laodan dandan
27/02/2026
Dans la nature, un pathogène est un agent qui provoque une maladie chez son hôte. Un parasite, en revanche, coexiste avec son hôte dans une relation d'exploitation mutuelle qui maintient une forme d'équilibre. Un pathogène est un envahisseur déstabilisateur, provoquant une maladie grave qui conduit finalement à la mort de son hôte.
À l'heure actuelle, l'agent responsable des maladies de l'humanité est l'esprit lui-même — non pas sa capacité inhérente, mais son système d'exploitation dominant et incontesté. Il s'agit d'un système spécifique et déséquilibré de logique sociétale qui est devenu pathogène. Cette logique installe dans notre esprit des systèmes de croyances et des visions du monde qui encadrent notre perception de la réalité tout en la détruisant activement.
La crise de notre époque n'est pas due à une pénurie de ressources, ni à un échec politique, ni à un manque de technologie. Elle résulte d'un échec de la logique sociétale de la Modernité Occidentale. Le système d'exploitation de la modernité occidentale – atomistique, réductionniste, fragmenté – s'est révélé brillant pour conquérir la nature, mais il s'avère fatal pour naviguer dans la complexité de la vie ou favoriser une évolution consciente de nos sociétés. C'est une logique de séparation dans un univers de connexion.
Les systèmes formels de logique ne sont pas des outils neutres ; ils fixent une vision métaphysique qui impose une ontologie particulière dans l'esprit des individus, et en tant que tels, ils constituent des infrastructures cognitives qui façonnent ce qui peut être pensé, dit et fait dans nos sociétés. Mais pourtant me direz-vous, nous ne manquons pas d'alternatives. La sagesse holistique a toujours été là : dans la perception animiste, dans le flux taoïste, dans la mémoire vivante des Kogis et dans la continuité de la civilisation chinoise.
Ce qui manque en réalité, ce n'est pas la perspicacité, mais la rigueur formelle nécessaire pour la rendre opérationnelle dans les domaines où réside le pouvoir : dans son code culturel, dans ses modèles sociétaux, dans ses institutions, et aujourd'hui dans ses algorithmes.
Pour guérir un système pathogène, nous devons le rencontrer sur son propre terrain : celui de la rigueur formelle. La logique atomistique domine, non pas parce qu'elle est vraie, mais parce qu'elle est calculable, vérifiable et intégrable dans tout, des algorithmes aux institutions. En revanche, la vision holistique est restée jusqu'à présent intuitive, narrative, marginalisée, dépourvue d'une grammaire suffisamment précise pour remettre en cause l'hégémonie de la séparation et de la rupture.
Je vous invite à lire The Pathogenic Mind ; un manuel qui identifie le pathogène, conduisant à l’effondrement sociétal Occidental. Il retrace la chaîne d'infection, depuis les premiers symptômes jusqu'à la convergence actuelle de multiples crises interdépendantes. Il décrit les mécanismes par lesquels le pathogène se reproduit dans le corps de son hôte. Et il propose un antidote.
Le pathogène est le système de logique atomiste né de la collaboration entre les hommes de force, et les hommes de connaissance religieuse, à l'aube de l'archetype societal du pouvoir. Codifiée par les Grecs, imposée par l'Empire romain, adoptée et diffusée par les Francs en association avec la papauté, puis mondialisée par la modernité occidentale, cette logique est désormais si profondément ancrée dans l'esprit des citoyens des pays participant à la modernité occidentale qu'ils ne peuvent plus percevoir la chaîne causale qui relie leurs croyances, leurs actions, et leurs comportements quotidiens à la convergence actuelle de multiple crises interagissantes (la GrandeCrise chère a Mr. PhG).
L'antidote est le système sociétal de logique qui fut rejeté il y a 10,000 ans à Göbekli Tepe. Il s'agit d'une logique, non pas de rupture et de conquête, mais d'interconnexion et d'harmonie continues. C'est la logique de l'ordre cosmique qui est une logique holistique.
La logique véhiculée par la Modernité Occidentale, au contraire, a rompu avec l'ordre cosmique et la primauté des dimensions physiques et biologiques de notre univers. Cette rupture a favorisé un paradigme de connaissance qui encadre la réalité dans une vision dualiste, matérialiste et atomiste du monde, un paradigme qui croit au pouvoir de la rationalité technique pour vaincre la nature !
jc
27/02/2026
Papelcrema : " Quel type d'être humain le libéralisme avancé produit-il réellement et quelles sont, à votre avis, les conséquences spirituelles, culturelles et politiques de l'absolutisation de ce «moi» déraciné de toute tradition, appartenance et destin commun? "
Carlos X. Blanco : " Un simple animal sans âme. "
Étymologiquement un animal a une âme. Pour moi le libéralisme avancé produit des animaux sauvages comme Donald Trump et Margaret Thatcher, pour qui la société est réduite à sa plus simple expression, à savoir la cellule familiale nucléaire (au mieux pour Trump…) (1). Il existe des sociétés animales très bien organisées (fourmis, abeilles…)
—————-
Carlos X. Blanco : " Tradere signifie « transmettre ». Personne ne veut recevoir du passé des bric-à-brac cassés, des cadavres embaumés, les vestiges d'anciennes splendeurs. On transmet ce qui est vivant, on le chérit et on en prend soin, on le transmet et on le confie aux nouvelles générations afin qu'elles en prennent soin et en amplifient la lumière." :
Thom écrit ceci à propos du rôle de la tradition dans le développement biologique : "Il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte. ".
