Une brèche dans la formidable muraille antirusse du Système

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Une brèche dans la formidable muraille antirusse du Système

La muraille antirusse établie par le système de la communication au niveau le plus officiel et pour le compte du bloc BAO, est à la fois formidable et immensément vulnérable. Formidable, parce qu’elle s’appuie sur toute la puissance du système de la communication dans sa fonction-Système, avec l’emprisonnement de l’esprit dans l’impératif orwello-pavlovien du déterminisme-narrativiste ; immensément vulnérable parce que ce formidable édifice est constitué d’une énorme quantité de sable et bâti sur le même sable de la narrative qui, au contact d’une vérité de situation, peut brusquement se dissoudre et emporter la muraille et ses fondations dans une dissolution mortelle. Dans ce contexte, le fait de pratiquer une brèche visible, publique, affirmée dans ce mur de sable constitue un acte qui pourrat être très-important, dont les conséquences peuvent effectivement entraîner l’énorme aggloméré de ce sable incontrôlable dans des conséquences vertigineuses à la manière d’un tourbillon, qui auraient le potentiel de détricoter presque instantanément certaines parties de cet édifice faussaire, type-Potemkine postmoderne, jusqu’à menacer le tout dans un grand élan de désordre... Pour l’instant, l’initiative suscite d’abord quelques signes de ce qui pourrait devenir effectivement un désordre vertueux, du type de l’hyperdésordre ; la situation est caractérisée par l’impuissance totale des autorités-Système qui lancent en vain, sans d’ailleurs vraiment insister, leurs injonctions aux fauteurs de brèche, lesquels répondent par l’indifférence ou la raillerie à peine dissimulée.

... En d’autres termes que certains de nos lecteurs pourraient trouver plus clairs mais qui prennent tout leur poids à la lumière de l’interprétation que nous avons donnée, les deux initiatives, d’une part d’un groupe de dix parlementaires français en visite officielle et ès-qualité en Crimée, d’autre part d’un groupe transnational formé au Parlement Européen (PE), “Pour un nouveau dialogue avec la Russie”, d’effectuer un voyage officiel à Moscou en septembre-octobre, constituent les deux faces du même événement dont il est nécessaire de souligner sinon l’importance dans tous les cas l’intérêt. Par ailleurs, l’évènement permet de mesurer l’importance nouvelle que pourraient affirmer les parlementaires nationaux et européens, en agissant de facto, du point de vue de la communication, comme des censeurs indirects mais impitoyables de la politique-Système antirusse suivie par les autorités nationales et les institutions européennes. Ces initiatives sont d’autant plus fortes et pertinentes que personne, absolument personne n’est capable de donner une justification sensée et argumentée de la politique antirusse absurde suivie par l’Europe et ses États-membres ; l’évidence suffit à cet égard, dans le sens où il existe une impasse intellectuelle totale pour justifier le politiquement injustifiable, pour argumenter à propos de ce qui ne peut l’être puisque le fondement est fait de ce sable faussaire (la narrative). Les positions officielles sont verrouillées sur des affirmations de principe qui ne reposent sur aucune démonstration qu’elles aient quelque correspondance que ce soit avec les principe dont elles prétendent dépendre. Elles sont entièrement élaborées sur la narrative en cours depuis novembre 2013/février 2014 dont l’évidence montre la complète distorsion, à un point où cette narrative crée un déterminisme de la pensée (“déterminisme-narrativiste”) qui, dans un mouvement de cercle vicieux, oblige à une réaffirmation constante de ces positions officielles faussaires. Cette rhétorique effectivement verrouillée a la même puissance et la même vulnérabilité que la muraille antirusse évoquée en tête de ce commentaire.

• On passe rapidement en revue, pour les informations de base, sur les deux initiatives auxquelles nous nous référons. La première est effectivement en train de se réaliser, puisqu’il s’agit du voyage en Crimée des dix parlementaires français. Divers textes apparaissent sur les sites officiels russes, qui font naturellement une grande publicité à ce voyage, dont celui-ci, de Sputnik.News le 24 juillet 2015 : «Nicolas Sarkozy, chef du parti Les Républicains et ex-président français, approuve complètement la visite des représentants de son parti en Crimée, rappelle le député de l'Assemblée nationale Claude Goasguen, dont les propos sont rapportés vendredi 24 juillet par le quotidien “Vzgliad”. “Bien sûr. Nicolas Sarkozy a même été très enthousiaste à ce sujet”, confirme le membre des Républicains, comme pratiquement tous ceux qui font partie de la délégation française.

»Le chef de la délégation du parlement français en Crimée, Thierry Mariani, a déclaré jeudi qu'il ne voyait aucune raison de maintenir les sanctions européennes contre la Russie. Le député a rappelé que le but de ce déplacement était de “voir de nos propres yeux” ce qui se passait en Crimée. Thierry Mariani pense que si le référendum n'avait pas eu lieu en Crimée en mars 2014, la région aurait pu connaître le même sort que le Donbass aujourd'hui. Par ailleurs, les députés français jugent inacceptable le refus de délivrer des visas Schengen aux habitants de Crimée.

