RapSit-USA2023 : Sommes-nous en 1860 ?

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RapSit-USA2023 : Sommes-nous en 1860 ?

Cette question est nécessairement angoissante puisque 1860 est l’année du déclenchement de la Guerre Civile des Etats-Unis, ou Guerre de Sécession pour les gens soucieux de l’exactitude plus que du simulacrer. La décision de l’État du Maine de suivre celle du Colorado en interdisant au président Trump de figurer sur la liste des candidats dans chacun de ces États place les USA de plus en plus proche d’une crise institutionnelle existentielle et ontologique.

Les circonstances sont assez proches, certainement dans l’esprit constitutionnel de la chose, de 1860. Le premier acte de la Guerre de Sécession a eu lieu le 18 avril 1860 1861 par l’attaque du Fort Sumter, à l’entrée de Charleston, en Caroline du Sud. La garnison fédérale [puis nordiste] fut attaquée et délogée par les forces confédérées [sudistes].

Note de PhG-Bis : « PhG est toujours attentif à désigner le conflit sous le nom de ‘Guerre de Sécession’, ce qui implique l’existence de deux adversaires institutionnalisés et correspond à la vérité historique. Le nom officiel, celui du Simulacre-Système [SS en abrégé, pour nous faire vachement mal voir] est ‘Civil War’, ce qui veut imposer la narrative selon laquelle il n’y a eu ni séparatisme institutionnalisé, ni affrontement entre deux entités étrangères, mais bien une rébellion interne à l’intérieur d’une entité nationale unique. Il n’empêche, même si les autorités du DeepState venu de loin veulent empêcher l’histoire de parler, la grammaire s’en charge. Avant la Guerre de Sécession, les Etats-Unis étaient désignés au pluriel (“The United States are...”), laissant à chaque État son identité ; après 1865 et Appomatox, on passa au singulier (“The United States is...”), impliquant que toutes les identités étaient fondues en une seule... “Fondues” comme on fait fondre l’acier du canon, et effectivement manufacturée par le métal rougi, le sang et le feu. ‘Very American, Indeed’, comme dirait le général LeMay. »

La situation actuelle qui paraît si différente de celle de 1860 par nombre d’aspects, lui ressemble par les caractères de la crise.

• Une rupture profonde entre deux populations, deux “état d’esprit”, impliquant une haine extrêmement marquée.

• Un désordre extraordinaire au niveau opérationnel de l’élection présidentielle, avec divers États interdisant des candidats nationaux en 1860, et une évolution dans le même sens pour 2024. La situation est expliquée en détails dans le texte ci-dessous, laissant à notre imagination des perspectives diverses de blocage et de crises constitutionnelles avec nulle part la moindre possibilité d’échapper sans dommages irrémédiables de l’une ou l’autre.

D’une façon générale, on peut apprécier qu’en un sens, la situation est plus grave, et même bien plus grave aujourd’hui qu’en 1860. Aujourd’hui il existe un énorme édifice en place, une construction sans exemple, et l’on ne peut alors parler d’“incidents de parcours” d’une construction en cours, mais au contraire d’une détérioration, d’une désintégration ultra-rapide de cet énorme édifice considéré jusqu’alors comme exceptionnel et qui se révèle pur simulacre.

La haine elle-même est de facture différente : elle se colore de rancœurs, de mépris réciproques, d’une expérience très longue et très nourrie ayant abouti au constat de l’impossibilité du “vivre-ensemble”, avec chacun accusant l’autre d’en porter la responsabilité. On ne peut pas dire : “On ne se connaît pas assez”, “On ne se comprend pas parce que l’on n’a pas eu le temps” ; c’est tout le contraire, “On se connaît trop” et l’on a eu assez de temps pour “comprendre qu’on ne se comprend pas”. Des soupçons terribles sont nés : des soupçons que l’“autre” veut vous anéantir, littéralement, par une immigration incontrôlée ou par des mesures policières et de surveillance innombrables...