Puisque pour Thom ce sont les mêmes dynamiques qui fondamentalement, régissent les évolutions des individus et des sociétés d'une même espèce (et, pour moi, l'évolution sociale est plus tardive que l'évolution individuelle, pérenne pour les abeilles mais actuellement encore loin de l'être pour les humains), on peut y entrevoir le rôle que doit jouer la tradition dans cette évolution.
—————
Carlos X. Blanco : Être traditionaliste, aujourd'hui, signifie être révolutionnaire. (...) "Nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Je ne connais pas l'histoire espagnole. En France, notre grande révolution n'est pas complète de mon point de vue, car l'ordre ancien (clergé et noblesse) étant actuellement remplacé par l'immonde ( je reprends les termes de Blanco) ordre nihiliste bourgeois, l'ordre à venir étant inscrit dans le titre I (de la souveraineté) des constitutions des IVème et Vème Républiques :
"Le principe est le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" (IVème) et "Le principe est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple" (Vème).
—————-
Carlos X. Blanco : " Cela ne pourra se faire que dans un Imperium. Un organe suprême d'autorité conciliatrice, et une autosuffisance militaire, nucléaire et énergétique, voilà ce qu'est l'Imperium. "
Napoléon 1er, premier empereur bourgeois. L'empereur qui découle des constitutions ci-dessus est le peuple lui-même et ne peut être autre que lui, il y a donc un progrès de principe. Mais, hélas, seulement de principe, car le titre II de ces constitutions montre clairement que leurs rédacteurs ne veulent pas de la souveraineté du peuple en s'empressent de lui imposer un souverain ( le président de la Vème élu au suffrage universel ) assorti de contraintes qui annulent pratiquement la volonté populaire ( aucun référendum n'est obligatoire pendant les cinq ans d'une législature ). Exit le "Vox populi, vox Dei" (2) et vive la dictature totalitaire.
[ Pour René Thom, lamarckien, il y a action du soma sur le germen (et donc, par analogie licite pour lui, action du peuple sur l'élite). Bien entendu la doxa actuelle impose le struggle for life individuel et le néo-darwinisme (qui refuse toute action du soma sur le germen -barrière de Weismann-. alors que Darwin, lamarckien sur ce point, l'accepte. ]
J'interprète l' "autorité conciliatrice" de Blanco comme une autorité spirituelle distincte du pouvoir temporel. Je vois le peuple élire "bottom-up" ses clercs -ses panoramix (3)- par communes nucléaires (2.500 citoyens environ) puis par strates successives (cantons, départements, régions), les clercs d'un étage élisant ceux de l'étage supérieur.
—————
Carlos X. Blanco : "L'objectif immédiat (...) est d'écraser l'hydre capitaliste (...) pour ramener la vie humaine dans son lit initial. (...) Une gauche anti-woke (comme le parti Soberania y Trabajo - Souveraineté et Travail), clairement anti-américaine, émerge timidement. On voit également apparaître, de manière minoritaire, un populisme de droite illibéral… et d'autres courants qui voient le jour. À long terme, ils devront converger: nous voulons des sociétés gouvernées selon le principe de la justice sociale, nous voulons un continent qui conserve ses racines, qui puisse se défendre, dont les États redeviennent souverains et où l'humanisme règne sur nos pays et nos cultures, loin des immondes théories bourgeoises."
Réunir le peuple de gauche ( Blanco cite le parti de Sahra Wagenknecht en Allemagne -pour moi l'internationaliste LFI et ses robespierrots (!) ont complètement raté le coche (4)- ) et le peuple de droite (en France je ne vois rien venir de ce côté-là), pour en faire un seul peuple uni. Bien entendu "nos" dirigeants font tout ce qu'ils peuvent pour préserver le statu quo.
( Peut-être à suivre…)
—————
(1) " There is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families "
(2) « Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. » (Machiavel)
(3) " Goscinny a tout compris." (Nicolas Bonnal)
(4) Voir ce qu'en dit Frédéric Lordon dans https://blog.mondediplo.net/boulevard-de-la-souverainete
Ni Ando
01/03/2026
"La guerre ou la paix ne sont plus maintenant des œuvres humaines, voulues par l’homme, mais deux aspects de la même fatalité qui entraîne vers d’autres catastrophes une humanité qui ne veut plus ni le mal ni le bien, ni la vie ni la mort, et dont le rêve inavouable, inavoué, serait qu’on inventât pour elle des machines qui la dispensent de penser, de vouloir, de prévoir…".
Georges Bernanos. « La civilisation contre l’homme » 1943.
Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier