Sens global de la Grande-Emeute2020

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Sens global de la Grande-Emeute2020

Tournons-nous vers nos “amis-divergents” du site WSWS.org. On sait que ces trotskistes sont pour nous des “compagnons de route” d’un segment de la Grande Crise (la GCES) ; nous nous rejoignons sur nombre d’analyses objectives des événements en cours, c’est-à-dire “courants”, nous divergeons complètement sur les Fins dernières (et par conséquent sur les Causes premières) de ce gigantesque événement, – historique pour eux, métahistorique pour nous, – qui domine et maîtrise tout le reste (c’est-à-dire la GCES pour nous). Tout cela état bien clarifié une fois de plus, – il ne faut pas hésiter à y revenir dans chaque occasion qui l’impose, – il reste que nous avons le plus grand respect pour nombre d’analyses courantes que ce site effectue sur “ événements en cours, c’est-à-dire ‘courants’”.

Ici, nous sommes à la limite (entre le “courant” et le fondamental métahistorique pour nous), et pourtant le site WSWS.org nous offre un texte complet sur la Grande-Emeute2020 aux USA auquel nous trouvons fort peu à redire, qui offre une remarquable synthèse, donc qui mérite absolument d’être lu avec l’habituel esprit critique que méritent régulièrement et sans vindicte personnelle nos “amis-divergents”. Nous y trouvons, dominant le tout, imprégnant toutes les analyses, ce point qui est fondamentalement le nôtre : ce ne sont pas des émeutes antiracistes, ni des émeutes contre les violences policières même si ces dimensions y figurent, ce sont des émeutes contre le capitalisme, – pour nous, certes, contre le Système, et qu’importe si les acteurs et les figurants l’ignorent du moment qu’il tiennent leur rôle et leur figuration.

« Alors qu'il est facile pour des expressions telles que “suprématie blanche” et “racisme systémique” de passer sur les lèvres de ces politiciens bourgeois, un mot est imprononçable : “capitalisme”. Il ne faut pas examiner les processus sociaux et économiques plus profonds, les immenses niveaux d'inégalité sociale accumulés au cours des décennies qui ont créé les conditions de la mort de Floyd et de tant d'autres travailleurs comme lui. »

Sur un point spécifique, le texte a une approche particulière qu’il faut signaler sans pour autant l’approuver absolument, mais qui constitue une analyse intéressante. Il s’agit du rôle de l’armée. L’idée générale, défendue notamment par le colonel Lang du site Sic Semper Tyrannis, est que le week-end  à Washington D.C. avec au départ les insurrectionnels menés par la maire de Washington alors que Trump se trouvait enfermé dans la Maison-Blanche, a montré que l’armée n’était pas du côté de Trump (« Hier 7 juin,  Lang est revenu sur le sujet. Selon le constat de la parfaite maîtrise de la manifestation de samedi par la maire Muriel Bowser, Lang est extrêmement pessimiste, déroulant plusieurs appréciations de son cru : • les militaires n’obéissent plus à Trump... »).

WSWS.org aborde cette question d’une façon différente, en arguant simplement que l’armée a préféré différer une intervention, parce que mal préparée à une guerre civile ; cette analyse est intéressante dans la mesure où elle prend en compte la dynamique de la situation et le temps nécessaire pour l’appareil militaire de mesurer la gravité d’une situation : « Le point culminant de la répression s’est produit à Washington, D.C., où Trump a tenté de déclencher un coup d'État militaire. Ce plan a échoué, du moins pour le moment, non pas à cause de l'opposition du Congrès (il n’y en avait pas), mais parce que certaines sections de l’armée craignaient que son intervention prématurée ne déclenchât une résistance violente et une guerre civile pour laquelle le Pentagone n’est pas encore suffisamment préparé. »

D’une façon plus générale, la thèse sur le sens des événements en cours aux USA (et ailleurs) développée par WSWS.org nous est d’autant plus aisément compréhensible qu’elle rejoint évidemment notre façon de voir : « Il est vrai que le racisme et l’antiracisme constituent les slogans basiques du discours-Système pour éviter la seule explication qui vaille pour ces convulsions crisiques, – soit l’expression violente de la Grande Crise qui secoue le Système, qui marque son Effondrement, – la  GCES. C’est, bien au-delà et au-dessus des agitations LGTBQ dont l’antiracisme est le compagnon de route, un immense événement que cette flambée de violence enchaînant en l’intégrant la crise-Covid19 dans un tourbillon crisique qui ne cesse de se creuser. » (PhG dans sonJournal-dde.crisis, le 30 mai 2020.)

