Staline s’appellerait Système, avec la même dévotion, le même parti pris. Ainsi exprime-t-il, encore plus que le sentiment de Rusbridger et de son beau-frère, et du Guardian, le sentiment du Système. Ainsi faut-il constater qu’aujourd’hui, les meilleurs interprètes du Système se trouvent effectivement dans ce champ du libéralisme interventionniste, notre parti des salonards. A notre sens, ils ont supplanté les néoconservateurs en comme noyau central du War Party (avec ceci qu’une partie des néoconservateurs les ont rejoints, ce qui revient finalement pour eux à un retour aux origines). Passons donc à notre sujet central, qui est le rôle et la place désormais centraux du parti des salonards dans le Système.

Bombardements à coups de “principes”-slogans

Pour cette coterie internationale et éventuellement internationaliste à l’intérieur du bloc BAO, qui va de la Rive Gauche à Hollywood, et qui passe par le puissant establishment libéral-progressiste britannique, qui comprend la presse transatlantique et ses appendices parisien et européen, les vedettes de la TV et autres, les intellectuels postmodernistes, etc., – pour ce que nous nommons le “parti des salonards”, étendu à tout le bloc BAO avec quelques satellites ici et là, il y a un événement fondateur, qui reste tel : l’élection de Barack Obama, un Africain-Américain. Il ne s’agit ni d’un événement politique, ni d’un évènement symbolique, mais d’un événement extatique. Il n’a aucun rapport ni avec l’homme, ni avec son intelligence, ni avec ses allégeances, etc., et tout avec ceci (pour faire court, après tout) : un black à la Maison-Blanche ! Le triomphe symbolique de tous les mots d’ordre de ce “parti”, de l’antiracisme comme arme de terreur, au multiculturalisme, au droit d’ingérence interventionniste, etc.

Ce point marque plus qu’il n’explique l’évolution d’une puissance de ralliement de ce parti des salonards et transatlantique qu’est le Guardian d’une posture anti-guerre en 2003-2009, et de son changement, à partir de 2010, en organe du War Party, avec des variations de circonstance, sur la Libye, l’Iran, la Syrie… Ainsi, la rencontre Guardian-Assange/WikiLeaks de 2009-2010 était-elle basée sur un quiproquo qui éclata au grand jour à l’occasion d’une querelle d’éventuels gros sous, puisque la logique idéaliste d’un Assange est fondée sur une sorte d’anarchisme-Internet, qui ne peut se concrétiser qu’en une opposition farouche au bloc BAO.

Cela observé, il reste que le facteur symbolique-extatique de l’élection d’Obama n’est que cela ; c’est-à-dire qu’il n’est rien en lui-même, ni par rapport à l’homme (Obama), ni par rapport à sa “politique” (rien de nouveau avec lui) ; c’est-à-dire qu’il symbolise, d’une façon extatique encore une fois, la “prise de pouvoir” de la politique internationale, et de l’inspiration de la communauté internationale, par le “parti des salonards”. (Par ailleurs, on a pu voir des signes concrets de cette prise de pouvoir, qui est à l’occasion dans le sens de l’action, comme avec le rôle de BHL dans l’affaire libyenne, qui est le plus souvent effective par un emprisonnement hermétique, avec à la fois une consigne dialectique d’une puissance extraordinaire résumée par les “principes”-slogans bien connus [démocratie, droits de l’homme, etc.], et une pression psychologique déployée par tous les moyens de pression du système de la communication, avec tous les montages virtualistes qu’on connaît bien, comme dans le cas de la Syrie, ou de l’Iran.)

C’est en cela que l’affaire Guardian/Assange est particulièrement intéressante, en nous indiquant un tournant majeur par la répudiation d’un homme (Assange) porté au pinacle lors du déferlement WikiLeaks et aujourd’hui mis à l’index de l’infamie et de la félonie parce qu’il refuse de s’inscrire dans la logique de la dynamique de la “politique” du parti des salonards en prenant une posture insurrectionnelle contre le bloc BAO, et les USA précisément, et cela par le biais russe (RT). Assange est logique avec lui-même, dans la logique de la bataille WikiLeaks, mais cette logique le fait rompre avec ses “compagnons de route” du temps de l’époque Bush qui suivent, pour leur part, l’entraînement irrésistible d’une dynamique à laquelle le qualificatif de “politique” ne correspond plus du tout.

