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Une Grahem (Darline, sa sœur) chasse l’autre (Lindsay, décédé). Drôle de choix et le désordre en pkus.
Une excellente chronique de Robert Bridge sur le deuxième et dernier tour pour désigner la candidate ou le candidat républicain pour le siège de la Caroline du Sud au Sénat, lors des élections du midterm en novembre. Les deux personnalités restant en course sont Darline Graham, sœur de Lindsay qui occupait ce siège depuis douze ans jusqu’à sa mort il y a un mois (33% des voix au premier tour) et Ralph Norman (25% des voix).
Darline Graham a été nommée sénatrice temporaire au siège de son frère jusqu’à l’élection par la gouverneur de l’État , selon la procédure légale. La surprise de cette élection spéciale de désignation a été la candidature de l’actuelle sénatrice en fonction, avec le soutien du président Trump.
« Nommer Darline Graham pour simplement terminer le mandat sénatorial de son frère Lindsey était une chose, mais la voir se présenter pour le mandat suivant, avec le soutien de Donald Trump, relève de la pure folie. À moins que Trump ne détienne une information qui nous échappe ?
» L'inexpérience politique de Darline a éclaté au grand jour lors du débat de la semaine dernière face à son adversaire du second tour, le représentant Ralph Norman ; elle s'est montrée incapable de répondre à une question élémentaire de sécurité nationale concernant la Chine et Taïwan.
» On a simplement demandé à Mme Graham si Taïwan et la mer de Chine méridionale constituaient des enjeux de sécurité nationale pour les États-Unis. Chose incroyable, elle n'a même pas réussi à répondre par un simple ‘oui” ou “non”. »
« Manifestement mal préparée pour ce grand rendez-vous, Mme Graham a d'abord demandé que la question soit répétée. Cela ne l'a pas aidée pour autant. Après la seconde lecture, elle a dû s'avouer vaincue, déclarant : “Je vais être honnête : en matière de sécurité nationale, je ne suis pas... je ne suis pas très au fait de la sécurité nationale. Donc...”
» Après avoir vu sa voix trembler un instant face aux murmures du public, Mme Graham a aggravé son cas par une remarque hors sujet : “Mais je soutiens l'armée. Mon frère a servi dans l'armée de l'air pendant 33 ans ; je ferai donc tout mon possible pour soutenir les forces armées. Mon père était dans l'armée de terre.”
» Mais la situation a empiré pour la pauvre Darline, qui a fini par admettre ses graves lacunes et son incompétence : “Je ne suis pas une politicienne chevronnée. La sécurité nationale n'est pas mon domaine de prédilection — ce n'est pas ma spécialité — mais je soutiens l'armée.” Certains pourraient trouver déconcertant, voire quelque peu effrayant, que Mme Graham siège déjà au Sénat à titre intérimaire.
» À la suite du décès soudain du sénateur Lindsey Graham le 11 juillet, le gouverneur Henry McMaster a nommé sa sœur Darline pour achever les mois restants de son mandat. Ce qui avait commencé comme un geste sentimental s'est inexplicablement transformé en un soutien officiel de la Maison-Blanche, Trump encourageant cette femme inexpérimentée à se lancer dans la primaire avec la perspective d'un mandat de six ans débutant en janvier. Au-delà de ses liens de parenté avec son frère, Darline Graham n’a jamais exercé de mandat électif. Jusqu’à cet été, elle siégeait à la Commission pour les aveugles de Caroline du Sud, après avoir occupé un poste dans la communication au sein du Département de réinsertion professionnelle de l’État.
» Malgré le soutien de Trump, Mme Graham n’a recueilli que 33% des suffrages lors du scrutin spécial du 11 août, ce qui l’a contrainte à un second tour le 26 août face à Ralph Norman, arrivé deuxième avec 25% des voix. “Sa piètre performance reflétait le profond malaise des républicains de Caroline du Sud face à la tentative de Trump de transformer l’un de leurs sièges au Sénat en héritage pour une personne dont le parcours politique est une véritable farce », a ironisé ZeroHedge”. »
« La prestation désastreuse de Darline lors du débat a suscité des comparaisons avec la célèbre réponse donnée par Miss Caroline du Sud lors du concours Miss Teen USA en 2007.
