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On aurait pu offrir comme titre à ce texte “L’ouragan Hegseth”, mais l’intervention du député républicain après que l’action désespérée et extraordinairement hypocrite du ‘Speaker’ Johnson pour empêcher la Chambre de voter sur sa motion de mise en accusation du ministre Pete Hegseth, — cette intervention fut exemplaire de rigueur et puissante comme un coup de tonnerre. En un sens, Massie, qui ne sera pas réélu parce qu’il a perdu la candidature républicaine grâce à l’argent du lobby israélo-trumpiste, AIPAC & Cie, nous a offert, l’espace d’un instant et d’un discours, une résurrection temporaire de la démocratie... Voici, résumé sur un ton plus mesuré par ‘The Times of India’
« Le représentant républicain Thomas Massie monte au créneau après que le président de la Chambre, Mike Johnson, a écourté le calendrier des votes, retardant ainsi l'affrontement autour des huit chefs d'accusation déposés par Massie en vue de la destitution du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth.
» Massie s'interroge sur les raisons pour lesquelles les élus ont été renvoyés chez eux alors même que sa résolution prioritaire de destitution était sur le point de contraindre la Chambre à agir. Cette décision a attisé les accusations selon lesquelles les dirigeants républicains chercheraient à éviter que les membres républicains de la Chambre ne prennent position publiquement sur le cas Hegseth, la guerre contre l'Iran et les pouvoirs du Congrès en matière de guerre. »
Depuis la tentative de Massie de faire voter sa résolution pour la mise en accusation de Pete Hegseth, secrétaire à la défense (“à la guerre”) accusé notamment de crimes de guerre, la tempête secoue Washington et le Congrès. Les démocrates de la Chambre se rassemblent sur les escaliers du Congrès pour affirmer, sous la foi du serment et devant la presse, que la prochaine Chambre, qu’ils domineront sans doute, les verra voter pour rétablir la pleine application de la ‘War Power Act’ qui conditionne toute action de guerre à l’approbation du Congrès, sauf dans des cas exceptionnels où seule une action de 60 jours est admise avant que la question soit débattue et tranchée par le Congrès. Mais même ceux-là ont leur dose d’hypocrisie, selon la démocrate populiste de ‘The Young Turks’ Ana Kasparian, — puisqu’il faut un député républicain aussi courageux que sortant pour les faire sortir de leur torpeur.
On ne va pas s’attarder aux détails de cette bataille en cours, sinon en insistant encore sur la valeur du député empêché de poursuivre son travail Thomas Massie. Mais il est acquis que si un troisième parti prend forme, ce qui est assez probable, Massie sera, aux côtés de ses amis du nouveau MAGA-antiTrump (Tucker Carlson, Marjorie Taylor Greene, Candace Owens), un acteur majeur de la tentative de réforme révolutionnaire du marigot politique puant qu’est devenu ce Washington D.C. fourmillant de termites corrompues dirigées par un fou. Il est manifeste qu’il s’est révélé, pendant ces quelques jours, imposant un souvenir durable sur ce que peut être et faire un acteur de la politique qui ne sacrifie à rien ni à personne son indépendance et sa liberté d’esprit.
Bien entendu, on n’en a pas fini avec Hegseth et les “guerres de choix” de Trump, toutes ces choses qui minent les restes de la puissance américaine et accélèrent sa chute. Bien entendu encore, la mise en cause du ministre, avec une possibilité proche de la probabilité qu’il devra affronter une mise en accusation qui aura de fortes chances de le conduire à la destitution, mettra au grand jour toutes les incompétences, les illégalités, les crimes de guerre qu’il a expressément ordonnés et que les forces armées ont accomplis. La culpabilité des forces n’est légalement pas en cause dans cette perspective troublée, mais dans l’esprit des choses plutôt que dans l’esprit de la loi, elle l’est. Elle impose à tous ces acteurs d’envisager la question de l’obéissance à des ordres qui s’avèrent détestables et illégaux au sens le plus fort du terme, bien au-delà des lois.
Le ministre, de son côté, apparaît de plus en plus discrédité. Il n’est pas mis en accusation et encore moins destitué, pour l’instant, mais là aussi “dans l’esprit de la chose” c’est comme s’il l’était déjà. Cet état de crise gravissime pour des forces armées d’une telle puissance et engagées dans de multiples conflits douteux, est un terrible, voire un mortel handicap. Désormais, tous les ordres de Hegseth seront soumis aux soupçons de l’illégalité morale et de l’incompétence du jugement. Cela nourrit des germes d’insubordination et de mutinerie, comme certaines situations l’ont déjà montré dans des systèmes devenus insuffisants pour les affirmations-bouffe d’un président dont la propension à jouer de mensonge en mensonge confine effectivement à la folie.
Rien ne vient contrarier ces tristes perspectives. La plus puissante marine de guerre de l’histoire se couvre de ridicule avec les ennuis domestiques de ses porte-avions, les autres tentent de cacher les incontinences coupables d’avions de combat ultra-modernes à $100 millions pièce et tant d’autres avanies. Aucune perspective de victoire ni de gloire ne vient adoucir ce jugement. Dans ces conditions, les forces armées et le Pentagone deviennent des poudrières prêtes à exploser, éventuellement ouverte à des aventures de chefs refusant les ordres d’un pouvoir civil complètement à la dérive lui aussi, mais poussé par cette situation à exiger des opérations et des mesures de plus en plus extrêmes. Dans ce genre d’hypothèses, c’est le sort même de “l’Empire” qui est en jeu, et toute l’instabilité constitutionnelle menaçant de tourner au désordre mimant le chaos.
L’histoire nous dira, — mais non, d’ailleurs, l’histoire ne dit plus rien puisqu’elle est épuisée (« L’Histoire est épuisée comme vecteur de salut »)... La métahistoire constatera peut-être, pour notre édification, que “l’Empire” a raté une bouée de sauvetage pour tenter de se tenir à flot en repoussant la proposition de Thomas Massie qui avait au moins la vertu de mettre le plus rapidement au net la situation du ministre de la défense/de la guerre. Désormais, même si cette proposition est reprise, — en fait question de “quand” plus que de “si”, — le désordre s’est installé, l’ouragan est en cours, et ces choses brutales contribueront avec empressement à aggraver la situation générale...
Note de PhGBis : « ...Bien sûr, il se peut toujours qu’intervienne la loi du caprice hasardeux et que Trump, entre deux mensonges, décide de destituer ce ministre trop obéissant puisque le Congrès tarde à le faire. »
Mis en ligne le 17 septembre 2026 à 19H30