»L'avion de la délégation française a atterri jeudi à l'aéroport de Simféropol. Thierry Mariani a noté que les députés avaient subi des pressions en raison de ce voyage en Crimée, mais que cela ne représentait “pas un grave problème”. La délégation comprend 10 députés et sénateurs français qui rencontreront les représentants des autorités locales, les habitants et les touristes sur la côte. Huit d'entre eux font partie des Républicains (anciennement UMP), et sont accompagnés par un représentant du centre et de la gauche. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a réagi de manière hostile à cette visite en Crimée et préconisé aux députés de s'abstenir de se rendre dans la péninsule.»

• Pour ce qui est de l’initiative venue du PE, on se trouve devant une extension intéressante du mouvement “officiel” de contestation de la position officielle du bloc BAO/section Europe. Dans ce cas, le cadre du PE a son intérêt, dans la mesure où il favorise la perception d’une parcellisation dans le sens du désordre des comportements de ce qui est au départ une stricte représentation-Système des diverses politiques en cours. Le PE est, de loin, l’institution la plus intéressante dans son évolution potentielle, pour refléter et exprimer le désordre grandissant qui touche les élites-Système et les directions politiques par rapport à une situation européenne en déliquescence accélérée. L’initiative exposée ici va évidemment dans le sens de l’accentuation de ce désordre, même si les Russes l’utilisent à l’avantage de leur politique, en espérant (vainement, à notre sens) qu’elle participera à une remise en ordre de la politique européenne à leur égard.

Voici quelques indications sur l’initiative (de Sputnik.News du 23 juillet 2015 : «Un groupe de travail “Pour un nouveau dialogue avec la Russie” au sein du Parlement européen se rendra en Russie en septembre-octobre, selon la dirigeante du groupe Nadine Morano. Une demande officielle d'organiser la visite de la délégation a été envoyée à la Douma d'État par l'intermédiaire de l'ambassadeur de la Fédération de Russie à Paris, Alexandre Orlov, selon le journal du groupe médiatique russe RBC. D'après Mme Morano, ni l'ambassade de France en Russie, ni le parlement russe ont pour le moment répondu à cette demande. Le groupe de travail plurinational “Pour un nouveau dialogue avec la Russie” a été créé au sein du Parlement européen fin juin. Il compte des députés français ainsi que des députés italiens comme par exemple Elisabetta Gardini qui représente le parti de Silvio Berlusconi “Forza Italia”, sans oublier des représentants du Royaume-Uni, de l'Allemagne et du Portugal.»

Bien entendu, pour apprécier ces divers évènements selon leur aspect le plus intéressant, il faut faire abstraction de tous les éventuels calculs intérieurs (de politique intérieure) des personnalités en cause quels que soient les jugements (bons ou mauvais) qu’on porte sur elles, des appartenances partisanes, etc. Par exemple, ces initiatives doivent être appréciées à une lumière différente (selon des références différentes) d’initiatives qui viendraient des seuls rassemblements eurosceptiques qui ont dans leur position courante une composante antiSystème constante. Il s’agit de considérer ces initiatives comme venant du cœur des organisations politiques du Système, et observer qu’elles portent une tendance très nette qu’on peut alors identifier comme antiSystème, – et c’est bien en cela qu’elles sont porteuses de désordre, – désordre vertueux puisqu’antiSystème, cela va de soi. En les rassemblant comme nous le faisons, on peut avancer l’hypothèse de “la brèche”, c’est-à-dire qu’il pourrait s’agir non pas d’un (de deux) événement(s) isolé(s) mais d’un événement qui aurait la capacité de produire une dynamique suscitant d’autres évènements de cette sorte et inaugurant un flux déstabilisateur fairant apparaître la fragilité du sable dont est composée la formidable muraille antirusse.

Tout cela étant considéré du point de vue du Système, il n’en est pas moins intéressant, – cette fois en tenant compte des personnalités impliquées, – d’observer que ce sont des parlementaires français qui sont à la pointe de ces évènements. C’est d’une certaine façon un paradoxe, puisque l’on sait que, dans la Vème République, la représentation parlementaire, qu’elle soit nationale ou européenne, joue un rôle réduit au seul législatif, et encore d’une manière passive, pour laisser toute sa liberté à l’exécutif, particulièrement sur les questions dépendant du domaine régalien ou équivalent. Mais l’on sait bien à quoi est réduite la Vème République dans le chef de son exécutif, avec un président de la trempe de notre président-poire : une complète inversion, presque stupéfiante à force d’affirmation négative d’elle-même. On peut alors établir un rapport entre ce fait de la dégénérescence catastrophique de l’exécutif, et le rôle soudain très-activiste de milieux parlementaires français, en complète rupture avec la tradition de la Vème République. Il y a une sorte de phénomène de compensation, qui nous fait réaliser la puissance potentielle que conserve cette Constitution qui est construite selon une logique principielle, autour du fait régalien. Cette observation n’implique pas pour l’instant, dans tous les cas dans le cadre de ce commentaire, qu’on doive tirer des conclusions sur l’évolution de la situation politique française ; elle implique le constat que la dimension régalienne et l’activité opérationnelle qu’elle inspire disposent d’une réelle résilience à l’intérieur du Système, malgré les pressions du Système. Cela n’est pas une surprise après tout, puisque cette dimension a la force structurelle du principe, mais il n’est nullement désagréable d’en avoir une confirmation dans le seul cours de l’évolution politique assez courante, avec ses écarts et ses accidents, mais aussi et soudain, avec ses possibilités de production de nouvelles dynamiques avec une dimension antiSystème.


Mis en ligne le 24 juillet 2015 à 15H59

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