Shopping pour des roubles

Les Carnets de Dimitri Orlov

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Shopping pour des roubles

La situation actuelle est la suivante

1. La Russie a annoncé qu’étant donné que les États-Unis et l’UE ont manqué à leurs obligations en dollars et en euros, respectivement, en gelant les réserves russes, la Russie ne vendra désormais que du gaz naturel en roubles.

2. Aucune autre source de gaz naturel en quantité suffisante n’est disponible ; l’UE n’a donc pas d’autre choix que de continuer à importer du gaz naturel de Russie.

3. L’UE doit maintenir l’approvisionnement en gaz, sinon elle ne pourra pas passer l’hiver prochain sans arrêter toute la production industrielle ou laisser le parc immobilier sans chauffage.

Comment l’UE obtiendra-t-elle les quantités de roubles nécessaires ? Bonne question ! L’analyse complète suivante (en mode “aventurier“) y répond assez bien.

...L’imprimante s’emballe. Imprimer des euros et les utiliser pour acheter des roubles à la banque centrale russe. Cela ne marchera pas car, pour la banque centrale russe, l’euro a fait défaut et sa valeur en tant que monnaie de réserve est effectivement nulle.

Ce qui reste, ce sont des méthodes liées à l’économie physique plutôt qu’à l’économie mentale de chiffres fantômes dans des ordinateurs contrôlés par des banquiers.

1. Le commerce. Les pays de l’UE exportent des produits vers la Russie et gagnent des roubles. Le problème est que l’UE a enregistré un déficit commercial avec la Russie même pendant les périodes les plus fastes (pour elle) et que cela va empirer maintenant que le flux de marchandises de l’UE vers la Russie a été réduit en raison des sanctions. En outre, de nombreuses entreprises occidentales réduisent volontairement leurs exportations vers la Russie par crainte ou par un sentiment déplacé de solidarité occidentale. Enfin, la Russie elle-même s’efforce de se libérer des importations occidentales stratégiquement importantes, car elle ne veut pas dépendre de fournisseurs peu fiables. Nous sommes donc dans la situation où l’UE a besoin de 20 000 milliards de roubles par an pour survivre, mais ne peut exporter des biens que pour une valeur de 2 000 milliards de roubles.

2. Utiliser des intermédiaires. Le prochain stratagème à essayer est d’acheter des roubles indirectement ; par exemple, en achetant d’abord des roupies ou des yuans, puis en les échangeant contre des roubles. Ici, le problème est que ni la Chine ni l’Inde ne sont sur le marché pour acheter des quantités aussi importantes d’euros, étant donné que la bonne réputation de l’euro en tant que monnaie de réserve a été fortement entamée par les sanctions anti-russes. Il est donc peu probable que les quantités requises de roubles puissent être obtenues de cette manière, et quelles que soient les quantités obtenues, elles exerceraient une forte pression à la baisse sur le prix de l’euro. Les ventes sous pression nécessitent des remises importantes, vous savez ! Et puis il y a les commissions : si vous payez 2 % ici, 3 % là, vous vous retrouvez bientôt en slip.

3. La liquidation. L’UE vend tous ses actifs russes : actions, obligations d’État et commerciales, parts stratégiques dans des entreprises, ses propres usines et installations, ses biens immobiliers. Ces actifs sont achetés par des entités russes pour des roubles. Il s’agit d’un moyen assez réaliste de se procurer des roubles, même si les prix seront assez bas en raison du volume des ventes. En outre, maintenant que le gouvernement russe a bloqué toutes les ventes d’actifs par des non-résidents, on ne sait pas comment ces transactions pourraient être autorisées.

4. Mettre l’or en gage. C’est très simple d’un point de vue technique, mais politiquement impossible. Il s’agit du même coup monté par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale : les Européens ont parqué leur or aux États-Unis et, en échange, ils ont obtenu des crédits pour acheter ce dont ils avaient besoin pour se reconstruire. Plus tard, ils ont été autorisés à récupérer leur or – ou pas, car entre-temps, les États-Unis ont tout « loué » à la Chine. Mais c’est une autre histoire. Quoi qu’il en soit, même si l’UE est prête à travailler de cette manière avec la Russie, ses réserves d’or ne suffiront pas à payer ne serait-ce qu’une seule année de gaz russe.

5. La colonisation. Il s’agit d’un plan parfaitement réalisable qui exige que l’UE capitule devant la Russie. Elle transférerait alors à la Russie des parts de contrôle de ses industries et installations stratégiques : ports, aéroports, pipelines, usines, stations-service, etc. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, il serait possible de lever des quantités presque arbitraires de roubles, car le résultat serait une expansion spectaculaire de la taille de l’économie russe. Mais l’UE passerait alors effectivement sous le contrôle de la Russie – d’abord économique, puis politique – et certains Européens pourraient y trouver à redire.

Il existe d’autres stratagèmes astucieux, mais ils ne représentent pas grand-chose. Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que les Européens seront obligés de se démener pour réunir le nombre de roubles nécessaires pour garder leur emploi, chauffer leur maison et allumer la lumière. Il ne fait aucun doute que cela peut être fait ; le problème est que le temps presse. Au cours du mois à venir, les dirigeants européens devront passer par les cinq étapes du deuil – jusqu’à l’acceptation – au pas de course, car ils n’ont tout simplement pas le temps de nier, d’être en colère, de négocier ou de déprimer.

Il y a une chose que les dirigeants européens peuvent faire pour que ce processus se déroule plus facilement : arrêter d’écouter les Américains et commencer à parler aux Russes.

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