Peut-être tout cela est-il par ailleurs, disons pour une bonne part, le produit de fabrications diverses, où la communication, le simulacre, la décadence catastrophique de la modernité si l’on veut, ont un rôle considérable. Peu importe l’explication, reste le constat d’une extraordinaire dégradation de la situation et de ce sentiment terrible que rien, absolument rien ne peut remettre les choses en place. Dans cette calamité, Trump a pris la place de l’éléphant dans le magasin de porcelaine, mais c’est pour mieux nous montrer que la porcelaine est complètement trafiquée et bidonnée, qu’elle n’a plus rien de porcelaine si elle en eût jamais la qualité, qu’elle est déjà totalement brisée et bonne pour la poubelle.

La marée du crépuscule

Il est donc temps d’examiner la situation actuelle des États-Unis par rapport à 1860 qui est offert en référence dans le texte ci-dessous. On observe plusieurs points :

• La possibilité de l’évolution d’une situation de désordre complet avec divers États prenant des décisions à l’image de celle du Colorado et du Maine (d’ailleurs, également dans l’autre sens avec l’évolution de la situation, c’est-à-dire des États républicains supprimant Biden de la liste des candidats, comme le Lieutenant-Gouverneur du Texas menace de faire). Dans de tels cas, la Cour Suprême, déjà de plus en plus pressée, pourrait se trouver dans un état de totale impuissance : ou bien elle refuse l’appel et le désordre se trouve libre de proliférer ; ou bien elle juge en appel, sans guère de doute selon la majorité des experts pour annuler la décision du Colorado (et le reste ?) au risque “suprême” de n’être pas obéi et dans la certitude d’un mécontentement explosif. Dans les deux cas, l’on se trouve dans une situation où l’autorité suprême est guillotinée par une perte complète d’autorité puis de légitimité.

• Certes, pour ceux qui songent à une guerre civile 2.0, la géographie idéologique est complètement différente de celle de 1860 où les Confédérés formaient un bloc sudiste compact. Il n’empêche que, depuis 2015-2020, un mouvement puissant d’émigrations croisées a conduit à renforcer les majorités idéologiques des différents États et à uniformiser les tendances majoritaires dans les États. On sait également qu’il existe une certaine cohérence géographique avec les États démocrates progressistes se trouvant surtout sur les deux côtes (avec les deux colosses des États de New York et de la Californie), et les États républicains conservateurs surtout dans la zone centrale et vers le Sud, avec leurs deux “poids lourds” (Floride et Texas) présents sur les marges de ce rassemblement.

Il est vraiment très difficile d’en dire plus et de s’attarder à d’autres hypothèses, et surtout pas sur la façon dont les choses peuvent évoluer. Le seul constat allant de soi est qu’on trouve ici puissamment confirmé le fait que les USA sont bien le centre de la GrandeCrise et que toutes les ‘sous-crises’ en cours (Ukraine, Gaza, etc.), ainsi que la situation mondiale en général, en dépendent évidemment. Cela fait de 2024 une année-pivot de plus, qui devrait continuer et accélérer les tendances de déstructuration hyperrapide que nous avons connues en 2023, celles-ci poursuivant une séquence dont la dynamique apparaît au grand jour depuis 2015-2016 (justement aux USA avec l’arrivée de Trump). Nous nous trouvons confirmés dans le constat de l’évidence du rôle central des USA, autant dans cette civilisation globalisée en lambeaux que dans son rapide effondrement.

Note de PhG-Bis : « ... Et leur désarroi à tous est ma foi bien résumé par l’avis de l’un des experts du texte cité ci-dessous qui fait cette observation complètement extraordinaire que les choses sont tellement sans espoir que “nous [Américains] accepterons donc un plan visant à suivre, – à être gouvernés par une puissance étrangère/internationale, parce que nous penserons que ‘l'expérience américaine a tellement échoué’ qu’il est temps d’essayer autre chose...” Du jamais-entendu chez un expert américaniste. »