» La question qui lui avait été posée était la suivante : “Des sondages récents montrent qu’un cinquième des Américains sont incapables de situer les États-Unis sur une carte du monde. À quoi, selon vous, cela est-il dû ?”
» La réponse gênante : “Personnellement, je pense que les Américains en sont incapables parce que certaines personnes dans notre pays n’ont pas de cartes. Et je crois que notre éducation, comme en Afrique du Sud et en Irak, partout comme... Et je crois qu’ils devraient – notre éducation ici aux États-Unis devrait aider les États-Unis, ou aider l’Afrique du Sud, l’Irak et les pays asiatiques, afin que nous puissions bâtir l’avenir de nos enfants”
» La comparaison est pertinente et prêterait à rire si l’on ne parlait pas d’un poste ayant le pouvoir d’influencer réellement la politique étrangère américaine. »
« Après avoir sabordé sa propre prestation, Mme Graham a tenté le lendemain de limiter les dégâts en avouant à Sean Hannity — l’un des chiens d’attaque médiatiques de Trump — qu’elle avait “buté sur une question”. Minimisant l’importance de son incapacité à répondre, elle a déclaré à Hannity : “Je ne suis pas une femme politique, et certainement pas une politicienne de carrière ; je ne parle pas la langue des politiciens.” Dans une autre interview accordée aux journalistes, Graham a déclaré : “J’ai buté sur une question hier soir, au sujet de Taïwan. Je ne parle pas la langue des politiciens. J’ai simplement été honnête. Bien sûr, Taïwan est notre allié. Mais je pense que les habitants de Caroline du Sud sont davantage préoccupés par la présence de garçons dans les compétitions sportives féminines.” Dommage que Darline n’ait pas dit cela sur la scène du débat.
» Alors que la cote de popularité des hommes politiques est au plus bas, on peut parier sans grand risque que la majorité des républicains de Caroline du Sud ne souhaitent pas voir Graham adopter le “langage politicien”. Cela dit, il est légitime d'attendre d'elle qu'elle soit capable d'articuler quelques réflexions pertinentes sur l'un des principaux foyers de tension mondiaux, surtout à un moment où le département de la Guerre des États-Unis a épuisé une part considérable de son arsenal en Iran — un désastre militaire sans issue en vue. »
« Ainsi, on pourrait soutenir que l'ignorance embarrassante de Darline Graham en matière de politique étrangère est précisément ce que recherche le camp MAGA : beaucoup moins de Lindsey et beaucoup plus de Darline. Ils pourraient bien pardonner à Darline son incapacité à situer Taïwan sur une carte, pour peu qu'elle concentre l'attention du Congrès sur des enjeux intérieurs cruciaux, tels que les programmes scolaires relatifs aux questions LGBTQ, la flambée des coûts et la dégradation des infrastructures.
» Mardi, les républicains de Caroline du Sud devront choisir : soit poursuivre dans la voie sanglante tracée par Lindsey Graham, soit opter pour le changement en soutenant sa sœur, recentrant ainsi l'attention sur le territoire américain. »
Nous avons écrit l’essentiel de ce commentaire sans connaître le résultat du deuxième tour que finalement Darline Graham a remporté, simplement en suivant les deux paragraphes de conclusion de Bridge qui sont parfaitement adaptés à la situation : “Beaucoup, beaucoup moins de Lindsay, et beaucoup, beaucoup plus de Darline”. Nous mettons alors plusieurs points en évidence :
• Notre hypothèse sur le choix de Trump est que ce choix a été purement sentimental, plus tard rebnforcé par la volonté (inconsciente) de montrer sa prépondérance sur les républicains malgré les conditions défavorables.. La mort de Lindsay Graham a pris tout le monde par surprise. Nul n’était préparé à son remplacement tandis que le gouverneur (républicain) de la Caroline du Sud avait besoin d’urgence d’un nom pour l’élection de succession temporaire et la désignation d’un candidat devant entamer, d’urgence lui aussi, sa campagne. Il a choisi Darline sans rien savoir d’elle sur ses capacités politiques et Trump, sans aucun avis pertinent à la Maison-Blanche, a suivi ce choix par pur sentiment pour Lindsay Graham, — puis, le malade qui est en lui n’a pas voulu en démordre en lui retirant son soutien entre les deux tours, bien au contraire.
