Forum

Article : A propos de Goethe et de la violence

Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier

Vers la fin du suprémacisme ?

jc

  06/06/2026

1. L'hommage de Thom à Goethe.

Voici ce que le premier écrit sur le second au tout début d'un article consacré à Darwin (Apologie du logos, pp.600 et 604) :

" Les motifs qu'on peut avoir de s'opposer au darwinisme sont nombreux, et très inégalement valables. il y a ceux - pas encore disparus - du fidéisme créationniste. Il y a ceux des lamarckiens, classiques ou néo. Je partage ceux des tenants de ceux que l'on pourrait appeler le "structuralisme biologique", cette tradition qui, de Goethe et Geoffroy Saint-Hilaire à d'Arcy Thompson, voit dans le problème du plan général de l'organisme, de la morphogenèse en général, le problème central de la biologie." ;

" L'idée d'invariants structurels en biologie ne devrait pas, comme c'est le cas actuellement, être réservée à la seule génétique. C'est à l'idée de structurelle idéelle, l'Urbild goethienne, que la biologie devra revenir, si un jour elle veut attaquer de front le problème de la morphogenèse."


2. Thom lamarckien.

Thom, comme Darwin, accepte l'idée de transmission des caractères acquis. Il accepte aussi le dogme lamarckien "la fonction crée l'organe" (1), ce que Darwin et les néo-darwiniens refusent. 


3. Le dogme suprémaciste en biologie.

C'est le dogme central du néo-darwinisme énoncé en 1892 par le prussien August Weismann (3). 


4. Vers la fin du suprémacisme ?

Cette façon lamarckienne et thomienne de voir les choses fera hurler les suprémacistes de tout poil, Mais leurs rois actuels - je pense en particulier à Trump  et à Netanyahou - ne sont-ils pas presque nus ? 


5. Épilogue.

Alors que les progrès technologiques nous rapprochent tous les jours un peu plus de la technocratie (dictature totalitaire du règne de la quantité), l'acceptation des analogies soma/peuple et germen/élite impliquent de préserver une nécessaire forme de démocratie…


(1)  https://www.psynem.org/Art_psychanalyse/Preuves/Rene_Thom_Jean-Luc_Godard  (39'40)

(2) Esquisse d'une Sémiophysique p.127.

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Barri%C3%A8re_de_Weismann

Vers un Big Bang social planétaire ?.0

jc

  07/06/2026

Si le suprémacisme global explose - c'est à mon avis ce qui se passe actuellement - alors il y aura un nécessaire retour vers le localisme ( ce qui s'amorce timidement (1) ). ( Ce que je sens arriver me fait penser à la disparition des dinosaures…)

Dans un article de Douguine dont PhG a déjà parlé et reparlera certainement, j'ai noté l'iconoclaste  : " Les technologies de manipulation de la conscience sociale sont en usage depuis longtemps : elles sont à la base des religions, des idéologies et de civilisations entières. ". Est également iconoclaste "La transcendance démembrée", titre d'un article de René Thom dont la fin, reproduite ci-après, ne manquera pas - j'en suis convaincu d'intéresser Philippe Grasset, voire de l'interroger.

Réflexion finale sur le Logos johannique.

Dieu, par la Création, a donné le Monde à l'Homme. Par ailleurs, dans l'Incarnation, Dieu a offert son Fils pour le salut de l'humanité. D'où l'idée que selon la proportion Dieu//Monde = Homme/Logos, ce dernier terme puisse être identifié au Christ. Saint Jean l'a écrit : ΚΑῚ Ὁ ΛΌΓΟΣ ΣᾺΡΞ ἘΓΈΝΕΤΟ.

De nos jours, il nous est difficile de croire que le Verbe puisse devenir chair. On conçoit beaucoup plus facilement (après Darwin et l'Évolution) que le Verbe soit l'émanation de la chair, de la Vie. Cependant il y a quelques remarques à faire sur ce thème. J'ai toujours été frappé de la connotation quasi thermodynamique de la malédiction proférée par l'Éternel après la Faute : "Tu enfanteras dans la douleur, tu gagneras ton pain à la sueur de ton front". À l'époque (lointaine) où j'enseignais en Faculté la Mécanique Rationnelle, j'avais coutume de dire qu'il n'y a pas une, mais deux Mécaniques. Une Mécanique d'avant la Faute, sans frottement, où le temps est parfaitement réversible (et où, comme en Dynamique hamiltonienne, le changement est pure apparence, et où il ne se passe rien). Et une Mécanique d'après la Faute, où le temps est d'une essentielle irréversibilité, où la chaleur provenant de la dégradation de l'énergie accompagne tout changement, et où règne l'Histoire. Cette opposition n'est pas sans rappeler notre couple Transcendance-Prégnance (2). En effet une prégnance non transcendante se dégrade, elle dégénère en nature. "Tu enfanteras dans la douleur" est le prix à payer pour qu'une transcendance inférieure comme la vie puisse puisse jouir de la même propriété de conservation de la transcendance divine, et cette dégénérescence est la marque même de l'irréversibilité locale du temps. Dans cette optique, le Fils (dit aussi le Fils de l'Homme) ne peut guère apparaître que comme une forme "dégradée" du Père, ce qui va à l'encontre des dogmes habituellement reçus (par exemple la parfaite symétrie triangulaire de la Trinité. D'ailleurs le Saint Esprit n'en est-il pas l'élément prégnantiel ?). Mais mon propos n'est ici que pour manifester mon étonnement d'apercevoir à ces mythes fondateurs de notre civilisation une certaine profondeur "philosophique".

