RapSit-USA2024 : L’Amérique est folle (nous aussi)

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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RapSit-USA2024 : L’Amérique est folle (nous aussi)

6 mars 2024 (..H..) – Dans son dernier compte-rendu à ses lecteurs, Howard James Kunstler choisit le titre de « The five FUBARS », employant l’expression de slang [argot] militaire de la Deuxième Guerre Mondiale : « Fucked Up Beyond All Recognition ». En argot pied-noir des années 1950 où l’emploi du verbe “niquer”, – aujourd’hui si populaire en France, il précéda largement la métropole si fière de son progressisme : il était d’emploi courant à Alger dans les années 1950 à partir de l’axiome bien connu et plein d’une tendresse émouvante : « Va niquer ta mère » puisque nous étions en avance, – FUBAR donne donc selon cette référence : : « Il est tellement niqué de la tête qu’on le reconnaît plus ».

Kunstler dénombre cinq FUBARs, il aurait pu aller plus loin...

« Les États-Unis sont dans un train qui fonce en aveugle à toute allure avec un homme mort à la place du conducteur. Le chef de train parcourt les wagons en assurant aux passagers que tout va bien... . . sans se soucier du hurlement des roues dans les virages. ... ou l'effet stroboscopique aveuglant de la lumière rasante du soleil traversant les arbres par la fenêtre à 140 km/h [ou 340 km/h si TGV il y avait]. ... ou le choc qui a fait voler la moitié des bagages du porte-bagages dans la nature. Plus de la moitié des personnes à bord sont en proie à une peur tachycardique, – certains gémissent et râlent, –  mais l'autre moitié reste les yeux hypnotisés sur leur I-phone ou leur écran d'ordinateur portable. Il ne leur vient pas à l’idée de regarder par la fenêtre. . . .

» D’accord, c'est une métaphore. Mais si vous êtes un citoyen de notre pays et que vous vous en souciez, vous feriez mieux de vous intéresser à ces questions-FUBAR, car elles sont toutes en train de dérailler. »

Plus loin, nous a fait remarquer l’ami Bonnal, de retour à bord du stable et tranquille ferry-boat ‘USS dedefensa.org’ qui suit plus fermement son cap que le train-Amérique mais ne manque pas de noter et commenter ses FUBARs, Kunstler a un mot amical pour la France. On n’oublie pas que c’est le plus ancien et fidèle ami de l’Amérique, qu’il a accompli l’exploit de n’avoir jamais eté en guerre contre elle, qu’on sait enfin qu’il l’aime tellement-beaucoup qu’il suit avec ferveur la voie yankee tracée dans toutes ses aventures guerrières :

« En France, M. Macron affecte d’offrir son armée au massacre dans les plaines ensanglantées d’Ukraine, tout comme les Ukrainiens ont offert un demi-million de leurs jeunes hommes pour que Victoria Nuland puisse se sentir bien dans sa peau. M. Macron est fou, mais la société qu’il préside est collectivement folle, alors peut-être qu’il la représente bien. »

Bien, on vous laisse découvrir les cinq FUBARs de l’ami Kunstler. Comme d’habitude, cela vaut le détour et le traducteur automatique. Nous allons, nous, nous concentrer sur des sujets juridiques et électoraux d’une singulière importance et d’habitude exempt de cette catégorie des FUBARs, tandis que bat son plein le ‘Super Thursday’ au cours desquels s’expriment 14 États et un  “territoire”, soit 874 des 2 429 délégués républicains qui voteront pour désigner le candidat à la convention de l’été... Il s’agit de :

 L’Alabama, l’Alaska, l’Arkansas, la Californie, le Colorado, le Maine, le Massachusetts, le Minnesota, la Caroline du Nord, l’Oklahoma, le Tennessee, le Texas, l’Utah, le Vermont, la Virginie et le territoire américain dans les îles Samoa.