D’autre part, Assange présente un cas limite : il est lui-même confronté à des perspectives extrêmement contraignantes, assigné à résidence au Royaume-Uni, avec la menace d’une extradition vers la Suède qui pourrait s’avérer être une extradition vers les USA où il serait immédiatement broyé par la machine répressive du Système, dans les conditions les plus arbitraires et les plus inhumaines possibles. Assange joue sa peau, et il a décidé de la jouer en se battant à sa façon, tout en tentant de s’assurer les moyens de sa survie. D’un côté, il n’a pas grand’chose d’autre à faire, d’un autre côté son acte relève du défi et de l’héroïsme par nécessité. C’est une situation de désordre et d’extrémisme typique de la crise du Système marquée par l’irruption du parti des salonards.

D’une façon plus générale, avec cette “prise de pouvoir” du parti des salonnards, nous sommes placés devant une situation qui peut être caractérisée par un certain nombre de points.

• La bataille se fait désormais presque exclusivement dans le champ du système de la communication. On a déjà vu cela à plusieurs reprises, que ce soit avec le cas de la Russie (voir le 14 mars 2012), que ce soit avec le cas de la Syrie, où la Russie intervient (voir le 2 avril 2012). Cette omniprésence du système de la communication est absolument naturelle, en raison de la conformation du parti des salonards, de ses activités courantes, de ses moyens d’influence, etc., et elle engendre naturellement le phénomène du virtualisme, qui est ici le rescapé de son époque triomphante et qui ne reste actif qu’avec les directions politiques et les “élites”-Système presque toute entière représentées par le parti des salonards.

• La “politique” du parti des salonards est l’achèvement des évolutions successives de la politique-Système, depuis 9/11 d’une façon éclatante. Il n’y a plus aucun but précis de type économique, géopolitique, etc., mais simplement une poussée générale au nom des “principes”-slogans évoqués plus haut, et une pensée dans n’importe quel sens, au gré des “causes” et des occasions générées par l’activité du système de la communication en fonction de ces “principes”-slogans. Cela n’empêche pas des intérêts divers, des plans d’investissement divers, des complots divers, des ambitions diverses, de se greffer sur les entreprises qui sont lancées, mais en aucun cas ces constructions ne figurent la cause centrale, qui est “opérationnalisée” par l’activisme du parti des salonnards. Le résultat de cette “cause centrale” est le désordre et l’incohérence, l’absence complète de logique politique, de rationalité et d’efficacité, voire de calcul et d’habilité tactique, sans même parler de stratégie ; tout cela amène des écarts considérables, imprévus et imprévisibles, désarçonne des entreprises intéressées du Système, ou au contraire les relance. Mais ce désordre n’importe pas, puisque le but principal est cantonné à l’affirmation des “principes”-slogans, et la situation naturellement et logiquement, voire vertueusement, développée, ou changée, ou transportée d’une crise à une autre, selon les possibilités et les opportunités d’affirmation de ces “principes”-slogans. L’essentiel est d’affirmer, de proclamer, non d’agir, ni de l’emporter, ni de conquérir, etc. On ne cherche pas (plus) une stabilité impériale, on cherche une instabilité permanente qui permette de couiner ces “principes”-slogans, de les hurler, comme on ferait une gymnastique permanente de la vertu.

• L’attitude générale qui triomphe est donc l’irresponsabilité : puisqu’il n’y ni intérêts, ni plan, ni complot à la base de l’action, il n’y a aucune responsabilité à imputer à ceux qui développent cette action, guidés qu’ils sont par des “principes”-slogans apparaissant comme d’une essence supérieure, intouchable, qui n’ont aucun besoin d’être explicités, qui n’ont aucun besoin de résultats tangibles pour être justifiés, qui exonèrent par conséquent les exécutants de toute responsabilité. Toutes les directions politiques ont adopté cette “politique” et la conduisent avec une hargne et une pusillanimité sans égale, sans y rien comprendre des tenants et des aboutissants, ni même des circonstances, – bref, en ne comprenant rien de rien. (Dans une synthèse de la réunion hier soir des “amis de la Syrie”, dans Antiwar.com, le 20 avril 2012, Jason Ditz termine par ces mots la description d’une Hillary Clinton affirmant que les USA allaient déposer une résolution à l’ONU pour renforcer les sanctions contre Assad, comme s’il s’agissait de contraindre Assad à accepter un processus conduisant à un arrangement, – alors qu’est en cours un processus accepté par Assad, dont on espère qu’il conduira à un arrangement, – alors que les Russes tiennent sur la position ferme, évidente de logique, du refus d’aucune interférence dans ce processus en cours, qui implique leur veto pour toute tentative dans ce sens… «…Secretary of State Hillary Clinton demanding a new round of sanctions against the Assad regime and a full arms embargo to punish it for “non-compliance” with the ceasefire, even though by all accounts the ceasefire actually is still in effect. Clinton conceded that the resolution is almost certain to be vetoed but as usual didn’t appear to understand why.»)