Finalement toute cette description pourrait être vue comme une transcription "métaphysique" du Big Bang de nos astrophysiciens (il n'est d'ailleurs pas sûr que ce dernier soit fondamentalement plus proche du Vrai). Il y aurait par exemple à explorer l'idée que la Création se répète, à échelle réduite, en des créations partielles et localement modifiées par le contexte, ainsi l'explosion d'une supernova est un Big Bang local, image réduite de l'original. Et si l'on poussait la métaphore du côté de l'infiniment petit, on ne serait pas loin de la vision des univers que Pascal entrevoyait dans un ciron…" 


(1) https://www.youtube.com/watch?v=q8h2kTb-hQA  (à la fin)

(2) Thom a fait toute une théorie des saillances et des prégnances. Dieu et le Christ sont - selon moi…- vus ici par le fidèle comme des saillances, Dieu comme saillance et prégnance transcendante, l'esprit Saint comme prégnance, et le Christ comme saillance dégradée susceptible de réémettre la prégnance originelle. Thom présente brièvement ces concepts au début de l'article en prévision de leur utilisation ultérieure. Il renvoie au chapitre I intitulé "Saillance et prégnance" de "Esquisse d'une Sémiophysique" pour plus de détails, où le lecteur découvrira à quel point il est ici iconoclaste, l'exemple typique qu'il donne d'une forme à la fois saillante et prégnante étant un appétissant morceau de viande propre à faire saliver le fidèle chien de Pavlov !




 

Vers un Big Bang social planétaire ?.1

jc

  08/06/2026

Pour espérer comprendre le .0, la partie "johannique" ne suffit pas, il faut y justifier la proportion aristotélicienne. Thom le fait plus haut dans l'article :

"Par l'acte de la Création, Dieu a fait le Monde, Deus mundum fecit, un prototype de la phrase transitive [Sujet Verbe Objet]. Mais, pour introduire l'Homme, il faut passer au schéma trivalent : Dieu a fait don du Monde à l'Homme. Et par une "antikinèsis" elle-même voulue du Créateur, l'Homme a nommé les êtres de la Création, ce qui justifierait le schéma de proportionnalité Dieu / Monde = Homme / Logos, la nomination par Deixis étant l'homologue de la création divine.

Voilà qui ne devrait pas néanmoins déplaire à un logocrate (1), mon "néanmoins" renvoyant à la rétrogradation thomienne du Logos par rapport à Dieu, rétrogradation qui, pour Thom, fait écran à  l'intuition (2).

Je vois maintenant l'article de Thom comme un article de théologie, voire peut-être, plus précisément, comme une ébauche d'un néo-catholicisme dans lequel sont mêlés le langage mathématique (le langage des dieux (3)) et le langage naturel. Je signale à ce propos que Apologie du logos (Hachette, 1990) traite précisément du rapport entre ces deux langages (4). 

Bruno Pinchard a écrit plus tard (années 2010?) un article consacré à "La transcendance démembrée" (qui date de 1992/93). Il ne semble pas voir les choses comme moi, malgré l'encourageant "y compris dans ses cadres théologiques" de la page 3. J'aime bien la vidéo (6) tournée pendant l'épidémie Covid19, dans laquelle on découvre le métaphysicien humaniste Bruno Pinchard, "spécialiste" d'Aristote et de Thomas d'Aquin, opposé au géomètre René Thom. On y découvre que "L'exploration des marches où se heurtent vouloir et étendue n'est pas chose aisée" (cf. (4)) ! On y remarque en effet que Thom insiste au point de s'énerver pour tenter de faire accepter à Pinchard la scientificité de son modèle (6). 

Je viens de revisionner (6) en pensant à une épidémie de foi en le néo-catholicisme que Thom propose peut-être, dans lequel la prégnance divine est.dégradée - réifiée- en prégnance vitale…


(1) Steiner :  « Le point de vue “logocratique” est beaucoup plus rare et presque par définition, ésotérique. Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l’incipit, dans le langage de l’homme. Il part de l’affirmation selon laquelle le logos précède l’homme, que “l’usage” qu’il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l’homme n’est pas le maître de la parole, mais son serviteur. Il n’est pas propriétaire de la “maison du langage” (die Behausung der Sprache), mais un hôte mal à l’aise, voire un intrus… ». Thom parle des remontées étymologiques d'Heidegger. Comment peut-on faire des remontées étymologiques si les mots sont de simples conventions ? Pour moi la querelle des universaux se résume à une querelle de majuscules et de minuscules, la même que celle de PhG fait entre matière et Matière (à l'inversion m/M près puisque, pour lui, la Matière est le Mal). À ce propos je pense que Thom ne se considère pas comme philosophe, mais comme "philosophe" (relire la fin johannique). et je pense aussi qu'il ne se considère plus comme mathématicien à partir de 1962, mais comme "mathématicien", ce qui fait qu'il est, encore actuellement, rejeté par de très nombreux philosophes et par de très nombreux mathématiciens…

(2) Modèles Mathématiques de la Morphogenèse" (MMM), 2ème ed., p. 167.

(3) C'est le sujet de "Logos phénix", avant dernier chapitre de MMM.

(4) "Ces deux pentes du logos manifestent sans doute une distinction irréductible entre deux modes d'appréhender l'existence. Le mode métaphysique, celui d'Aristote - l'être en acte (on agit comme on est" dit saint Thomas), et le mode géométrique, la forme visible dans l'étendue. (...) L'exploration des marches où se heurtent vouloir et étendue n'est pas chose aisée (...)" (fin de l'Envoi)

(5) https://umr8230.cnrs.fr/wp-content/uploads/2020/04/Tdemembree.pdf

(6) https://www.youtube.com/watch?v=dDnm_sIfK2o  ( 26'40 )