Le cas de la Cour Suprême

Dans nos deux centres d’intérêt dont les effets sont essentiels, non seulement pour l’élection mais aussi pour la situation générale des USA et la cohésion du pays, avant et après l’élection et quel que soit l’élu, se trouve d’abord la Cour Suprême. Deux jours avant que ne votent le Colorado et le Maine (l’Illinois dans le même cas mais il votera plus tard), – ces deux-trois États qui avaient décidé ou étaient sur le point de décider de retirer Trump du vote de la convention de l’État et du vote présidentiel tout court, la Cour Suprême a décidé à l’unanimité de ses neuf Supremes qu’elle interdisait une telle décision, sans aucun ajout où un Supreme exprime parfois quelques doutes ou hésitations. Les Supremes conservateurs et les Supremes progressistes qui ont voté dans le même sens ont donné des explications différentes.

« Du point de vue majoritaire, les juges conservateurs Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, John Roberts et Brett Kavanaugh ont soutenu que “rien dans la Constitution n’exige que nous endurions [le] chaos” d’une carte électorale dans laquelle différents candidats présidentiels se voyaient proposer de se présenter. électeurs dans différents États.

» “Le jugement de la Cour suprême du Colorado ne peut donc pas être retenu”, ont-ils conclu, avant d'argumenter que seul le Congrès pouvait faire appliquer la clause d'insurrection contre les candidats à la présidentielle.

» Approuvant la décision, la conservatrice Amy Coney Barrett a estimé que “les États n’ont pas le pouvoir d’appliquer” la clause, mais a contesté le fait que les cinq juges de la majorité n’auraient pas dû décider que le Congrès avait ce pouvoir.

» Les juges progressistes Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Ketanji Brown Jackson ont également souscrit à la majorité, mais selon l’observation que la décision va trop loin pour “protéger” Trump d’une “future controverse”. »

La décision négative était attendue comme assurée, mais l’unanimité était beaucoup moins sûre. Néanmoins, l’argument des Supremes progressistes est beaucoup moins tranchant que celui des conservateurs et estime que les États ont effectivement leur mot à dire dans l’élection présidentielle mais pas dans la forme, ni dans le fond de ce qu’ils firent, et pas jusqu’à interférer sur le vote du président des États-Unis. Pour eux, la crainte du “chaos” n’est pas un argument suffisant.

Quelques jours auparavant, la Cour avait également posé un jugement favorable à Trump en confirmant que sa décision sur la question de l’immunité de Trump en tant qu’ancien président, pour des faits relevant de sa présidence, aurait bien lieu en juin et ne serait pas avancé comme le voulaient les progressistes (les démocrates) pour qu’un tel jugement interfère sur les élections. A ce propos, Jonathan Turley explique notamment le 2 mars :

« Vous trouverez ci-dessous une version légèrement développée de ma chronique sur Fox.com sur les attaques contre la Cour pour avoir accordé le réexamen de la contestation de l'immunité déposée par l'ancien président Donald Trump, avec la programmation des oraux

» Cet argument a déclenché des voix familières contre les juges et des accusations de machinations politiques. Les allégations de “marche lente” de l’appel ignorent l’histoire et la culture de la Cour. […]

» Certaines des voix habituelles se sont immédiatement élevées pour déclarer qu'une fois de plus, les juges se présentent comme des partisans à peine dissimulés. La présentatrice de MSNBC, Rachel Maddow, a qualifié l’examen de l’affaire de « décision merdeuse” et a dénoncé “ la lâcheté du tribunal”. Elle a en outre déclaré, une fois de plus, que l’action portait atteinte à la “légitimité du tribunal”.

» L'animateur de MSNBC, Chris Hayes, a déclaré : “Aujourd'hui, la Cour suprême a signalé qu'elle était complice. L’intrigue est lancée. C'est parti”. »

Une remarque essentielle : les deux décisions de la Cour alimentent une forte opposition de la gauche progressiste et devraient remettre d’actualité son projet de réforme radicale de la Cour (avec nomination de cinq Supremes supplémentaires entièrement gauchistes, voire l’abandon du système de la Cour Suprême).

Le cas de Washington D.C.