• On se trouve alors devant le paradoxe d’une situation théorique comme ceci : une Graham ignorante faisant la leçon à un Graham hyper-désinformateur et décédé en se faisant elle-même MAGA populiste, donc antiTrump par simple attitude de nature. Du coup, le scrutin du 25 août (hier pour les républicains de Caroline du Sud) devient un test, — non pas électoral puisqu’il ne s’agit que d’un État et de candidats mélangés en fait de capacités et d’engagement, — mais bien d’un “test d’identification” pour les électeurs républicains par rapport à Trump, à Graham Lindsay et à MAGA pro et antiTrump.
• Cela rejoint et justifie l’énoncé de notre intertitre : même fou, pervers-narcissique, cruel et stupide, hyper-sioniste comme le serait un ‘Orechnik’, Trump parvient encore à être utile. L’épisode Lindsay-Darline a permis en effet de déblayer le tas d’ordures idéologiques et fakenieuses répandues par les lobbyistes type AIPAC tout au long des marches du Congrès, celles que Lindsay montaient si promptement pour faire l’éloge de son cher petit Zelenski à la barbe fleurie et des bombes lancées contre des écolières iraniennes. Il y a là-dedans des interventions qui nous dépassent, nous du genre humain, à considérer que la famille Graham est capable de nous donner une Darline après nous avoir accablé d’un Lindsay.
• Quel que soit l’élu(e) du 25 août, il sera très intéressant de suivre sa course et son résultat lors des élections de novembre prochain. A nos censeurs d’être vigilants !
• Mais, finalement, Darline l’a emporté (52% contre 48%), contre un candidat soutenu par Nikki Haley, une hyper-belliciste type-Lindsay. L’AIPAC et ses amis vont avoir bien du travail pour transformer Darline en Lindsay. Peut-être même que Darline affirmera sa ligne en concluant que son véritable discours est la cause de son succès. Après sa victoire, RT.com terminait son texte d’annonce du résultat de cette façon mi-figue mi-raisin, les actions de Darline depuis qu’elle est sénatrice pouvant être interprétées simplement comme le respect du legs de son frère.
« Cette déclaration (« La sécurité nationale n’est pas ma tasse de thé ») contraste fortement avec celle de Lindsey Graham, qui a fait de la politique étrangère l'un des axes majeurs de ses 23 années au Sénat. Il était un fervent partisan de Kiev, a milité pour des sanctions de grande envergure contre la Russie et a défendu une position américaine agressive envers l'Iran et d'autres adversaires étrangers. Lors de ses funérailles le mois dernier, Trump a qualifié Graham d'« extrêmement belliciste », ajoutant que le sénateur « n'a jamais vu de guerre qui ne lui ait pas plu ».
» Darline Graham a néanmoins déjà hérité d'au moins un des projets phares de politique étrangère de son frère. Peu après son entrée en fonction, elle a contribué à la réintroduction d'une proposition de loi initialement défendue par Lindsey Graham, visant les pays achetant de l'énergie russe et iranienne. Le Sénat a adopté cette mesure au début du mois.
» Le soutien de Trump s'est avéré décisif lors du second tour, surmontant les attaques de Norman et de ses alliés, qui remettaient en question l'expérience de Graham et accusaient sa candidature de népotisme politique. »
• Quoi qu’il en soit et malgré tout ce que les uns et les autres disent de la mémoire de son frère, Darline a liquidé pour les six prochaines années la plus puissante source d’influence belliciste du Sénat, accentuant le désordre politique aux USA. La vanité de Trump, elle, est satisfaite puisqu’elle peut s’imaginer que la puissance de son influence au sein du parti républicain est intacte. Là aussi, le désordre a sa part, Ô combien.
• Darline peut-elle tout de même devenir une sous-sous-Lindsay récupérée tant bien que mal par l’AIPAC ? On peut tout de même en douter, dans tous les cas en faire le sujet d’un désaccord. Nous pensons que sa catastrophique performance de départ (du point de vue de Lindsay même dans l’au-delà) restera dans les esprits de ceux qui ont voté pour elle, et même constituera une des causes de leurs votes, — et Bridge, alors, a complètement raison :
« Mardi, les républicains de Caroline du Sud devront choisir : soit poursuivre dans la voie sanglante tracée par Lindsey Graham, soit opter pour le changement en soutenant sa sœur, recentrant ainsi l'attention sur le territoire américain. »
Mis en ligne le 26 août 2026 (09H20)