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• Rapide, très rapide mission d’observation de l’état du monde, et d’où il vient certes, après Davos enterrant la globalisation en même temps que lui-même, mort et bien mort. • Croyez ce que voudrez, sauf les illusions.
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Ce petit texte du sociologue roumain Cristi Pantelimon est sympatrique par sa brièveté, sa mention des principaux cahots du gros siècle passé et son constat aussi bref qu’énigmatique sur la situation effectivement énigmatique du temps présent.
Ce qui est fait pour nous plaire, c’est effectivement cette observation de notre position, les deux pieds dans le vide, marchant comme nous pouvons dans un équilibre négocié avec une si grande difficulté, sans savoir ce qui nous attend de l’autre côté de l’abîme ainsi franchi. Comme les gens de bon sens l’affirment en effet, – voir l’excellent J.H Kunstler le 23 janvier, : « Le Forum Économique Mondial (WEF) est fini. » – Davos est mort, liquidant toute prétention de faire surgir un Davos II comme on voit d’habitude dans les bonnes vieilles dynasties (“Le roi est mort, vive le roi !”). La globalisation était bien trop sûre d’elle pour préparer un héritier du trône à poursuivre l’aventure, – elle qui se croyait immortelle, grave péché d’hybris de milliardaire.
Alors, Pantelimon nous laisse avec nos espérances et nos angoisses, sans la moindre indication de l’avenir, ce qui nous empêche d’entretenir des illusions stupides comme firent les gens intelligents sortis du communisme après l’avoir combattu héroïquement, – gens intelligents soudain devenus stupides. Il cite Vaclav Havel, cet homme de qualité, qui fut poussé jusqu’à la honte de proclamer en 1999 que les bombes otanesques larguées sur Belgrade étaient des « bombes humanitaires ».
Alors deux empires ou un seul empire d’une globalisation tout à fait différente du monstre de Davos, soudainement devenue une sorte de paradis ? Nous espérons que Pantelimon a le sens de l’humour et qu’il en a usé à cette occasion. Il reste que la question qu’il ne pose pas mais qui est évidemment dans son esprit rode partout dans nos esprits, nous voulons dire pour ceux qui savent tenir leur esprit à l’abri des fantaisies du siècle passé et des siècles qui précédèrent jusqu’à l’apothéose de la naissance de la modernité. Il est infiniment préférable de s’installer dans l’inconnaissance et d’observer la suite du feuilleton de l’espèce humaine.
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Le discours du Premier ministre canadien à Davos était vraiment génial. Avec un seul bémol: parler de Vaclav Havel maintenant, c'est trop tard, beaucoup trop tard. Et ce n'est pas approprié. Voici pourquoi.
Vaclav Havel a été victime d'une grande illusion, et pas seulement celle du communisme. Mais SURTOUT de l'illusion de l'après-communisme, qui lui semblait être la délivrance après l'effondrement du communisme. Et cela parce que l'illusion communiste était déjà une illusion consommée, alors que l'autre, libérale, venait à peine de naître, bien qu'elle eût déjà été tuée une fois, pendant l'entre-deux-guerres.
Le libéralisme avait été tué par les Italiens et les Allemands pendant l'entre-deux-guerres. Il avait été asphyxié par la révolution corporatiste de Salazar au Portugal. Personne ne parle plus aujourd'hui du corporatisme de Vichy, car il a été de courte durée et associé à l'Allemagne nazie, mais lui aussi était antilibéral. Et la Roumanie s'était alors débarrassée, elle aussi, de l'illusion libérale.
La Seconde Guerre mondiale a toutefois voulu que le libéralisme revive une seconde fois, mais pas partout, seulement en Europe occidentale, avec l'aide des Américains. Un mourant en Europe, ressuscité par la fraîcheur américaine.
Après 1989, l'illusion communiste (qui, en fait, était également d'origine occidentale) s'étant évaporée, le libéralisme revient pour la deuxième fois, fantomatique, en URSS et sur l'ancien territoire du socialisme dépendant de Moscou. Havel était lui-même un homme dépassé dès l'instant où il a placé ses espoirs dans ce fantôme de seconde main qu'était le libéralisme.
Il a fallu que Trump vienne pour enterrer le fantôme aujourd'hui, alors qu'il était mort depuis les années 20. Nous avons donc eu cent ans de politique fantomatique.
Nous ne savons donc pas quelle illusion nous envahira dès demain; et c'est mieux ainsi, car sinon nous aurions certainement beaucoup de Vaclav Havel pour nous délivrer du libéralisme mondialiste afin de nous orienter vers la véritable illusion, celle qui vient de naître.
Les Chinois ne produisent pas d'illusions et c'est là leur grande qualité.
Les Américains et les Russes reviennent aux empires - là, nous pouvons nous entendre avec les uns et les autres. Mais l'époque des empires est-elle encore d'actualité ? C'est à cette question-là qu'il faut chercher une réponse.
N'est-il pas temps d'essayer la globalisation sans illusions et un empire mondial unique et harmonieux, sans mensonges, comme celui des États-Unis, dénoncé aujourd'hui par le Premier ministre canadien ? Il semble que c'est ce à quoi nous appelle la Chine. Mais elle ne nous attire pas avec des illusions. C'est là le problème !
Ce n'est qu'après Davos que la recherche commence. Nous verrons ce que nous trouverons !