La même analyse s’applique donc au reste du monde, qui a bruyamment embrassé la cause de George Floyd, déclenchant des torrents de conversations, d’anathèmes et d’engagements furieux contre le racisme et les violences particulières, ces thèmes qui ravissent tous les braves cœurs et toutes les langues bien pendues de nos élitesSystème. En vérité, bien entendu, cette poussée extraordinaire de manifestations et de pression a pour cause fondamentale le malaise engendré par la crise du Système, et en plus dans les circonstances exceptionnelles de Covid19. La France, particulièrement, est dans ce cas : les diverses organisations friquées et subventionnées de-ci et de-là, “indigénistes”, “racisées”, “raciastylisées”, “genrisées” ont aussitôt sauté sur le rôle de tout repos de courroie de transmission des événements US. Ces organisations sont complètement, absolument, jusqu’à la nausée, les complices et les employés du Système et donc du capitalisme dans leur mission de monter, avec la victimisation et la diabolisation de chacun dans son registre, le simulacre-racisme qui doit dissimuler la vraie raison de la colère et de la contestation.

(On dira que ces organisations en-France sont encore plus complices et employées du Système que leurs contrepoint US, parce que les BLM [Black Lives Matter] peuvent au moins prétendre figurer comme une émanation d’une communauté puissante, existante avec sa culture, ses traditions, son homogénéité, depuis des siècles, et non pas une simple création idéologisées pour des intérêts particuliers et selon diverses impostures historiques, telles que sont les organisations-parasites installlées en-France.)

Ce schéma général d’analyse présenté ici, et que nous-mêmes développons d’une façon régulière sur notre site, a la vertu, à la fois de mettre en évidence la singularité exceptionnelle (mais pas nécessairement exceptionnaliste) de la situation US, et sa connexion d’autre part avec le caractère globalisé de la Grande Crise d’Effondrement du Système. En effet, jusqu’ici, la plus parfaites réussite de la globalisation, et la seule sans guère de doute, c’est la globalisation de la crise. Bien entendu, les USA restent, dans ce schéma, le facteur fondamental et essentiel, aussi bien à cause de la puissance de ce pays, que de la fascination qu’exerce l’américanisme sur le reste, et par conséquent sa capacité mimétique d’entraîner le reste. Comme le montre l’exemple français, des troubles US peuvent être repris et adaptés à la situation française, alors qu’on n’a pas vu que le formule des “Gilets-Jaunes” aient entraîné un suivi immédiat aux USA, même si certains peuvent prétendre distinguer une certaine “giletjaunisation” dans les actuels mouvements aux USA.

Bien entendu, cette analyse ne prétend certainement pas boucler le dossier des événements et des troubles aux USA. La situation continue à être très dynamique, avec certains points de pertes de contrôle. Il y a l’établissement d’une “Zone Autonome” à Seattle (CHAZ, ou Capitol Hill Autonomous Zone), c’est-à-dire un territoire de la ville comprenant un commissariat de police abandonnée annexé par des anarchistes, et peut-être des Antifas, pour faire une sorte de “Commune-1871” mais postmoderne, c’est-à-dire une  Commune-bouffe où l’on s’inquiète pour l’instant des commodités diverses, un peu à la manière des scouts. Le seul véritable problème réside à cet égard dans la lâcheté et la démagogie exceptionnelles (une fois de plus), en plus de leurs divisions internes, des autorités (démocrates) de la ville, – ce qui donne une importance disproportionnée à la CHAZ. 

En d’autres termes plus généraux, notre appréciation est que la crise va évidemment se poursuivre, sous diverses formes, évidemment hors du cadre étroit du racisme et des violences policières où le Système veut à tout prix l’enfermer. C’est, encore une fois, de ce point de vue qu’il faut lire le texte de WSWS.org du  11 juin 2020.

dedefensa.org

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Le capitalisme et le meurtre de George Floyd

Les funérailles de George Floyd à Houston, au Texas, ont eu lieu mardi après deux semaines de puissantes protestations contre les violences policières, qui ont éclaté après la diffusion de la vidéo de son meurtre aux mains de quatre policiers de Minneapolis.

Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans tous les États américains et dans des dizaines de villes du monde entier. Ces manifestations spontanées, qui ont rassemblé des manifestants de toutes les races et de toutes les ethnies, ont été motivées non seulement par un sentiment écrasant d'indignation et de dégoût face au meurtre d'un Noir désarmé par les flics, mais aussi par une colère plus générale face à la brutalité, à l'injustice et à l'inégalité qui règnent dans la société américaine.

C'est l'expérience de masse de millions de jeunes et de travailleurs ordinaires avec la brutale réalité américaine qui sous-tend la réponse explosive à l'agonie finale de Floyd.