• Il s’agit évidemment d’une pression déstructurante et dissolvante, et toute force structurante de résistance est perçue comme ennemie et l’objet d’une bombardement continuel par “principes”-slogans, assortis d’insinuations, de calomnies, d’accusations, de condamnations, etc. La Russie est le pays le plus affecté part cette offensive, puisque le plus structuré, le plus conscient de cette situation de dissolution, etc. Le discours contre elle est absolument marqué par une haine totale, sinon totalitaire et absolutiste, qui ne peut être adoucie ou nuancée par rien du tout ; il s’agit d’une haine que n’eurent jamais à subir, ni un Staline, ni tel ou tel administrateur du Goulag, qui furent d’ailleurs, à leur époque, assez bien appréciés par les grands-parents des actuelles vedettes du parti des salonards.

D’une façon générale, les inspirateurs et animateurs de cette dynamique (ceux du parti des salonards) ne souffrent pas trop du désordre anarchique engendré par son développement, n’ayant effectivement aucune responsabilité et n’étant comptable d’aucun résultat, d’aucun effet, et n’ayant pour ambition que la proclamation de leurs “principes”-slogans. Ils sont caparaçonnés dans une situation de critique constante bâtie sur leur propre vertu, qui est une critique s’adressant principalement à la réalité, ayant comme principal argument contre cette réalité de n’être pas conforme aux “principes”-slogans selon leurs propres jugements sans appel, fondés sur des références et des évidences bidouillées à la hâte pour être irréfutables (cas de la Syrie). Le cas des “opérationnels” de cette politique est plus complexe, parce qu’ils affrontent chaque jour les effets réels de cette schizophrénie. Ils montrent les traces psychologiques et physiques de leur désagrégation, de leur dissolution interne ; on en a l’exemple, justement rappelé, avec le visage d’Hillary Clinton, partagé entre des périodes d’exaltation largement caractérisées par l’hystérie et des périodes d’ahurissement relevant presque de l’idiotie pathologique («…but as usual [she] didn’t appear to understand why»).

Le mystère de cette situation est de tenter de comprendre et de débrouiller cette circonstance où les esprits et les psychologies sont totalement prisonniers de mécanismes qui les conduisent dans des voies chaotiques alimentant un désordre qui n’a plus aucun sens pour personne, – sinon, pour leurs adversaires, de distinguer chez eux les effets des influences malignes, – et qui a comme come conséquences principale et indubitable de détruire par dissolution la substance même des positions que prétendent défendre ces esprits et ces psychologies. Cet emprisonnement acquiescé d’une influence sans aucune légitimité, celle du parti des salonards, si complètement génératrice d’autodestruction, conduit à envisager des hypothèses intéressantes d’influence de forces extérieures, des forces d’influence non-humaines, assez puissantes pour paralyser ou pour infecter toute réaction constructive, principalement sinon exclusivement de la part de ceux qui sont censés conduire les actions à l’avantage du Système. C’est qu’en effet le résultat obtenu est toujours le même, qui est celui d’alimenter et d’accélérer le processus de transformation de la dynamique de surpuissance du Système en dynamique d’autodestruction. Le parti des salonards joue dans cette pièce un rôle distingué, et un rôle d’une efficacité sans précédent.

L’affaire Guardian/Assange, passée désormais au stade de l’affrontement classique du Système dans son antagonisme avec la Russie, nous permet d’avancer un peu plus dans notre enquête. Elle met en évidence cette évolution du parti des salonards, passé de la position dialectique de libérateur et de défenseur des libertés, même s’il s’agissait d’une position de convenance convenant à sa vertu d’apparence, à celle d’oppresseur des défenseurs de la liberté, désormais à visage découvert, avec cynisme, avec la plus complète absence de vergogne... Le parti des salonards est devenu le principal outil du Système, il est devenu son outil presque parfait d’autodestruction, et il l’est à ciel ouvert, comme s’il jouissait absolument du forfait.