Un autre cas très intéressant est celui de Washington D.C. ou District de Columbia, qui ne vote pas en tant que pseudo-État à la présidentielles mais participé à la désignation d’un candidat républicain. A D.C.,  Trump n’a absolument pas fait campagne, Haley, qui reste en course, y a fait une campagne maxi et l’a emporté haut la main.

Il est vrai que Washington est sans doute le point le plus antirépublicain et le plus antiTrump de tous les USA. On l’a vu avec les résultats et les chiffres... Et les plus intéressants sont ceux qui nous donnent une idée de la puissance des démocrates face aux républicains, tandis que le sentiment antiTrump est d’abord un tribut rendu à la vindicte antiTrump des fonctionnaires de Washington, nombreux à habiter le District, encore plus que des Noirs qui sont en très grand nombre.

« Haley a battu Trump par 62,8 % des voix contre 33,3 %, obtenant ainsi la totalité des 19 délégués républicains du district. Cette victoire était la première de Haley durant la saison électorale, après les défaites contre Trump dans l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada, la Caroline du Sud, le Michigan et les îles Vierges en janvier et février, ainsi que dans l’Idaho, le Missouri et le Michigan dimanche.

» Haley, qui a ignoré les appels à se retirer de la course après une défaite de 20 points dans son État d'origine, la Caroline du Sud le mois dernier, bénéficie désormais du soutien de 43 délégués contre 244 pour Trump. L'ancien président devrait remporter les 15 États et territoires. à gagner lors des primaires du “Super Tuesday” de cette semaine, une victoire qui donnerait à Trump une avance presque insurmontable sur l'ancien ambassadeur de l'ONU.

» Washington DC est l’une des juridictions les plus pro-démocrates du pays. Le président Joe Biden a remporté le vote avec 92 % des voix en 2020, tandis qu'Hillary Clinton y a remporté 90 % des voix en 2016. Il n'y a qu'environ 29 000 républicains enregistrés à Washington DC, contre plus de 365 000 démocrates, selon les données de l'Université de Virginie. »

La Guerre civile accélère

Il n’est que de lire le texte de ‘ZeroHedge.com’ concernant l’arrêt de la Cour Suprême pour mesurer la folie-FUBAR qui s’est emparée des démocrates et comprendre ce qui nous attend fort probablement. Il y a même un député démocrate qui annonce une motion interdisant à Trump de se présenter, comme la Cour en a accessoirement évoqué la possibilité contre l’avis de la Supreme Amy Coney Barrett. Il faut se rappeler les divers points d’un programme de réforme révolutionnaire des démocrates, et les deux points principaux étaient et restent les suivants :

• Réforme complète de la Cour Suprême, – on l’a déjà dit, – avec ajout de cinq Suprêmes progressistes aux neuf qui composent actuellement la Cour ; voire, pour certains, suppression de la Coiur pour laisser le peuple” seul juge suprême.

• Transformation du District de Columbia en État de l’Union autorisé à participer à la désignation du collège des Grands Électeurs qui désignent le président élu, ce qui assure un État 100% démocrate (et antiTrump) au parti.

Tout cela résume la situation : deux points brûlants de l’opposition démocrate à Trump ont été ravivés pour alimenter la folie des démocrates qui s’exprimera avec une force décuplée d’ici novembre prochain D’un autre côté, c’est-à-dire en face, chez les républicains, à part la marionnette de la politiqueSystème qu’est la pauvre Haley, on peut être sûr qu’une colère antinomique de même puissance se manifestera. C’est-à-dire que la guerre civile de communication va prendre encore plus d’ampleur et de fureur. C’est-à-dire que, quel que soit le résultat, l’Amérique ne sera pas loin de se trouver comme s’il s’agissait d’être “à feu et à sang” après l’élection, – encore une fois, je le dis en plus de laisser le texte l’affirmer : cette perspective, quel que soit le vainqueur.

De plus en plus, on est conduit à penser paradoxalement que la sécession est le moindre des maux de cette pathologie collective. Encore faudrait-il qu’elle puisse se faire, entre différents groupes d’États, dans un certain apaisement, et non pas comme prétexter d’une succession d’affrontements entre les uns et les autres.

Plus que jamais, plus que jamais, tout se passe là-bas...

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