Les manifestations ont exprimé un puissant désir de changement fondamental. Au sein de ce mouvement, un nombre croissant de personnes reconnaissent que la brutalité policière est une manifestation de maux sociaux plus profonds, enracinés dans la structure économique de la société et l'extrême concentration des richesses au sein d'un petit segment de la population. Cette prise de conscience croissante, qui tend inévitablement vers le socialisme et le rejet explicite du capitalisme, effraie la classe dirigeante. Elle fait donc tout son possible pour détourner le mouvement de masse vers des canaux politiquement gérables. C'est la fonction de la narrativeraciale qui domine toute discussion officielle sur la brutalité policière et le meurtre de George Floyd.

Il est utile de passer en revue les différentes étapes de la réponse de la classe dirigeante à ce meurtre.

La réponse initiale au meurtre de Floyd a été la dissimulation typique de chaque meurtre de police. Aucun des officiers impliqués n'a été accusé ou arrêté. La vidéo de sa mort, qui s'est répandue sur les médias sociaux, a fait éclater le récit selon lequel il ne s'agissait que d'un autre décès en garde à vue et a déclenché une éruption de colère qui s'était accumulée silencieusement.

Après le choc initial de l'establishment politique face à la réaction au meurtre de Floyd, avec des protestations nuit après nuit d'abord dans les rues de Minneapolis puis dans tout le pays, la classe dirigeante a réagi avec toute la force de l'État. La police a battu et mutilé les manifestants, tiré volée après volée de gaz lacrymogène, de grenades fumigènes, de balles en caoutchouc, de sacs de haricots et de gaz poivré. Les manifestants pacifiques ont été calomniés comme des émeutiers et des pillards, et les journalistes ont été pris pour cible pour être agressés et arrêtés. Plus de dix mille personnes ont été arrêtées, la plupart pour avoir violé les couvre-feux fixés par les maires démocrates, des centaines ont été blessées et beaucoup ont été tuées au cours de l'attaque. La Garde nationale a été déployée dans des dizaines d'États pour aider à la répression.

Le point culminant de la répression s'est produit à Washington, D.C., où le président Donald Trump a tenté de déclencher un coup d'État militaire. Ce plan a échoué, du moins pour le moment, non pas à cause de l'opposition du Congrès (il n'y en avait pas), mais parce que certaines sections de l’armée craignaient que son intervention prématurée ne déclenche une résistance violente et une guerre civile pour laquelle le Pentagone n'est pas encore suffisamment préparé.

Dans cette situation instable, le Parti Démocratique, les médias traditionnels et les grandes entreprises ont passé la vitesse supérieure au stade de la cooptation, cherchant à recadrer les questions qui motivaient les jeunes et les travailleurs à se tourner vers la rue d'une manière plus adaptée à la classe dirigeante. Le rôle que le racisme joue dans la violence policière a été amplifié pour noyer toutes les autres questions sociales.

Si les funérailles de Floyd ont permis à sa famille et au public qui s'est rallié à leur cause d'exprimer leur chagrin de manière authentique, elles ont été cyniquement manipulées par cette section de l'establishment politique et de la bourgeoisie noire, spécialisée dans l’orientation manipulée et le désarmement de la futreur de l’opinion publique.

Le candidat présidentiel présumé des démocrates, l'ancien vice-président Joe Biden, et le bateleur politique Al Sharpton, ont tous deux été mis en avant lors de la cérémonie pour présenter la violence policière comme un problème fondamentalement racial, qui peut être résolu par de légères réformes. Ni l'un ni l'autre n'ont eu à dire sur le fait que le président Trump et une partie importante de l'État avaient profité des manifestations pour préparer un coup d'État visant à renverser la Constitution.

Sharpton a affirmé malhonnêtement que si la victime à Minneapolis avait été blanche et les flics noirs, il n'y aurait eu aucune hésitation à arrêter les flics et à porter plainte. Biden a déclaré que le meurtre de Floyd était le résultat d'un "abus systémique".

Si quelqu'un représente l'abus systémique, c'est bien Biden, dont la carrière politique sur une période de 40 ans est marquée par la criminalité, l'indifférence et la réaction. Il a joué un rôle majeur dans la structure du pouvoir du Parti démocrate, en rédigeant la loi de 1994 sur le contrôle des crimes violents et l'application de la loi, qui a aggravé l'incarcération massive d'hommes, principalement afro-américains, et a étendu la peine de mort. En tant que vice-président de Barack Obama pendant huit ans, Biden a fait partie d'une administration qui a acheminé des millions de dollars de matériel militaire à la police et a blanchi les meurtres de policiers les uns après les autres.

