Sir John “C” expose les intrusions du MI6 en Iran

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Sir John “C” expose les intrusions du MI6 en Iran

L’alphabet et le renseignement évoluent. Du temps de “Bond, James Bond”, le chef du MI6 se nommait “M” ; aujourd’hui, comme nous le révèle le Daily Telegraph(le 12 juillet 2012), Sir John, ou John Sawers, directeur du MI6, est connu dans les couloirs sous l’étiquette de “C”. L’alphabet régresse, – le renseignement aussi ?

Dans un autre texte du même 12 juillet 2012, le même Daily Telegraph rapporte les propos rendus publics de Sir John, alias “C”, sur les opérations menées par le MI6 en Iran. On nous avertit que cela n’est pas habituel («It is extremely rare for the head of MI6 to disclose details of operations by the intelligence service»).

«Sir John made the remarks at a meeting of around 100 senior civil servants in London last week in only his second public speech since he was appointed to the post in 2009. Speaking at the Civil Service Live event in Olympia he said that Iran was now “two years away” from becoming a “nuclear weapons state”.

»He said that “when that moment came” Israel or the United States would have to decide whether to launch a military strike. “The Iranians are determinedly going down a path to master all aspects of nuclear weapons; all the technologies they need,” he said. “It’s equally clear that Israel and the United States would face huge dangers if Iran were to become a nuclear weapon state.”

»Sir John said that without MI6’s work dealing with the threat, “you’d have Iran as a nuclear weapons state in 2008 rather than still being two years away in 2012.” Sir John said it was up to MI6 to “delay that awful moment when the politicians may have to take a decision between accepting a nuclear-armed Iran or launching a military strike against Iran.” When that moment came, he said: “I think it will be very tough for any prime minister of Israel or president of the United States to accept a nuclear-armed Iran.”

»Iran has previously accused Israel and the US of trying to disrupt its nuclear programme through covert operations by Mossad, MI6 and the CIA. Several Iranian nuclear scientists have been apparently assassinated in recent years while a powerful computer virus known as Stuxnet attacked the computer systems of their nuclear facilities. Britain and America denied the allegations but Israel has remained silent on the issue.

»Sir John disclosed that MI6 has “run a series of operations to ensure that the sanctions introduced internationally are implemented, and that we do everything we can within the Middle East to slow down these remaining problems. “I take great pride in the fact that, in the last ten years, over a number of jobs, I’ve been involved in an issue of global concern, and I feel that I as an individual [have made] an impact in the outcome of events.”

»The session – which was open to visitors to the event – was titled “Unclassified chat: Sir John Sawers CMG” and was reported in Civil Service World, a publication which is dedicated to senior Whitehall officials.»

Le fait est que “C” n’a pas été avare de précisions quant aux opérations menées par le MI6, notamment et principalement en territoire iranien, certaines menant notamment à l’assassinat de scientifiques iraniens. Il fut un temps où, placés devant l’évidence de violations de la souveraineté d’un tel pays par ses propres services de renseignement, on demandait à en être excusé, – exactement comme fit Barack Obama, lors de son discours du Caire de juin 2009 (voir le 5 juin 2009), à propos de telles interventions des services anglo-américaninstes en Iran, en 1953. Aujourd’hui, comme nous le dit “C”, on en est grandement fier («I take great pride…»)

…Enchaînant sur cette citation, et la complétant, – «I take great pride in the fact that… […] I’ve been involved in an issue of global concern», – on observe que la question du nucléaire iranien ne semble décidément pas être traitée comme une question “nationale”, où joue le principe de la souveraineté, mais comme une question “de préoccupation globale”, ce qui sonne bien différent et fait bon marché de cette souveraineté-là. Cela rejoint en un sens, nous voulons dire dans le sens de la tournure de l’esprit, tourné et retourné jusqu’à ressembler à une tournure qui serait un pentagone à trois côtés, aux remarques que nous retranscrivions le 12 juillet 2012, concernant la très prochaine probable-certaine attaque-par-surprise de l’Iran, dont on nous avertirait à l’avance et qui n’est d’ailleurs pas une attaque de l’Iran, il faut d’ores et déjà le savoir, mais une attaque de quelque chose de la sorte d’une “préoccupation globale” qui, par définition, puisque c’est “global”, n’est pas du domaine de la souveraineté de l’Iran :

