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Article : Conversation à propos de l’IA

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Naturel ou artificiel : il va falloir choisir son camp

jc

  02/02/2026

Toutes les religions ont, d'une façon ou d'une autre, sacralisé la nature. Sauf la nôtre, qui a choisi de sacraliser la technique. (1)

Internationale traditionaliste ou Internationale progressiste ?  ( https://www.dedefensa.org/article/la-iere-internationale-tradi-en-embuscade )


René Thom a choisi son camp (2) et m'a convaincu que c'était le bon : "Il faut décourager l'innovation. (...) Sinon, si nous continuons à priser par-dessus tout l'efficacité technologique, les inévitables corrections à l'équilibre entre l'homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques." (3)

Vivons-nous la phase terminale du progressisme ? René Guénon nous dirait sans doute que tous les signes des temps sont là pour indiquer que nous arrivons la fin d'un âge de fer.

Vers un nouvel âge d'or ? Thom en propose un.


(1) pour Thom  la rupture s'est faite à la coupure galiléenne, coupure encore visible en anglais (distinction physician -> physicist), et en français (glissement sémantique artisan -> technicien). Voir https://www.youtube.com/watch?v=fUpT1nal744  (à partir de 37'50 -coupure démiurgique/herméneutique de 46'55-à 48'55)

(2) Thom s'affiche comme philosophe de la nature :

" Il existe au départ un obstacle à l'existence d'une philosophie de la nature : c'est celui que pose le problème de la « démarcation », à savoir l'établissement de critères permettant de distinguer la connaissance scientifique de celle qui ne l'est pas : un « Naturphilosoph » ne saurait être « démarcationniste ». Ce problème qui a eu pour l'épistémologie positive et néopositive une importance cruciale a aujourd'hui perdu beaucoup de son acuité.
(...)
Le « philosophe de la nature » que j'envisage aura un point de vue
résolument anti-démarcationniste. On peut imaginer un spectre quasi-continu joignant les assertions les plus solidement établies (par exemple un théorème de mathématique) aux affirmations les plus délirantes. La pratique de notre épistémologue peut être ainsi décrite. Partant des points de contact obligés entre science et philosophie, il s'efforcera d'épaissir l’interface entre science et philosophie ; il sera donc philosophe en sciences, et scientifique en philosophie." (1988)

(3) "L’idée qu’il pourrait y avoir dans la nature des instances dont le comportement imiterait -tout en l’excédant- notre propre intelligence et ferait ainsi obstacle à nos desseins les mieux fondés n’est pas sans provoquer en nous un réel malaise."

[ Contexte de la citation ci-dessus :"Le dédain pour la théorie qui se manifeste dans les milieux des expérimentateurs a sa source dans l'attitude analytique-réductionniste; or pour découvrir la bonne stratégie, il faut s'identifier à l'un des facteurs permanents du système. Il faut en quelque sorte entrer "dans sa peau". Il s'agit presque d'une identification amoureuse. Or comment pourrait-on aimer ce qu'on a, préalablement, cassé de manière irréversible [Thom parle ici de biologie !] ? Toute la science moderne est ainsi fondée sur le postulat de l'imbécillité des choses.Si ce postulat paraît assez bien fondé en physique (ou les difficultés théoriques proviennent le plus souvent du nombre infini des êtres à considérer), il n'en va plus de même en biologie (ni a fortiori dans les sciences humaines). Les phénomènes d’adaptation de certaines espèces vivantes devant nos traitements d’extermination chimique ou biologiques devraient nous inciter à plus d’humilité. Plutôt que de les attribuer stupidement au hasard néo-darwinien de mutations favorables bien promptes à se réaliser, on ferait mieux de se demander si les structures simulatrices de l’intelligence humaine ne sont pas engagées. "L’idée qu’il pourrait y avoir dans la nature des instances dont le comportement imiterait -tout en l’excédant- notre propre intelligence et ferait ainsi obstacle à nos desseins les mieux fondés n’est pas sans provoquer en nous un réel malaise. Car alors nos capacités de progrès dans le dévoilement de la nature s’évanouiraient et un monde bien triste, un monde sans jeu, s’installerait, véritable tombeau de l’humanité. Ici, inutile d’évoquer l’existence d’ « extra-terrestres » qui nous domineraient. Il nous suffit qu’il existe des êtres de nature abstraite, quasi-platonicienne, qui puissent jouer ce rôle. Toute science avertie devrait accepter cette possibilité et relever le défi." (Fin de « Aux frontières du pouvoir humain : le jeu », dernier chapitre de « Modèles Mathématiques de la Morphogenèse », 2éme ed., 1980) ]