Ubu roi et la transformation du cheptel humain 

Les Carnets de Patrice-Hans Perrier

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Ubu roi et la transformation du cheptel humain 

Qu’il nous soit permis de rebondir à la suite d'un incident hautement anecdotique survenu tout dernièrement en terres de Nouvelle-Fronce. Un transsexuel qui préside aux destinées de la Fédération des femmes du Québec a tout récemment lancé sur Twitterqu’ « on devrait discuter de la vasectomie obligatoire à 18 ans ». Cette boutade aura contribué à attiser une fois de plus les eaux mortes de notre prison électronique : les bien-aimés réseaux sociaux. 

Rattrapé par la police des ondes, le principal intéressé s’est justifié sur le plateau d’une émission d’affaires publiques québécoise en arguant avoir voulu faire la démonstration qu’il est plus facile de mener des débats publics sur la question de l’autonomie du corps des femmes qu’en ce qui a trait à celle du corps des hommes. 

L’avortement comme mode de régression ontologique

Se dissimulant derrière un féminisme de bon aloi, Ubu Roi, et tout ce qu’il représente en termes d’inversion des valeurs, a manifestement réussi son tour de passe-passe qui consiste à ajouter un argument supplémentaire à la doctrine eugénique de nos maîtres véritables. Ceux que Nicolas Bonnal range dans le camp des nouveaux gnostiques du monde virtuel … ainsi donc, l’homme occidental représentant la principale menace à « l’équilibre naturel », il convient donc de le vasectomiser avant qu’il ait l’idée saugrenue de se reproduire. Ainsi, après l’avoir formaté dès le plus jeune âge en fonction des nouveaux cannons de la rectitude sexuelle, les bons bergers de la rectitude nihiliste prennent en charge l’éducation du cheptel humain en fonction du seul impératif qui compte véritablement : le rendement des cours en bourse. 

Comme de la monnaie de singe, les « valeurs » qui n’ont plus cours doivent être remplacées par de « nouvelles espèces » afin de ne point interrompre le processus de la circulation incessante des flux de la nouvelle gouvernance. Parce que nos bons bergers sont des alchimistes qui travaillent sur la conversion des flux : flux monétaires, flux numériques, flux énergétiques, flux migratoires, flux bactériologiques et, même, flux d’égrégores. C’est en ayant ces quelques considérations à l’esprit que nous sommes en mesure de comprendre que la vasectomie représente un autre avatar de l’avortement : un rituel d’automutilation destiné à internaliser la pulsion suicidaire ambiante. 

Frapper l’imaginaire de la foule apathique 

Mais revenons sur le personnage mythique de cet Ubu roi créé par Alfred Jarry en 1896. L’écrivain Philippe Sollers, dans un micro-essai, intitulé Le triomphe d’Ubu, revient sur l’apathie de nos concitoyens en citant Jarry : « c’est parce que la foule est une masse inerte et incompréhensive et passive qu’il la faut frapper de temps en temps, pour qu’on connaisse à ses grognements d’ours où elle est – et ce qu’elle est ». Et, manifestement, la foule occidentale ressemble à s’y méprendre à un ours mal léché qui titube après avoir été gavé de trop de sédatifs et d’hypnose électromagnétique. Poursuivons avec la prose de Sollers : « le rire pataphysique d’Ubu utilise le guignol pour dire autre chose, une catastrophe métaphysique, une énormité verte (de langue, de crudité physique et de peur) ». 

Exactement comme les saints commandements de nos « bons bergers » repris en boucle par les grands merdias complaisants. Ubu roi, personnage d’un sadisme presque rabelaisien, est insatiable dans son désir d’en finir avec la dignité humaine. 

Pour en finir avec le genre humain

Rappelons-nous les exhortations d’un Pierre Berger, pour qui « louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? » ou celles d’un Jacques Attila qui lançait, doctement, que « dès qu’il dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis, pour ma part, en tant que socialiste [illuministe], contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments de nos sociétés futures ». Vaille que vaille, il faut inoculer dans l’inconscient collectif du cheptel humain cette haine de soi qui est consubstantielle à la mission des disciples de toutes les sociétés fabiennes de ce monde.

On comprendra que tout se tient dans cette mayonnaise infernale : vasectomiser les jeunes mâles, louer l’utérus des femmes ou balancer à l’incinérateur les vieux débris qui réclament leur foutu plan de retraite. La chose humaine doit être « menue hachée » avant d’être incorporée dans cette espèce de bouillon destiné à alimenter les ogres de la nouvelle économie de la prédation spirituelle. « Faut que ça saigne », aurait ironisé notre ami Boris Vian.

Faut que ça saigne 

Mais reprenons le fil solaire de Philippe : « Comme le dit Daniel Accursi dans un brillant essai récent : “Ubu prophétise la mondialisation de la Phynance, qui elle-même déclenche l’apocalypse encéphalique. La phynance se substitue à la pensée”. Écrire phynance, merdre, éthernité ou oneilles– poursuit Sollers – ne relève donc pas de la plaisanterie ou du canular, mais d’une sorte de science nouvelle, science des “exceptions”, qui enregistre froidement la fin de la philosophie et son remplacement par la pure bestialité du calcul ». Tout se vaut, et se vautre, au sein d’une société liquide qui représente l’antichambre du futur état nébuleux d’une humanité ramenée aux fondamentaux néoplatoniciens qui guident ses bons bergers. « Ubu, roi par le bas [la panse qui remplace l’utérus dans le processus de l’autodestruction], règne sur la servitude volontaire humaine », précise avec sagacité Philippe Sollers. Jouir c’est souffrir serions-nous tentés d’ajouter.

Et, Sollers nous aide à conclure : « avarice et cruauté sur fond de lâcheté : la Phynance, le Ventre, la Trappe. La démonstration d’Ubu porte sur la renteet le désir d’esclavage. On crie à la liberté pour mieux s’écraser. On feint de désobéir pour mieux obéir. Les Palotins, qui forment l’armée d’Ubu (ou plutôt son armerdre[d’où les merdias]), procèdent à un décervelage permanent. Ce sont des commissaires du peuple. Quant à Ubu, personne, au XXe siècle, n’aura été plus inconsciemment imité ». 

On pourrait ajouter qu’une armée de palotinss’active sur les plateaux de télé, dans les institutions d’enseignement et, ailleurs, sur la place publique afin de diaboliser toute référence mémorielle susceptible d’aider les nouvelles générations à se forger des anticorps. Parce qu’il faut, vaille que vaille, anéantir la capacité de résistance d’une humanité traitée comme une masse gélatineuse et dégoulinante. Tout cela pour satisfaire la panse de cet Ubu roi qui « est un gros bébé vantard, asexué, cocu et couard qui avoue sans fard son désir de vengeance et de domination par accumulation [primitive] et exécutions [socioprofessionnelles] ».