«We would give Iran advanced warning that we will damage and likely destroiy its nuclear facilities. It is not an act of war against Iran, the Iranian people or Islam. It is a pre-emptive attack solely against the nuclear facilities and the military targets protecting them. We will take extraordinary measures to protect against collateral damages.»

Cette dialectique qui, manifestement, colore les esprits anglo-saxons après avoir englobé et confirmé leur psychologie naturelle, – car il s’agit d’“anglosaxonisme” en l’occurrence, – constitue une piquante démarche pour la redéfinition postmoderniste du principe de la souveraineté. Ce principe doit être aménagé de façon à exclure de son empire tout ce qui, dans une nation souveraine, est de “global concern”, c’est-à-dire appartenant de facto, – et de jure d’ailleurs, n’ayons pas peur de nos citations latines, – à la “communauté internationale” ; laquelle est parfaitement et suffisamment représenté dans son entité “anglosaxoniste” (avec les “idiots utiles” français lorsqu’on a besoin d’un Rafale ou l’autre) pour pouvoir décider de ce qui est effectivement, chez les autres, de son domaine exclusif. Du coup, on ne peut accuser Sir John “C” d’avoir transgressé gravement une loi d’or des services de renseignement, et mis à jour, de facto (de jure, c’est moins sûr), le programme d’intervention illégale, d’assassinats illégaux (le pléonasme vaut d’être dit), de destructions variées, au coeur de la souveraineté iranienne. (Sorry pour ce contresens, cette monstrueuse contradiction de substance qu’exprime l’expression “souveraineté iranienne”, mais on ne peut encore échapper d’en user, jusqu’à ce que l’ONU nous en instruise autrement, – après nous être assurés que les vetos de la Chine et de la Russie sont effectivement illégaux au regard de la “communauté internationale”.)

Quoi qu’il en soit, il reste quelques nostalgiques qui jugeraient parfaitement extraordinaires les “révélations” de Sir John “C”. D’abord, parce qu’elles transgressent toutes les règles des services du renseignement dont tout le succès et la vertu de leur action sont que jamais personne n’en sache rien, et certainement pas officiellement ; ensuite, parce qu’elles mettent en évidence l’extraordinaire absence du moindre souci de maintenir au moins l’apparence de la légalité dans le comportement des principales puissances du bloc BAO, les “anglosaxonistes” particulièrement et, l’on dirait même, organiquement. Paul Craig Roberts parlait de l’hubris (le 28 juin 2012) comme principale “force de destruction”, ou d’“autodestruction” des USA (l’appendice UK est compris dans la livraison). Cet aspect pervers du caractère ne rend pas nécessairement très lucide ni très mesuré, ni très conscient des responsabilités qu’on devrait assumer, – mais par contre, tout à fait fier de l’être («I take great pride in the fact that…»). La façon dont ce comportement pervertit, subvertit, dissout toutes les vertus qui assuraient le bon fonctionnement des relations internationales et des systèmes équilibrés de puissances, est un bon cas à mettre à l’actif de la dynamique de l’autodestruction du Système. Il y a beaucoup de la fascination pour ce processus, en plus de la satisfaction de voir la bonne marche autodestructrice du Système, dans notre posture d’observateur d’un comportement assumant avec une si complète certitude de soi, une voie aussi faussaire, aussi perverse, aussi subvertie, aussi dissolue… Tout de même, en passant et consultant un texte ou l’autre, vous constaterez que les Brits, finalement, sont bien meilleurs que “les cousins” de Langley, Virginie.


Mis en ligne le 13 juillet 2012 à 16H54