Ci-après, on trouve le texte de ‘Spoutnik’ de ce 29 décembre, essentiellement composé d’analyses désespérées et impuissantes d’experts US sur la situation. Les États-Unis comme une sorte de Gulliver couché à terre, immobilisé, attachés à autant de piquets inamovibles dont les nœuds gordiens respectifs se nomment Constitution, Cour Suprême, États de l’Union, haine de l’autre, tandis que la mer monte au rythme d’une marée irrésistible, – la marée du crépuscule... Heureusement qu’il reste les neocon et leur politiqueSystème pour clore le bal.

dde.org

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Une menace d’effondrement à l’échelle de 1860

« La récente décision prise dans le Maine d'interdire à l'ancien président Donald Trump de participer aux élections présidentielles de 2024 pourrait rapidement dégénérer et conduire à une désintégration complète du système politique national américain l'année prochaine, comme cela s'est produit en 1860, – menant directement à la guerre civile de 1861-1865, ont déclaré des experts à Spoutnik.

“Toute cette situation pourrait mal finir pour les Etats-Unis [et] conduire directement à un effondrement national. Comme cela s'est produit en 1860”, a déclaré l'historien constitutionnel et commentateur politique américain Dan Lazare.

La secrétaire d'État du Maine, Shenna Bellows, a disqualifié Trump du scrutin primaire républicain de l'État en raison de son rôle dans l'émeute du 6 janvier au Capitole en 2021.

“Ils [les challengers] ont fourni suffisamment de preuves pour démontrer la fausseté de la déclaration de M. Trump selon laquelle il répond aux qualifications requises pour le poste de président”, a écrit Bellows dans un document jeudi. “Par conséquent, comme l'exige la [loi], je conclus que la requête principale de M. Trump est invalide.”

Cependant, Bellows a ajouté que l'effet de la décision sera suspendu jusqu'à ce que la Cour supérieure de l'État du Maine se prononce sur tout appel prochain du banc de la défense de Trump. Le Maine tiendra son vote pour la primaire républicaine en mars.

L'appel sera déposé immédiatement, a déclaré un porte-parole de la campagne Trump dans un communiqué.

L'annonce de Bellows fait suite à la décision de l'État du Colorado plus tôt ce mois-ci d'interdire à Trump de participer à la primaire républicaine de cet État et a marqué une sérieuse escalade vers une crise constitutionnelle nationale et un effondrement, a déclaré Lazare. “Les effetss sont négatifs, quel que soit le point de vue”, a-t-il déclaré.

Si les tribunaux confirment les décisions du Colorado et du Maine, d'autres États suivront le même chemin et la crise s'étendra à l'échelle nationale, a déclaré Lazare.

“Supposons que la Cour suprême [américaine] laisse les décisions du Colorado et du Maine en vigueur. Cela signifie que d'autres États suivront probablement le mouvement, éliminant Trump, le principal candidat selon une multitude de sondages, du scrutin dans une grande partie du pays”.

Ce processus pourrait détruire les chances de Trump d'être élu lors d'un vote national libre et équitable, même s'il remportait l'investiture présidentielle républicaine, a déclaré Lazare.

“Vraisemblablement, cela signifiera une défaite [pour Trump] en novembre. Mais combien d'Américains considéreront un tel résultat comme juste, ne serait-ce qu'un tant soit peu ?”.

Les États contrôlés par les républicains ne resteront pas passifs et ne permettront pas aux démocrates de manipuler l’élection présidentielle nationale de cette façon, a déclaré Lazare.

C'est encore pire si le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, met à exécution sa menace d'exclure Biden en représailles. Si c'est le cas, Sleepy Joe pourrait se retrouver exclu du scrutin dans une grande partie du pays également”.

Les États-Unis n’ont pas été secoués par une telle crise constitutionnelle depuis 164 ans, a-t-il souligné.

“Le résultat serait un remake de l’année électorale 1860,  où Lincoln n'était pas inscrit aux urnes dans neuf États du sud, Stephen A. Douglas était exclu des urnes dans deux États du nord, John Breckinridge, le candidat démocrate du Sud, était exclu dans quatre et John Bell , le candidat de l'Union Constitutionnelle, exclu dans trois cas”.