Rejetant les appels à “débudgétiser” la police, Biden propose plutôt de fournir 300 millions de dollars de financement fédéral supplémentaire pour "revigorer" la police et aider à mettre en œuvre des changements limités tels que plus de caméras corporelles, une norme nationale pour l'utilisation de la force et l'embauche de plus de policiers issus des minorités. Il demande également d'intégrer les prestataires de services sociaux à la police lorsqu'ils répondent à des appels d'urgence concernant la santé mentale, la consommation de drogue ou les sans-abri, obligeant ainsi les travailleurs sociaux à agir comme un bras de la police.

L'ancien adversaire de Biden lors des primaires du Parti démocrate, Bernie Sanders, a adopté la même position. Dans une interview publiée dans le New Yorker mardi, Sanders s'est opposé aux appels à “dissoudre” ou à “débudgétiser” la police, demandant plutôt plus de financement et plus de formation. Dans sa longue interview, Sanders a évité toute mention de "révolution politique" (son ancien slogan de campagne) ou de la "classe des milliardaires". Ses positions sont désormais indissociables de celles de Biden.

Toute référence à la réalité qui sous-tend à la fois la brutalité de la police et l'éruption massive de protestations populaires est laissée de côté dans tous les commentaires des grands médias et de l'establishment politique.

Il n'est pas fait mention du fait que plus de 1 000 personnes sont tuées par la police chaque année, soit une moyenne de trois meurtres par jour, dont la majorité n'est pas afro-américaine. Il n'est pas fait mention du sort des travailleurs hispaniques et autres qui sont rassemblés par milliers dans le cadre de la guerre fasciste de Trump contre les immigrants. Il n'y a aucune mention du niveau historique de chômage qui a frappé le pays en raison de la pandémie COVID-19, ni des 114 000 morts qui ont jusqu'à présent été tués en raison des politiques meurtrières menées par l'administration Trump et les gouvernements des États.

Les guerres sans fin de l'Amérique et la relation entre les guerres à l'étranger et la violence policière militarisée dans le pays sont également mises de côté. Un fait qui était largement compris dans les années 1960, – à savoir que la violence de l'impérialisme américain à l'étranger était liée à la violence de l'État dans le pays, – est ignoré, de même que la relation bien documentée entre la police, l'armée et les préparatifs de la répression de masse.

Alors qu'il est facile pour des expressions telles que “suprématie blanche” et “racisme systémique” de passer sur les lèvres de ces politiciens bourgeois, un mot est inprononçable : le capitalisme. Il ne faut pas examiner les processus sociaux et économiques plus profonds, les immenses niveaux d'inégalité sociale accumulés au cours des décennies qui ont créé les conditions de la mort de Floyd et de tant d'autres travailleurs comme lui. Au lieu de cela, il y a une fois de plus des appels à des réformes vides de sens, qui ont été entendus encore et encore au cours des 50 dernières années.

L'objectif des démocrates et de leurs alliés, dans les médias, la pseudo-gauche et le monde universitaire, est de chloroformer l'opinion publique avec des platitudes sur la confrontation de la "fragilité blanche" et de s'assurer que la relation entre la violence policière et le système social et économique au sens large n'est pas évoquée de manière significative. Le but des arguments sophistiques développés par les universitaires de la classe moyenne et maintenant déployés par les démocrates est d'absoudre le système capitaliste de toute faute et de blâmer la violence policière comme étant le résultat d'une société irrémédiablement raciste, – en particulier les travailleurs blancs.

Les manifestations de ces deux dernières semaines, qui ont été multiraciales et multiethniques et ont balayé toutes les régions du pays, ont fait voler en éclats les arguments selon lesquels les États-Unis sont une société fondamentalement raciste.

Témoignant hier devant le Congrès, Philonise Floyd, le frère de George Floyd, a éloquemment attiré l'attention sur le mouvement uni et international qui a émergé à la suite de sa mort : “George a appelé à l'aide et il a été ignoré. Veuillez écouter l'appel que je vous adresse maintenant, les appels de notre famille, et les appels qui résonnent dans les rues du monde entier. Des gens de tous les milieux, de tous les sexes et de toutes les races se sont rassemblés pour exiger le changement“.

Les travailleurs et les jeunes doivent reconnaître que la narrativeraciale déployée par la classe dominante n'explique rien aux problèmes fondamentaux auxquels la classe ouvrière est confrontée aux États-Unis et dans le monde.

Le Parti socialiste pour l'égalité se bat pour relier la lutte contre la violence policière et la défense des droits démocratiques à un mouvement politique indépendant de toute la classe ouvrière contre l'inégalité, la pauvreté, la guerre et le système capitaliste. La construction d'un mouvement socialiste offre aujourd'hui un énorme potentiel. Mais la radicalisation politique des masses de travailleurs et de la jeunesse doit être transformée en une lutte révolutionnaire consciente pour le socialisme.

Niles Niemuth, WSWS.org