Le résultat a été le glissement presque immédiat vers une guerre civile qui, selon les estimations, aurait coûté la vie à 800 000 personnes sur une population totale de seulement 30 millions d'habitants, a-t-il déclaré.

Comme aucun candidat n'était capable d'obtenir quoi que ce soit qui ressemble à un mandat national, un processus électoral défaillant a également conduit directement à un effondrement national”.

La Cour suprême des États-Unis pourrait bien annuler les décisions irresponsables des gouvernements des États du Colorado et du Maine. Mais cela indignerait les démocrates de tout le pays, a-t-il déclaré.

“Mais réfléchissons maintenant à ce qui se passerait si la Cour suprême annulait les décisions du Colorado et du Maine, avertissant ainsi les 48 autres États que de telles manigances ne seraient pas tolérées. Il n'est pas difficile de deviner ce qui se passera ensuite : un tollé de la part des démocrates selon lesquels ‘La Cour fonctionne en contradiction flagrante avec la clause d'insurrection du quatorzième amendement’”.

Cependant, le quatorzième amendement lui-même a été adopté dans le cadre de la reconstruction du Sud dirigée par les Républicains après la guerre civile, observe Lazare.

Par conséquent, “ils [les démocrates d’aujourd’hui] qualifieront cela de prise de pouvoir néo-confédérée et de répétition de l’affaire Bush contre Gore en décembre 2000. Puisque Trump a nommé trois des six juges conservateurs de la Cour, ils l’accuseront d’avoir truqué le résultat”. dit Lazare.

Une telle crise détruirait la stabilité politique des États-Unis, même si Trump gagnait légitimement. “S'il [Trump] gagne, le coup porté à la légitimité de la présidence sera terrible. L'instabilité politique s'aggravera encore plus”.

La cause sous-jacente de toute la crise est l'effondrement du système politique ancien et non réformé des États-Unis, a-t-il déclaré. “L'essentiel à constater, c'est que la démocratie américaine s'effondre de toute façon”.

Les défauts du système actuel sont évidents, ils sont clairement mis à jour révélés et n’ont fait qu’empirer depuis des décennies, a-t-il déclaré.

"Le système hyper-fédéral américain de 50 élections nationales distinctes est si baroque et désuet qu'il réclame une refonte. Pourtant, une réforme structurelle fondamentale est quelque chose que notre système constitutionnel sclérosé ne permettra pas. Par conséquent, la décadence ne peut que s'intensifier”.

L'historien et commentateur de la radio TNT, Bruce de Torres, a ajouté que les arguments en faveur de l'exclusion de Trump de la liste des primaires républicaines n'étaient pas valables.

“C'est une parodie si, comme je le crois, Trump n'a pas été ‘condamné’ pour ‘insurrection’ dans aucun des cas que je connaisse. Si ce processus continue, il n'en sortira rien de bon".

Les décisions du Colorado et du Maine ont en réalité révélé le sentiment d’une véritable impuissance quant à l'issue de tout processus démocratique juste, libre et équitable de la part des fonctionnaires et de l'establishment politique qui ont été élus et nommés pour le faire respecter, estime Torres. Il résume ainsi son jugement :

“Nous nous recroquevillons de peur, prouvant notre faiblesse envers nous-mêmes, et sombrons dans un dégoût de soi et une haine de nous-mêmes plus profonds, que nous projetterons sur les ‘autres’, encore plus divisés et emportés dans la ‘guerre de tous contre tous’ que nos suzerains auraient adoré mener”.

La crise ne peut que servir à détruire les derniers vestiges de confiance que le peuple américain a encore dans son système politique, a-t-il conclu :

“Comme beaucoup le disent maintenant, une majorité croira que ‘nos institutions sont pourries’ et nous accepterons donc un plan visant à suivre, – à être gouvernés par une puissance étrangère/internationale, parce que nous penserons que ‘l'expérience américaine a tellement échoué’ qu’il est temps d’essayer autre chose...” »

‘Spoutnik’


Mis en ligne le 30 décembre 2023 à 17H50